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6 février 2018 2 06 /02 /février /2018 09:00

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LES ACTEURS DE LA REVOLUTION :  ROBESPIERRE (5/50)

 

Abbaye Anchin XVIème s

 

 

 

 

 

 

    LE TOURNANT D'UNE CARRIERE : 1786 - 1788

  

 

 

 

   Malgré ses fonctions à l'Académie d'Arras, et le temps important qu'il y consacre, Robespierre a maintenant opté définitivement pour la carrière d'avocat qui, semble-t-il, lui convient mieux que celle d'écrivain.

   Il commence à être connu et Maître Buissart lui délègue une bonne partie des "affaires" qui lui sont confiées. Il ne manque donc pas de travail : vingt causes en 1786, vingt-deux en 1787. Ce n'est pas encore la célébrité à laquelle Maximilien n'a pas l'intention de renoncer, mais il fait tout de même son chemin. L'affaire Deteuf va constituer pour lui un tournant dans sa carrière. C'est un très long procès : commencé en 1782, il ne verra sa conclusion que dans les premiers mois de 1788.

 

    Cette affaire compliquée, débute d'une manière que l'on peut résumer relativement simplement : François-Joseph Deteuf, maître cordelier, est soupçonné d’avoir volé deux cents soixante deux Louis à Dom Brogniart, receveur du lot abbatial de Saint-Sauveur d’Anchin. Une plainte est déposée contre lui le 31 mai 1783 et l’affaire est portée devant la Cour féodale de l’abbaye qui se déclare rapidement incompétente. Deteuf qui se dit innocent ne veut pas en rester là : il fait alors appel au Parlement de Flandres qui, lui aussi, renonce à juger arguant que les affaires de l’Artois ne sont pas de son ressort. C’est alors que Deteuf porte son action devant le Conseil d’Artois et choisit, pour sa défense, un avocat qu’on lui a chaudement recommandé : Maximilien Robespierre.

    Deteuf veut laver l’affront qui lui a été fait et, pour cela il a des arguments. Il prétend que Dom Brogniart a un intérêt particulier à l’accuser : le moine se venge, dit-il, parce que sa sœur, Clémence Deteuf, a refusé de se soumettre à ses « caprices ».

     L'avocat de l'Abbaye n'est autre que Maître Liborel, l'ancien maître de Robespierre, celui qui l’a présenté lors de son admission, en 1781, au Conseil Provincial d’Artois. La partie est donc d'autant plus difficile.

    L’avocat Robespierre consacre deux audiences à démontrer l’innocence de son client et obtient, le 3 novembre 1783, un décret d’ajournement. Mais il sent bien, depuis quelques temps, que ce procès revêt pour lui une importance considérable. Il ne va donc pas s’en tenir là et décide d’intenter une demande de dommages et intérêts de 30 000 Livres contre l’Abbaye Saint-Sauveur d’Anchin.

    Après quelques tentatives de négociations entre les parties, puis une interruption due à la tenue des Etats en 1784, Robespierre surprend tout le monde en publiant un mémoire dans lequel il attaque violemment Don Brogniart, mais aussi la congrégation dans son ensemble et même tout le clergé. Le défenseur passe à l’accusation et l’enjeu dépasse maintenant largement le pauvre Deteuf et sa sœur Clémence

 

« Il faut donc publier encore une fois des excès que l’on aurait voulu couvrir d’un voile impénétrable ; il faut rappeler encore le souvenir des désordres qui ont souillé un asile consacré à la religion et à la vertu  »

« Cette tâche est pénible ; mais l’innocence opprimée nous l’impose, et le plus grand de tous les scandales, ce serait de voir l’innocence opprimée réclamer en vain la justice et la vengeance ; ce serait de voir un malheureux que la calomnie a réduit à la plus affreuse misère cherchant inutilement un appui ou ne trouvant qu’un défenseur pusillanime, capable de sacrifier ses intérêts à de lâches ménagements pour ses persécuteurs.

« Au reste, que la nature de cette cause ne soit pas pour les âmes honnêtes un sujet d’effroi..Qu’à de commun la religion avec les vices de ses disciples ? Sa pureté inaltérable est-elle ternie par les crimes qu’elle condamne ?...

« Les religieux en général peuvent même voir d’un œil indifférent la célébrité de cette étrange affaire. Que l’équité du public éclairé les rassure contre la malignité de leurs détracteurs. Les vices d’un particulier, les torts même d’une communauté entière n’effacent point, à ses yeux, les vertus qui brillent dans tant de monastères. Il ne se fait point un plaisir indécent d’insulter à des corps toujours chers à la religion tant qu’ils l’honorent par leur exemple, toujours assez utiles au monde quand ils ne feraient que lui présenter le spectacle de la vertu  et répandre l’abondance autour de leurs asiles sacrés ; précieux même à l’Etat, non point aux yeux du philosophiste frivole, mais à ceux du politique éclairé qui voit, dans le clergé des monarchies modernes, un corps intermédiaire dont l’existence tient à la Constitution, et que l’on ne peut abattre sans ébranler les bornes qui séparent la monarchie du despotisme.

