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6 octobre 2009 2 06 /10 /octobre /2009 04:57










L'illusion d'un front uni des deux présidents n'est que la version officielle. Officieusement, Nicolas Sarkozy veut être le chef et veut agir.


La semaine dernière à Pittsburgh, le président français Nicolas Sarkozy, le président Barack Obama et le premier ministre britannique Gordon Brown ont présenté l’image d’un front uni dans leur détermination face à l’Iran. C’était la version officielle.

Tous trois ont produit des déclarations en parfait accord, dénonçant la construction par la République Islamique d’une usine nucléaire secrète. Au sein de ce bel étalage de solidarité, le langage des corps faisait passer un message contradictoire. Si Obama et Brown étaient effectivement côte à côte, Sarkozy était à l’écart, un peu comme l’homme à qui l’on a demandé d’être le témoin de mariage d’un inconnu.

Dans son for intérieur, peut être pensait-il qu’il aurait dû être la vedette du spectacle – ou du moins, Obama et lui. Le G20 auquel ils participaient est un forum dont Sarkozy a l’an dernier incité la création. Et le gouvernement de Sarkozy a été le premier à confronter l’Iran sur le sujet de ses intentions nucléaires.

Sarkozy veut être le chef : il indiquait très clairement l’an dernier ne pas vouloir abandonner la présidence de l’Europe à l’issue de son mandat de six mois. Sarkozy veut agir : il l’a montré, sur des théâtres d’opération aussi lointains que le Golfe d’Aden, où les troupes françaises furent les premières à cesser de payer les rançons exigées par les pirates somaliens et à faire usage de leurs armes. Et Sarkozy peut à bon droit se vanter du fait que, là où il a montré le chemin, Obama a suivi.

 

Depuis l’accession de Sarkozy à la présidence, à l’été 2007, un an et demi avant Obama, il est en avance sur les Etats-Unis sur un certain nombre de questions, parmi lesquelles les pirates somaliens, l’Iran, le G20, la prime à la casse, la taxe carbone, "l’Afghanisation" de la guerre d’Afghanistan, l’apaisement de la belligérance russe, et la recherche de la paix avec la Syrie. Son style consiste à être partout à la fois, tout le temps — la presse française l’a baptisé l’hyperprésident — et à cet égard, Obama semble également parfois marcher dans ses traces.

Mais ce n’est pas le cas. En fait, les relations entre les deux chefs d’état sont loin d’être au beau fixe, voire de fonctionner toujours de façon efficace. On se demande même parfois si Obama remarque son homologue hypercinétique. Et cela explique la fixation sur Obama qui semble s’être emparée de l’ambitieux parisien. Peu de gens, hors de France, s’attendent à voir le leader de la cinquième économie du monde donner le ton sur les grands problèmes de l’heure. Mais c’est exactement ce que Sarkozy, qu’on appelle parfois "l’Américain" chez lui, recherche parfois.
Avec lui, le partenariat Paris-Washington est devenu par bien des côtés la relation bilatérale la plus dynamique au sein de l’Alliance Atlantique, et contribue à fixer les enjeux au niveau international. Comme l’ont montré leurs discours respectifs aux Nations Unies et au G20, Obama et lui sont des internationalistes résolus, possédant une vision similaire d’un nouvel ordre économique mondial, plus équitable et plus régulé. Toutefois — et là se situe une partie du problème — tous deux sont déterminés à rester en tête de toute initiative dans le domaine : Obama en tant que président des Etats-Unis, et Sarkozy du fait de son énorme ambition, et de l’ambition qu’ont les Français pour leur président.

La question qui taraude Sarkozy, c’est de savoir s’il est reconnu en tant que partenaire d’un tandem de patrouilleurs du globe — et si le duo arrivera à réaliser ses objectifs. Les personnalités très différentes des deux présidents entrent parfois en collision : Obama, souriant mais distant, traite Sarkozy comme l’un de ses nombreux "presque égaux" sur le continent européen, tandis que Sarkozy, l’homme des claques dans le dos, aime à appeler le président américain son "pote", sans que cette faveur ait jamais été suivie de retour. Lorsqu’ils sont tous deux ensemble sur l’estrade, comme en juin dernier, à l’occasion des commémorations du débarquement de Normandie, on croirait assister à une scène où Joe Pesci, l’acteur des rôles de durs à cuire râblés, tout en tics et en attitude, donne la réplique à Denzel Washington, tout en dignité et en réserve. Quand Obama a décliné de participer à la photo de famille avec Sarkozy, la colère de l’Élysée devant ce qui fut ressenti comme un affront a fait sensation dans la presse parisienne.

