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14 décembre 2017 4 14 /12 /décembre /2017 09:00

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LES ACTEURS DE LA REVOLUTION :  MARIE-ANTOINETTE, REINE DE FRANCE (20/35)

 

Arrestation de la famille royale à Varennes

 

 

 

 

FUIR, ENFIN  :  JANVIER - JUIN 1791

 

 

 

 

    Le retour à Paris est, pour Marie-Antoinette, un véritable cauchemar. Elle ne pense plus maintenant qu'à une seule chose : fuir, quitter par tous les moyens cette ville qui l'oppresse ! Elle voit dans ce projet une des seules issues au malheur qui les frappe. D’autant plus que la rumeur publique annonce le retour dans la capitale de la femme La Motte qui, dit-on, à de nouvelles révélations à faire sur son procès. Des révélations qui risquent fort de compromettre la reine. Une reine de France qui, aux yeux de certains députés du clan La Fayette*, affaiblit de jour en jour davantage la crédibilité de Louis XVI*. Pour établir solidement la monarchie parlementaire qu’ils souhaitent, ils ont besoin d’un roi populaire et respecté. Il faut donc, selon eux, envisager sérieusement le divorce du couple royal. Séparé de Marie-Antoinette qui attise toutes les haines, Louis XVI* ferait un roi respectable et suffisamment docile pour être le monarque que réclame La Fayette* et ses amis.

    Au retour de la reine à Paris, La Fayette* évoque brutalement avec elle la question du divorce. Marie-Antoinette, offusquée, répond avec froideur mais elle restera longtemps profondément affectée par cette brève conversation. « ..Il a employé les moyens les plus odieux », écrit La Marck à Mercy, « pour jeter le trouble dans son âme et il a été jusqu’à lui dire qu’on la rechercherait en adultère… » (1)

 

    Fuir, fuir cette ville où tout le monde semble vouloir lui nuire. La reine n’a plus que cette idée en tête !…Mais Louis XVI* s'obstine toujours à repousser ce projet, de crainte que son départ ne provoque une guerre civile. Et pourtant les députés n'ont envers lui que bien peu d'égards : le 26 Décembre il est contraint à accepter la constitution civile qui va bientôt diviser le Clergé en deux parties. D'un côté les « assermentés », qui acceptent de prêter serment à la Constitution comme la loi leur impose, de l'autre les « réfractaires » qui s'y refusent et sont révoqués. Cette affaire, qui va enflammer la Vendée et mettre la France entière en situation de guerre civile, plonge le Roi dans un état de tourments qu'il n'a jamais connu de sa vie. Marie-Antoinette tente de partager ses soucis, mais elle a aussi ses propres sujets d'inquiétude. D'abord la solitude, car le vide se fait peu à peu autour d'elle : le fidèle Mercy-Argenteau, confident depuis tant d'années, quitte son poste à Paris. Puis ce sont Mesdames qui partent pour Rome en Février 1791.

    Le 27 Février, la reine adresse une nouvelle supplique à son frère pour qu'il intervienne auprès des puissances étrangères. Elle a longtemps compté sur les liens familiaux pour obtenir l'appui de l'Autriche. Cette fois Marie-Antoinette tente d'agiter le spectre de la contagion pour décider son frère :

 

«  Le roi et moi sommes bien convaincus qu’il faut agir avec prudence, et notre conduite depuis seize mois prouve bien que nous avons vu du danger dans toute démarche trop précipitée ; mais, mon cher frère, il y a telle circonstance où trop de retard peut tout perdre, et la marche et les progrès des factieux gagnent avec tant de vitesse,  à présent, que nous croyons bien dangereux de n'y rien opposer. Ils voient bien que leur machine est mal montée et ils ne pensent plus qu'à la subversion entière du royaume. Au reste, il est bien à craindre que, si longtemps qu'il n'y aura pas un ordre quelconque en France, le Brabant même ne vous sera pas entièrement soumis et les principes infectés de la propagande gagneront tous les pays de l'Europe. L'Espagne nous a répondu qu'elle nous aiderait de ses forces si vous, le roi de Sardaigne et le Cantons en faisiez autant et traitiez d'accord et directement avec nous cet objet…. » (2)

 

    L'Empereur reste désespérément inactif et sourd aux appels de sa sœur. Chaque jour est plus sombre que la veille et, pour achever de démoraliser le couple royal, c'est Mirabeau* qui s'éteint le 2 Avril, emportant avec lui, selon ses propres paroles, « le deuil de la monarchie ». Encore un espoir, bien faible, mais un espoir tout de même, qui disparaît..

