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13 mars 2018 2 13 /03 /mars /2018 09:00

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LES ACTEURS DE LA REVOLUTION :  ROBESPIERRE (40/50)

 

Fête de la Liberté à Notre-Dame de Paris le 10 novembre 1793

(20 Brumaire an II)

 

 

 

 

LA DECHRISTIANISATION :

NOVEMBRE - DECEMBRE 1793

 

 

 

 

    Alors que le gouvernement est parvenu à mettre en place l'économie dirigée, principale revendication des sans-culottes; alors que l'épuration des traîtres et des aristocrates semble avoir apaisé les mouvements populaires, un autre péril, tout aussi sérieux que les précédents, menace l'autorité du Comité de Salut Public : le mouvement de déchristianisation.

 

    Ce mouvement s'est développé en province au cours du mois de Septembre 1793, notamment sous l'impulsion de certains représentants en mission. Il a aussi été consacré par les décrets d'Octobre instituant le calendrier révolutionnaire et les fêtes civiques. L'intolérance religieuse a commencé à gagner Paris dans les derniers mois de l'année : Hébert et son second, Anacharsis Cloots (1) ont entrepris, dans la capitale, une vaste propagande antireligieuse.

    Si la plupart des responsables de la Révolution croient en un Etre Suprême et sont adeptes d'une religion naturelle, les membres du Comité de Salut Public ne souhaitent pas se livrer à une déchristianisation « officielle » trop hardie. Même si certains d'entre eux, comme Couthon en Auvergne, l'ont pratiqué lorsqu'ils étaient en mission. Aller trop loin dans cette voie c'est, à coup sûr,  dresser tous les catholiques contre la Révolution. Dès le début du mois de Novembre, le Comité avait rappelé à l'ordre certains de ses représentants en mission. C'est ce que révèle la lettre rédigée par Robespierre, signée par lui-même, Carnot, Collot d'Herbois et Billaud-Varenne, et adressée au représentant en mission dans la Somme :

 

«  Il nous a paru que, dans vos dernières opérations, vous avez porté des coups trop violents au culte catholique (..) Nous devons nous garder de donner aux contre-révolutionnaires hypocrites, qui cherchent à allumer la guerre civile, aucun prétexte qui semble justifier leurs calomnies. Il ne faut leur fournir aucune occasion de dire que l'on viole la liberté du culte et qu'on fait la guerre à la religion elle-même. Il faut punir les prêtres séditieux et inciviques, mais le titre de prêtre ne doit pas être ouvertement proscrit. Il ne faut pas non plus appliquer, dans les zones où le patriotisme est tiède et assoupi, les violents remèdes nécessaires aux régions rebelles et contre-révolutionnaires. »  (2)

 

    Robespierre écrit également, sur ce même sujet, une lettre à toutes les Sociétés populaires, lettre qu'il fera signer par l'ensemble des membres du Comité de Salut Public :

 

«  Des troubles religieux ont éclaté; c'est à vous à en atténuer les effets; à vous, sociétés populaires, qui êtes les foyers où l'opinion se forge, s'agrandit et s'épure (..) L'instruction forme l'opinion. C'est le flambeau de l'opinion qui éclairera les hommes faibles, égarés et qui les a garantis des pièges semés sous leurs pas (..) Ramenons à la vérité, par le langage de la raison, cette multitude qui n'est livrée à l'erreur et aux suggestions de l'intrigue que parce qu'elle manque de lumières. Plus les convulsions du fanatisme expirant sont violentes, plus nous avons de ménagements à garder. Ne lui redonnons pas des armes en substituant la violence à l'instruction.» (3)

 

    Mais ces rappels à la raison ne suffiront pas à endiguer la vague antireligieuse qui déferle sur les patriotes parisiens et qui parfois les fait succomber à l'hystérie. Le 7 Novembre (17 Brumaire an II), l'Archevêque de Paris Gobel paraît à la barre de la Convention avec ses vicaires et se démet solennellement de ses fonctions au cours d’une cérémonie dont on ne retiendra que l’aspect grotesque.  Le 10 Novembre (20 Brumaire an II), se déroule à Notre Dame, une « Fête de la Liberté » organisée par Chaumette et la Commune de Paris.

