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13 septembre 2009 7 13 /09 /septembre /2009 18:28



Dans ces temps difficiles ou chacun se pose des questions sur son avenir ou sur l'avenir de ses enfants, d'autres n'ont même plus ce choix là; ils vivent au jour le jour, se débattent ,avec les difficultés et "improvisent" leur vie en fonction des circonstances. D'autres encore, aidés par la chance ou par leur travail ou bien parce qu'ils se trouvent encore dans le bon créneau, parviennent à maintenir leur pouvoir d'achat, souvent avec beaucoup de mal.
En choisissant des exemples représentatifs de notre société, le site "Eco89" a eu l'idée de passer "aux rayons X" les porte-monnaies de Français, que nous cotoyons tous les jours, sans bien savoir leurs problèmes









Le jour de marché, il vient par autocar jusqu'à notre petite ville touristique et s'installe face à la boulangerie sur son tabouret pliant, quel que soit le temps, avec son écriteau de sans domicile fixe (SDF). D'emblée, il prévient : « Pas de nom, pas de photos. Je ne veux pas qu'on me voie comme ça. » A défaut, appelons-le « mon meilleur copain ». Il a accepté de passer ses revenus au rayon X.

 

« Mon meilleur copain », c'est le sobriquet que je lui ai spontanément donné un jour, après qu'il m'avait parlé, avec une ferveur inattendue, du sien, un mendiant comme lui, qui officie au bas de la rue avec un orgue de barbarie et qui le considère comme son « fils ».

 

« Je n'ai jamais été à l'école. Mon père, d'origine maghrébine, petit salarié chez Saint-Gobain, ne voulait pas. Il m'emmenait avec lui au travail. Je rendais de menus services, je faisais chauffer les gamelles, je faisais le commissionnaire. Le soir, il m'apprenait à lire. En réalité, je ne sais pas vraiment lire. »

 

 

Puis est arrivé le drame.

 

« Mon père a été battu à mort par des connaissances qui lui devaient de l'argent et qui ne voulaient pas le rembourser. J'avais 14 ans. Mon frère et ma sœur aînés nous ont abandonnés, ma mère [d'origine française, ndlr] et moi. Ma mère ne gagnait pas grand-chose. J'ai fait des petits boulots. Mais je n'avais plus de goût à rien. Je suis tombé dans la rue et j'y suis toujours. »

 

« Mon meilleur copain » a aujourd'hui 51 ans. Il est régulièrement hébergé par une amie dans son F2 d'HLM. Elle est bien plus jeune que lui et travaille. « Des petits boulots qui ne lui rapportent pas beaucoup. Ses parents l'aident. »

 

 

« Mon meilleur copain » ne possède pas les clefs du petit logis. Il précise et rit : « Ce n'est pas chez moi. Le matin, je pars avant elle. Le soir, j'attends qu'elle m'ouvre. Nous ne sommes pas en couple, avec ma copine. Elle dort dans sa chambre, moi dans le salon. Au début, elle avait dit : “Pas plus de quelques semaines.” Ça dure depuis quatorze ans ! »

 

 

Ne cherchez pas trop une quelconque logique rationnelle dans la démarche de « mon meilleur copain ». Sa vie est construite comme un puzzle éclaté, au gré du vent et des circonstances. Il y a 127 kilomètres entre sa ville d'hébergement et celle où il a ouvert son compte postal. Et où il se rend chaque mois pour percevoir son RSA. Lui s'est déplacé (« je n'avais plus de famille, on m'avait dit c'était bien là-bas »), mais il ne lui est pas venu à l'idée de faire suivre son compte à une agence plus proche.

 

Ses gains en matière de mendicité sont si modestes (voir détail ci-dessous) qu'on se demande pourquoi il persiste. Ainsi avoue-t-il ne pratiquement rien gagner, dans la semaine, à son feu rouge près du périphérique. Mais il y reste. Comme si la mendicité n'était plus seulement un gagne-pain, mais aussi un rituel.

 

Cahin-caha, sa vie se partage grosso modo entre la mendicité dans la rue et des petits services qu'il rend. « Les gens m'aiment bien. Ils me demandent des coups de mains, pour porter des paquets, les aider à la peinture… Quand je mendie sur le marché, ça va. Mais aux feux rouges, près du périphérique, c'est plus dur. Souvent des insultes, des crachats. »

 

Pourtant, il dit ne rien regretter. Ne rien désirer d'autre. Qu'il est et se sent libre. « De toutes façons, c'est comme ça. »

 

Revenus : 515 euros par mois


*  Revenu de solidarité active (RSA) : 454,63 euros

*  Produit de la mendicité et pourboires divers : environ 60 euros

*  Avantages en nature (repas de midi souvent offert, nourriture à emporter, vêtements…) moyennant les menus services rendus (« quand on m'offre le déjeuner, je n'accepte jamais de pourboires »).


Dépenses mensuelles : 510 euros

 

« Quand je retire mon RSA au bureau de Poste, je place environ 300 euros à la Caisse d'Epargne sur un compte-courant rémunéré et je garde le reste en liquide. Mais il n'en reste jamais grand-chose à la fin du mois. Parfois, il en reste et d'autres fois, il n'y en a pas assez. En gros, ça s'équilibre. »

 

*  Forfait d'hébergement versé à son amie : 30 euros. « Mais je lui offre souvent aussi un petit bouquet de fleur, du parfum, des cigarettes… » (environ 40 euros supplémentaires).

*  Frais de nourriture et d'entretiens divers : sandwiches, coiffeur (il est toujours impeccablement coiffé et rasé), vêtements, participation aux frais médicaux (« j'ai une carte vitale et une mutuelle : 20 euros et quelques »)… Au total, environ 250 euros.

*  Frais de transport : part très importante de son budget. Il y a 63 kilomètres entre la ville où il est hébergé et celle où il « fait » le marché tous les samedis du mois (« je viens jusque là parce que c'est une jolie ville qui me plaît bien »). Outre les 127 kilomètres de train pour se rendre au bureau de poste et retirer chaque mois son RSA, il lui faut parcourir 47 kilomètres supplémentaires en autocar pour rendre visite à sa mère. Budget transport mensuel : environ 90 euros.

*  100 euros versés à sa mère actuellement en maison de retraite.


 
Aucune épargne et du footing comme loisir

 

Loisirs gratuits : footing (« tous les matins »), marche à pieds, balades…

Il tient à préciser : « Pas d'alcool, pas de cigarettes, pas de drogues. »

Passé l'entretien pour ce billet, « mon meilleur copain » retourne à son poste. Son visage porte les stigmates de sa vie rude. Mais son sourire est si franc, si doux, que bien des passants s'arrêtent pour échanger avec lui quelques propos paisibles.

 



Source : Eco89  11-09-2009

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