 

    Ce n'est que le 18 Avril que Louis-Auguste va enfin réaliser, ce qui est une évidence pour Marie-Antoinette, depuis le sinistre mois d'Octobre 1789 : la famille royale est bel et bien prisonnière du peuple de Paris. Ce jour là, alors que les deux époux, accompagnés du Dauphin et de Mousseline, montent dans la voiture préparée pour leur départ à Saint-Cloud, la foule massée aux Tuileries les insulte. On traite le Roi de « Gros cochon », on dételle les chevaux et, pendant près de deux heures, la voiture reste immobilisée dans la cour au milieu d'une foule menaçante. Louis-Auguste, que l'on connaît toujours calme, même dans les circonstances les plus dramatiques, en arrive même à se fâcher :  « Il serait étonnant qu'après avoir donné la liberté à la Nation, je ne fusse pas libre moi-même » (3)  lance-t-il à la cantonade.

    Une bordée d'injures lui répond : « Gros cochon », « Aristocrate ! » La Fayette* propose alors à Louis XVI* d'employer la force pour faire reculer la foule mais le Roi refuse :

 

«  Je ne veux pas qu'on verse du sang pour moi ! »  (4)

 

    La Fayette* aurait d’ailleurs été bien en peine de mettre en œuvre sa proposition car ses propres troupes refusent de lui obéir. Aussi, après avoir résisté autant qu'il était possible de le faire, la famille royale doit renoncer au départ et rentrer à l'intérieur du Palais. Pour la première fois Louis-Auguste partage la conviction de la Reine : ils sont prisonniers, par conséquent il faut fuir. La décision est donc enfin prise et Marie-Antoinette en avise Mercy dans une lettre datée du 20 Avril 1791 :

 

« L'événement qui vient de se passer nous confirme plus que jamais dans nos projets. La garde qui est alentours de nous est celle qui nous menace le plus. Notre vie même n'est plus en sûreté (..) Notre position est affreuse ; il faut absolument en finir dans le mois prochain. Le Roi le désire encore plus que moi.. » (5)

 

 

 

 

LES ACTEURS DE LA REVOLUTION :  MARIE-ANTOINETTE, REINE DE FRANCE (20/35)

 

François, Claude, Amour marquis de Bouillé

 

 

    A partir de ce jour, Marie-Antoinette va déployer toute son énergie pour organiser ce départ qu'elle attend depuis si longtemps. Elle prend tout en main ; des courriers sont envoyés à l'Empereur d'Autriche, aux Suisses et aux Hollandais. Le soir du 19 Avril, elle avait adressé une lettre pathétique à l’Ambassadeur d’Espagne :

 

« .. Ce qui s’est passé hier ne laisse plus de doute ni sur ce que nous sommes ni sur ce que nous avons à faire. Le roi d’Espagne ne peut, ni ne doit laisser son parent, son allié, dans la position où il est. Ce n’est plus des conseils qu’on lui demande, c’est des secours réels. Notre marche à nous est de céder au torrent dans ce moment pour conserver notre vie (je ne dis pas trop) et de parvenir à sortir d’ici coûte que coûte, mais pour cela, il faut que les puissances étrangères nous aident dans leurs secours. On ne leur demande pas d’entrer en France mais seulement qu’elles fomentent sur leurs frontières respectives une force suffisante pour que les Français fidèles et mécontents qui ne pourront pas nous rejoindre au lieu sûr de notre retraite puissent être sûrs de trouver un appui (…)