    Le 16 Novembre (26 Brumaire an II), Cambon demande à l'Assemblée que « tous les bâtiments qui servent au culte et au logement de ses ministres servent d'asiles aux pauvres et d'établissements pour l'instruction publique.. » (4)

    A cette effervescence antireligieuse s'ajoute le culte des martyrs de la Révolution, en particulier de Marat*.

    Des mesures se préparent au Comité, et Robespierre en est l'initiateur. Mais, pour l'heure, il s'agit de traiter les problèmes dans l'ordre des urgences et, le 17 Novembre (27 Brumaire), Robespierre présente le premier des trois grands rapports du Comité de Salut Public. L'objectif est, ce jour là, de parler haut et fort aux grandes puissances étrangères, de prouver que la Révolution n'a pas affaibli la France comme certains veulent bien le dire mais qu'elle a, au contraire, renforcé sa puissance dans le monde. L'Incorruptible met beaucoup de conviction dans ce discours qui est destiné à être lu au-delà des frontières :

 

«  Pitt s'est grossièrement trompé sur notre Révolution; comme Louis XVI* et les aristocrates français, abusés par leur mépris pour le peuple, mépris fondé uniquement sur la conscience de leur propre bassesse, trop immoral pour croire aux vertus républicaines, trop peu philosophe pour faire un pas vers l'avenir, le ministre de George fut vaincu par son siècle; le siècle s'élançait vers la liberté, et Pitt voulait le faire rétrograder vers la barbarie et vers le despotisme. Ainsi l'ensemble des événements a trahi jusqu'ici ses rêves ambitieux; il a vu briser tour à tour, par la force populaire, les divers instruments dont il s'est servis; il a vu disparaître Necker, d'Orléans, La Fayette*, Lameth, Dumouriez, Custine, Brissot et tous les pygmées de la Gironde. Le peuple français s'est dégagé jusqu'ici des fils de ses intrigues comme Hercule d'une toile d'araignée... » (5)

 

    Et Robespierre rappelle les menées de la Gironde, peut être pour démontrer ici que le travail des factions a toujours le même objectif et que celles-ci emploient toujours les mêmes moyens :

 

« Tour à tour extravagants ou modérés, prêchant la faiblesse et le sommeil où il fallait de la vigilance et du courage, la témérité et l'exagération où il s'agit de prudence et de circonspection, ceux qui, à la fin de 1791, voulaient briser tous les sceptres du monde, sont les mêmes qui, au mois d'Août, voulaient parer le coup qui fit tomber celui du tyran. Le char de la Révolution roule sur un terrain inégal; ils ont voulu l'enrayer dans les chemins faciles et le précipiter avec violence dans les routes périlleuses; ils cherchèrent à le briser contre le but (...) »

«  Il est deux moyens de tout perdre : l'un, de faire des choses mauvaises par leur nature; l'autre, de faire mal ou à contretemps les choses même qui sont bonnes en soi. Il les ont employés tour à tour... Dumouriez, dans la Belgique, excitait les volontaires nationaux à dépouiller les églises et à jouer avec les saints d'argent, et le traître publiait en même temps des manifestes religieux dignes du pontife de Rome, qui vouaient les Français à l'horreur des Belges et du genre humain... » (5)

 

    Les préoccupations du moment sont bien omniprésentes dans ce discours. Même si Robespierre à souhaité s'éloigner, pour un temps au moins, des difficultés intérieures du pays, il y revient immanquablement tant elles l'obsèdent :

 

