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1 juillet 2009 3 01 /07 /juillet /2009 18:45





Dans ces temps difficiles ou chacun se pose des questions sur son avenir ou sur l'avenir de ses enfants, d'autres n'ont même plus ce choix là; ils vivent au jour le jour, se débattent ,avec les difficultés et "improvisent" leur vie en fonction des circonstances. D'autres encore, aidés par la chance ou par leur travail ou bien parce qu'ils se trouvent encore dans le bon créneau, parviennent à maintenir leur pouvoir d'achat, souvent avec beaucoup de mal.
En choisissant des exemples représentatifs de notre société, le site "Eco89" a eu l'idée de passer "aux rayons X" les porte-monnaies de Français, que nous cotoyons tous les jours, sans bien savoir leurs problèmes




Libraire, c'est une passion mais aussi un commerce et pour Patrick, qui a accepté de passer ses revenus au rayon X, c'est surtout un bouffe-temps. En plongeant dans les comptes de la librairie Nordest, dans le Xe arrondissement de Paris, on découvre les vicissitudes du métier : « Aux stagiaires qui me disent “je veux devenir libraire par amour du livre”, je réponds que c'est pas le sujet, la librairie risque de vous dégoûter du livre si vous n'êtes pas totalement engagé. »

Cet ancien vidéaste et animateur socio-culturel installé depuis 1995 dans cette petite rue commerçante proche de la gare du Nord a appris sur le tard ce métier « très sédentaire » après une première vie « assez nomade ». Il a d'abord été employé dans une librairie puis directeur d'une autre située en face de son actuelle adresse, avant de dépoussiérer son local assez petit, trop petit pour contenir autant.

« A l'époque, la rue était vide de commerces, on me décourageait de m'y installer. Heureusement que je connaissais le quartier et les clients. Mais on n'est pas aux Abbesses ou à Mouffetard : bizarrement, dans un quartier où les librairies sont nombreuses, cela profite à toutes. Alors que dans mon quartier, pas très dynamique culturellement et commercialement, c'est difficile de retenir les gens, ils vont faire leurs courses ailleurs. »

 

Le libraire résiste en proposant une offre de qualité et un service rapide. Beaux-arts, sciences humaines, guides, BD… tout cela doit se frayer une place sur les étagères à côté des deux rayons principaux, le roman et les livres pour enfants. Il faut faire face à la concurrence du Virgin Barbès, cet « aspirateur à clientèle » ouvert en 2002 à cinq minutes de chez lui : « Ils ont au moins 40 000 titres quand nous on en a 12 000, et tout le monde y va, même ceux qui disent qu'ils n'y vont pas. »

L'implantation de ce concurrent de taille ne lui a pourtant fait perdre que 5% de son chiffre d'affaires, un retard qu'il a comblé depuis.

Son offre est un mélange des best-sellers (« il faut pas être snob ») et des « choix du libraire » (« mais restons modestes : ce qu'on aime ne plait pas à tous »).

 

Les comptes de la librairie



Des ventes pour un montant variant de 22 700 à 96 000 euros selon les mois
.

Le chiffre d'affaires (sur l'année 2008) de la librairie est de 514 500 euros annuels (hors TVA). En quatorze ans, il a augmenté de 50% grâce à une belle progression les premières années, mais cela reste un peu inférieur aux prévisions qu'il avait fait au moment de se lancer.

Globalement, le livre est un marché assez stable, depuis 2000 « on oscille de plus ou moins 5% par an ». Sauf entre février et avril dernier où il a plus franchement accusé le coup de la crise (entre -5 et -10%).

La ventilation de ses recettes par rayon donne une bonne photo de sa librairie : en tête des ventes depuis des années les albums jeunesse (20% des ventes), suivis de la la bande dessinée, littérature française et la littérature étrangère (les deux totalisant 40% des ventes) et les sciences humaines. Les ventes fluctuent beaucoup selon les mois, de 96 608 euros pour le mois de décembre 2008 à 22 700 euros au mois d'août.  