« Si le roi parvient à sortir d’ici et à se retirer dans une ville forte réclamant alors les secours de l’Espagne, peut-il y compter oui ou non ? La même question a été déjà faite à l’Empereur et on attend la réponse… »  (6)

 

    Du côté de l’étranger, on ne s’empresse pas d’apporter à la reine de France la réponse qu’elle attend avec tellement d’impatience et d’angoisse. Même l’Autriche, qui pourtant a les meilleures raisons d’aider Marie-Antoinette, reste bien silencieuse. C’est donc la fuite qui reste l’hypothèse la plus plausible pour permettre à la famille royale d’échapper aux dangers de la capitale.

    Mirabeau* avait fait parvenir à la Reine un plan d’évasion quelques semaines avant sa mort. Il n’avait pas convaincu Marie-Antoinette qui préférait s’appuyer sur des personnes plus sures. Un autre plan a été arrêté ; Axel de Fersen y a réfléchi pendant des semaines : la famille royale gagnera Montmédy, place forte située en Champagne, à proximité de la frontière. Là, Monsieur de Bouillé (7), commandant des troupes à Metz, peut masser quelques bataillons et la cavalerie nécessaire à assurer la protection des souverains. Marie-Antoinette témoigne une confiance totale à Axel de Fersen. Cependant, elle n’ignore rien des dangers de ce voyage et la lettre qu’elle adresse à Mercy-Argenteau quelques jours avant le départ montre à quel point elle est restée lucide.

 

« Je sais parfaitement tous les dangers et les différentes chances que nous courrons dans ce moment. Mais je vois de tout côté des choses si affreuses autour de nous qu’il vaut mieux encore périr en cherchant un moyen de se sauver qu’en se laissant écraser dans une inaction totale. Notre position est telle que ceux qui ne sont pas à portée de la voir ne peuvent s’en faire une idée. Il n’y a plus qu’une alternative ici pour nous ; ou faire aveuglément tout ce que les factieux exigent, ou périr par le glaive qui est sans cesse suspendu au-dessus de nos têtes. Vous savez que mon opinion a été, autant que je l’ai pu, la douceur, le temps et l’opinion publique ; mais aujourd’hui, tout est changé ; ou il faut périr ou il faut prendre un parti qui seul nous reste.. S’il faut périr, ce sera au moins avec gloire et en ayant tout fait pour nos devoirs, notre honneur et la religion (…)

« Je crois les provinces moins corrompues que la capitale, mais c’est toujours Paris qui donne le ton à tout le royaume ; les clubs, les affiliations mènent la France d’un bout à l’autre (..) Ce n’est que quand le roi pourra se montrer librement dans une ville forte, qu’alors on sera étonné du nombre de mécontents qui paraîtront et qui jusqu’ici gémissent en silence ; mais plus on tardera ; moins on aura de soutien.. » (8)

 

    Même si la reine est devenue plus réaliste au fil des mois, son insouciance naturelle reprend tout de même le dessus. Marie-Antoinette va apporter aux préparatifs du voyage autant de soins que lorsqu'il s'agissait de régler les fêtes de Trianon. Elle se lance avec frénésie et inconscience dans une telle quantité d'achats de toutes sortes que Madame Campan en est effrayée. Robes, chapeaux, chemises, un trousseau complet pour elle, mais également pour ses enfants et même son nécessaire de voyage. Comme s'il s'agissait d'une promenade d'agrément !

    Fersen, de son côté, s'occupe de trouver une berline assez vaste pour contenir, outre la famille royale, Elisabeth et Madame de Tourzel, dont la Reine ne veut pas se séparer.

    On enferme dans d'énormes malles le linge, la vaisselle, les provisions de bouche, et un tas d'autres choses parfaitement inutiles. Monsieur de Bouillé qui, lui aussi, veille aux préparatifs, s'inquiète des dimensions de la berline et du volume de son chargement. Il s'inquiète avec d'autant plus de raisons que tous ces préparatifs et les allées et venues qu’ils nécessitent ont fini par éveiller l'attention. Le 11 Juin, La Fayette* fait doubler la garde aux Tuileries..... Est-il parvenu à recueillir quelques indiscrétions ? A priori, non ;  mais un surcroît de prudence s'impose tout de même.

