Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
16 avril 2009 4 16 /04 /avril /2009 18:04




Dans ces temps difficiles ou chacun se pose des questions sur son avenir ou sur l'avenir de ses enfants, d'autres n'ont même plus ce choix là; ils vivent au jour le jour, se débattent ,avec les difficultés et "improvisent" leur vie en fonction des circonstances. D'autres encore, aidés par la chance ou par leur travail ou bien parce qu'ils se trouvent encore dans le bon créneau, parviennent à maintenir leur pouvoir d'achat, souvent avec beaucoup de mal.
En choisissant des exemples représentatifs de notre société, le site "Eco89" a eu l'idée de passer "aux rayons X" les porte-monnaies de Français, que nous cotoyons tous les jours, sans bien savoir leurs problèmes





Alors que la profession des photographes vient de lancer un appel pour défendre son pouvoir d'achat menacé par « la baisse générale des tarifs »,  François-Xavier accepte que l'on passe ses revenus au rayon X. Son histoire résume celle d'un métier qui se précarise.


L'optimisme de François-Xavier force le respect. A 51 ans, cet auteur photographe vient de devenir allocataire du RMI et prend ça avec le moral. Grâce à un solide réseau d'amis, il a pu emprunter 1800 euros le mois dernier pour passer ce cap difficile et il garde bon espoir que sa riche collection de négatifs lui assurera sa retraite.

Lorsqu'il a quitté les bancs de la fac de droit pour se consacrer à son art, le jeune homme était animé d'une vocation qui ne l'a pas laché depuis. Une « mission » pourrait-on dire : dresser un portrait photographique des Français. Trente ans plus tard, son projet n'a toujours pas rencontré le succès escompté. Désormais, dans le petit appartement qu'il occupe, il replonge dans ses clichés et essaie de les vendre à des collectionneurs.

 

François-Xavier a connu trois carrières, qui correspondent à trois époques du métier de photographe.

 

1983-1996 : l'époque « royale », « 35 000 à 70 000 francs par mois »

 

Sans carnet d'adresse, avec juste son book sous le bras, le jeune homme entre chez Point de vue Images du monde. Il réalise régulièrement la couverture et un reportage sur des personnalités du monde, payés 15 000 francs chacun (presque 2 300 euros). Ce qui lui permet de démarrer, avec les aristocrates, le premier volet de son « portrait des Français ».
Il vend aussi des reportages sur le même thème à Dynastie, VSD, Vogue Homme… et même des illustrations pour les livres scolaires. Des revues republient ses archives, les chatelains lui demandent de leur tirer le portrait, le tout lui assurant une petite rente.

 

1997-2002 : sur la route, 25 000 francs les six mois

 

Lassé de courir les courses hippiques et les rallyes mondains, il s'attaque au volet paysan de son tableau. Des mois durant, François-Xavier démarche des centaines de communes, leur propose un portrait du village sous forme de catalogue, de photothèque et d'exposition. Il accompagne ses images de textes, pour donner encore plus de vie à ses personnages. Il décrit son existence de « vagabond de luxe » : « Je ne vendais pas cher, 25 000 francs (un peu moins de 4000 euros) pour six mois de travail. C'était peu mais j'étais logé chez l'habitant et nourri aux frais de la commune. Je n'avais plus de loyer à payer et je vendais quelques photos en plus. Ce qui me ruinait, c'était d'aller à l'autre bout de la France pour un rendez-vous avec un maire potentiellement intéressé. »

Le succès d'estime est au bout du chemin mais pas la fortune. Il réalise huit portraits de communes rurales, fait le 13 heures de TF1 et la une de la presse régionale. Puis rentre à Paris les poches vides.

 
2002-aujourd'hui : les affres de la presse



Son tour de France effectué, il rentre dans la capitale, photographie les Parisiens et fonde une agence de presse photo et vidéo avec deux amis. L'idée : partir en groupe pour une commande et revendre plusieurs fois à la presse plus ou moins le même reportage. Dubaï, Ouganda, il fait de beaux voyages « sans gagner beaucoup d'argent mais sans en perdre ».
En 2005 il revient à la presse, « qui a beaucoup changé » : « Les tarifs actuels, c'est de l'esclavage. Une demi-page dans le Monde, c'est 300 euros payés six mois plus tard. Sans parler de la goujaterie des directeurs artistiques qui me réservent deux jours pour un reportage, me disent qu'il est annulé puis envoient un autre photographe sans même me prévenir !  »

La communication paie bien mieux mais le marché se ferme depuis la crise : « Là, au moins, ils paient à 45 jours et je demande 1500 euros la journée de travail. Certes, comme je ne travaille pas en numérique, je dois payer les films et le développement mais je m'en sors encore. »

Il a adhéré à l'Union des Photographes Créateurs (UPC) pour défendre les droits de sa profession.