«  Fuyez à la fois le cruel modérantisme et l'exagération systématique de vos ennemis; soyez dignes du peuple que vous représentez; le peuple hait tous les excès, il ne veut être ni trompé, ni protégé; il veut qu'on le défende en l'honorant (..) Ne soyez point effrayé de la hauteur où vous êtes placés. Oh! Qui de nous ne sent pas s'agrandir toutes ses facultés, qui de nous ne croit pas s'élever au-dessus de l'humanité même, en songeant que ce n'est pas pour un peuple que nous combattons mais pour l'univers; pour les hommes qui vivent aujourd'hui, mais pour tous ceux qui existeront (..) »

«  Quand la liberté a fait une conquête telle que la France, nulle puissance humaine ne peut l'en chasser (..) Que la liberté périsse en France : la nature entière se couvre d'un voile sombre, et la raison humaine recule jusqu'aux abîmes de l'ignorance et de la barbarie. » (5)

 

    Ce même jour, 27 Brumaire, le Comité de Salut Public frappe un grand coup sur les « amis » de Danton* qui, lui, reste toujours reclus dans sa province champenoise. Delaunay (6), Julien de Toulouse  (7), Chabot (8), Proli, Dubuisson et quelques autres sont arrêtés.

 

 

 

LES ACTEURS DE LA REVOLUTION :  ROBESPIERRE (40/50)

 

Club de femmes patriotes installé dans une église en 1793

 

 

    Le Comité doit vraiment se battre sur tous les fronts. La situation de la déchristianisation ne cesse d'inquiéter l’Incorruptible qui voit, dans toutes ces manifestations, autant de raisons de rejeter dans l'opposition à la Révolution non seulement les catholiques mais toute la fraction du centre modéré.

    Il décide de donner un coup d'arrêt brutal à cette vague contre-révolutionnaire et il l'annonce au cours d'un long discours au club des Jacobins le 21 Novembre (1er Frimaire an II) . Un discours dans lequel il confirme, très clairement, la liberté des cultes mais en dénonçant à nouveau, les traitres et les conspirateurs qui ont initié cette campagne antireligieuse…

 

« Vous craignez, dites-vous, les prêtres ! les prêtres craignent bien davantage les progrès de la lumière. Vous avez peur des prêtres ! et ils s’empressent d’abdiquer leurs titres, pour les échanger contre ceux de municipaux, d’administrateurs, et même de présidents de sociétés populaires. Croyez seulement à leur amour pour la patrie, sur la foi de leur abjuration subite, et ils seront très contents de vous…. Vous ne le serez peut-être pas également d’eux. Avez-vous peur de ces évêques qui naguère étaient très attachés à leur bénéfice constitutionnel, qui leur rapportait soixante-dix mille livres de rentes, et qui en ont fait le sacrifice dès qu’il a été réduit à six mille livres; de ces évêques qui, aujourd’hui, en sollicitent et en ont peut-être obtenu l’indemnité ? Oui, craignez, non pas leur fanatisme, mais leur ambition; non pas l’habit qu’ils portaient, mais la peau nouvelle dont ils se sont revêtus. Au reste, ceci ne s’applique point à tous les prêtres; je respecte les exceptions, mais je m’obstine à croire qu’elles sont rares. »

« Non, ce n’est point le fanatisme qui doit être aujourd’hui le principal objet de nos inquiétudes. Cinq ans d’une révolution qui a frappé sur les prêtres déposent de son impuissance; la Vendée même, son dernier asile, ne prouve point du tout son pouvoir. C’est la politique, c’est l’ambition, ce sont les trahisons de ceux qui gouvernaient jadis qui ont créé la Vendée; c’étaient des hommes sans honneur, comme sans religion, qui traînaient des brigands étrangers ou français au pillage, et non au pied des autels. »

