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24 août 2017 4 24 /08 /août /2017 07:00
LES ACTEURS DE LA REVOLUTION : MIRABEAU (24)

 

 

 

 

L'ART DU PAMPLET AU SERVICE DE LA SPECULATION :  1785 - 1786

 

 

 

 

 

      Mirabeau est maintenant condamné à écrire pour assurer sa subsistance et celle de sa petite famille. Il publie quelques ouvrages qui pour la plupart sont sans grand intérêt mais, tout de même, l'un d'entre eux obtient un succès immédiat : « Doutes sur la Liberté de l'Escaut ». Il s'agit d'un nouveau pamphlet dans lequel l'auteur prend parti contre Joseph II, le frère de Marie-Antoinette*, en accusant l'Autriche d'avoir des vues sur les Pays-Bas hollandais. L'ouvrage mettant en cause des têtes couronnées conforte la renommée de son auteur mais surtout il lui apporte quelques revenus dont il avait un besoin urgent. Par contre, il fâche beaucoup la Reine de France qui ne tarde pas à réagir : Marie-Antoinette* exige une lettre de cachet contre Mirabeau. Gabriel-Honoré qui avait l'intention de rentrer en France se voit donc obligé de demeurer à Londres pour une durée indéterminée....

 

    C'est Yet-Lie qui, la première, prend pied sur le continent avec la résolution d'aller plaider la cause de son amant. Elle le fera d'ailleurs très bien, mais en vain. On l'écoute poliment, mais on ne cède pas. Son insistance manquera même de la conduire elle-même en prison sous le prétexte d'avoir collaboré avec Mirabeau aux écrits contre le gouvernement. N'y tenant plus, Mirabeau quitte Londres au printemps 1785, au moment même ou Yet-Lie obtient l'assurance qu'on ne les inquiéterait pas à condition que le comte de Mirabeau rentre sur ses terres et se fasse oublier pendant quelque temps !....

    Déterminé à suivre scrupuleusement ces conseils, Gabriel-Honoré jure de ne rester à Paris que le temps de faire soigner son fils malade. C'est durant ces quelques jours qu'il rencontre de nouveau Clavière, rentré lui aussi en France. Clavière propose à Mirabeau une sorte d’association dans ses affaires financières. Impossible de résister à cette nouvelle opportunité tant le besoin d’argent est impérieux !.. Bravant le danger, Mirabeau décide de rester à Paris....

 

    En fait d'affaire financière, c'est une véritable fabrique de pamphlets qu'installent Claviere et Mirabeau sous la coupe de ce dernier. Et l'équipe rédactionnelle s'agrandit rapidement avec le banquier suisse Panchaud et Dumont de Genève. Tous travaillent d'arrache-pied, préparent les matériaux sur des sujets aussi divers que la politique, la finance, l'économie ou la diplomatie. Mirabeau ajoute quelques compléments, fait quelques retouches, et fait publier sous son nom une multitude de brochures que, pour la plupart d'entres elles, il n'a pas écrit.

    La renommée du comte de Mirabeau ne cesse de croître ce qui n'est pas pour lui déplaire; d'autant plus que ce succès lui assure des revenus un peu plus substantiels. Profitant de cette notoriété, et toujours sur les conseils de son ami Clavière, Mirabeau se lance dans quelques opérations financières. D'ailleurs, dans l'aristocratie parisienne, la bourse est devenue un jeu à la mode. Un groupe s'est constitué dans la capitale auquel Clavière donne ses conseils avisés et au sein duquel il fait entrer Mirabeau. Il y a là le Duc de Lauzun, que Gabriel-Honoré a connu comme officier en Corse; le comte de Narbonne (1), futur ministre de la Guerre; l'abbé de Périgord, le futur Talleyrand, avec qui Mirabeau va se lier d'amitié. On discute beaucoup, on spécule un peu, on s'informe des derniers développements de telle ou telle opération. Mirabeau évidemment apprend beaucoup de choses dans un domaine qui lui était quasiment inconnu il y a encore quelques mois.

