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3 mars 2009 2 03 /03 /mars /2009 11:54



Dans ces temps difficiles ou chacun se pose des questions sur son avenir ou sur l'avenir de ses enfants, d'autres n'ont même plus ce choix là; ils vivent au jour le jour, se débattent ,avec les difficultés et "improvisent" leur vie en fonction des circonstances. D'autres encore, aidés par la chance ou par leur travail ou bien parce qu'ils se trouvent encore dans le bon créneau, parviennent à maintenir leur pouvoir d'achat, souvent avec beaucoup de mal.
En choisissant des exemples représentatifs de note siociété, le site "Eco89" a eu l'idée de passer "aux rayons X" les porte-monnaies de Français, que nous cotoyons tous les jours, sans bien savoir leurs problèmes.

 








Dans le plus grand hôpital pédiatrique français, Robert-Debré à Paris, nous rencontrons Aude, infirmière, 33 ans
 

 

Fonctionnaire, cette infirmière "de classe normale" employée par l'AP-HP (Assistance Publique-Hôpitaux de Paris) touche 1650 euros par mois, plus un treizième mois et ne s'estime pas à plaindre sur le plan salarial.

 

Passionnée par son métier, elle regrette toutefois de le faire dans des conditions de stress extrême et craint, un jour, de faire une erreur médicale comme ce fut le cas à l'hôpital Saint-Vincent-de Paul où un enfant de trois ans est décédé la veille de Noël après l'injection d'un mauvais produit.

 

 

Ses revenus: 1650 euros pour un stress maximal

 

Baladée dans son enfance de la Thaïlande à l'Algérie par des parents expatriés, Aude a longtemps voulu travailler dans l'humanitaire. Bonne élève, elle intègre Sciences Po après des classes prépa littéraires et une licence de sociologie, fait un détour par les bureaux de l'ONU à Genève avant de réaliser que son désir est d'être "sur le terrain".

 

Elle passe finalement le concours d'infirmière à 22 ans, "grâce à des parents cool qui ont accepté de me payer encore des études", bien que ce soit un métier "pas assez reconnu à leurs yeux".

 

Diplômée, elle file en Afghanistan et en Ethiopie pendant un an pour Action contre la Faim, avant de rentrer à Paris rejoindre son amoureux et fonder une famille. Elle postule à Robert-Debré, dans un service de chirurgie d'abord, puis de néphrologie:

 

"J'avais le choix entre six ou sept postes. J'ai choisi en fonction des contraintes, je voulais travailler la nuit le moins possible. J'ai ainsi renoncé au service néonatal qui exigeait six mois de nuit par an."

 

Elle a démarré à 1292 euros nets par mois, et peut espérer arriver jusqu'à 2105 euros après vingt-et-un ans de carrière si elle restait à ce poste. Les mois où elle est de nuit, elle touche 150 euros de prime, et chaque dimanche travaillé lui vaut 40 euros supplémentaires sur sa feuille de paie.

 

Son temps de travail


A son poste actuel, elle doit quand même trois mois de nuit sur l'année. A l'hôpital, les postes uniquement de jour sont de plus en plus rares, explique-t-elle. Le temps de travail des infirmières est très complexe depuis le passage aux 35 heures.

 

Pour Aude, ce sont des vacations de 12 heures, de 7h00 à 19h00 ou de 19h00 à 7h00 sur 12 à 13 jours par mois, ce qui revient à l'équivalent de 35 heures par semaine, et 32 heures en période de nuit. A cela il faut ajouter une demi-heure quotidienne pour passer le relais à l'infirmière qui prend la suite, "des heures sup non rémunérées mais contraintes". Un mois-type s'organise ainsi:

 

Semaine 1: 12 heures de travail du lundi au vendredi, soit 70 heures

Semaine 2: deux journées de travail en milieu de semaine soit 24 heures

Semaine 3: cinq jours de travail incluant un week-end soit 70 heures

semaine 4: repos

Le fait d'avoir une semaine par mois de libre en plus des cinq semaines de congés payés annuels c'est évidemment appréciable, sauf que les plannings changeant chaque mois (et ne sont faits que le 15 pour le mois suivant), il est difficile de s'organiser si l'on veut partir:

 

"Comme le service est en sous-effectif, on n'est jamais sûr de pouvoir poser ses congés. Heureusement, il y a une solidarité entre nous et on échange des jours pour s'en sortir."

 

Avant d'avoir des enfants, elle appréciait ces horaires décalés, mais là "les vacations de 12 heures, ça me pèse". Elle vient d'ailleurs de décider de passer à temps partiel (80%) pour souffler un peu.

