L'Iran et les grandes puissances ont scellé dans la nuit de samedi 23 novembre à dimanche 24 un premier accord historique pour contenir le programme nucléaire iranien, mais Téhéran et les Etats-Unis ont aussitôt étalé leurs divergences sur la question de l'enrichissement. Barack Obama, au cours d’une conférence de presse a reconnu que d’énormes difficultés subsistaient, quant à Israël, son Premier Ministre dénonce un « mauvais accord » !..
C'est un accord historique scellé dans la nuit sur le nucléaire entre l'Iran et les grandes puissances. Au terme de cinq jours de négociations marathon à Genève et d'un blackout médiatique total sur le climat et l'évolution des tractations, la chef de la diplomatie européenne Catherine Ashton a annoncé "un accord sur un plan d'action" concernant le programme nucléaire iranien controversé. Elle était entourée du ministre iranien des Affaires étrangères Mohammad Javad Zarif et des six chefs de la diplomatie du groupe 5+1 (États-Unis, Chine, Russie, Royaume-Uni, France et Allemagne). Simultanément à Washington, lors d'une intervention solennelle depuis la Maison Blanche, le président américain Barack Obama a assuré que cet accord obtenu à l'arraché "barre le chemin le plus évident" de la république islamique vers une bombe atomique.
Le président Obama a toujours dit qu'il ferait tout -y compris recourir à la force - pour empêcher l'Iran de se doter d'armes nucléaires. Les Occidentaux et Israël soupçonnent Téhéran de dissimuler un volet militaire derrière son programme civil, ce qu'il nie. Barack Obama a pris soin de qualifier cet accord intérimaire de six mois de "première étape importante", soulignant les "énormes difficultés" persistant dans ce dossier qui empoisonne la communauté internationale depuis une décennie.
Une entente qui va "ouvrir de nouveaux horizons" pour Rohani
Son homologue iranien Hassan Rohani, réputé modéré et qui a lancé une politique d'ouverture vers l'Occident depuis son élection en juin, a salué une entente qui allait "ouvrir de nouveaux horizons". Son ministre des Affaires étrangères, Mohammad Javad Zarif, a salué "un résultat important mais (qui) est seulement un premier pas". "Nous avons mis en place une commission conjointe pour surveiller la mise en place de notre accord. J'espère que les deux parties pourront avancer d'une manière qui puisse rétablir la confiance", a dit le ministre, notamment entre Téhéran et Washington qui ont rompu leurs relations diplomatiques en avril 1980.
Mohammad Javad Zarif a également réaffirmé le "droit inaliénable de son pays à l'enrichissement d'uranium". Le texte de Genève contient une "référence claire selon laquelle l'enrichissement va continuer", a-t-il martelé, très applaudi par la presse et la délégation iraniennes venues en nombre à Genève. Le droit à l'enrichissement d'uranium n'est pas mentionné dans le Traité de non-prolifération nucléaire (TNP) dont l'Iran est signataire. Cette question est au cœur des inquiétudes des pays occidentaux et d'Israël, qui craignent que l'uranium enrichi à 20% soit utilisé par l'Iran pour obtenir de l'uranium à 90% pour un usage militaire, malgré les dénégations de Téhéran. L'Iran affirme que cet uranium est destiné à son réacteur de recherche et à des fins médicales.
Un "mauvais accord" pour Netanyahu
Succédant à Mohammad Javad Zarif devant la presse dimanche à l'aube, le secrétaire d'Etat John Kerry a paru prendre son contre-pied. L'accord de Genève, a-t-il insisté, "ne dit pas que l'Iran a le droit à l'enrichissement (d'uranium), quoiqu'en disent certains commentaires d'interprétation". "L'Iran a accepté de suspendre l'enrichissement d'uranium au-delà de 5%. L'Iran a accepté de dégrader ou de convertir son stock d'uranium enrichi à 20 %", a détaillé M. Kerry, parlant d'"une première étape" avant une prochaine "phase beaucoup plus difficile".
John Kerry, parrain de la reprise des négociations directes israélo-palestiniennes, a également voulu rassurer Israël qui s'est farouchement opposé ces dernières semaines à tout allègement des sanctions contre l'ennemi iranien. Un accord nucléaire "complet rendra le monde (...) les partenaires de la région et l'allié Israël plus sûrs", a promis le secrétaire d'Etat. Alors que les relations américano-israéliennes traversent une crise, John Kerry a affirmé qu''il n'y avait pas la moindre différence entre les États-Unis et Israël sur l'objectif final qui est que l'Iran n'aura pas de bombe nucléaire". La réaction de l'Etat hébreu ne s'est pas fait attendre: le bureau du Premier ministre Banjamin Netanyahu a dénoncé un "mauvais accord qui offre exactement ce que l'Iran voulait : la levée significative des sanctions et le maintien d'une partie significative de son programme nucléaire".
Source : leJDD.fr 24-11-2013
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