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22 mars 2018 4 22 /03 /mars /2018 09:00

 

 

LES ACTEURS DE LA REVOLUTION :  ROBESPIERRE (49/50)

 

 

Le Matin du 10 thermidor (1877), de Lucien-Étienne Mélingue.

Étendu sur une table, blessé, dans la salle de l'hôtel de ville, Robespierre est l'objet de la curiosité et des quolibets de thermidoriens, devant ses amis, défaits.

(Musée de la Révolution française)

 

 

 

 

LA CHUTE : 27-28 JUILLET 1794

(9-10 THERMIDOR AN II)

  

 

 

 

    Le lendemain matin, 27 Juillet (9 Thermidor), la séance de la Convention s'ouvre à 11 heures. A midi, Saint-Just* monte à la tribune et entreprend la lecture du texte dont il a terminé la rédaction ce matin à l'aube : « Je ne suis d'aucune faction, je les combattrai toutes... ». Il n'a pas commencé depuis quelques minutes qu'il est interrompu par Tallien qui lui fait le reproche de s'isoler du Comité en parlant en son nom personnel.

 

TALLIEN : « Je demande que le rideau soit entièrement déchiré.. » (1)

 

 A partir de cet instant, tout va se passer très vite. Le processus mis au point pendant la nuit par les conjurés va se dérouler comme prévu. Saint-Just*, après s'être fait prendre la parole, se fait chasser de la tribune. Stupéfait, il reste muet, abattu et va rester ainsi jusqu'à la fin du débat, sans raison explicable.

    Billaud-Varenne vient d'entrer, il bouscule Saint-Just*, s'empare de la tribune et parle, parle,....

 

BILLAUD-VARENNE : « Sachez, citoyens, qu'hier le président du tribunal révolutionnaire a proposé ouvertement aux Jacobins de chasser de la Convention tous les hommes impurs, c'est à dire tous ceux qu'on veut sacrifier; mais le peuple est là, et les patriotes sauront mourir pour défendre la liberté.. » (2)

 

    Il accuse Robespierre de protéger à la fois les extrémistes et les indulgents, de persécuter les bons patriotes, d'être à l'origine des décrets du 22 Prairial, en un mot d'aspirer à la dictature personnelle. Robespierre semble aussi pétrifié que Saint-Just*; il se tait également. Après s'être ressaisi, il demande la parole et se précipite vers la tribune occupée par Vadier. Collot d'Herbois, qui préside la séance, lui refuse la parole pour la donner à Tallien :

 

TALLIEN : ( brandissant un poignard) « Je me suis imposé jusqu'ici le silence, parce que je savais d'un homme qui approchait le tyran de la France qu'il avait formé une liste de proscription. Je n'ai pas voulu récriminer; mais j'ai bien vu hier la séance des Jacobins; j'ai frémi pour la patrie; j'ai vu se former l'armée du nouveau Cromwell et je suis armé d'un poignard pour lui percer le cœur si la Convention nationale n'avait pas le courage de le décréter d'accusation. »

 

ROBESPIERRE : « Je saurais lui rappeler..... »  (3)

 

   A nouveau il est interrompu. On le fait taire. Le tumulte dans l'Assemblée est effroyable. L'arrestation d'Hanriot, commandant de la garde nationale et de Dumas, président du Tribunal révolutionnaire sont décrétées. Barère fait également décréter que la fonction de commandant en chef de la Garde Nationale est supprimée. Robespierre tente, toujours vainement, de se faire entendre mais sa voix ne parvient pas à couvrir les vociférations de ses ennemis : « A bas le tyran ! ».  Il demande une fois encore la parole au président de séance, mais c'est maintenant Thuriot qui a remplacé Collot d'Herbois à la présidence :

 

ROBESPIERRE : « Pour la dernière fois, président d'assassins, pour la dernière fois, je te demande la parole... »

 

TALLIEN : « Vous l'entendez le monstre ? Il nous traite d'assassins !.. »

 

THURIOT : « Tu n'auras la parole qu'à ton tour ! »

 

GARNIER : « Le sang de Danton* t'étouffe !.. »

 

LES DEPUTES : « A bas le tyran !... A bas le tyran !.. »

 

ROBESPIERRE : « C'est donc Danton* que vous voulez venger. Lâches, pourquoi ne l'avez-vous pas défendu ?.... »  (4)

 

    Au milieu des cris : « A bas le tyran ! A bas le tyran ! »; au milieu des invectives et des hurlements, un obscur député demande, lui aussi, la parole et propose contre Robespierre le décret d'arrestation. Celui ci est voté, en quelques minutes, à  une large majorité.