 

   Après avoir été repoussée plusieurs fois, la date du départ est enfin fixée : ce sera dans la nuit du 20 au 21 Juin. (9) Fersen a obtenu les passeports : Madame de Tourzel sera la baronne de Korff accompagnée par ses domestiques. Sa gouvernante : Madame Rocher (Marie-Antoinette) ; son intendant Monsieur Durand (Louis-Auguste) ; sa dame de compagnie Rosalie (Elisabeth) ; et ses deux fillettes Amélie et Aglae (le Dauphin et Mousseline).

 

 

20 Juin - Onze heures trente : La Fayette*, qui a assisté au coucher du Roi, se retire. Louis XVI* se met au lit comme à son habitude et attend le départ de tous les domestiques. Dès qu'ils se sont retirés, il se rend chez la Reine. Marie-Antoinette, les enfants et les deux femmes qui les accompagnent sont déjà prêts et le Roi s'habille d'une redingote et d'une perruque grise : il est prêt, lui aussi, pour jouer le rôle de monsieur Durand, intendant de la baronne de Korff.

    Ils quittent alors les Tuileries par petits groupes jusqu'à la diligence, qui les attend non loin de là, et dans laquelle Axel de Fersen fait office de cocher. La voiture part dans la nuit en direction de la barrière Saint-Martin où Fersen cherche la grosse berline avec laquelle ils doivent faire le voyage. Incompréhension ou erreur, la berline n'est pas stationnée à l'endroit prévu. Fersen doit tourner, chercher ; Louis-Auguste et Marie-Antoinette ressentent à cet instant leur première angoisse ! Enfin, la berline est en vue ; Fersen range la diligence à ses côtés et tout le monde change de voiture. Fersen fouette les chevaux ; les fugitifs ont déjà environ deux heures de retard sur l'horaire initialement prévu ! Trois quarts d'heure plus tard, sans encombre, la voiture atteint la maison de poste de Bondy.

    C'est ici que s'achève la première étape ; la plus difficile sans doute, car ce que l'on redoutait le plus était la sortie des Tuileries et les abords de la capitale. On change les chevaux et Axel de Fersen prend congé comme convenu. Il est 2 heures 30 du matin ; les passagers de la berline commencent à s'assoupir...

 

 

 

LES ACTEURS DE LA REVOLUTION :  MARIE-ANTOINETTE, REINE DE FRANCE (20/35)

 

Louis XVI et sa famille sont arrêtés à Varennes 

 

 

    Deuxième étape, Claye où le convoi arrive alors que le jour commence à peine à se lever : il est 4 heures. Nouveau changement de chevaux à Meaux vers 6 heures. L'ambiance dans la berline est au beau fixe ; tout se passe bien jusqu'à présent ; les quelques instants d'inquiétude vécus au départ de Paris sont déjà oubliés. Le Roi est de fort bonne humeur et pense réellement que la partie est maintenant gagnée. Il semble à la fois étonné et ravi que tout se soit passé aussi facilement. On se restaure avec les provisions préparées par Fersen ; on s'arrête au bord de la route pour satisfaire des besoins naturels puis, une nouvelle fois vers 10 heures, pour se dégourdir les jambes. Louis-Auguste profite même de ce dernier arrêt pour entamer une conversation avec les villageois qui, à cette heure de la matinée, vaquent à leurs occupations. La Reine s'inquiète un peu car elle craint que Louis-Auguste ne soit reconnu. Alors qu'elle fait part au Roi de son inquiétude celui ci lui réplique d'un ton badin : « Je ne crois plus ces précautions nécessaires. Mon voyage me parait à l'abri de tout accident. » Le Roi s'amuse. Lui qui n'a pratiquement jamais visité la province trouve un réel plaisir dans ce qu'il considère maintenant comme une innocente promenade. Tout le monde a oublié les recommandations de prudence prodiguées par Fersen avant le départ !

