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2 août 2009 7 02 /08 /août /2009 10:53






 



Inconnu il y a encore quelques mois, le baron Petiet, patron du groupe Bernard Krief Consulting, est candidat au rachat du couturier Christian Lacroix. Sa boulimie suscite bien des interrogations.

 


Ne dites surtout pas à Louis Petiet qu'il est consultant, il s'imagine en sauveur de l'industrie française. Elégant et courtois, d'un style un peu suranné, ce descendant d'une longue lignée d'industriels de la métallurgie, septième du nom, baron de son état, a pourtant réalisé l'essentiel de sa carrière dans la communication, dans l'ombre de Bernard Krief et de Jean-Pierre Raffarin.

 

Mais, depuis quelques mois, un activisme débordant le conduit au chevet de PME malmenées par la crise. A l'été 2008, il reprenait DMC Tissus, le spécialiste du velours basé en Alsace, en même temps qu'Isotherma, société de maintenance industrielle créée au Havre il y a quarante ans. Ce printemps, il volait au secours d'Heuliez, l'équipementier des Deux-Sèvres, dont le sort a mobilisé toute la classe politique.


Ces jours-ci, il se passionne pour Christian Lacroix, "le couturier le plus génial du monde", s'exclame-t-il, emphatique, à la veille de déposer une offre auprès de l'administrateur judiciaire Régis Valliot... celui-là même qui a géré le dossier Heuliez.

 

 

Depuis 2006, 16 entreprises ont été rachetées

 

Depuis que Louis Petiet, quinquagénaire à l'ambition politique contrariée, s'est aventuré, en 2006, dans la reprise d'entreprises, il n'a pas accroché moins de 16 proies à son tableau de chasse. Presque toutes rachetées à la barre d'un tribunal de commerce. Comme, dix ans plus tôt, son ex-employeur, Bernard Krief Consulting (BKC), devenu sa holding de tête. "Quitte à conseiller des entreprises, autant que ce soit les siennes", enroule, d'une boutade, Petiet, dans les locaux défraîchis de son siège parisien.

 

A l'entendre, rien de plus simple que le redressement de sociétés en déshérence. Et notre homme de détailler à l'envie la formule d'une recette apparemment bien rodée : cibler de bons outils industriels, trouver des partenaires pour coïnvestir, écraser les frais fixes et puiser dans son vivier de 3 000 consultants.

 

Avant de se présenter au tribunal, Petiet laboure le terrain. Sa priorité: gagner le soutien des salariés. Pas question de faire l'impasse sur les syndicats, qu'il s'attache à convaincre de sa bonne foi. "Il s'est mis à notre niveau et semblait sincère", raconte Bernard Darreau, délégué CGT chez Isotherma, où Bernard Krief Consulting (BKC) promettait de garder 422 des 460 employés.

 

Heuliez comme exemple

 

Son offre est souvent la mieux-disante sur le plan social et le groupe n'hésite pas, si besoin, à revoir ses engagements à la hausse. Chez Heuliez, il est ainsi passé de 500 à 600 emplois préservés. Même stratégie chez l'ex-DMC SA, où il n'a pas hésité à garantir le maintien de 245 des 382 emplois en France, pendant cinq ans.

 

Une politique qui ne réussit pas à tous les coups. Au début de cette année, les salariés de Dapta Technologies, une PME de décolletage en redressement judiciaire à Thiers (Puy-de-Dôme), n'ont pas succombé à ses arguments.

BKC avait pourtant aligné le volet social de son offre sur celui du candidat concurrent. Méfiant devant ce repreneur empilant les lettres d'engagement - du Crédit mutuel, d'une société d'affacturage, d'une filiale de son propre groupe ou encore d'un avocat parisien au nom d'obscurs partenaires moyen-orientaux - le comité d'entreprise de Dapta Technologies s'était prononcé contre le projet du consultant.

 

"Ce sont des faisans", s'emporte Gérard Sugier, de la CFDT Auvergne, qui a démonté le système BKC en enquêtant sur le cas Walor, première opération réalisée par le groupe en France. Ce syndicaliste a découvert que les machines de cette société métallurgique ont en réalité été cédées à une filiale ad hoc.

Une habile façon de nettoyer le bilan de Walor. "Nous gérons les sociétés industrielles comme des sociétés de service : les murs, les équipements et les stocks sont externalisés", justifie Louis Petiet. L'astuce permet, il est vrai, d'attirer plus facilement les banquiers, plus enclins à financer des actifs de qualité qu'une PME déficitaire. Ainsi, le tour est joué : avec une mise de fonds dérisoire, BKC s'impose comme actionnaire principal, mais jamais unique.