On croit donc pouvoir défendre, sans inconvénient, la cause de l’infortuné Deteuf avec toute la véracité et toute l’énergie qu’elle demande. Quoique l’on ne fasse en  cela que remplir un devoir sacré, on ne se flatte point encore d’échapper à la censure. Mais il est un suffrage sur lequel on ose compter :  quiconque a fait le bien trouve toujours ce suffrage au fond de son cœur (...)

« Il est temps, il est temps de venger l’innocence. L’intérêt public, autant que la justice de l’humanité, sollicite pour elle la réparation qu’elle demande. Ce n’est point assez qu’un arrêt la justifie quand elle est accusée, il faut encore que personne ne puisse l’attaquer impunément.  O nous tous, qui nous glorifions du titre de citoyens, si l’honneur, si la liberté, si la vie même, si tout ce qu’il y a de plus sacré parmi les hommes est de quelque prix à nos yeux, faisons des vœux pour qu’il ne soit point aujourd’hui décidé que les calomniateurs pourront  provoquer contre nous le glaive de la justice sans craindre notre juste réclamation. Liguons-nous contre cette désolante doctrine qui tend à ébranler les fondements de notre tranquillité, à rendre incertaine et précaire la jouissance de nos droits les plus inviolables. Demandons que les lois soient faites pour tous, que toute injustice soit réparée, quel que soit l’état et la qualité de celui qui l’a commise. Non, que jamais, sous quelque prétexte que ce soit, on ne voit l’oppresseur braver les cris du faible opprimé ! Que jamais les magistrats ne donnent à la société ce spectacle fait pour encourager le crime et effrayer l’innocence ! » (1)

 

    Par ses accusations, Maximilien se fait quelques sérieux ennemis en particulier au sein de ce monde religieux qui l'a pourtant bien aidé tout au long des années difficiles mais également au sein de ses collègues du barreau (2). Il est cependant convaincu qu’il ne peut pas se permettre de ménager qui que ce soit car ce procès a pris une ampleur considérable. Il veut, plus que jamais, se faire un nom et cette affaire pourrait être sa chance. Il travaille d'arrache pied afin de préparer soigneusement toutes ses interventions. Il néglige même, dans le courant de l'année, les séances de l'Académie d'Arras.

    Liborel, le défenseur de l’Abbaye, ne reste pas inactif non plus. Il dénonce le comportement de son jeune collègue en termes très vifs : « Le ministère de l’avocat a ses règles, ce n’est point en traits injurieux et diffamatoires qu’on exprime devant les magistrats les plainte de l’innocent opprimé » (3) D’ailleurs la vigueur du ton de Liborel semble doper Maximilien comme s’il avait enfin trouvé un adversaire à la mesure de son talent !.. Mais, à l’audience il sera moins audacieux que dans ses écrits. Maître Liborel, lui, plaide avec acharnement la diffamation.

    Quant à François Deteuf, lassé par la longueur de cette procédure, il traite avec les représentants de l’Abbaye et, sans l’avis de son avocat, conclut une transaction qui est validée le 27 mai 1786 et qui lui accorde des dommages et intérêts de 600 Livres. Du coup il retire sa plainte.

    Le procès Deteuf, dans lequel Maximilien Robespierre a mis tant d’énergie avorte misérablement.

 

    Pour compléter le tout,  le 30 Janvier 1788, le Conseil d'Artois ordonne :  «  que tous les termes attentatoires à l'autorité de la loi et de la jurisprudence, et injurieux aux juges, répandus dans le mémoire imprimé, signé de Robespierre, avocat, seront supprimés. »  (4)

 

    Le document du Conseil d'Artois est rendu public, par voie d'affiches, et Robespierre ressent une profonde humiliation dans son amour-propre.

     Maximilien, du coup s'est brisé. Tant de travail pour en arriver là !.. Et, pour couronner le tout, ses ennemis ne tardent pas à prendre leur revanche : la clientèle du jeune avocat s'effrite, on l'évite.... Il songe même à quitter Arras pour Paris, mais il va devoir renoncer car ses moyens financiers ne lui permettent pas, à l'heure actuelle, de s'établir dans la capitale.

 

     Succès, défaites... A nouveau le doute le reprend : son avenir est-il bien dans la profession d'avocat ? Il lui faut maintenant décider.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

(1)  Cité par J.A. PARIS  « La jeunesse de Robespierre et la convocation des Etats Généraux en Artois »  op. cit. Pages 64 à 67

 

(2)  Maître LIBOREL, son ancien patron ne sera pas tendre. Il qualifiera le mémoire de son jeune confrère de  : "diffamation la plus atroce consignée dans un écrit composé avec réflexion et destiné à perpétuer le déshonneur d'une maison religieuse ".

cité par Bernard NABONNE ,  "La vie privée de ROBESPIERRE" ,  op. cit. page 81

 

(3)  Cité par J.A. PARIS  « La jeunesse de Robespierre et la convocation des Etats Généraux en Artois »  op. cit. Page 68

 

(4)  Max GALLO "L'Homme Robespierre "

        Paris, Perrin, 1968, page 56

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

A SUIVRE :

 

 

LES ACTEURS DE LA REVOLUTION : ROBESPIERRE (6/50)

 

L’ENTREE EN POLITIQUE : 1788

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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