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3 décembre 2017 7 03 /12 /décembre /2017 09:00

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LES ACTEURS DE LA REVOLUTION : MARIE-ANTOINETTE, REINE DE FRANCE (9/35)

 

Joseph II frère de Marie-Antoinette

 

 

 

 

PREMIERS SCANDALES : MAI 1776 - AOUT 1777

   

 

 

 

    Au fil des mois, la Cour de Versailles se transforme. Marie-Antoinette, au gré de son humeur, délaisse de plus en plus fréquemment le château pour s'isoler dans son Trianon. Tant et si bien que les femmes de la capitale commencent maintenant à ne plus faire le voyage de Versailles et les bals eux mêmes sont de plus en plus déserts.

    Le printemps 1776 voit s'accentuer l'emprise des "Polignac" sur la Reine et le début d'une longue série d'extravagances dont la France entière ne va pas tarder à jaser. En Juillet, la Reine "s'offre" un bracelet de diamants de 250 000 Livres, qu'elle n'a évidemment pas les moyens de financer... Qu'importe ! Elle en parle au Roi qui, aussitôt, ordonne à son ministre de régler la facture ! Marie-Antoinette qui n’a aucune notion du prix des choses considère que Turgot prêche vraiment trop souvent l'économie : elle a déjà demandé son renvoi à Louis XVI* qui souhaitait encore réfléchir. Mais une nouvelle conversation sur ce sujet semble cette fois avoir fait fléchir le roi. Marie-Antoinette mettra tellement d’acharnement à dénigrer Turgot que le pauvre ministre ne résistera pas. Louis XVI* le congédie le 10 Mai 1776 à la satisfaction quasi générale. Bien qu’elle n’y soit en fait pour pas grand chose, la reine se fait une fierté d’avoir fait renvoyer ce ministre qui contrariait tant de ses plans. Et cette puissance qu’elle est convaincue d’avoir acquise, elle va s’en servir pour distribuer des « récompenses » à tous ses familiers. Ainsi, pour faire plaisir à Mme de Lamballe, elle fait accorder une rente de 50 000 livres par an à son frère, le prince de Carignan. Mais tout cela n'est encore rien à côté des faveurs accordées au clan des Polignac : Monsieur de Polignac reçoit la charge de Premier Ecuyer de la Reine contre une pension annuelle de 80 000 Livres (1) ; le père de la Comtesse Jules est nommé ambassadeur en Suisse ; sa tante Madame d'Andlau (2) reçoit également une confortable pension. La Comtesse Jules et Marie-Antoinette sont désormais inséparables ; la Princesse de Lamballe a finalement laissé la place...

 

    Insouciante et même inconsciente, la Reine dépense : les flots d'or déversés sur la famille Polignac, les cadeaux faits aux Lamballe, les achats répétés au bijoutier Böhmer ou à la couturière Rose Bertin, les sommes énormes perdues aux jeux, lansquenet ou pharaon, tout cela constitue une dette considérable dont Marie-Antoinette ne se soucie guère. Elle n'a, bien entendu, aucune idée du montant des sommes empreintées, mais quelle importance ? Le Roi, périodiquement, couvre les impayés ; les ministres s'inquiètent... Louis XVI* ferme les yeux, cède sur tout ; il ne sait rien refuser à sa chère épouse. Est-il conscient que sa femme, qui ne l'est toujours pas, pourrait bien "se livrer à d'autres plaisirs encore moins convenables", comme le supposera Marie-Thérèse ? L'Impératrice, tenue informée au jour le jour par son fidèle Mercy, multiplie les mises en garde et les avertissements. Peine inutile d'ailleurs car Marie-Antoinette ne tient plus aucun compte, depuis fort longtemps, des recommandations de sa mère. C’est tout juste si elle prend le temps de lire encore ses lettres !... Elle ne pense plus qu'à ses plaisirs et à ses divertissements. Mercy devant l'énormité des dépenses est totalement découragé et, dès la fin de l'année 1776, il indique à Marie-Thérèse qu'il n'existe « aucune autorité active possible à opposer aux volontés de la Reine » (3). L'Impératrice d'Autriche va alors jouer son va tout : elle dépêche à Versailles son fils Joseph II pour mettre un peu d'ordre dans cette Cour de France où règne, de plus en plus, une odeur de scandale.

