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23 janvier 2009 5 23 /01 /janvier /2009 19:45





J'ai évoqué dans ce blog l'idée que la prime à la casse automobile, décidée dans l'urgence au début du mois de décembre, n'était pas forcément une bonne initiative, malgré les apparences. (Voir article "Pourquoi la prime à la casse est une fausse bonne idée" du 04-12-2008)

A l'heure où le Premier ministre vient d'annoncer une aide à la filière automobile de 5 à 6 milliards d'Euros en échange d'un maintien en France des sites de production, un internaute bordelais, Bruno Rèbufie, démontre que la prime à la casse, en favorisant les petits modèles peu polluants, risque d'être défavorable aux emplois français. Drôle de paradoxe!  mais pourtant triste réalité !..

Les constructeurs automobiles français multiplient les jours de chômage technique dans leurs usines nationales. Rennes, qui produit des modèles moyens et haut-de-gamme (C5, C6 et C7) pour PSA, et Sandouville qui fabrique des modèles haut-de-gamme pour Renault, sont restées inactives pendant des semaines pour éviter de voir leurs stocks s'accumuler.

Mais certains modèles de ces mêmes marques, plus en phase avec la demande, voient leurs ventes augmenter : il s'agit de petits véhicules, économiques en carburant et peu polluants, gratifiés de bonus écologique. Renault et PSA ont décidé de doubler la  prime gouvernementale (autre façon de faire des remises), se faisant ainsi les relais de la prime à la casse annoncée par Nicolas Sarkozy et censée aider nos constructeurs nationaux à franchir la crise économique et préserver nos emplois.

On va moins polluer et faire travailler des français. Cocorico?


On pourrait se réjouir que, de janvier à octobre 2008, d'après les chiffres fournis par Automobile Magazine,
la C1 Citroën ait vu ses ventes augmenter de 36,2% et la Twingo de Renault de 25,1% et imaginer que la prime à la casse va soutenir ces bons chiffres. Or, ces voitures ne sont pas réellement françaises, elles n'ont de français que le logo.

La délocalisation, une vieille histoire


On l'ignore souvent mais, dès les débuts de l'automobile, Ford faisait produire son modèle T au Japon en 1924 et en 1925 en Australie. Après guerre, tous les grands fabricants délocalisent, soit pour contourner les taxes, barrières douanières, ou pour des raisons logistiques et de coût de transport. Il peut y avoir des usines de fabrication sous la marque propre ou sous licence mais aussi des usines d’assemblage. Ce phénomène a perduré et considérablement augmenté depuis trente ans.

Un grand constructeur a souvent des usines en son nom ou en joint-venture avec un autre, sur divers continents. Ses fournisseurs et sous-traitants habituels le suivent sur les lieux de productions. Les fabrications sont réparties par continent ou bloc économique. On peut donc acheter, en Italie, une voiture allemande fabriquée en Espagne. Les voitures de deux ou trois marques différentes peuvent être réalisées sur une même chaîne de fabrication.

Seules 42% des 1,9 millions de Renault sont fabriquées en France, pays qui ne compte que pour 24% de ses ventes. Si les constructeurs français communiquent volontiers sur leur expansion internationale, avoir par leur intermédiaire la  proportion des ventes entre fabrication locale et étrangère est beaucoup plus délicate.

Bruno Rèbufie a donc mené lui-même ce travail de compilation.


Qui fait quoi et qui licencie ?


Revenons à notre Twingo. 100% de la production de ce modèle vient des usines slovènes de Renault, qui y emploient 3000 ouvriers. Avec les prestations logistiques, de stockages et autres jobs induits les 5000 emplois sont atteints. La réduction des coûts de fabrication passant par la proximité immédiate des sous traitants, voire leur intégration directe dans les usines, fait augmenter de façon induite ces chiffres.

Faurecia, fabriquant de sièges et d’intérieurs, indique sur son site internet, qu’un tiers de ses usines existent à proximité immédiate des lieux de production automobile de par le monde, le reste étant plus loin. Pendant ce temps, l’usine de Sandouville assemble les Laguna, Espace et Vel Satis. Trop chères et polluantes ou ne plaisant pas, elles se vendent mal. Les jours de chômages techniques et les licenciements suivent: depuis 2007, Peugeot a supprimé 15 000 emplois, principalement en France et son usine de Rennes a annoncé 2700 départs supplémentaires. Ses fabrications de gammes moyennes et hautes remportent beaucoup moins de succès que les petites C1 et 107, produites en République Tchèque.


La prime favorise les petits modèles fabriqués à l'étranger


De facto, la prime écologique et la prime gouvernementale avantagent de façon induite les petits modèles, 100% slovènes ou tchèques, au détriment des gammes supérieures réalisées en  France. Parmi les modèles français les plus vendus sur le marché intérieur, dix sont fabriqués exclusivement hors Hexagone soit environ 258 000 véhicules de Janvier à Octobre. Sept autres partagent leur fabrication entre la France et la République Tchèque, la Slovénie, la Slovaquie, la Turquie, l’Espagne, le Japon, les Pays-Bas, la Corée entre autres.

Si le seul souci de la compétitivité est à l’origine de tout ceci, pourquoi Toyota s’implante-t-il à Valenciennes pour fabriquer la petite Yaris, ou Daimler-Benz pour la Smart à Hambach? Sûrement pour le savoir-faire et la productivité reconnue de la main-d’œuvre locale. Est-il donc pertinent de croire que la fabrication des petits modèles ne soit rentable qu’à l’étranger?


Le gouvernement participe à la destruction des emplois


Le relatif insuccès des françaises dans les segments de gamme moyenne et haute va-t-il condamner nos marques nationales à la fabrication de petits véhicules. Que vont devenir les usines locales et leurs emplois? Les diverses incitations fiscales favorisent plus les actionnaires de PSA ou Renault que les travailleurs français, en permettant de maintenir une bonne rentabilité de ces firmes.

Le gouvernement, en multipliant ces actions incitatives, participe de façon indirecte à des destructions d’emplois dans l’Hexagone qui ne seront jamais compensées par la création d’autres, en France, dans les secteurs R&D, finances, commercial, etc.

Les délocalisations ne participent-elles pas à un nivellement par le bas des revenus en France, sous la pression de la mise en concurrence avec les pays à salaires "low cost" dans de la CE?

 

 

Conclusions

Ce sont malheureusement les conclusions auxquelles j'étais moi-même arrivé. Le gouvernement, en prenant cette décision, assez hâtive, répétons le, avait-il connaissance de ces données ? Ce ne sont pas les constructeurs automobiles qui vont les lui fournir mais on peut supposer qu'il y a à Bercy suffisamment d'experts pour décrypter les chiffres en matière de production automobile. Alors il faut continuer à réfléchir. Il y a d'autres solutions plus avantageuses pour l'emploi en France, au même coût pour la collectivité.

Ceci étant, je répète ce que j'avais dit à l'époque : remplacer de vieilles voitures par des neuves a au moins deux avantages : on diminue la pollution et on améliore la sécurité routière.


Ce que j'avais également dit en matière d'importation semble aussi se confirmer : non seulement la prime fait vendre des voitures françaises fabriquées pour l'essentiel à l'étranger, mais elle fait vendre également beaucoup de voitures étrangères : Fiat et Ford voient leurs chiffres de ventes grimper ces dernières semaines !..

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