    Ce qui devait arriver arrive évidemment : au relais de poste du Petit Chaintry on reconnaît le Roi puis la Reine. On invite respectueusement les souverains à entrer dans l'auberge pour se rafraîchir. Louis XVI* accepte bien volontiers et avoue qu'il est très touché par un accueil aussi sympathique ! Il est 14 heures 30 quand la voiture quitte le relais en direction de Chalons.

    Arrivé à Chalons vers 16 heures, le couple royal est là tout à fait reconnu, cette fois ci, par beaucoup de monde. De relais en relais, la fuite du Roi parait maintenant passablement ébruitée. Qu'importe ! On est très près de Pont-de-Somme-Vesles, endroit où monsieur de Choiseul (10) et ses hussards attendent la berline.

    En effet, c'est un peu avant 18 heures que les fuyards pénètrent dans le bourg, lieu de rendez-vous avec leur escorte. Là, surprise d'abord, puis panique : point d'escorte, point de hussards en vue, point de Choiseul ! Le Roi et la Reine sont tous deux saisis d'angoisse. Après un moment d'hésitation et une rapide concertation, ils prennent une décision : poursuivre la route jusqu'à Sainte-Ménéhould où, comme convenu, doit se trouver un détachement de dragons du Régiment Royal. En fait, Sainte-Ménéhould est déjà en effervescence : les troupes qui devaient escorter la berline ont effectivement pris position autour de la ville depuis plusieurs jours ce qui n'a pas manqué d'intriguer les habitants. Arrêtée au relais de poste, la berline est aussitôt entourée par un grand nombre de badauds qui se demandent quel peut bien être le personnage important qui voyage dans un tel équipage avec un chargement de bagages aussi imposant.

    Le maître de poste Drouet  (11) s'en fait d'ailleurs la remarque ; lui aussi est surpris par la quantité de bagages chargée sur la berline....

    Alors que les palefreniers s'affairent pour changer les chevaux, Marie-Antoinette voit s'approcher de la voiture le commandant du détachement de dragons qui dit à voix basse aux passagers : « Les mesures sont mal prises ; je m'éloigne pour ne donner aucun soupçon ». L'angoisse saisit de nouveau les fugitifs. Que s'est-il donc passé pour que ce voyage, qui paraissait aussi bien réglé, tourne maintenant aussi mal ? Que signifient ces contretemps que personne n'est en mesure de leur expliquer ? Ils n'ont qu'une hâte : quitter au plus vite cette ville qui, en quelques instants, leur est devenue si hostile. Fuir à nouveau, s'éloigner de cette foule qui subitement a rappelé à la Reine tant de mauvais souvenirs. L'équipage est enfin prêt ; la berline s'ébranle et prend la route de Varennes.

 

    Quelques minutes plus tard arrive au poste de Sainte-Ménéhould le chef de poste de Chalons. Il demande à voir Drouet et lui remet un billet :

 

« De la part de l'Assemblée nationale, il est ordonné à tous les bons citoyens de faire arrêter la berline à six chevaux dans laquelle on soupçonne être le Roi, la Reine, Madame Elisabeth, le Dauphin et Madame royale. »

 

    Drouet comprend aussitôt que la berline qu'il vient de voir passer et dont le chargement l'a si fort intrigué est, sans aucun doute, la voiture dont il est question dans le billet. Accompagné de quelques hommes, il se lance à sa poursuite à bride abattue. Plusieurs fois, en cours de route, les cavaliers s'arrêtent pour se renseigner sur le chemin pris par les fuyards. Chaque fois ils trouvent quelqu'un pour leur indiquer la voie. Ils savent maintenant, avec certitude, que la berline a pris la route de Varennes. Les poursuivants, empruntant une route de traverse, tentent alors de rejoindre Varennes avant la famille royale. Ils vont y parvenir et Drouet donne l'alerte. Il fait demander le procureur de la Commune, un dénommé Sauce, épicier, à qui il confie ses soupçons au sujet des passagers de la voiture qui va se présenter dans quelques instants.