    L'Empereur arrive, incognito, le 18 Avril 1777. Tout à la joie d'embrasser à nouveau son frère, mais sans doute aussi pour se trouver des excuses, Marie-Antoinette lui avoue tout : ses problèmes conjugaux, ses relations avec ses favorites, son goût pour le jeu et les plaisirs,... Joseph est assez vite effrayé par l'ambiance de Versailles et écrit à son frère Léopold le 29 Avril : « la Reine est une jolie femme, mais c'est une tête à vent... » (4)

    Joseph II, pendant les quelques jours passés en France, va rencontrer beaucoup de monde ; il s'entretient longuement avec sa sœur, le Roi et les autres membres de la famille royale ; il étudie très sérieusement les favoris de Marie-Antoinette. C'est un véritable rapport de visite qu'il va dresser à sa mère au retour de son voyage. Même s'il se montre très sévère avec sa sœur, c'est pourtant elle qui trouve le plus de grâce à ses yeux : « C'est une aimable et honnête femme, un peu jeune, peu réfléchie, mais qui a un fond d'honnêteté et de vertu dans son âge, vraiment respectable. Avec cela, de l'esprit et une justesse de pénétration qui m'a souvent étonné. Son premier mouvement est toujours le vrai ; si elle s'y laissait aller, réfléchissait un peu plus, et écoutait un peu moins les gens qui la soufflent, dont il y a des armées et de différentes façons, elle serait parfaite... »  (5)

 

    Le Roi également, de l'avis de Joseph II, n'est pas dénué d'attraits. Sans doute s'attendait-il à pire compte tenu des descriptions peu flatteuses qu'on lui avait faites ? « Il est un peu faible, mais point imbécile ; il a des notions, du jugement, mais c'est une apathie de corps comme d'esprit... Le fiat lux n'est pas encore venu, la matière est encore en globe...." (6)

 

    Avant de regagner l'Autriche à la fin du mois de Mai 1777, Joseph II laisse à sa sœur des « Réflexions données à la Reine de France » qu'il a pris grand soin de rédiger pendant son séjour à Versailles. « Vous êtes faite pour être heureuse, vertueuse et parfaite ; mais il est temps et plus que temps de réfléchir et de poser un système qui soit soutenu. L'âge avance (7) : vous n'avez plus l'excuse de l'enfance. Que deviendrez-vous si vous tardez longtemps ? Une malheureuse femme et plus malheureuse princesse..." (8)

    Joseph II insiste beaucoup sur la question des jeux de hasard car ce qu'il a vu à la Cour l'a profondément outré : « Avez-vous pesé les conséquences affreuses des jeux de hasard ? (..) Pourriez-vous dissimuler que toute la partie sensée de l'Europe vous rendrait responsable des ruines des jeunes gens, des vilenies qui s'y commettent, et des abominations qui en sont les suites, si vous protégez et étendez ces jeux, ou que bien plus vous les recherchiez et courriez après ? (..) Et puis pensez que le Roi ne joue pas et que c'est scandaleux que vous seule, pour ainsi dire, de la famille, les souteniez .... » (9)

 

 

 

LES ACTEURS DE LA REVOLUTION : MARIE-ANTOINETTE, REINE DE FRANCE (9/35)

 

La Comtesse d'Artois et ses enfants

 

 

    Quant à la froideur de Louis XVI* envers son épouse, Joseph reste convaincu que sa sœur à une bonne part de responsabilité : « N'êtes-vous pas froide ou distraite quand il vous caresse, vous parle ? Ne paraissez-vous pas ennuyée, dégoûtée même ? Comment, si cela était, voudriez-vous qu'un homme froid et qui n'a pas senti les plaisirs charnels, s'approche, s'excite, et enfin vous aime et parvienne à terminer la grande œuvre ou au moins goûter les plaisirs possibles à son état avec vous ? Ce point exige toute votre attention, et tout ce que vous ferez pour obtenir ce grand but sera le lien le plus fort que vous mettrez au bonheur de votre vie. Ne vous rebutez jamais, et soutenez-lui l'espérance toute votre vie qu'il pourra encore avoir des enfants, que jamais il n'y renonce ou en désespère. »

« Vous devez éviter cette idée et toute séparation de lit de toutes vos forces, qui ne consistent que dans vos charmes et votre amitié. »  (10)

 

     Cette visite de son frère Joseph aura une influence considérable sur Marie-Antoinette mais, malheureusement, elle ne sera que de courte durée. Elle prendra soin de relire, de temps à autre, quelques passages des « Réflexions données à la Reine de France » en se promettant de s'y conformer...  mais elle oubliera aussi vite...

    La visite de Joseph II semble également avoir été bénéfique pour le roi Louis XVI*. Les deux hommes ont eu plusieurs entretiens en tête-à-tête et il ne fait aucun doute que les difficultés éprouvées par Louis pour "consommer" son mariage ont été évoquées. Dès le 16 Juin suivant Marie-Antoinette relate à sa mère des faits qui ne sont pas sans lui donner quelques espoirs de ce côté là :

 

«  On croit la Comtesse d'Artois encore grosse. C'est un coup d'œil assez désagréable pour moi après plus de sept ans de mariage ; il y aurait pourtant de l'injustice à en montrer de l'humeur. Je ne suis pas sans espérance, mon frère pourra dire à ma chère maman ce qu’il en est. Le roi a causé avec lui sur ce chapitre avec sincérité et confiance... » (11)