« Encore, la force de la république et le zèle du gouvernement actuel les ont-ils frappés à mort, malgré tant d’obstacles et de crimes; car ils ont perdu leur place d’armes, leurs magasins, la plus grande partie de leur force; il ne leur reste qu’une horde fugitive, dont l’existence ne pourrait être prolongée que par la malveillance et par l’ineptie. »

« Je ne vois plus qu’un seul moyen de réveiller parmi nous le fanatisme, c’est d’affecter de croire à sa puissance. Le fanatisme est un animal féroce et capricieux; il fuyait devant la raison: poursuivez-le avec de grands cris, il retournera sur ses pas. »

« Et quels autres effets peut produire cette chaleur extraordinaire et subite, ce zèle exagéré et fastueux avec lequel on semble lui faire la guerre depuis quelque temps. Je l’ai dit à la Convention, et je le répète ici, il est une infinité de choses que le bon esprit du peuple a tournées au profit de la liberté, et que nos ennemis n’avaient imaginées que pour la perdre. »

« Que des citoyens animés par un zèle pur viennent déposer sur l’autel de la patrie les monuments inutiles et pompeux de la superstition, pour les faire servir à son triomphe, la patrie et la raison sourient à ces offrandes. Que d’autres renoncent à telles ou telles cérémonies, et adoptent sur toutes ces choses l’opinion qui leur paraît la plus conforme à la vérité, la raison et la philosophie peuvent applaudir à leur conduite; mais de quel droit l’aristocratie et l’hypocrisie viendraient-elles ici mêler leur influence à celle du civisme et de la vertu ? De quel droit des hommes inconnus jusqu’ici dans la carrière de la révolution viendraient-ils chercher au milieu de tous ces événements les moyens d’usurper une fausse popularité, d’entraîner les patriotes même à de fausses mesures, et de jeter parmi nous le trouble et la discorde ? De quel droit viendraient-ils troubler la liberté des cultes, au nom de la liberté, et attaquer le fanatisme par un fanatisme nouveau ? De quel droit feraient-ils dégénérer les hommages solennels rendus à la vérité pure, en des farces éternelles et ridicules ? Pourquoi leur permettrait-on de se jouer ainsi de la dignité du peuple, et d’attacher les grelots de la folie au sceptre même de la philosophie ? »

 

« On a supposé qu’en accueillant des offrandes civiques, la Convention avait proscrit le culte catholique. Non, la Convention n’a point fait cette démarche téméraire: la Convention ne la fera jamais. Son intention est de maintenir la liberté des cuites, qu’elle a proclamée, et de réprimer en même temps tous ceux qui en abuseraient pour troubler l’ordre public; elle ne permettra pas qu’on persécute les ministres paisibles du culte, et elle les punira avec sévérité toutes les fois qu’ils oseront se prévaloir de leurs fonctions pour tromper les citoyens et pour armer les préjugés ou le royalisme contre la république. On a dénoncé des prêtres pour avoir dit la messe: ils la diront plus longtemps, si on les empêche de la dire. »

« Celui qui veut les empêcher est plus fanatique que celui qui dit la messe. Il est des hommes qui veulent aller plus loin; qui, sous le prétexte de détruire la superstition, veulent faire une sorte de religion de l’athéisme lui-même.(…) »

 

« Je parle dans une tribune où l'impudent Guadet osa me faire un crime d’avoir prononcé le mot de « providence ». Et dans quel temps! lorsque le cœur ulcéré de tous les crimes dont nous étions les témoins et les victimes; lorsque versant des larmes amères et impuissantes sur la misère du peuple éternellement trahi, éternellement opprimé, je cherchais à m’élever au dessus de la tourbe impure des conspirateurs dont j’étais environné, en invoquant contre eux la vengeance céleste, au défaut de la foudre populaire. Ce sentiment est gravé dans tous les cœurs sensibles et purs; il anime dans tous les temps les plus magnanimes défenseurs de la liberté. Aussi longtemps qu’il existera des tyrans, il sera une consolation douce au cœur des opprimés; et si jamais la tyrannie pouvait renaître parmi nous, quelle est l’âme énergique et vertueuse qui n’appellerait point en secret, de son triomphe sacrilège, à cette éternelle justice, qui semble avoir écrit dans tous les cœurs l’arrêt de mort de tous les tyrans. Il me semble du moins que le dernier martyr de la liberté exhalerait son âme avec un sentiment plus doux, en se reposant sur cette idée consolatrice. Ce sentiment est celui de l’Europe et de l’univers, c’est celui du peuple français. (…) »