 

Ne reste plus qu'à remplir les carnets de commandes. Petiet mise sur ses clients historiques... mais aussi sur de nouvelles acquisitions. L'ex-DMC Tissus a, par exemple, doublé ses ventes grâce à la reprise de Logiconfort, une chaîne de décoration.

 

Autre astuce: pour gérer les sociétés rachetées, exit la traditionnelle équipe de direction, le patron de BKC envoie des consultants chevronnés et indépendants. Ceux-ci facturent leurs honoraires à BKC, puis, le plus vite possible, à l'entreprise "sauvée". Mieux, ils interviennent comme coïnvestisseurs, à l'instar de Didier Picot, patron du pôle BKC Industry, mais aussi PDG de Saia, sa propre société, qui détient 5% de Walor et va investir 12% dans Heuliez.

 

Car l'art des participations croisées ou en cascade est une autre spécialité maison : c'est DMC SAS, détenu à 65 % par BKC, qui, le 27 juillet, a déposé l'offre sur Christian Lacroix.

 

A y regarder de plus près, ce qui paraissait simple à l'énoncé de Petiet se révèle bien plus compliqué à la lecture de l'organigramme d'un groupe devenu une nébuleuse de participations. "Son système est très opaque et il est difficile d'apprécier la solidité de l'ensemble", confie un proche du dossier Heuliez. Il arrive que ses belles promesses de financement ne suffisent pas à convaincre les juges. A tel point que BKC s'est déjà fait « sortir » à deux reprises du tribunal -à Evry sur le dossier Eurostyle (un sous-traitant automobile) et à Saint-Etienne, pour la reprise des Transports Péronnet. Motif : insuffisance de garanties.

 

Morgan et les yachts Couach lui ont échappé

 

Certes, l'éloquence de Petiet, formé à Sciences po, et l'épaisseur de son carnet d'adresses constituent des atouts indéniables, a fortiori par temps de crise, quand les investisseurs ne se bousculent pas au portillon. Mais, face à des candidats crédibles, son audace et son bagout ne font pas le poids. Ni la marque de prêt-à-porter Morgan ni le constructeur de yachts Couach ne lui ont été confiés.

Et c'est faute de combattants qu'il a emporté Heuliez au début de ce mois. "Dans une stricte optique juridique, je devrais conclure au rejet de l'offre aujourd'hui, étant donné la faiblesse des garanties financières concrètes", écrit le président du tribunal de commerce de Niort dans son jugement du 8 juillet.

 

Avec la reprise de l'équipementier automobile, Louis Petiet change de catégorie. Non seulement il s'attaque au redressement d'une entreprise de 1000 salariés, dans un secteur sinistré, où même les plus gros ne sont pas sûrs de survivre, mais le dossier est suivi en direct par l'Elysée. Face à ce défi, ce membre discret de l'Association d'entraide de la noblesse française affiche une sérénité déconcertante.

 

Un nouveau Tapie?

 

En coulisses, la solidité de son offre a pourtant fait débat: deux jours avant l'audience au tribunal, le Fonds stratégique d'investissement, inquiet de l'apparition de soutiens pour le moins exotiques, s'est fendu d'un courrier à l'administrateur judiciaire. A juste titre: à ce jour, les fonds émiratis amenés par BKC n'ont pas versé un centime sur les 16 millions d'euros promis.

 

Fragilité financière, manque de transparence, absence de cohérence industrielle, fuite en avant... le cas Petiet présente tous les ingrédients d'une aventure à risques. "Je ne suis pas un nouveau Tapie, rétorque celui que ses collaborateurs appellent avec déférence 'Président'. Nous sommes dans l'économie réelle et pas dans l'économie casino."

 

S'il revendique désormais la main-mise sur un petit empire de 430 millions d'euros et 3500 salariés, sa société ne compte que 12 personnes pour 15 millions d'euros de chiffre d'affaires. "Enfant de la croissance", comme il aime à se qualifier, Louis Petiet, nouveau héraut de l'industrie, n'est-il pas condamné, à grossir toujours plus pour masquer ses faiblesses? Certains s'inquiètent déjà de devoir un jour venir à la rescousse de ce sauveur providentiel.




Source : l'express.fr   29-07-2009               

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