 

    Joseph II est-il parvenu à convaincre Louis XVI* que l'opération chirurgicale devenait maintenant indispensable ? A-t-il réussi à mettre le Roi en confiance en dissipant ses inquiétudes ? Toujours est-il que, dans une lettre du 30 Août, Marie-Antoinette annonce enfin à sa mère la "bonne" nouvelle :

 

«  Je suis dans le bonheur le plus essentiel pour toute ma vie. Il y a déjà plus de huit jours que mon mariage est parfaitement consommé ; l'épreuve a été réitérée, et encore hier plus complètement que la première fois. J'avais pensé d'abord envoyer un courrier à ma chère maman. J'ai eu peur que cela ne fit événement et propos. J'avoue aussi que je voulais être tout à fait sûre de mon fait. Je ne crois pas être grosse encore, mais au moins j'ai l'espérance de l'être d'un moment à l'autre…. »  (12)

 

    Voilà sept ans que l'on attendait cet événement sans réellement plus y croire ! La Reine est vraiment très heureuse, à tel point qu'elle va oublier, de façon définitive, les conseils écrits par son frère. On relèvera même, à partir de cette période, quelques mensonges ou inexactitudes dans les courriers adressés à sa mère.

    C'est à partir de cet été 1777 que la Reine commence à prendre goût aux promenades sur les terrasses et dans les jardins du château. Au bras de l'une de ses dames, Marie-Antoinette prend le frais... Bientôt, pour agrémenter ces distractions nocturnes, on fait venir des musiciens et la population de Versailles est autorisée à se rassembler pour profiter du spectacle. La Reine est enchantée de cette ambiance de fête ; on la voit même se mêler à la foule, s'asseoir sur un banc pour lier une conversation. Elle aime être proche du peuple, elle aime être aimée et, toujours aussi candide, elle ne pense pas un seul instant qu'elle alimente les pamphlétaires qui ont tôt fait de transformer ces innocentes promenades en saturnales. Des libelles circulent à Versailles et dans la capitale ; les courtisans les colportent de bouche à oreille dans les soirées. Ces écrits sont maintenant d'un ton très irrévérencieux tel cette « semonce à la Reine » : «  Combien de fois vous êtes-vous soustraite à la couche nuptiale, aux caresses d'un époux, pour aller vous livrer à des bacchantes ou à des satyres, et devenir, par des plaisirs brutaux, l'un et l'autre avec eux ? .. »  (13)

 

    Quand on lui rapporte certains de ces écrits, la Reine pouffe de rire ! ....Qu'importe que certains colportent tous ces ragots puisque le peuple l'aime !

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

(1)   Les dépenses d'écuries seront augmentées de 200 000 Livres pour l'entretien de 300 chevaux, sans compter le personnel en livrée. L'entretien et la nourriture des chevaux passent subitement de 1 Livre 12 Sols par bête et par jour à 9 Livres 6 Sols ; quant au ferrage, il passera de 6 000 Livres par an à plus de 20 000.

 

(2)   Madame d'Andlau avait été chassée de la Cour de Louis XV pour avoir prêté à l'une des filles du Roi, Madame Adélaïde, un ouvrage considéré comme pornographique !

 

(3)   Cité par André CASTELOT  "Marie-Antoinette"  op. cit. Page 147.

 

(4)   Cité par Sabine FLAISSIER  "Marie-Antoinette en accusation"  op. cit. Page 110.

 

(5)  Cité par Jean CHALON  "Chère Marie-Antoinette"  op. cit. Page 138.

 

(6)   Cité par André CASTELOT  "Marie-Antoinette"  op. cit. Page 159.

 

(7)    Marie-Antoinette aura vingt-deux ans le 2 Novembre 1778 !

 

(8)   Cité par Jean CHALON  " Chère Marie-Antoinette"   op. cit. Page 138.

 

(9)  Cité par Sabine FLAISSIER  "Marie-Antoinette en accusation"  op. cit. Page 96.

 

(10)  Cité par Evelyne LEVER "Marie-Antoinette" op. cit. Page 214.

 

(11)  Lettre de Marie-Antoinette à Marie-Thérèse du 16 Juin 1777 cité par Sabine FLAISSIER  "Marie-Antoinette en accusation" op. cit. Page 141.

 

(12)  Cité par Jean CHALON  "Chère Marie-Antoinette"  op. cit. Page 139.

         et Evelyne LEVER "Marie-Antoinette"  op. cit. Page 217.

 

(13)  Cité par André CASTELOT  "Marie-Antoinette"  op. cit. Page 163.

 

 

 

 

 

 

 

 

A SUIVRE : 

 

 

LES ACTEURS DE LA REVOLUTION : MARIE-ANTOINETTE , REINE DE FRANCE  (10/35)

 

L'ENTREE EN POLITIQUE : 1778

   

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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