 

Ses revenus actuels : 407 euros de RMI, mais pas que…

 

Ecœuré, François-Xavier a définitivement arrêté de travailler pour la presse « qui n'applique pas les grilles syndicales et paie avec six mois de retard ». L'héritage de sa mère (40 000 euros) lui a permis de tenir ces trois dernières années, il termine de le grignoter.

Affilié à l'Agessa, régime de sécurité sociale des auteurs, il n'a aucune assurance chômage, des remboursements maladie minimaux et il a très peu cotisé pour sa retraite. Face à la chute brutale de ses revenus ces derniers mois, il s'est inscrit à Pôle Emploi : « Je trouve une annonce pour faire de la figuration a priori non réservée aux comédiens. Je postule et on me dit “non, vous ne pouvez pas, vous êtes photographe”. Incompréhensible. » 

François-Xavier a donc diversifié les sources de revenus possibles venant de la photo. Il s'est fait un book en ligne, Picture Tank, sur le site de l'agence de photo. Ses images sont vendues à des magazines et il reçoit tous les trois mois un relevé. Souvent la somme s'élevait à 800-900 euros ces dernières années, puis elle est tombée à 450 euros en novembre et 254 euros en février. C'est là qu'il est allé demander le RMI (407 euros).

Il a aussi assuré quelques séminaires d'entreprise, mais a connu une série d'annulations ces derniers mois : « Les entreprises qui ont besoin d'un regard personnalisé pour leurs journaux internes font encore parfois appel à des photographes, mais sinon les banques d'images d'illustration qui vendent des packs de dix à un euro font l'affaire pour des publications cheap. »

 

S'il photographiait des mariages et des soirées mondaines, pour 600 euros la journée, on ne lui en a plus proposé depuis des mois. Alors pour « gagner [sa] croûte », il vient de ressortir des tirages de panoramiques de Venise qu'il propose aux petites galeries à 220 euros pièce (le tirage lui coûte 20 euros). Pochette sous le bras, il s'attaque au marché des collectionneurs à qui il tente de vendre ses plus beaux tirages, des noir et blanc de l'aristocratie dans les années 80, car il peut « obtenir jusqu'à 1200 euros le tirage signé de format 50x60cm ».

Optimiste, il est persuadé que ce stock, c'est sa retraite. Et s'inscrire au RMI ne lui a pas brisé le moral : « Je croyais être le seul, mais je me suis rendu compte que 70% des photographes indépendants y sont. »

 

Dépenses : 1100 euros, sans la pension alimentaire

  

Fini la grande époque où il cramait de 35 000 à 70 000 francs par mois. Depuis 2008, il n'est plus imposable et désormais, son porte-monnaie tient avec des bouts de ficelle. « Le plus gros poste, c'est les clopes, j'ai réussi à passer de deux à un paquet et demi par jour, mais pas à arrêter. J'en ai pour 300 euros par mois. Je préfère ne pas y penser. »

Sa grande chance est de profiter d'une sous-location qui ne lui coûte que 200 euros. Une amie loue l'appartement 900 euros et ne lui fait payer que les charges. Le fils de celle-ci doit emménager le mois prochain. Poussé dehors, François-Xavier ne panique pas, il sait qu'il trouvera une solution.

 

Son ex-épouse lui fait grâce de la pension alimentaire (120 euros par mois) pour sa fille de 14 ans, dont il s'acquitte quand il peut, c'est-à-dire pas ces temps-ci. 

Il fait très attention à ses dépenses alimentaires (400 euros par mois), ne s'autorise ni restaurant ni loisir. Son téléphone portable, indispensable pour chercher du travail, lui coûte 72 euros par mois et son abonnement Internet 30 euros.

Les frais de laboratoire plombent un peu son budget, mais il n'a pas les moyens d'investir dans du matériel numérique. Il a trouvé le meilleur rapport qualité-prix de Paris, 5 euros les films et 4,5 euros leur développement, mais a laissé une ardoise de 1500 euros dont il ne sait pas comment il la règlera.

Les emprunts qu'il rembourse à ses copains lui coûtent entre 75 et 100 euros par mois. « Etre dans la merde, c'est une belle expérience… mais il ne faudrait pas qu'elle dure trop », conclut-il dans un sourire.

 


Source  :  Eco89   07-04-2009

Partager cet article
Repost0

commentaires

Présentation

  • : VICTOR ASSOCIATION
  • : Le BLOG de Jean-Pierre ECHAVIDRE, Président de VICTOR ASSOCIATION Association d'information et de défense des intérêts des habitants de MONTESQUIEU-VOLVESTRE
  • Contact

Texte Libre

L'objet de ce blog est d'apporter aux habitants de Montesquieu-Volvestre une information régulière sur la vie de la cité, et de décrypter l'essentiel de l'actualité. Mais il a aussi pour but d'ouvrir un dialogue,  de discuter, de contester, ou de râler au besoin. Il faut que nous retrouvions dans notre village une convivialité, une solidarité qui sont en train de se perdre.

Rechercher

Pages

Liens