 

Le complexe d’Obama de Sarkozy est aujourd’hui un motif de spéculation permanente dans la presse française — et pourrait se révéler un véritable problème si l’administration Obama ne fait pas plus d’effort pour le comprendre. Ce n’est pas qu’une affaire de politique et de personnalités, mais de diplomatie. Dans les "banlieues" françaises en difficulté, nombreux sont les jeunes d’origine Arabe et Africaine qui ont remplacé les T-shirts à l’effigie du Che pour arborer le visage d’Obama. Un récent sondage Transatlantic Trends montre qu’Obama bénéficie d’une incroyable cote de popularité de 88 % en France, alors que Sarkozy n’obtient que des scores inférieurs à 50 %. Lors d’une réunion privée, le nouvel ambassadeur des Etats-Unis en France fut mis en garde par des journalistes français : si Sarkozy en venait un jour à craindre de voir le président américain le court-circuiter et s’adresser directement au peuple français sur des questions importantes, l’amitié facilement irritable de Sarkozy pourrait se muer en franche hostilité.

 

La semaine dernière, le journaliste de télévision David Pujadas osait demander directement à Sarkozy s’il existait "une concurrence pour le leadership" entre lui et Obama. "Il n’y a pas de concurrence" a assuré Sarkozy, dissimulant avec peine sa contrariété. "Je connais ma place. Je dirige un grand pays. Il est président de la première puissance économique du monde". Rappelant la longue tradition, souvent oubliée, des "liens d’amitiés" qui unissent les deux pays, Sarkozy a déclaré que "nous avons tout intérêt à voir M. Obama réussir". Il prit néanmoins la peine de préciser qu’il n’hésiterait pas à croiser le fer avec Obama sur certaines questions, d’ordre commercial par exemple — rappelant ses efforts en vue de conclure avec le Brésil un lucratif contrat pour la livraison d’avions de chasse. Alors qu’Obama s’était paraît-il entretenu au téléphone avec le président brésilien Luiz Inacio Lula da Silva pour lui vanter les mérites du Boeing F-18, Sarkozy s’est rendu en personne à Brasília pour sceller (d’aucuns diraient chiper) un accord pour l’achat du Rafale franco-européen.

 

De toute évidence, le partenariat n’est pas aussi sympathique que celui qu’entretenaient le premier ministre britannique Margaret Thatcher et le président Ronald Reagan. Ce que regrette clairement Sarkozy. Rien d'étonnant. Le problème n’est pas idéologique : Sarkozy aussi bien qu’Obama sont des réalistes, qui sur bien des problèmes d’ordre global gravitent d’emblée vers le pragmatisme. Ils divergent peut-être sur certains points, comme sur l’opportunité du plafonnement des bonus dans le secteur financier, mais sont d’accord sur les thèmes fondamentaux, comme le besoin de mettre en place un système de régulation plus efficace du système financier international.

 

Les deux hommes ont fait campagne sur le thème de la rupture (un exploit pour Sarkozy, lui-même membre du gouvernement sortant). Une fois élus, tous deux ont semblé vouloir tout changer en même temps. Sarkozy a poussé à une révision radicale des politiques environnementale. Obama aussi. Sarkozy a mis en place un programme très efficace de prime à la casse pour les voitures anciennes afin de subventionner l’achat de nouvelles voitures plus vertes. Obama aussi. Sarkozy a placé le Moyen-Orient au centre de sa politique étrangère, s’ouvrant à la Syrie et se concentrant sur la menace nucléaire iranienne. Obama aussi, mais voilà : tout ça, Sarkozy l’avait fait avant même qu’Obama n’ait prêté serment.