 

    Pendant ce temps, dans la berline, la famille royale s'est endormie. Les passagers ne se réveillent qu'à l'approche de Varennes vers 10 heures 45. Les postillons, qui ne trouvent pas le relais de poste, sont venus réveiller le Roi pour lui demander ce qu'ils devaient faire. Le Roi descend, on parlemente, on négocie même, car le cocher refuse de poursuivre la route. On repart enfin en direction du Grand Monarque où se trouve, très certainement, le relais.

    Soudain, alors qu'ils arrivent à hauteur d'une auberge, des cris retentissent dans la nuit : "Arrêtez !", "Arrêtez !" C'est l'épicier, procureur de la Commune, Sauce ; il est entouré par quelques hommes et accompagné de deux gardes nationaux en armes qui s'approchent de la berline. "Vos passeports" demande Sauce. « Qu'on se dépêche », répond Marie-Antoinette avec beaucoup de calme, « nous avons hâte d'arriver ». Sauce prend les documents, entre dans l'auberge pour les examiner à la lumière. Les passeports sont bien en règle et le pauvre Sauce ne sait plus que faire. Il lui faut gagner du temps, tergiverser. S'il s'agissait bien de la famille royale et qu'il laisse les fuyards s'échapper ? Drouet qui a bien vu l'hésitation du procureur se fait menaçant : «  Je suis sûr que la voiture arrêtée par vous contient le Roi et sa famille ; si vous la laissez passer en pays étranger, vous vous rendez coupable de crime et de trahison » (12). Sauce est effrayé par la responsabilité qui, subitement, lui incombe. Il décide d'attendre jusqu'au lendemain matin ; d'ailleurs, il est trop tard pour viser les passeports, dit-il aux voyageurs. Le Roi est pétrifié et c'est la Reine qui insiste, parlemente. Il faut absolument, se dit-elle, s'échapper rapidement ; la troupe viendra ensuite, comme prévu, pour assurer leur escorte. Mais déjà le tocsin sonne ; les villageois alertés sortent un à un de chez eux. Un attroupement se forme autour de la voiture...

    Il est trop tard ; il faut s'exécuter et accepter la proposition du procureur qui offre sa maison pour passer la nuit. La Reine et les siens descendent de la voiture et gagnent rapidement le premier étage ; le Roi reste au rez de chaussée, avec Drouet et Sauce, qui le pressent de reconnaître qu'il est bien le Roi de France. Au bout de quelques instants, après avoir nié avec force, le Roi cède et avoue.

 

   Marie-Antoinette et Louis-Auguste sont, une nouvelle fois, les prisonniers de la Révolution.

 

    Quelques instants plus tard, alors que, ultime espoir, les fugitifs attendent une intervention de Bouillé, des hussards, des dragons, ce sont les délégués de l'Assemblée nationale qui arrivent à Varennes et remettent à Louis XVI* le décret donnant « ordre à tous les fonctionnaires de faire arrêter les individus de la famille royale ». Louis XVI*, résigné, murmure : « il n'y a plus de Roi de France ».

 

 

    A sept heures du matin, la famille royale et les autres passagers regagnent la berline qui, sous escorte, va reprendre le chemin de Paris. Fatalité : c'est au moment même où la voiture s'ébranle que Bouillé parvient, enfin, sur les hauteurs de Varennes.

 

    La Reine est anéantie. Les images de cette fuite, qu'elle avait attendue pendant tant et tant de mois, se bousculent dans sa tête. Elle repense à la joie extrême ressentie lorsque la voiture était parvenue à quitter Paris, sans être vue, puis Clayes, Meaux, Chalons ; autant d'étapes qui l'éloignaient des Tuileries, de la foule menaçante, de ses peurs.

    Elle repense aussi aux premières inquiétudes de Pont-de-Somme-Vesles, à l'absence inexpliquée de Choiseul et à l'anxiété lors du passage à Sainte-Ménéhould.

