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22 juin 2010 2 22 /06 /juin /2010 11:00

 

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La baisse de salaires des fonctionnaires annoncée par le gouvernement socialiste de José Luis Rodriguez Zapatero est une première qui doit permettre d'économiser 4 milliards d'euros, dans le cadre d'un plan de rigueur de 20 milliards. L'Espagne doit aussi annoncer, le 16 juin prochain, une réforme du marché du travail qui pourrait cette fois mener à la grève générale.

 

Professeur d'anglais dans une école publique des environs de Madrid, Diego se sent concerné. Mais il hésite : « Je suis allé manifester deux fois l'an dernier et à chaque fois on nous retire environ 100 euros. Alors, si mon salaire va déjà baisser à partir de juillet, il faut que je sois prudent. » 

  

Calme et posé, il connaît le détail de ses comptes sur le bout des doigts. Soit l'anti portrait-robot du jeune Espagnol surendetté ou vivant aux crochets de ses parents que nous renvoient les enquêtes sociologiques.

Malgré son jeune âge, Diego a déjà enseigné aux Etats-Unis et en Allemagne après être parti à Manchester lorsqu'il avait 23 ans pour y travailler comme serveur. Il parle allemand, anglais, italien et est en troisième année de français.

 

Il ne gagnait que 703 euros par mois en Allemagne, mais il s'agissait d'un stage : « Je crois que je pourrais être payé environ 3 000 euros aujourd'hui. »

 

Aux Etats-Unis, à 28 ans, il gagnait bien sa vie en tant que professeur d'espagnol dans un lycée public : 1 200 dollars tous les quinze jours (1 000 euros au taux de change d'aujourd'hui). « Alors que j'étais encore débutant et dans un lycée d'une zone défavorisée », précise-t-il.

 

Dès l'année scolaire terminée, il a pourtant refait ses valises. Direction Madrid où, après seulement quinze jours de bachotage, il décroche l'une des 850 places à pourvoir pour la rentrée 2007 en primaire à Madrid et devient professeur d'anglais titulaire et fonctionnaire. « J'ai eu de la chance : cette année, à cause de la crise, ils n'offrent que 200 places. »  

 

Deux mois plus tard, c'est sa première rentrée officielle dans une école publique bilingue des environs de Madrid.

 

Revenus : 1 831 euros net

 

Diego gagne aujourd'hui 1 598 euros net par mois, treizième et d'un quatorzième mois inclus (et versés en juin et décembre). Certaines entreprises espagnoles offrent jusqu'à seize mois à leurs salariés. Un héritage paternaliste venu du franquisme, râlent les voix critiques qui préfèreraient gérer leur salaire mensuel comme bon leur semble.

 

Mais quand il touche ces « extras », son salaire habituel, composé d'un fixe et de compléments (primes selon l'age, le lieu de travail, etc), est abaissé d'environ 200 euros. Ramené à douze mois, le salaire de Diego s'élève donc à environ 1 831 euros net par mois pour 20 heures de cours et cinq heures de professorat.

Son salaire net est obtenu après la déduction des cotisations sociales et des impôts qui représentent 16% de ses revenus bruts, soit environ 300 euros par mois.

 

Le tour de vis annoncé par le gouvernement espagnol se traduira pour Diego par une baisse de salaire dès le mois de juillet, alors même qu'une hausse de deux points de la TVA, annoncée cet hiver, entrera en vigueur. La grille officielle n'a pas encore été diffusée mais l'instituteur s'attend à perdre entre 80 et 90 euros par mois et à subir une coupe supplémentaire de 30% de son quatorzième mois, à Noël. Le treizième mois, distribué en juin, reste intact.