 

« Ne voyez-vous pas le piège que nous tendent les ennemis de la république et les lâches émissaires des tyrans étrangers ? En présentant comme l’opinion générale les travers de quelques individus, et leur propre extravagance, ils voudraient nous rendre odieux à tous les peuples, pour affermir les trônes chancelants des scélérats qui les oppriment. Quel est le temps qu’ils ont choisi pour ces machinations ? Celui où les armées combinées ont été vaincues ou repoussées par le génie républicain; celui où ils veulent étouffer les murmures des peuples fatigués ou indignés de leur tyrannie; celui où ils pressent les nations neutres et alliées de la France de se déclarer contre nous. Les lâches ne veulent que réaliser toutes les calomnies grossières dont l’Europe entière reconnaissait l’impudence, et repousser de vous, par les préjugés ou par les opinions religieuses, ceux que la morale et l’intérêt commun attiraient vers la cause sublime et sainte que nous défendons. »

 

« Je le répète: nous n’avons plus d’autre fanatisme à craindre que celui des hommes immoraux, soudoyés par les cours étrangères pour réveiller le fanatisme, et pour donner à notre révolution le vernis de l’immoralité, qui est le caractère de nos lâches et féroces ennemis. »

« J’ai parlé des cours étrangères. Oui, voilà les véritables auteurs de nos maux et de nos discordes intestines. Leur but est d’avilir, s’il était possible, la nation française, de déshonorer les représentants qu’elfe a choisis, et de persuader aux peuples que les fondateurs de la république n’ont rien qui les distingue des valets de la tyrannie. »

« Ils ont deux espèces d’armées; l’une, sur nos frontières, impuissantes, plus près de sa ruine, à mesure que le gouvernement républicain prendra de la vigueur, et que la trahison cesse de rendre inutiles les efforts héroïques des soldats de la patrie; l’autre, plus dangereuse, est au milieu de nous: c’est une armée d’espions, de fripons stipendiés, qui s’introduisent partout, même au sein des sociétés populaires. Depuis que les chefs d’une faction exécrable, le plus ferme appui des trônes étrangers, ont péri; depuis que la journée du 31 mai a régénéré la Convention nationale qu’ils voulaient anéantir, ils redoublent d’activité, pour séduire, pour calomnier, pour diviser tous les défenseurs de la république, pour avilir et pour dissoudre la Convention nationale. »  (9)

 

    Lorsqu’il évoque cette armée d’espions qui s’introduisent partout, Robespierre a évidemment des noms en tête. Le jour même Cloots, l’un des plus excités contre la religion, est exclu des Jacobins. Danton* revenu de sa province s'élève, à son tour, contre « les mascarades religieuses ». Il trouve là une bonne occasion, à un moment où sa popularité est en baisse, d'apporter son appui au Comité de Salut Public et surtout à Robespierre. Le lendemain, puis les jours suivants, Danton* est à la tribune de la Convention. Il a retrouvé sa fougue et condamne toutes les mascarades antireligieuses inspirées par les amis d’Hébert. Mais dans l’esprit de  Danton* commence à poindre l’idée qu’il faut calmer la terreur : « Je demande l’économie du sang des hommes ; je demande que la Convention soit juste envers ceux qui ne sont pas signalés  comme les ennemis du peuple » dira-t-il le 22 novembre (2 Frimaire) en songeant sans doute à ses amis emprisonnés.

