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4 avril 2009 6 04 /04 /avril /2009 05:14








Il fut un temps où l'on parlait de « sens de l'histoire », et celui-ci allait dans la direction de la décolonisation. A Mayotte, petit territoire volcanique de l'Océan indien, il souffle ce dimanche 29 mars dans le sens inverse, celui de la recolonisation.

La population de Mayotte (71 000 électeurs) s'est en effet massivement prononcée par référendum dimanche en faveur de la proposition de devenir le cinquième département français d'outre-mer (rejoignant La Réunion, La Guadeloupe, la Martinique et la Guyane) et le 101e département français. D'après les résultats de bureaux-tests rapportés par l'AFP, le Oui l'emporterait avec 92,67 % des voix. Le taux de participation s'élèverait à 58,81%.

La réponse des 180 000 habitants ne faisait guère de doutes, toutes les forces politiques locales, y compris le parti communiste, faisant campagne pour le « oui », ancrant ainsi durablement Mayotte dans la République.  

Cette belle unanimité ne doit pas empêcher de se poser des questions sur lesquelles la population métropolitaine est peu informée, et pas consultée.

 

Le poids de l'histoire

 

Mayotte a été la première des îles comoriennes à devenir française :  dès 1841 (il faudra encore un demi-siècle pour que le reste de l'archipel passe sous le giron français). Puis, pendant un siècle, la France a traité Mayotte comme une des quatre îles de l'archipel des Comores (avec la Grande Comore, Anjouan, et Moheli), avec un statut de protectorat puis de territoire d'outre-mer.

Mais en 1974, lors du référendum d'autodétermination organisé dans l'archipel, Mayotte vote seule à 64% pour rester française alors que les trois autres îles choisissent massivement l'indépendance.

Valéry Giscard d'Estaing, alors président, décide de la séparer de ses trois « soeurs », allant à l'encontre des principes internationaux qui militent pour le respect des frontières héritées de la colonisation.

Des Comores indépendantes, mais « à trois pattes », sans Mayotte

Cette décision historique vaut à la France des condamnations régulières aux Nations unies :  la résolution 3385 du 12 novembre 1975 affirme ainsi « la nécessité de respecter l'unité et l'intégrité territoriale de l'archipel des Comores, composées des îles d'Anjouan, de la Grande-Comore, de Mayotte et de Mohéli ».

Même réaction de la part de L''Union africaine, qui est basée sur ce principe de l'intangibilité des frontières, et verrait un profond et tragique remodelage de la carte de l'Afrique si elle acceptait de revenir sur cette règle.

En plus de trente ans de séparation, le fossé entre Mayotte restée française, et les Comores indépendantes « à trois pattes » comme disent les Comoriens, n'a cessé de se creuser.

Les Comores font partie des pays les plus pauvres du monde, alors que Mayotte, en tant que « collectivté départementale » française, bénéficiait d'un niveau de vie plus élevé garanti par la « mère patrie » française.

Les barbouzeries de Bob Denard, épisode peu glorieux

Ces années-là furent également celles de la destabilisation des Comores par les mercenaires conduits par Bob Denard, l'un des épisodes les plus incongrus mais détestables de l'ère post-coloniale et barbouzarde française en Afrique.

Bob Denard, parfois en service commandé par Paris, parfois pour son propre compte, a même pris le contrôle des Comores dans les années 80, sous le nom de Saïd Mustapha Mahdjoub !

Après des décennies d'instabilité, qui ont vu tour à tour certaines des îles prendre le large, comme Anjouan l'an dernier jusqu'à l'intervention des forces de l'Union africaine, les Comores sont redevenues un Etat unifié, mais pauvre :  ses seules ressources sont l'ylang-ylang, une huile utilisée en parfumerie, la vanille, et les mandats de l'importante diaspora comorienne, notamment à Marseille, première « ville comorienne » avec une communauté estimée à quelque 50 000 personnes...

 

Le fossé avec les autres îles des Comores

 

Le décalage n'a cessé de croître avec Mayotte, qui bénéficie de certains avantages liés à la présence française, notamment en termes de système de santé et d'éducation, attirant un flot continu d'immigration comorienne attirée par des prestations sociales supérieures.  