 

Sarkozy, toujours un peu frimeur, est également bien plus franc sur une stratégie pouvant être perçue comme obsessionnelle. En janvier 2008, après huit mois à son poste (comme Obama aujourd’hui) et critiqué en raison du trop grand nombre de chantiers mis en route et du peu de succès obtenus, il déclarait aux journalistes : "On ne peut espérer obtenir de résultats à moins de tout changer à la fois". Sinon, on laisse les forces opposées au changement se liguer contre vous, ajoutait-il, jusqu’au blocage total. "Les Français doivent savoir ceci : j’ai une passion pour l’action et je veux agir", déclara-t-il. Obama, en contraste, n’invoque jamais le "je" – il cherche toujours la solution qui pourra être mise en pratique.

 

De telles différences de styles risquent d’avoir des conséquences sur la substance. En Afghanistan, par exemple. Sous Sarkozy, la France a cette année rejoint le commandement intégré de l’Otan, et répondu aux demandes de l’administration Bush d’envoi de troupes alliées supplémentaires en Afghanistan, portant à près de 3.000 hommes les effectifs du contingent français. Mais la façon dont Sarkozy remet encore et encore la question sur le tapis en public, suggère qu’il a le sentiment de ne pas avoir été suffisamment payé de retour. Aujourd’hui, Obama revient chercher auprès de ses alliés un appui supplémentaire. Il se pourrait qu’un Sarkozy en proie à l’amertume et au manque de reconnaissance soit moins enclin à jouer le jeu.

 

Il serait facile d’aplanir ces différends si les deux chefs d’état partageaient cet état de confiance totale que les Français appellent "complicité". Ce n’est pas le cas. Le président des Etats-Unis est un politicien formé à la dure à l’école de Chicago, mais pas assez dur pour le français. Sarkozy s’est débrouillé pour écraser, ou absorber, toute opposition (il a même fait traduire en justice son plus âpre rival dans les rangs gaullistes, l’ancien Premier ministre Dominique de Villepin, pour une supposée campagne de diffamation organisée contre lui). L’incapacité d’Obama à faire de même et à passer en force pour réaliser son programme contre son opposition semble avoir déçu Sarkozy. Obama est "courageux" et "comprend les enjeux", déclarait Sarkozy à la presse la semaine dernière, "mais il est en avance par rapport à son pays". Au printemps dernier, Sarkozy aurait déclaré à un groupe de parlementaires lors d’un déjeuner à l’Élysée qu’Obama "n’avait jamais dirigé un ministère de sa vie", et "n’est pas toujours à la hauteur en matière de décision et d’efficacité".

 

Quel dommage, en conséquence, que ces deux hommes ne soient pas plus proches. Lorsque la relation fonctionne, les résultats peuvent être étonnants, car Sarkozy amène avec lui non seulement les ressources de la France, mais celles de l’Europe. La Somalie en est un bon exemple. L’hiver dernier, un certain nombre de flottes multinationales tentaient de régler la menace grandissante que des pirates agissant au large de la corne de l’Afrique font peser sur le commerce international. L’Otan se révélait impuissante, tout comme la force ad hoc réunie par les Etats-Unis à Bahrein. Les commandants des navires de guerre se montraient réticents à ouvrir le feu sur les pirates et incertains sur la marche à suivre en cas de capture. Les corsaires à Kalachnikov ne cessant de faire monter les enchères, Sarkozy s’est débrouillé pour créer avec l’Union européenne une force plus agressive et conclure avec le Kenya un accord permettant d’y transférer les pirates capturés pour qu’ils y soient traduits en justice. En avril, quand des pirates Somaliens se sont emparés du Maersk Alabama et de son équipage américain et ont pris en otage son capitaine, la marine américaine s’est inspirée du précédent français, alors solidement établi. Elle a entraîné les pirates en haute mer et leurs tireurs d’élite ont attendu une fenêtre de tir, avant de presser la détente au moment idoine, tuant les Somaliens et libérant le capitaine.

 

"Aujourd’hui, tout marche sur des roulettes" déclare un officiel américain qui travaille en étroite collaboration avec la France sur l’Otan et les questions associées, mais n’est pas autorisé à en parler. "Sarkozy est un activiste avec lequel on peut travailler". Ce qui suggère également que ce n’est pas quelqu’un qu’on a envie de voir travailler contre soi.

 

source : Newsweek Christopher Dickey  05-10-2009

 

 

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Published by jp echavidre - dans FRANCE Politique
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