 

 

LES ACTEURS DE LA REVOLUTION :  ROBESPIERRE (40/50)

 

Pillage d’une église en 1793

Tableau de Victor-Henri Juglar – Musée de la Révolution Française

 

 

    La guerre en Vendée monopolise une part importante de l’effort militaire du pays. Robespierre est donc très attaché à la liberté des cultes, non pas par convictions personnelles, mais simplement pour épargner à la République de nouveaux affrontements sanglants. Il va donc, dès le 5 décembre (15 Frimaire an II), réaffirmer la position du Comité de Salut Public à la tribune de la Convention :

 

« Citoyens, les projets des intrigants qui veulent renverser fa liberté semblent déjà s’exécuter. C’est une chose remarquable que l’émigration qui se fait du Midi en Suisse, depuis qu’on a imprimé le mouvement extraordinaire contre le culte. Il existe des communes qui ne sont pas fanatiques, mais où cependant on trouve mauvais que des autorités, que la force armée, ordonnent de déserter les églises et mettent en arrestation des ministres du culte, à cause de leur qualité seule : des hommes qui les premiers ont apporté les dépouilles du culte ont aussi réclamé; ils ont cédé dans les premiers moments à l’impulsion, par amour pour la paix. Je ne dis pas que ces communes soient moins attachées à la liberté qu’à leur culte, mais enfin elles réclament. »

« Nos ennemis se sont proposé un double but en imprimant ce mouvement violent contre le culte catholique: le premier de recruter la Vendée, d’aliéner les peuples de la nation française, et de se servir de la philosophie pour détruire la liberté; le second.de troubler la tranquillité de l’intérieur, et de donner ainsi plus de force à la coalition de nos ennemis. »

« Je pourrais démontrer jusqu’à l’évidence la conspiration dont je viens de vous montrer les principales bases, si je voulais mettre à nu ceux qui en ont été les premiers agents. Je me contenterai de vous dire qu’à la tête il y a des émissaires de toutes les puissances qui nous font la guerre; qu’il y a des ministres protestants. (10) 

 « Qu’avez-vous à faire dans de pareilles circonstances ? parler en philosophes ? Non, mais en législateurs politiques, en hommes sages et éclairés. Vous devez protéger les patriotes contre leurs ennemis, leur indiquer les pièges qu’on leur tend, et vous garder d’inquiéter ceux qui auraient été trompés par des insinuations perfides; protéger enfin ceux qui veulent un culte qui ne trouble pas la société. Vous devez encore empêcher les extravagances, les folies qui coïncident avec les plans de conspiration: il faut corriger les écarts du patriotisme, mais faites-le avec le ménagement qui est dû à des amis de la liberté qui ont été un instant égarés ».

« Je demande que vous défendiez aux autorités particulières de servir nos ennemis par des mesures irréfléchies, et qu’aucune force armée ne puisse s’immiscer dans ce qui appartient aux opinions religieuses, sauf dans le cas où elle serait requise pour des mesures de police. »

« Enfin, je vous propose une mesure digne de la Convention; c’est de rappeler solennellement tous les citoyens à l’intérêt public, de les éclairer par vos principes, comme vous les animez par votre exemple, et de les engager à mettre de côté toutes les disputes dangereuses, pour ne s’occuper que du salut de la patrie. »

« Le projet du comité de salut public présente les mêmes vues. En y réfléchissant, vous sentirez la nécessité d’adopter les mesures que nous vous proposons: si vous ne le faites pas, comptez que les émissaires des cours étrangères profiteront de votre silence pour exécuter leurs projets criminels ». (11)

 

    Le 6 Décembre (16 Frimaire an II), la Convention, par un décret solennel, confirmera la liberté des cultes. Les églises, cependant, demeureront fermées.