    Le député Fréron triomphe : « La Liberté et la République vont donc enfin sortir de ses ruines »  (5)

    Robespierre arpente la salle, cherche vainement un soutien dans les tribunes, du côté des bancs de la Plaine, mais ce soutien, tant espéré, il ne le trouvera plus. Un huissier s'approche accompagné de gendarmes. On emmène Maximilien à qui l'on a adjoint Saint-Just* et Couthon*. Son frère Augustin-Bon demande à partager son sort ainsi que Le bas. L'Assemblée exprime alors bruyamment sa joie et entend à peine Robespierre s'écrier alors qu'on le conduit vers la sortie :

 

« La République est perdue, les brigands triomphent.. »  (6)

 

    Il est 5 heures du soir. Au même moment, la Commune, qui vient d'être avertie par des membres du public qui ont quitté la Convention précipitamment, se déclare en état d'insurrection. Hanriot fait sonner le tocsin et convoque les sections avec leurs canonniers. Puis, accompagné de quelques hommes, il tente de délivrer les prisonniers incarcérés dans une pièce du Comité de Sûreté Générale. Mais Hanriot a voulu aller trop vite... Il est lui-même entouré et arrêté. Robespierre et ses amis pensent alors que l'insurrection qui vient d'éclater n'a plus aucune chance d'aboutir. Il ne leur reste qu'un espoir : le Tribunal révolutionnaire tenu par les sans-culottes. Comme Marat* ils sauront convaincre les vrais révolutionnaires que sont les jurés du tribunal.

 

    Les prisonniers sont conduits dans des prisons différentes. Il est 6 heures 30 du soir.

 

    Pendant ce temps, les canonniers des sections convergent vers la Convention. Les Jacobins s'unissent à la Commune et Coffinhal, qui a marché sur l'Assemblée, délivre Hanriot et le ramène triomphalement à l'Hôtel de Ville. La Convention qui a eu très peur en voyant arriver les hommes de Coffinhal, est soulagée. Elle charge Barras de réunir des troupes. Barère fait proclamer la mise hors la loi des rebelles de la Commune et de tous ceux qui s'étaient soustrait aux mandats d'arrêts délivrés par les Comités : cela signifie, pour tous ces hommes, la mort sans jugement. Pendant ce temps, le Maire Fleuriot-Lescot, ami fidèle de Robespierre, fait délivrer les prisonniers qui, un à un, sont amenés à l'Hôtel de Ville. Hanriot, avec deux cents canonniers, est en train de bloquer les Tuileries.

 

    Robespierre arrive à l'Hôtel de Ville vers 10 heures du soir et se joint, après quelques hésitations, au Comité de la Commune qui délibère. Couthon, lui, a refusé de quitter sa prison; il ne rejoindra ses amis à l'Hôtel de Ville que vers minuit. La Commune, à cet instant, dispose dans les rues d'une supériorité écrasante, notamment en artillerie. Elle ne dispose pas, malheureusement, du chef de guerre qui peut donner l'ordre de se rendre maître de la Convention. Robespierre peut seul donner cet ordre, mais il refuse. Alors, la Commune délibère, elle prend des arrêtés destinés à mettre en place l'insurrection. Elle perd ainsi un temps précieux.

    Temps qui est mis à profit par Barras qui envoie partout des agents pour dissuader les gardes nationaux de prendre part à un combat qui semble inévitable. Les heures passent; il est presque deux heures du matin. Les canonniers se sont peu à peu retirés et Barras décide de passer à l'offensive.

    Il fait marcher ses troupes sur l'Hôtel de Ville et s'introduit, quelque temps plus tard, dans la salle où siège le comité de la Commune. Augustin Robespierre se jette par la fenêtre, Le bas se tue d'un coup de pistolet, Maximilien Robespierre tente également de se suicider et ne parvient qu'à se fracasser la mâchoire. Quant à Couthon, le paralytique, il sera découvert au pied d'un escalier quelques instants plus tard.

 

    Il reste 22 survivants qui, le lendemain 10 Thermidor, seront exécutés sans jugement.

    Le 29 Juillet (11 Thermidor), soixante-dix membres de la Commune sont guillotinés; le lendemain une autre fournée de 12 est conduite à l'échafaud.

 

 

    Comme l'écrit Albert Soboul : « Le gouvernement révolutionnaire, miné par ses contradictions, fut mortellement atteint en Robespierre et ses partisans et en même temps cette République démocratique et égalitaire qu'ils avaient voulu fonder.. »  (7)

 

 

 

    Cette République démocratique, tuée le 9 Thermidor, mettra près d'un siècle pour renaître.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

(1)   cité par André STIL  "Quand Robespierre et Danton...." op. cit. page 546

 

(2)   idem page 546

 

(3)   idem page 547

 

(4)   idem page 548

 

(5)  cité par  Gérard WALTER  "Robespierre" op. cit.  page 434

 

(6)   cité par Albert SOBOUL  "La Révolution française"  op. cit. page   381

 

(7)   idem page 385

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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