 

Les avantages


Aude a deux enfants âgés de trois ans et demi et six mois, et a bénéficié de la crèche de l'hôpital:

 

"C'est hyper avantageux, je ne paie que 70 à 80 euros par mois, contre 300 à 400 si j'avais une place dans une crèche municipale. Je peux laisser mon enfant dès 6h30 et jusqu'à 21h30, même si ça fait une trop longue journée pour un petit. Le gros ennui c'est que les jours où je ne travaille pas, je n'ai pas de place en crèche, ce qui veut dire que je n'ai jamais de temps à moi."

 

L'AP-HP lui ouvre aussi des avantages en nature: des logements sociaux sont disponibles pour les plus bas revenus (Aude n'en a pas fait la demande), des locations de vacances sont proposées à tarifs réduits de même que pour le cinéma, les parcs d'attraction, les musées.

 

Surtout, Aude a bien profité de la possibilité de se former aux frais de son employeur: elle a validé un DU (diplôme universitaire deux jours par mois sur une année scolaire) "Prise en charge de la douleur", et s'est aussi formée à l'hypnose et au massage

 

 

Ses conditions de travail


Son service de néphrologie est un cas particulier:

 

"Il est à deux doigts d'être classé en soins intensifs, ce qui ferait augmenter ses effectifs. Normalement, il faudrait une infirmière pour quatre patients, là il y en a six ou sept."

 

Résultat, elle sent qu'"une erreur médicale peut arriver tous les jours":

 

"Mon métier c'est de calculer le dosage des médicaments. Quand pendant ce temps là, une maman m'appelle de la Réunion pour prendre des nouvelles de son bébé hospitalisé, qu'un médecin me donne une instruction et qu'une aide soignante vient me voir parce qu'un enfant a vomi... comment être concentrée? Tout est urgent, sensible..."

 

Ses dépenses

 

Aude n'a pas à se plaindre, comme son mari gagne 3000 euros bruts par mois, elle ne manque de rien et ne se prive pas trop.

 

Les charges fixes

A quatre, ils vivent dans un 60 m2 dans Paris, qu'ils louent 900 euros. Le couple dort dans le salon et déménagerait bien dans plus grand, mais ne pourrait se permettre de payer plus de 1200 euros:

 "On se serre parce qu'on ne veut pas quitter Paris, mais mes collègues, si elles sont jeunes, habitent dans des apparts de 20m2, ou bien partent en banlieue lointaine. Toutes habitent en grande banlieue, pour elles c'est les riches qui habitent à Paris. Sans le salaire de mon mari, on devrait faire pareil. Et on n'imagine même pas acheter."

 

Chaque mois, Aude verse 500 euros sur le compte familial pour les dépenses courantes (courses et factures), en dehors du loyer, payé moitié moitié. La mutuelle est prélevée sur son salaire (60 euros par mois), la cantine de son fils coûte 60 euros, et la crèche de sa fille 80.

 

Aude règle les 106 euros d'assurance pour la voiture qu'ils viennent d'acquérir (12000 euros pays à crédit par son mari) et la carte de réduction famille pour le train.

 

Les charges variables


Aude n'est pas dépensière en matière de fringues, et récupère pour ses enfants auprès de copains ou cousins. Les frais de baby-sitting sont réduits au minimum grâce à l'échange de services entre voisins.

 

Leur gros budget part dans les week-ends et vacances "pour fuir l'agitation parisienne".Pendant ses congés, elle embarque ses enfants à Angers chez ses parents pour des week-ends prolongés (75 euros l'aller-retour).

 

Pour les grosses dépenses, comme l'ordinateur, c'est son mari qui met la main à la poche, "moi je ne pourrais pas", dit-elle.

 

Aude met de coté 150 euros par mois sur un Plan d'Epargne Logement (PEL) et a ouvert un Codevi où elle ajoute ce qu'elle peut (jusqu'à 200 à 300 euros selon les mois), ce qui lui fait une petite réserve en cas de besoin pour les impôts, par exemple.

 

Aujourd'hui, fatiguée d'avoir la tête dans le guidon, elle s'interroge sur l'avenir. Elle ne se voit pas rester infirmière encore des décennies. La plupart d'ailleurs raccrochent avant la fin de carrière ou partent exercer en libéral, dans une école ou deviennent directrice de crèche:

 

"J'adore ce métier mais je suis souvent frustrée de courir d'une perfusion à un prélèvement sans jamais avoir le temps de réfléchir, de faire des projets de service ou de prendre du temps avec les patients."

 

 

 




Source  : Eco89   23-02-2009
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