 

Comme les économistes, analystes et autres journalistes spécialisés, aucun des 35 instituteurs de l'école où travaille Diego ne s'attendaient à l'amplitude des mesures de rigueur annoncées par José Luis Rodriguez Zapatero, à la mi-mai. Il se souvient de « la surprise et de la colère » des professeurs qui se croisaient dans les couloirs à mesure que le détail des mesures annoncées par Zapatero était dévoilé. Malgré cette colère, il ne pense pas que la manifestation de mardi va changer leur sort : « Le gouvernement doit faire des coupes budgétaires. L'Europe, le FMI et même Obama le poussent dans cette direction. Il ne peut pas reculer. Mais ce sont les banques qui devraient payer. »

 

 

A la rentrée prochaine, Diego, qui aura travaillé plus de trois ans, passera à l'échelon supérieur. « Ça se traduit pas 30 euros nets de plus par mois. Pas grand chose… », explique-t-il. C'est ce que touche son amie, Elisa, professeur de musique dans la même école.

 

Diego gagnerait plus à l'étranger mais Elisa ne pourrait pas le suivre car elle ne parle qu'espagnol. Et pas question pour lui de changer de voie. L'enseignement, c'est sa vocation : « Nous songeons à chercher du travail dans une autre ville d'Espagne, où la vie est moins chère, et où nous gagnerions le même salaire. »

 

 

Dépenses fixes : 713 euros

 

Elisa et Diego vivent ensemble en plein centre de Madrid, dans le quartier populaire de Lavapiés, et partagent tous les frais fixes.

 

** Loyer  : 315 euros

Elisa occupe l'appartement depuis plus de quatre ans et conserve le loyer d'origine pour ce 50 mètres carrés, soit 630 euros. « C'est très peu », s'empresse de préciser Diego. Les voisins de pallier payent environ 800 euros pour la même surface.

 

Avant d'emménager avec elle, Diego partageait un grand appartement avec deux autres colocataires dans une zone plus excentrée pour 400 euros par mois.

 

** Charges : 20 euros

Les factures d'électricités et de gaz leur reviennent à environ 40 euros par mois, soit 20 euros pour Diego. Ils ne payent pas l'eau, incluse dans les charges.

 

** Poubelle : 2,5 euros

 Le propriétaire leur a signalé que la nouvelle taxe sur le ramassage instaurée cette année par la mairie de Madrid serait à leur charge. Ils doivent bientôt payer leur première facture mais ignorent à combien elle s'élèvera. En moyenne, le service est facturé 59 euros par an, soit 2,5 euros par mois pour Diego.

 

** Transport : 46 euros

« Impossible d'avoir une voiture dans ce quartier », s'esclaffe Diego en montrant les bords de rue sans aucune place libre. « On se débrouille parfaitement avec les transports publics. » Il met environ 25 minutes pour se rendre à l'école, en métro ou en train de banlieue. L'abonnement mensuel lui revient à 46 euros.

 

** Internet + téléphone fixe : 19,5 euros

Le couple vient de quitter les services de l'ancien opérateur national pour prendre un contrat meilleur marché, à 39 euros par mois, soit 19,5 euros chacun.

Les abonnements ADSL en Espagne figurent parmi les plus chers de l'OCDE, tout comme les services de téléphonie portable.

 

** Téléphone portable : 30 euros

Là aussi, Diego montre un profil raisonnable vu le coût des communications en Espagne. Il profite d'un tarif préférentiel le soir et le week-end et parle environ trois heures par mois.

 

 

** Alimentation : 280 euros

Le couple fait de préférence ses courses au supermarché discount du coin, Día. Lui estime à environ 200 euros par mois sa part des dépenses en nourriture. A midi, ils mangent à la cantine de l'école. « Ce n'est pas ce qu'il y a de meilleur mais nous n'avons pas le temps d'aller ailleurs et ce n'est pas cher » : 80 euros par mois chacun.

 

Dépenses aléatoires : 1 056 euros

 

La capitale espagnole figure parmi les plus chères d'Espagne au quotidien. « Parfois je vais passer le week-end à Ávila, la ville dont je suis originaire, et même en comptant le train, je dépense moins qu'à Madrid », estime-t-il.

