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18 avril 2009 6 18 /04 /avril /2009 11:08






Les boussoles sont brisées, les repères évanouis. Il n'est plus guère d'analystes patentés dans le Landerneau politique de New Delhi pour se hasarder à pronostiquer le résultat des élections législatives qui vont débuter, jeudi 16 avril, dans la "plus grande démocratie du monde". "Incertitude", "confusion", "éclatement" : à l'heure où 714 millions de citoyens sont invités à se rendre aux urnes au fil d'un cycle électoral qui s'étalera sur un mois - les résultats seront proclamés le 16 mai -, les commentaires se résignent à souligner l'imprévisibilité de ce nouveau chapitre de l'histoire politique indienne
.

 


Le paradoxe est grinçant. Alors que l'Inde a été touchée ces derniers mois par deux périls émanant de l'extérieur - la crise financière internationale et le terrorisme venu du Pakistan voisin -, la campagne électorale aura davantage été dominée par des enjeux locaux que nationaux.

Les deux partis "nationaux", le Parti du Congrès, au pouvoir, et l'opposition nationaliste hindoue du Bharatiya Janata Party (BJP), auront bien tenté de réveiller une bipolarité conflictuelle, il n'est pas sûr qu'ils y soient parvenus. Chacun était dans son rôle. Le Parti du Congrès, qui fut la matrice de l'Inde indépendante sous l'égide du Mahatma Gandhi et de Jawaharlal Nehru, s'est présenté comme une garantie de stabilité. Revenu au pouvoir en 2004 après une longue éclipse, le Congrès était parvenu à un point d'équilibre entre la poursuite de la libéralisation de l'économie et la mise en place de programmes sociaux au profit des catégories les plus défavorisées.  

Vigoureusement critiqué par les milieux d'affaires, ce volet social du bilan du Congrès joue aujourd'hui un rôle d'amortisseur de crise, en particulier dans les campagnes.

Mais c'est surtout sur le terrain de l'harmonie confessionnelle que le parti a tenté de faire valoir ses états de service. Veuve de l'ancien premier ministre Rajiv Gandhi (assassiné en 1991), Sonia Gandhi, la présidente du Congrès, n'aura eu de cesse de dénoncer la "politique de haine" du BJP, dont l'idéologie exaltant l'hindutva ("hindouité") a souvent pour effet d'attiser les conflits entre hindous (80,5 % de la population), musulmans (13,5 %) et chrétiens (2,3 %).

Le candidat du BJP au poste de premier ministre, Lal Krishna Advani (81 ans), a répliqué sur un autre registre : la sécurité nationale. Il a accusé le Parti du Congrès de "faiblesse" dans la lutte antiterroriste, en particulier après l'assaut, fin novembre 2008, d'islamistes armés contre Bombay (174 tués). Mais il n'est pas allé au-delà. Il a bien pris soin de polir l'hindouisme intégriste, familier des imprécations antimusulmanes, dont est issu son parti.

"Les classes moyennes sont en train de se détourner de l'idéologie de l'hindutva qui génère trop d'instabilité," analyse l'éditorialiste Prem Sankar Jha. "Le sentiment monte qu'une telle voie pourrait finir par détruire le pays. Le BJP doit en tenir compte."

 

La consigne est néanmoins difficile à imposer sous certains microclimats régionaux. Le BJP n'est que la vitrine politique "respectable" de la mouvance du Sangh Parivar, galaxie du nationalisme hindou dont les organisations militantes continuent de faire preuve d'agressivité sur le terrain. Dans des Etats comme l'Orissa (est) ou le Karnataka (sud-ouest), ces apologues de l'hindutva poursuivent leur harcèlement contre les musulmans et les chrétiens. "Les crispations identitaires fondées sur la religion ou sur la caste se sont émoussées au plan national, mais elles ont gagné en importance au niveau local", décrypte Pralay Kanungo, professeur à l'université Jawaharlal-Nehru (JNU) de New Delhi.

 

Tel est le défi de ces élections. La régionalisation de la vie politique indienne, amorcée dans les années 1990, est en train de s'approfondir au point de déstabiliser les stratégies des états-majors nationaux.

Le magazine Frontline y voit même un "changement de paradigme". Des formations régionales, dont beaucoup gravitent autour d'une personnalité charismatique, d'identités de caste (intouchables, basses castes...) ou linguistiques, se taillent des citadelles imprenables en Inde du Nord (Uttar Pradesh, Bihar, Orissa, Madhya Pradesh) ou en Inde méridionale (Andhra Pradesh, Tamil Nadu).

La figure la plus emblématique de cette nouvelle génération de chefs locaux est incontestablement Kumari Mayawati, porte-étendard de la cause des intouchables, le groupe le plus défavorisé du système socio-religieux hindou. Mme Mayawati dirige aujourd'hui l'Etat de l'Uttar Pradesh et ne fait pas mystère de ses ambitions nationales.

Dans d'autres régions, ce sont des représentants des castes intermédiaires, comme les Yadavs en Inde du Nord, qui s'imposent.

"Cette éruption régionale de dirigeants annonce la montée de nombreuses petites Indes", s'inquiète l'hebdomadaire India Today. Une "troisième force" pourrait ainsi émerger de cette fragmentation du paysage politique indien. Saura-t-elle constituer une alternative crédible ?

 

La plupart des commentateurs sont sceptiques. "Ce "troisième front" est un groupe amorphe composé de pachydermes régionaux qui pensent que leur heure pour diriger le pays est arrivée. L'Inde va entrer dans un "thriller" de mathématique électorale et de "mégalomanie", écrit India Today. Mais à défaut de pouvoir régner à New Delhi, ces "satrapes", comme on appelle désormais ces nouveaux chefs régionaux, pourraient bien s'imposer comme faiseurs de roi.

 

Source : lemonde.fr 15-04-2009  Frédéric Bobin

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