 

    Elle ne sait pas, et elle ne saura que bien plus tard, que cette évasion, si difficile à réussir, et qu'elle croyait si bien réglée, n'a été qu'une succession d'erreurs et de ratages. C'est d'abord Choiseul qui attend, à Pont-de-Somme-Vesles, le convoi royal et qui, après avoir patienté deux heures, abandonne son poste en supposant que le Roi a changé d'avis ! Ces deux heures là sont celles qui ont été perdues avant même que les fuyards aient passé les barrières de Paris.

    C'est ensuite Léonard, le coiffeur de Marie-Antoinette, qu’elle avait envoyé en avant garde pour plus de sûreté et qui, sur ordre du même Choiseul, se précipite à Sainte-Ménéhould, puis à Clermont,  pour avertir les détachements que le Roi ne passera pas.

    C'est enfin, l'initiative personnelle de ce même Léonard, décidément parfaitement stupide, qui, arrivé à Varennes, dit au Chevalier Bouillé (13) que le Roi et la Reine ne passeront pas car ils ont interrompu leur voyage ! Bouillé renonce donc à disposer un relais à l'entrée de Varennes, comme il avait été prévu !

 

 

    Pour Marie-Antoinette et sa famille, l'immense espoir de la liberté et de la paix retrouvées n'aura pas duré vingt-quatre heures !

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

(1)   Cité par Evelyne LEVER  « Marie-Antoinette »  op. cit. Page 540.

 

(2)   Cité par Georges BORDONOVE  « Les Rois qui ont fait la France : Louis XVI le Roi Martyr » op. cit. Page 285.

 

(3)   Cité par André CASTELOT  "Marie-Antoinette"  op. cit. Page 338.

 

(4)   Idem.

 

(5)   Lettre de Marie-Antoinette à Mercy-Argenteau

        Cité par Jean CHALON  "Chère Marie-Antoinette"  op. cit. Page 306.

        Et André CASTELOT  "Marie-Antoinette"  op. cit. Page 339.

 

(6)   Cité par Evelyne LEVER  « Marie-Antoinette »  op. cit. Page 552.

 

(7)  BOUILLE  (François Claude Amour, Marquis de) : Né le 19 Novembre 1739, il entre dans l’armée à 14 ans. Au début de la Révolution, il est Commandant en Chef de la Lorraine, de l’Alsace et de la Franche-Comté. Il est l’homme de la répression dans l’armée à Nancy au début de Septembre 1790.

Homme de confiance, on lui demandera d’organiser la fuite de la famille royale en Juin 1791. Il combattra avec les Princes émigrés en 1792 avant de se retirer à Londres où il mourra le 14 Novembre 1800

 

(8)   Lettre de Marie-Antoinette à Mercy-Argenteau

Citée par Claude DUFRESNE  « Le Cœur de la Reine »  op. cit. Page 241.

 

(9)   Le Roi aurait fait décaler la date initialement prévue au 6 Juin pour toucher le 7 ou le 8 les deux millions de la liste civile. Le départ fut encore remis au 19 puis au 20.

 

(10) Le neveu du Duc de Choiseul mort en 1785.

 

(11)  DROUET (Jean-Baptiste) : Né à Sainte-Ménéhould le 8 Janvier 1763, il devient brusquement célèbre le 21 Juin 1791. Monté à Paris, il s'inscrit au Club des Jacobins et sera élu à la Convention où il votera la mort du Roi.

Elu de nouveau au Conseil des Cinq-Cents, il sera exilé comme régicide mais reviendra finir ses jours à Mâcon où il mourra le 10 Avril 1824.

 

(12)  Cité par Jean CHALON  "Chère Marie-Antoinette"  op. cit. Page 322.

 

(13)  Le fils du Général.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

A SUIVRE :

 

 

LES ACTEURS DE LA REVOLUTION : MARIE-ANTOINETTE, REINE DE FRANCE (21/35)

 

L'HUMILIATION : JUIN 1791

   

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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