 

    Les compères décident alors de mettre leurs talents d'écrivains pamphlétaires au service de leurs opérations financières. En trois mois vont sortir trois brochures intitulées « De la Caisse d'Escompte », « De la Banque d'Espagne dite Saint-Charles » et « Lettre à M. le Couteulx de la Noraye sur la Banque d'Espagne et la Caisse d'Escompte ». A chaque fois, le scénario est le même : le nom de Mirabeau donne à la brochure une audience certaine; les attaques portées contre les organismes bancaires font chuter les actions; Panchaud et Clavière, qui ont joué la baisse ramassent une petite fortune qu'ils partagent d'ailleurs avec Mirabeau !.. Ce dernier se félicite d'un tel succès; il a obtenu d'un même coup la renommée et l'argent. Que demander de plus ?

 

    Dans toutes ces opérations Mirabeau affronte tour à tour Calonne (2), Necker (3) et même le talentueux Beaumarchais avec qui il a un échange de correspondance très sévère. Mais on ne peut impunément s'en prendre aux ministres du roi ou à leurs proches. Les attaques contre Calonne laissent entrevoir, une nouvelle fois, la menace d'une lettre de cachet..

 

   Pour s'en préserver, Mirabeau songe à gagner l'Allemagne afin d'y fonder un journal. Calonne, qui a eu vent de cette idée, la trouve excellente et encourage vivement le comte de Mirabeau à la mettre à exécution.... Il y ajoute même une mission spéciale avec promesse d'une rémunération substantielle !..

 

 

 

 

 

 

 

 

1 - NARBONNE-LARA (Louis Marie Jacques, Comte de) :  Né le 23 Août 1755 à Parme. Narbonne est maître de camp à la veille de la Révolution. Grand ami de Madame de Staël, il s'attirera les bonnes grâces de Louis XVI* en organisant la fuite vers Rome des tantes du roi en 1790. Ministre de la guerre du 6 Décembre 1791 au 10 Mars 1792. Après le 10 Août 1792, il émigre en Angleterre avec Mme de Staël. Il reprendra du service en 1809 comme ministre plénipotentiaire. Comte d'Empire, il mourra le 17 Novembre 1813.

 

2 - CALONNE (Charles Alexandre) : Né à Douai le 20 Janvier 1734. Procureur général au Parlement de Douai, puis Intendant de la généralité de Metz (1766) puis de celle des Flandres (1778), Calonne acquiert la réputation d'un gestionnaire compétent.

Appelé au Contrôle Général des Finances, il propose, en 1786, un plan à Louis XVI qui implique une meilleure répartition de l'impôt. Hostile aux Etats Généraux, il conseille au roi de réunir l'Assemblée des notables. Mais la résistance des nobles et du clergé devant l'impôt aura raison de Calonne qui sera limogé le 9 Avril 1787.

Il s'exilera alors à Londres et ne reviendra à Paris qu'en 1789. Candidat lors des élections aux Etats Généraux, il sera battu. Il va alors servir le comte d'Artois émigré, avant de disparaître de la scène politique en 1795. Il mourra à Paris le 29 Octobre 1802.

 

3 - NECKER (Jacques) : Né à Genève le 30 Septembre 1732, il vient s'établir à Paris et, bénéficiant d'une réputation de financier, devient Directeur des Finances de 1777 à 1781. Il est alors renvoyé pour avoir dénoncé les gaspillages de la Cour.

Nommé à nouveau à ce poste le 25 Août 1788, il fait admettre à Louis XVI* la convocation des Etats Généraux. Renvoyé une nouvelle fois le 11 Juillet 1789, ce limogeage provoquera l'insurrection parisienne et il sera rappelé le 29 Juillet suivant.

Il donnera sa démission en Septembre 1790 et retournera en Suisse dans une totale indifférence. C'est là qu'il mourra en Avril 1804 .

 

 

 

ILLUSTRATION : Charles Alexandre de Calonne par Vigée Lebrun 1784

 

 

 

 

 

 

A SUIVRE

 

LES ACTEURS DE LA REVOLUTION : MIRABEAU (25)

PREMIERE RENCONTRE AVEC LE ROI DE PRUSSE : 1786

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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