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14 mars 2009 6 14 /03 /mars /2009 12:24




Dans ces temps difficiles ou chacun se pose des questions sur son avenir ou sur l'avenir de ses enfants, d'autres n'ont même plus ce choix là; ils vivent au jour le jour, se débattent ,avec les difficultés et "improvisent" leur vie en fonction des circonstances. D'autres encore, aidés par la chance ou par leur travail ou bien parce qu'ils se trouvent encore dans le bon créneau, parviennent à maintenir leur pouvoir d'achat, souvent avec beaucoup de mal.
En choisissant des exemples représentatifs de notre société, le site "Eco89" a eu l'idée de passer "aux rayons X" les porte-monnaies de Français, que nous cotoyons tous les jours, sans bien savoir leurs problèmes.

 









Philippe est éleveur de moutons dans le Limousin, à une vingtaine de kilomètres de Brive-la-Gaillarde. Sur sa petite exploitation de 24 hectares, il élève 170 moutons. Il a commencé comme berger à l'âge de 22 ans "appelé par le goût de la liberté", mais si c'était à refaire, il renoncerait: "Je ne pourrais pas manger."

 

A 54 ans, il est toujours animé par la même passion, mais a appris à n'avoir besoin de rien. "Le seul luxe qui me reste, c'est le bonheur d'être dans mes prés", et ce même si c'est dès 7h30 du matin, et jusqu'à 20 heures le soir, voire la nuit en période d'agnelage. Pour ce père de trois enfants : "Le samedi et le dimanche ça n'existe pas et les vacances, c'est quand, par chance, un de mes enfants accepte de venir garder l'exploitation pendant une semaine."

S'il vit à peu près, c'est grâce à la pension militaire de son épouse. Car son exploitation lui rapporte la somme "ridicule" de 200 euros par mois.

 

Recettes: 1941 euros par mois

 

Contrairement à ce que l'on pourrait imaginer, la vente des animaux lui rapporte 1152 euros par mois, loin des 1941 euros qui composent l'ensemble de ses revenus. Il cède 150 agneaux dans l'année à sa coopérative, au prix de 82 euros par animal, à quoi on peut ajouter également des ventes occasionnelles à des particuliers, pour 90 euros par bête. Les primes représentent donc plus de la moitié de ses revenus: "Enlevez-les et il n'y a plus d'éleveurs en France." Ces primes, aussi diverses que complexes, s'élèvent à 789 euros par mois au total.

Comme il vit en "zone Piémont" (moyenne montagne), il reçoit une indemnité compensatoire de handicap naturel (ICHN) de 114 euros par mois. S'il était en haute montagne, il toucherait plus, car les conditions de vie sont encore plus difficiles.

Vient ensuite la prime à la brebis, fixée par Bruxelles qui lui permet de toucher 14 euros par an pour chaque brebis du troupeau : 198 euros par mois.

Il touche également le droit à paiement unique (DPU), une aide européenne versée en fonction de la surface et de l'historique de l'exploitation et qui s'élève dans son cas à 1300 euros par an, ce qui fait 108 euros par mois. "A Bruxelles, ils ont trouvé ce truc là pour encore compenser le manque à gagner des autres primes qui ont baissé."

Pour "tenir debout", Philippe a également entamé il y a deux ans un contrat d’agriculture durable (CAD), qui lui permet de gagner 3559 € par an, soit 297€ par mois, pendant cinq ans. Pour cela, il s'engage à entretenir des lisières de bois, à limiter le nombre d'animaux par hectare et le recours aux engrais: "Ça n'apporte pas de label, comme le bio mais ça me permet de vivre, tout simplement."

 

Dépenses: 1740 euros par mois

 

Les dépenses sont élevées, et certaines se sont accrues dernièrement. Alors Philippe gère tout ce qu’il peut lui-même, avec l'aide de sa femme. Nourrir les animaux, les soigner, entretenir les prés, faucher, emballer le foin... Le berger doit acheter des céréales pour compléter l'alimentation au foin, ce qui a un coût mensuel de 373 euros : "Avec la flambée du prix des matières premières, les céréales, la base alimentaire pour mon troupeau, ont cru de 100 euros par mois en une seule année."

De plus, n'étant pas propriétaire d'assez de terres pour nourrir son troupeau toute l’année, il lui faut en louer. Ce qui lui coûte 83€ par mois. Il est aussi obligé de faire appel à un vétérinaire pour soigner son troupeau, réaliser les vaccins, les visites de contrôle obligatoire et autres traitements... ce qui lui alourdit encore ses charges de 70€ par mois.

Philippe doit également rembourser les emprunts pour la bergerie et le tracteur, et payer une partie des terres de l’exploitation: au total, cela fait 516 euros chaque mois. Le montant des factures d’électricité et d’eau s'élève à 83 euros. Les diverses assurances pour les terres, les bâtiments, les deux tracteurs et le troupeau se chiffrent à 175 euros par mois pour toute l’exploitation. Le gasoil lui coûte 83 euros par mois en ce moment, une hausse de 40% en un an.

En tant qu’exploitant agricole, il est affilié à la sécurité sociale du régime agricole et rural, la Mutualité sociale agricole MSA, pour 237 euros par mois.

 

Gains: 200 euros

 

Comment élever ses gains mensuels, qui plafonnent désespérément à 200 euros ? Philippe ne voit pas de solution. S'il avait une plus grosse exploitation, de 1000 moutons par exemple, il devrait aussi avoir un salarié, des bâtiments... "Et beaucoup de soucis en plus. Ce n'est plus du tout la même agriculture… ni la même vie." Si son métier et son cadre de vie lui plaisent, il a la triste impression de travailler pour "entretenir le paysage". La coopérative à qui il vend ses moutons à 5,5 euros le kilo revend la viande 8 à 10 euros le kilo à la grande surface, où elle se retrouve entre 15 et 25 euros : "C'est tellement facile de remplir son caddie. Le consommateur ne pense pas aux agriculteurs qui travaillent pour remplir leurs assiettes. Il ne pense pas à tout le carbone rejeté dans l'atmosphère, ni au fait que si on supprimait les subventions, dans dix ans il n'y aurait plus d'élevage ovin en France."

Il rêve aujourd'hui à ce que l'agriculture soit déclarée "d'utilité publique": "On fait manger les Français!"

 

Source  :  Eco89   février 2009

 

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