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8 décembre 2017 5 08 /12 /décembre /2017 09:00

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LES ACTEURS DE LA REVOLUTION : MARIE-ANTOINETTE, REINE DE FRANCE (14/35)

 

Le château de Saint-Cloud

 

 

 

 

MADAME DEFICIT : 1784 - 1785

  

 

 

 

    Au début de l'année 1784 sévit à Paris un froid très rude qui accentue encore un peu plus les conditions de vie, déjà très difficiles, du peuple de la capitale. Louis XVI* et Marie-Antoinette ont beau ouvrir largement leur bourse pour essayer de soulager les difficultés des plus pauvres, ils ne parviennent pas à empêcher la misère de s'étendre. Avec le mécontentement populaire s'intensifie la circulation de pamphlets de plus en plus outrageants à l'égard du couple royal :

 

" Louis si tu veux voir

" Bâtard, cocu, putain

" Regarde ton miroir

" La Reine et le Dauphin " (1)

 

 

    La Reine ne se soucie toujours pas de la fange que l'on remue dans son entourage et avec laquelle on tente de l'éclabousser. Ses proches colportent ragots et calomnies mais la Reine n'en a cure... Elle est fort préoccupée par la situation diplomatique dans laquelle se trouvent la France et l'Autriche à propos de la Hollande. En effet, les deux pays se sont si mal entendus qu'ils sont au bord de la rupture de leur alliance. Marie-Antoinette a pourtant fait usage de tous ses charmes auprès du roi, mais en vain.. C'est Vergennes qui tient en main la diplomatie de la France et Marie-Antoinette n'a que peu de pouvoir sur cet homme là. Tant et si bien que les courriers de Joseph II, son frère, se font plus agressifs que jamais : «  Dans les misères et dans les petites faveurs, ils vous font encore croire que vous avez du crédit, et les grandes choses se font sans que vous les sachiez et sans qu'on se mette en peine d'en avoir votre avis préalable..."

 

    Très ulcérée par ces reproches, dont le ton lui déplaît, la reine répond à l'Empereur, son frère, le 22 Septembre 1784 :

 

« Je ne vous contredirai pas, mon cher frère, sur le défaut de vue de notre ministère. Il y déjà du temps que j'ai fait une partie des réflexions que vous me faites dans votre lettre; j'en ai parlé plus d'une fois au roi; mais il le faudrait bien connaître pour juger du peu de ressources et de moyens que me fournissent son caractère et ses préjugés. Il est de son naturel très peu parlant, et il lui arrive souvent de ne pas me parler de grandes affaires lors même qu'il n'a pas envie de me les cacher. Il me répond quand je lui en parle, mais il ne m'en prévient guère, et, quand j'apprends le quart d'une affaire, j'ai besoin d'adresse pour me faire dire le reste par les ministres, en leur laissant croire que le roi m'a tout dit. Quand je reproche au roi de ne m'avoir pas parlé de certaines affaires, il ne se fâche pas; il a l'air un peu embarrassé, et quelquefois il me répond naturellement qu'il n'y a pas pensé.

« Je vous avouerai bien que les affaires politiques sont celles sur lesquelles j'ai le moins de prise. La méfiance naturelle du roi a été fortifiée d'abord par son gouverneur. Dès avant mon mariage, M. de la Vauguyon l'avait effrayé sur l'empire que sa femme voudrait prendre sur lui et son âme noire s'était plu à effrayer son élève par tous les fantômes inventés contre la maison d'Autriche. M. de Maurepas, quoique avec moins de caractère et de méchanceté, a cru utile pour son crédit d'entretenir le roi dans les mêmes idées. M. de Vergennes suit le même plan et peut-être se sert-il de sa correspondance des Affaires étrangères pour employer la fausseté et le mensonge. J'en ai parlé clairement au roi, et plus d'une fois. Il m'a quelquefois répondu avec humeur, et comme il est incapable de discussion, je n'ai pu lui persuader que son ministre était trompé ou le trompait.

« Je ne m'aveugle pas sur mon crédit; je sais que, surtout pour la politique, je n'ai pas grand ascendant sur l'esprit du roi. Serait-il prudent à moi d'avoir avec son ministre des scènes sur des objets sur lesquels il est presque sûr que le roi ne me soutiendrait pas ?

« Sans ostentation ni mensonge, je laisse croire au public que j'ai plus de crédit que je n'en ai véritablement, parce que, si on ne m'en croyait pas, j'en aurais encore moins.