Avec le durcissement des politiques métropolitaines d'immigration, et la lutte contre l'immigration clandestine, Mayotte est devenu une véritable « ligne de front », avec tous ses drames et ses dérapages.  

Des milliers de Comoriens -7 000 depuis quinze ans, selon des estimations- ont en effet perdu la vie en tentant de passer à Mayotte, lorsque leurs embarcations de fortune, les fameux « kwassa kwassa », font naufrage. Des morts dans l'indifférence totale d'une métropole distante de 8 000 kilomètres.

Sur 26 000 expulsions revendiquées, 16 000 concernent la seule Mayotte !

Quant à ceux qui parviennent à bon port, ils sont massivement expulsés :  16 000 expulsions de Mayotte en 2008, à comparer avec les 26 000 reconduites à la frontière en métropole comptabilisées la même année par le ministère de l'Immigration.

Non sans passer par l'un des plus infâmes Centres de rétention de la République :  la vidéo diffusée il y a trois mois par nos confrères de Libération en est l'un des témoignages les plus forts. Là encore, émotion pendant quelques minutes en métropole, puis retour à l'indifférence.  

Dans Libération, un agent de la police de l'air et des frontières (PAF) avait témoigné :  « Les conditions de rétention des sans-papiers sont indignes, dit-il. Les gens sont traités comme des animaux. Et nous, on a la pression de la hiérarchie pour faire notre boulot sans rien dire. L'objectif, c'est de répondre aux attentes du ministère. »  

Des sans-papiers d'un type un peu spécial puisqu'ils sont les cousins des Mahorais, et que la libre circulation entre les îles a existé pendant des siècles, et n'a été progressivement interdite qu'avec la présence française à Mayotte.

 

La départementalisation, solution miracle ?

 

Pourquoi cette départementalisation de Mayotte ? Pour tenir une promesse faite aux Mahorais, répond le gouvernement.

Et, de fait, on voit bien que l'ensemble des acteurs politiques de l'île y sont favorables, pour des raisons évidentes :  entre la misère et l'incohérence politique des Comores, et la prospérité relative et les institutions républicaines, il n'y a pas photo.  

Mais comment gérer les conséquences de cette décision ?  

Elle coule dans le bronze le choix contesté de 1975 de séparer l'archipel des Comores, et accentue le décalage régional entre les départements français de La Réunion et de Mayotte, et une région qui se débat dans d'inextricables problèmes de développement et de stabilité politique, comme viennent de le montrer les derniers développements à Madagascar.

Rendre Mayotte aux Comores serait arbitraire et antidémocratique

Aucun homme politique, Mahorais ou métropolitain, n'a de réponse à cette question. Tous savent pourtant qu'elle ne disparaîtra pas comme par enchantement vu le décalage croissant qui va découler de la départementalisation, conduisant à d'inévitables drames et à des politiques de contrôle de moins en moins humaines.

L'alternative, qui serait de « rendre » Mayotte aux Comores contre la volonté des Mahorais serait tout aussi arbitraire et antidémocratique.

Le piège créé par Giscard en 1974 se referme aujourd'hui. Seule une politique régionale cohérente, qui permettrait de codévelopper la région en harmonie et pas en érigeant des murs de Berlin impossibles en haute mer, serait de nature à éviter les tragédies qui s'annoncent. Mais elle n'est pas sur la table, pas même réaliste en l'état.  

Au coeur de la crise économique et sociale, il est clair que l'enjeu est minime vu de métropole. On a cependant bien vu récemment avec la Guadeloupe que les « confettis de l'empire », pour reprendre la formule de Jean-Claude Guillebaud, savent se rappeler au bon souvenir de leurs « maîtres » de temps en temps...

En attendant, en l'absence de vrai débat, comme le soulignait Jean-Louis Le Moing, membre d'une mission du PCF revenue très critique d'un voyage à Mayotte : « Les Français vont découvrir que la France s'agrandit lors du JT de 20 heures »...

 

Le sens de l'histoire, décidément, ne sait plus où il en est.




Source : Rue89   30-03-2009 

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