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11 octobre 2017 3 11 /10 /octobre /2017 08:00

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LES ACTEURS DE LA REVOLUTION  :  DANTON (19 / 52)

 

Danton Ministre de la Justice

 

 

 

DANTON ENTRE AU MINISTERE :  AOUT 1792

 

 

 

 

    Dès le lendemain de cette tragique journée du 10 Août, l'Assemblée Législative, placée devant le fait accompli, suspend la royauté et sanctionne ainsi ce que revendiquaient les patriotes : le triomphe de la liberté. Elle vote la convocation d'une Convention nationale, élue au suffrage universel, comme l'avait demandé Robespierre*. Avec le trône qui s'écroule, c'est aussi le parti Feuillant qui est balayé de la scène politique. Quant aux Girondins, leur refus de prononcer la déchéance du Roi, leurs tractations des derniers jours avec la Cour quant il ‘agissait de reconstituer un nouveau ministère et leur opposition à l'insurrection les ont considérablement affaiblis.

 

    L'Assemblée nomme en outre un Conseil exécutif provisoire, c'est à dire un ministère qui, pour la première fois, ne procède pas de la volonté du Roi mais de celle des représentants du peuple.

    Danton, qui apparaît comme le grand vainqueur de cette insurrection du 10 Août, Danton plébiscité par le peuple, est appelé au Ministère de la Justice. On s'interroge sur le fait qu'il ait gagné une telle popularité au cours d'événements pendant lesquels on ne l'a pas vraiment vu aux premières lignes. Certes Danton est très populaire, et il l'était déjà avant le 10 Août. Mais l'élément nouveau réside dans l'apparition de la Commune insurrectionnelle. C'est elle qui a renversé la royauté; c'est elle qui détient maintenant une part importante du pouvoir. Il faut donc que l'Assemblée lui donne des gages. Or, parmi ses membres, qui peut accéder au ministère : Robespierre*? Personne n'est prêt à lui faire ce cadeau. Alors Danton? C'est effectivement le plus acceptable des postulants!.. Et puis, Brissot et Condorcet comptent bien sur lui pour contenir l'émeute si celle-ci devait se poursuivre !

 

    On raconte une anecdote qui, si elle n'est pas rigoureusement exacte, n'est pas du tout invraisemblable. Anecdote qui montre, en tous cas, que Danton n'avait rien fait pour être ministre : à trois heures du matin, Camille Desmoulins* et Fabre se rendent au domicile de Danton. Il dort. Les deux hommes le réveillent et lui apprennent la nouvelle de sa nomination au Ministère de la Justice :

 

«  Mais vous êtes bien sûrs que je suis nommé ministre ? »

 

interroge Danton encore mal éveillé. Tous deux répondent par l'affirmative. Fabre, qui ne manque pas une occasion de se donner le beau rôle, explique qu'il est intervenu lui-même auprès de Brissot et que celui-ci a, tout de suite, donné son accord.

 

    Ce 10 Août, sur les 282 votants, 222 voix se sont portées sur Danton. Un succès sans précédent qui fait de lui le premier élu parmi les ministres. Monge (1) a été désigné à la Marine, tandis que les quatre ministres congédiés par Louis XVI* (2) ont repris leurs anciennes fonctions : Lebrun (3) aux Affaires Etrangères, Roland à l'intérieur, Servan à la Guerre, Clavière aux Contributions Publiques. Il n'y a pas de « Principal Ministre », mais il est convenu, implicitement, que celui qui a recueilli le plus de voix sera amené à jouer ce rôle.

 

 

 

LES ACTEURS DE LA REVOLUTION  :  DANTON (19 / 52)

 

Gaspard Monge

   

 

    Danton compose donc son cabinet. Il prend avec lui Camille Desmoulins* et Fabre d'Eglantine. L'un est pétillant d'intelligence, doté d'une culture très large mais il est inconstant et léger; l'autre est encore moins à sa place que le premier. Il a certes de l'esprit, mais aussi et surtout un goût  très prononcé pour les plaisirs et pour l'argent et un passé tellement douteux !...

    Danton commettra toujours l'erreur de mal s'entourer. Il réagit trop souvent par amitié, par coup de cœur, sans savoir dire non au moment où il faudrait le dire. Fabre d'Eglantine lui fera un tort considérable dans des fonctions de Secrétaire Général pour lesquelles il n'a strictement aucune compétence, et d'ailleurs aucun goût,  si ce n'est celui de briller !...

 

    Le nouveau Ministre de la Justice ne tarde pas, néanmoins, à prendre de l'ascendant sur ses cinq collègues au sein du Conseil des Ministres. Il est celui qui a été désigné par le peuple victorieux; il est aussi celui qui a été élu avec le plus de brio. Il a en plus un caractère qui le place, d'emblée, comme le meneur dans toutes les fonctions qu'il occupe.