« Les aveux que je vous fais, mon cher frère, ne sont pas flatteurs pour mon amour-propre, mais je ne veux rien vous cacher, afin que vous puissiez me juger, autant qu'il est possible, de la distance affreuse où mon sort m'a éloigné de vous. »  (2)

 

 

 

LES ACTEURS DE LA REVOLUTION : MARIE-ANTOINETTE, REINE DE FRANCE (14/35)

 

Philippe d'Orléans en Grand Maître du Grand Orient de France

 

 

   Cette longue justification, dont on relève les accents de sincérité, dit bien toute l'impuissance de la reine à s'immiscer dans les affaires politiques de la France. Mais, s'en soucie-t-elle vraiment ? Parfois sans doute, mais elle oublie vite. Elle est tellement accaparée par les réceptions qu'elle donne à Trianon, par l'éducation de ses enfants et par sa présence aux côtés du roi. Et puis, à l'automne 1784, elle est à nouveau enceinte. Cette grossesse ne l'empêche d'ailleurs pas de mener grand train : toilettes, coiffures, cadeaux, bijoux, Marie-Antoinette achète et toujours sans se préoccuper, le moins du monde, du montant de ses dépenses. Elle s'est même mis en tête de rénover le Château de Versailles et elle aurait probablement passé commande des travaux si Louis XVI*, devant l'ampleur des dépenses à engager, n’avait repoussé le projet à plus tard. Il cède cependant à une nouvelle requête de son épouse qui lui demande, en Février 1785, d'acheter le château de Saint-Cloud au Duc d'Orléans. Coût de ce nouveau caprice : six millions de Livres, justifié par le fait que l'air de Saint-Cloud est bien meilleur pour la santé du Dauphin. Louis pourrait-il refuser ce cadeau à celle qui se prépare à lui donner un troisième enfant ? Il a tenu bon pour Versailles, il se montre donc conciliant pour Saint-Cloud !..

    Cette nouvelle acquisition, dans laquelle beaucoup croient voir un nouveau Trianon, plus beau, plus cher, plus grand, vaut à Marie-Antoinette le surnom de "Madame Déficit". Bientôt on n'hésitera même plus à l'accuser d'être à l'origine de toutes les difficultés financières du royaume.

 

    Le 27 Mars 1785, le jour de Pâques, la Reine accouche d'un garçon. L'enfant est baptisé Louis-Charles et reçoit le titre de Duc de Normandie. …  

    Le Roi qui avait noté dans son agenda tous les détails concernant la naissance de ses deux premiers enfants avec beaucoup d’émotion, se contente, cette fois-ci de ces quelques mots :

 

« Dimanche 27 …. Couches de la Reine du duc de Normandie à sept heures et demie. Tout s’est passé de même qu’à mon fils. Le baptême a eu lieu à huit heures et demi et le Te Deum. Il n’y avait de prince que M. le duc de Chartres ; il n’y eu ni compliments, ni révérences. Monsieur et la reine de Naples, parrains. » (3)

 

    Y-a-t-il un doute dans l’esprit du Roi ? Cet enfant est-il bien de lui ?.. Les pamphlets qui circulent depuis des mois sur les infidélités de la Reine auraient-ils raison ?..

 

    De même que l’on a beaucoup raconté sur les fastes de Trianon, sur les millions de Livres engloutis dans le hameau, sur la folie que constitue l'achat de Saint-Cloud, sur les liaisons secrètes de la Reine tantôt avec des femmes tantôt avec des amants, on racontera que le petit Louis-Charles a pour père Axel de Fersen. Personne n'en apportera jamais la preuve pour la simple raison que le fait est faux. Il n'en reste pas moins que l'impopularité de la Reine a, en quelques années, considérablement grandie. Les parisiens lui en administrent une preuve éclatante le 25 Mai 1785 : alors que le couple royal se rend dans la capitale pour fêter la troisième naissance, il y est accueilli par un silence glacial....

    La reine, pour une fois, s'en émeut; en pleurant, elle demande à Louis-Auguste : «  Que leur ai-je donc fait ? » Puis, comme d'habitude, elle s'empresse d'oublier....

 

 

 

 

 

 

 

 

(1)  Cité par Hortense DUFOUR « Marie-Antoinette la mal-aimée » op. cit. page 334

 

(2)  Cité par Evelyne LEVER  "Marie-Antoinette"  op. cit. pages 341-342

 

(3)  Cité par Hortense DUFOUR « Marie-Antoinette la mal-aimée »  op. cit. Page 375

 

 

 

 

 

 

 

 

A SUIVRE : 

 

 

LES ACTEURS DE LA REVOLUTION : MARIE-ANTOINETTE, REINE DE FRANCE (15/35)

 

LE COLLIER : JUILLET 1785 - JUIN 1786

   

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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