Malgré une TVA à 5,5%, la marge moyenne dégagée sur un livre est de 1,375 (c'est-à-dire qu'un livre acheté 1 est revendu 1,375), « c'est très bas par rapport aux fringues, qui margent à 3 et aux bars qui margent de 4 à 5 ».

C'est pour cela que Patrick fait plein de tentatives pour développer les produits sur lesquels les marges sont meilleures : les cartes postales, les disques, les carnets Moleskine… Produits sur lesquels les prix sont libres (contrairement aux livres). En étudiant sa politique de prix, il s'est d'ailleurs rendu compte que « si Fnac et Virgin sont imbattables sur les nouveautés, sur le classique, ils roulent le client : on est bien moins chers ».

Les dépenses : 513 000 euros

La comptabilité de la librairie est calculée au plus juste et la marge dégagée n'est que de 1500 euros annuels. Les salaires sont répartis ainsi : la rémunération nette du gérant s'élève à 30 000 euros annuels, celle des deux salariés à 56 000 euros, les charges sociales s'élèvent à 35 000. Les employés, aux 35 heures, touchent donc un salaire net de 1350 euros net par mois sur treize mois pour l'un et 1450 euros pour l'autre.

Les achats : s'élèvent à 338 000 et le reste des dépenses se répartit comme suit :

les frais généraux incluant le loyer, le téléphone, les assurances, les coursiers, la comptable : 47 000 euros,

les impôts : 5 000 euros,

les amortissements : 2 000 euros

La marge nette est si mineure (1 500 euros) qu'elle n'est pas versée aux actionnaires mais mise de coté.

 

Revenus de Patrick : 2 300 euros net, « un taux horaire nul »



Le salaire de Patrick, fixé en assemblée générale avec les actionnaires minoritaires (des amis et écrivains) n'a pas bougé depuis cinq ans. Il a opté pour la forme juridique qui lui semblait la plus simple, un traitement incluant toutes les charges dont l'assurance chômage et les cotisations retraite (dispositif Madelin), plutôt que pour le statut de travailleurs indépendant.

Si on peut considérer que le salaire de Patrick (sur 13 mois) n'est pas ridicule, en revanche, rapporté à ses 70 heures par semaine, cela fait un « taux horaire nul », souligne l'intéressé. Il faut être présent à toutes les heures d'ouverture de la librairie (60 heures par semaine) et aussi s'occuper du courrier, de la compta, des commandes, de l'association des librairies indépendantes Initiales… Bref, « pas le temps d'avoir d'autres revenus », comme d'écrire dans des revues, comme le font certains de ses collègues.

 

Ses dépenses fixes : 1 666 euros



« J'en bave », confie-t-il sans se plaindre. C'est tout simple : entre le remboursement de son appartement acheté l'an dernier avec son amie (Patrick rembourse 1 000 euros par mois), les pensions versées à ses deux fils étudiants (au moins 600 euros par mois, souvent davantage) et les impôts (66 euros), il doit faire attention à tout.

« Heureusement que ma compagne prend en charge les grosses dépenses comme la voiture, les factures… », souligne-t-il. Etant tout le temps à la librairie, il n'a pas besoin de téléphone portable, c'est toujours ça d'économisé.

Patrick dispose donc d'environ 700 euros pour ses dépenses courantes, alimentation, loisirs, et il n'épargne pas. Il ne se souvient pas s'être acheté un vêtement en dehors des soldes depuis des années, limite les sorties au restaurant à une par mois et les vacances à une semaine par ci par là « à prix cassés ».

Il profite volontiers des invitations au cinéma, au musée, au théâtre que lui font passer les éditeurs, amis clients, ce qui lui permet d'avoir un budget culture réduit par rapport à sa consommation.

« Je lis 100% gratuitement, ce n'est pas négligeable vu que c'est mon premier poste de consommation culturelle. »  

Aujourd'hui, il met régulièrement en balance ses contraintes et son plaisir : « Pour l'instant, ça penche toujours du coté plaisir, c'est bon signe. »

 

 

Source : Eco89   23-06-2009

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