 

    Il fera beaucoup d'erreurs, soit parce que la fonction le dépasse un peu, soit qu’il agit comme il l’a toujours fait : par impulsion... La première « gaffe » arrive bien vite : alors qu'il doit remplacer les membres du Comité Judiciaire chargé de préparer les décisions du Garde des Sceaux, il nomme Collot-d'Herbois, son ami Paré, Barère (4) et... Robespierre*! Ce dernier refuse sèchement ce poste subalterne en arguant qu'il n'a pas été consulté!  Il n'y a pourtant, semble-t-il, aucune malice dans la proposition de Danton qui, à cette occasion, avait fait parvenir à Robespierre* un petit mot fort courtois :

 

«  Je vous prie, mon cher ami, de me faire plaisir et de rendre ce service à la chose publique, d'accepter quelques heures de travail par semaine dans le Conseil de Justice dont je vous ai nommé membre. Ce ne sera que trois fois par semaine et pendant une partie de la matinée que l'on s'assemblera. Je vous ai donné trois collègues dignes de vous. Ceci n'est pas une place de fonctionnaire public, mais seulement un moyen de plus pour votre cœur et pour vos talents de combattre les ennemis de la liberté et surtout de suivre la cause des infortunés. »  (5)

 

    Pour cette « bavure », l'Incorruptible dont la susceptibilité est légendaire, gardera probablement une certaine rancune à Danton.

 

    Dans une longue circulaire adressée aux Tribunaux le 19 août, Danton, sur un ton qui lui est propre, après avoir expliqué sa nomination, définit ses objectifs à la tête de la Chancellerie. Il est, dit-il, entré au Ministère :

 

« ..Par la brèche du Château des Tuileries, lorsque le canon était devenu la dernière raison du peuple... »

«  Vous me trouverez constamment et invariablement le même, président de cette section du Théâtre Français qui a tant contribué à la Révolution du 14 Juillet 1789, sous le nom de District des Cordeliers, et à  la Révolution du 10 Août 1792, sous le nom de section de Marseille.. »  (6)

 

Son programme est simple; il veut :

 

«  La liberté politique, et individuelle, le maintien des lois, la tranquillité publique, l'unité des 83 départements, la splendeur le l'Etat, la prospérité du peuple français.... »  (6)

 

    Danton ne peut que se réjouir : le peuple vient d'entrer de plein pied dans cette Révolution de laquelle il avait été partiellement exclu par la volonté de certains. Les partisans du compromis avec l'aristocratie sont éliminés; parmi ceux-ci, son plus irréductible ennemi : La Fayette*. Le général abandonné par ses troupes alors qu'il voulait faire marche sur Paris, vient de passer, le 19 Août, dans le camp autrichien. Le rôle politique du Héros des Deux Mondes est définitivement terminé.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

(1)   MONGE  (Gaspard) : Né à Beaune le 10 Mai 1746. Professeur de Mathématiques en 1752, Membre de l'Académie des Sciences en 1780, Monge est engagé, bien malgré lui, dans la Révolution lorsqu'on le désigne le 11 Août 1792 comme Ministre de la Marine. Il occupera ce poste jusqu'au 13 Avril 1793.

Il reprendra ensuite son métier d'enseignant et sera professeur à l'Ecole Normale en 1794 et 1795. Il fera la connaissance de Bonaparte en 1796 et, après plusieurs missions en Italie, l'accompagnera en tant que scientifique pendant l'expédition d'Egypte. Son œuvre de mathématicien est importante. Il mourra à Paris le 28 Juillet 1818.

 

(2)   Les ministres, on s'en souvient, ont été renvoyés par Louis XVI* le 13 Juin 1792

 

(3)   LEBRUN  (Pierre Marie Henri Tondu, dit Lebrun-Tondu) : Né à Noyon le 27 Août 1754. Il est dans les Ordres avant de rentrer comme employé à l'Observatoire et vient à Paris au moment de la Révolution. Protégé par Dumouriez et Brissot, il rentre au Ministère des Affaires Etrangères et parvient à se faire nommer Ministre après le 10 Août 1792.. Ses relations avec les Girondins le condamneront : il sera arrêté le 22 Juin 1793, parviendra à s'évader, mais sera repris et guillotiné le 27 Décembre 1793.

 

(4)   BARERE  (Bertrand) : Né à Tarbes le 10 Septembre 1755. Avocat, il est élu aux Etats Généraux par le Tiers Etat. Homme habile, au physique agréable, intelligent, il parvient vite à se faire remarquer. Juge au Tribunal de cassation des Hautes Pyrénées pendant la Constituante, il est élu à la Convention par ce département et siège avec les Montagnards. Sa présidence de l'Assemblée pendant le procès du Roi achève d'établir sa réputation.

Il sera élu au premier Comité de Salut Public avec Danton le 6 Avril 1793. Il se ralliera, au dernier moment, aux adversaires de Robespierre* les 8 et 9 Thermidor et tentera de jouer, à nouveau un rôle politique malgré de nombreux échecs électoraux. Il mourra à Tarbes le 13 Janvier 1841.

 

(5)   cité par André STIL  "Quand Robespierre et Danton...."  op. cit. Page 217

 

(6)   cité par Louis BARTHOU  "Danton"  op. cit. Page 99

 

 

 

 

 

 

 

 

 

A SUIVRE :

 

 

LES ACTEURS DE LA REVOLUTION : DANTON (20/52)

 

LA JUSTICE DU PEUPLE : AOUT - SEPTEMBRE 1792

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

  

 

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