 

** Voyages jusqu'à Ávila : 30 euros

Le train lui coûte 15 euros aller-retour.

 

** Cours de français : 6 euros

Diego suit des cours de français à l'Ecole officielle des langues, un centre public aux prix défiants toute concurrence mais où les candidats sont d'autant plus nombreux. Depuis trois ans, il dépense 70 euros par an pour quatre heures par semaine de français.

 

** Football : 15 euros

Il joue avec des amis et partage les frais de location du terrain.

 

** Padel : 13 euros

Un sport de raquette populaire en Espagne. Il partage le prix du terrain avec les trois autres joueurs.

 

** Sorties : 350 euros

« On évite les boîtes où il faut payer l'entrée et on se limite aux zones les moins chères de Madrid, là où les copas [gin tonic, rhum coca et autres mélanges, ndlr] tournent autour de 6 euros », précise-t-il.

Au restaurant, le couple tente de ne pas dépasser 20 euros par tête. « On commande deux ou trois tostas [des “ tartines ” salées espagnoles, ndlr] et quelques bières ou du vin. »

Diego s'autorise à aller aux concerts qui lui plaisent sans trop compter, malgré les prix qui ont grimpé ces dernière années. Il faut souvent compter autour de 50 euros pour une grande salle.

 

** Mariages (des autres) : 142 euros

Très aléatoire, ce budget-là n'est pas une pacotille en Espagne où les invités déboursent souvent de grosses sommes entre les voyages, les tenues et les cadeaux, le plus souvent en espèces. Diego compte offrir en moyenne 150 euros à chacun des cinq couples de mariés qui l'ont invité cette année. Il faut en plus compter les déplacements et le logement (100 euros en moyenne) et les tenues (90 euros pour une nouvelle chemise et une cravate).

 

** Budget vêtements : 50 euros

Diego suit, là-aussi, son budget de près. Il achète ses vêtements sur Internet, pendant les soldes d'hiver et d'été, et dégote des remises pouvant aller jusqu'à 70% : « Ce sont souvent des collections des saisons précédentes mais ça m'est égal. Elisa, elle, dépense plus. »

 

** Budget voyages : 250 euros par mois

Diego dispose de deux mois plein de vacances en été, deux semaines à Noël, dix jours à Pâques et d'une dizaine de jours fériés. D'autres catégories de fonctionnaires ont droit à six jours de congés supplémentaires pour raisons personnelles qu'ils n'ont pas à justifier, mais pas lui. « Ils ont certainement estimé que nous avions déjà assez de vacances comme cela ! »

 

Ses budgets vacances varient selon les années mais tournent autour de 3 000 euros par an.

 

Il économise en hiver (« Je n'aime pas le froid ») pour partir autant que possible en été. Cette année, direction Ibiza et… la Norvège en espérant qu'il fasse bon. Elisa et Diego ont sauté sur l'occasion lorsqu'ils ont déniché des billets pas chers -120 euros aller-retour- avant de se rendre compte que le niveau de vie là-bas était très élevé. « On emmènera des sandwichs de chorizo », plaisante-t-il.

 

** Economies : environ 200 euros

En suivant de près son budget et sans s'offrir de gros caprices, Diego parvient à mettre de côté environ 200 euros par mois, sur un compte rémunéré à 1,5% : « Mais cela dépend vraiment des mois. Parfois j'économise plus et d'autres, j'arrive juste en fin de mois. »

 

 

Une exception à en juger les statistiques. Avant la crise, les ménages espagnols s'étaient en moyenne endettés à hauteur de 120% de leur revenus bruts. Depuis l'explosion de la bulle immobilière et la tempête sur le système financier, le taux d'épargne des familles est toutefois remonté en flèche pour atteindre 18,8% des revenus disponibles, son niveau le plus haut depuis dix ans.

 

 

 

Source : Eco89  juin 2010

 

 

 

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