Neuf mois après la révolution populaire qui a chassé Ben Ali du pouvoir, les Tunisiens ont voté en masse dimanche 23 octobre dernier pour élire les 217 membres de l'Assemblée constituante. Selon la commission électorale, l'affluence dans les bureaux a dépassé «toutes les attentes.» La participation pourrait ainsi dépasser 70% selon une dernière estimation de la commission électorale. Un succès populaire loué par la communauté internationale. Barack Obama a ainsi félicité les millions de Tunisiens qui se sont mobilisés pour un pays qui a «changé le cours de l'histoire.»
7 millions et demi d'électeurs étaient appelés aux urnes pour départager 11 686 candidats, répartis sur 1 517 listes, présentées par 80 partis et des «indépendants» (40%). Alors que la parité est obligatoire, les femmes ne sont que 7% à mener des listes. Les derniers sondages accordent à Ennahda, le parti islamiste, plus de 25% des voix, mais son leader n’exclut pas d’avoir la majorité absolue.
L'assemblée constituante élue devra rédiger une nouvelle constitution et désigner un exécutif, lequel gouvernera jusqu'aux prochaines élections générales.
Des irrégularités ont été signalées
Le président de la commission électorale a noté certaines «irrégularités» dans le déroulement du scrutin. «Certains partis continuent leur campagne et n'ont pas respecté le silence électoral» en vigueur depuis vendredi minuit, a-t-il déclaré. Il a notamment cité des «pressions sur les électeurs analphabètes» et des «SMS envoyés pour influencer le vote», sans citer aucun parti.
Les résultats connus finalement mardi
Le dépouillement a commencé dès la fermeture des bureaux de vote, à 19 heures. Et les premières estimations sont attendues dans la nuit. Fait inédit, c'est une instance électorale (Isie) totalement indépendante de l'exécutif qui a piloté tout le processus électoral, à la place du ministère de l'Intérieur disqualifié par des années de fraude. L'Isie annoncera les résultats définitifs finalement mardi après-midi et non lundi après-midi comme cela avait d'abord été annoncé. L'affluence des électeurs et quelques dysfonctionnements logistiques risquaient en effet de retarder les opérations de dépouillement.
Un enjeu crucial pour le Printemps arabe
L'acte de voter avait perdu tout son sens sous la présidence autoritaire de Habib Bourguiba, le père de l'indépendance (1956) qui s'en été vite dispensé. Il n'était qu'une formalité électorale sous le règne de son successeur Zine El-Abidine Ben Ali, constamment réélu avec des scores défiant l'imagination (99,91% en 1994). Crucial pour les Tunisiens, l'enjeu l'est aussi pour le Printemps arabe : sa réussite ou son échec enverront un signal déterminant aux peuples qui se sont soulevés dans la foulée de la révolution tunisienne. Coïncidence du calendrier : la Tunisie se rend aux urnes le jour même où son voisin libyen doit proclamer sa «libération totale», trois jours après la mort de Mouammar Kadhafi.
Parti du centre déshérité du pays le 17 décembre 2010 après l'immolation d'un jeune vendeur ambulant de Sidi Bouzid, un soulèvement populaire sans précédent a gagné en un mois tout le pays. Ben Ali a pris la fuite le 14 janvier pour se réfugier en Arabie saoudite.
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