 

 

    Une nouvelle fois le Comité de Salut Public a su se rendre maître de la situation. Une nouvelle fois, le mouvement populaire qui risquait de le déborder, a été canalisé. Cependant, il lui reste une lourde tâche, probablement la plus difficile : celle de conserver la confiance des sans-culottes. C'est la condition essentielle de la victoire, tant à l'intérieur qu'à l'extérieur.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

(1)   CLOOTS (Jean Baptiste, Baron) : Excentrique, possesseur d'une immense fortune, Jean Baptiste Cloots qui se fait prénommer Anarchasis s'enflamme pour les idées révolutionnaires et s'installe à Paris en 1789. S'attribuant le titre de " l'orateur du genre humain ", il est élu député de l'Oise à la Convention et fait l'apologie des massacres de Septembre. Pendant un temps il soutient les Girondins puis passe du côté des extrémistes et sera dénoncé par Saint-Just* en même temps que les hébertistes. Il sera guillotiné le 24 Mars 1794.

 

(2)   R. PALMER  "Le Gouvernement de la Terreur"  op. cit. page 112

 

(3)   cité par André STIL  "Quand Robespierre et Danton..." op. cit. page 389

 

(4)   J. MICHELET "Histoire de la Révolution française" op. cit. Vol VI page 353

 

 (5)   R. PALMER  "Le Gouvernement de la Terreur"  op. cit. pages 114/115

 

 

(6)  DELAUNAY (Joseph) :  Né à Angers le 24 Décembre 1752. Avocat à Angers et Commandant de la Garde nationale au début de la Révolution, il est élu à la Législative puis à la Convention où il siège sur les bancs de la Montagne. Entraîné dans les spéculations de la Compagnie des Indes avec Chabot, Basire et Fabre d'Eglantine, il sera dénoncé avec ses complices et jugé dans le procès de Danton*. Guillotiné le 5 Avril 1794.

 

(7) JULIEN  (Jean, dit Julien de Toulouse) : Né dans le Gard en 1750, il est pasteur protestant à Toulouse lorsque la Révolution éclate.  Après avoir eu des responsabilités locales, il est élu à la Convention où il siège sur les bancs de la Montagne et vote la mort du roi. Il est très largement compromis lorsqu'éclate le scandale de la Compagnie des Indes ce qui lui vaut d'être arrêté en 1793. Evadé, il reparaît à la Convention après le 9 Thermidor. Il sera amnistié mais ne sera pas réintégré au sein de l'Assemblée.

Hostile au 18 Brumaire il n'échappera à la déportation que grâce à l'intervention de Fouché. Etabli à Embrun en 1814, il y mourra le 17 Décembre 1828.

 

(8) CHABOT (François) : Né le 23 Octobre 1756. Capucin à Rode, il quitte son couvent dès la suppression des ordres monastiques et adhère à la Constitution Civile du Clergé. Elu à la Législative par le Loir et Cher et réélu à la Convention, il vote la mort du roi.

Nommé membre du Comité de Sûreté Générale, il dénoncera sans aucun scrupule certains de ses collègues. Il est mêlé avec Fabre d'Eglantine à l'affaire de la Compagnie des Indes. Pour se disculper auprès de Robespierre*, il dénoncera son ami Fabre mais sera quand même arrêté et guillotiné le 5 Avril 1794 avec Danton*

 

(9)   Discours prononcé par Maximilien Robespierre au Club des Jacobins le 21 novembre 1793

 

(10)  Rabaut Saint-Etienne député girondin à la Convention et protestant a été arrêté et exécuté le 5 décembre 1793 (15 Frimaire an II)

 

(11) Discours prononcé par Maximilien Robespierre à la Convention Nationale le 5 décembre 1793 (15 Frimaire an II)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

A SUIVRE

 

 

LES ACTEURS DE LA REVOLUTION : ROBESPIERRE (41/50)

 

L'OFFENSIVE INDULGENTE - LE "VIEUX CORDELIER" :

DECEMBRE 1793 - MARS 1794

  

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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