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10 mars 2018 6 10 /03 /mars /2018 09:00

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LES ACTEURS DE LA REVOLUTION :  ROBESPIERRE (37/50)

 

Jean-Paul MARAT assassiné le 13 juillet 1793

 

 

 

 

ROBESPIERRE ENTRE AU COMITE DE SALUT PUBLIC :JUILLET 1793

  

 

 

 

 

    Après la « Révolution » du 31 Mai au 2 Juin, la Convention, qui craint la rébellion des provinces contre la capitale, s'oriente délibérément vers une politique modérée. Elle se doit de rassurer très vite l'opinion pour désamorcer l'embrasement qui se manifeste dans certains départements. L'adoption de la Constitution est l'une des premières mesures dont l'objectif est de contribuer à l'apaisement. Les Montagnards n'ignorent pas qu'ils sont, comme la Gironde, issus de la bourgeoisie à qui la « sans culotterie » vient tout de même de faire une belle peur !

    La Convention doit, en outre, faire face simultanément aux troubles en Vendée, au développement de la spéculation, à la poussée des « Enragés » qui veulent plus, tout de suite, et qui profitent du renchérissement des denrées de première nécessité pour attiser le mécontentement.

 

    Robespierre avait bien raison, le 2 Juin, de penser que la partie n'était pas encore gagnée!..

 

    C'est dans ce contexte que, le 10 Juillet, la Convention procède au renouvellement mensuel de son Comité de Salut Public. Placé sous la coupe de Danton* et de Cambon (1) depuis sa création le 10 Avril précédent, ce Comité a été reconduit intégralement le 10 Mai et le 10 Juin mais, cette fois, la Montagne entend bien mettre à profit la supériorité qu'elle a acquise depuis l'élimination des Girondins. D'ailleurs, le Comité est vigoureusement critiqué depuis quelques semaines, notamment par Marat*, qui le qualifie dans ses écrits de « Comité de Perte Publique ».

 

    Jeanbon Saint-André est élu avec 192 voix, Couthon 176, Saint-Just* 126 voix. Danton*, lui, n'est pas réélu. Sans violence, sans drame, Danton* se trouve ainsi écarté des responsabilités politiques. Ensuite, tout se déroule selon un plan soigneusement préparé ou avec un enchaînement de circonstances heureuses : le 26 Juillet, un membre du Comité, Gasparin, démissionne pour « raisons de santé »; il est remplacé le lendemain par Robespierre. Ce sont ses amis Couthon et Saint-Just* qui ont suggéré que l’on appelle l'Incorruptible ! Et ce dernier ne s’est pas fait prier…

    Le Comité de Salut Public dantoniste n'est plus; Robespierre est maintenant dans la place et il y est soutenu par ses partisans les plus fidèles. Son plan d'action est précis :Il faut redresser d'urgence la situation militaire ce qui implique :

 

« .. de mettre les généraux républicains à la tête de nos armées et punir ceux qui nous ont trahis... »  (2)

 

    Pour ce qui est du gouvernement de la France, il demande également des sanctions exemplaires :

 

« .. punir les traîtres et les conspirateurs, faire des exemples terribles de tous les scélérats qui ont outragé la Liberté et versé le sang des patriotes.. » (3)

 

    Cependant, l'emprise des Montagnards sur le Comité de Salut Public ne règle aucun des problèmes les plus urgents notamment le problème de la disette qui s'accentue du fait de la mauvaise récolte de l'été. Les Enragés exploitent, bien sûr, cette situation catastrophique pour rassembler de plus en plus de mécontents.

 

    L'assassinat de Marat*, le 13 Juillet, aggrave encore la crise politique. Hébert et les Enragés de Jacques Roux se disputent la succession de « l'Ami du Peuple » en dénonçant la bourgeoisie et en multipliant les pétitions. Le Comité de Salut Public menace d'être débordé. Billaud-Varenne et Collot d'Herbois, les plus ardents défenseurs de la sans-culotterie au sein de la Montagne, font voter, en catastrophe à la Convention le 27 Juillet la peine de mort contre les « accapareurs ». Ce décret constitue une importante concession accordée par l'Assemblée aux sans-culottes, sous la pression de la rue.

    Robespierre doit, par ailleurs, peser de tout son poids pour que l'autorité du Comité de Salut Public soit affermie vis à vis de la Convention. Il a maintenant besoin d'un Comité fort dans une Assemblée forte pour contenir la pression populaire. Il n'hésite pas d'ailleurs à dénoncer publiquement les « patriotes d'un jour » :

 

«  Deux hommes salariés par les ennemis du peuple ont succédé ou cru succéder à cet écrivain patriote.. »  (4)

 

    Il vise bien évidemment Jacques Roux et Hébert. Mais, si le Comité doit prendre garde à ne pas se laisser déborder par les mouvements populaires, il doit également faire face à la poussée des modérés qui réclament l'application immédiate de la Constitution et des élections générales dans l'espoir de réduire l'influence montagnarde. Mais comment la Montagne pourrait-elle prendre le risque de dissoudre la Convention et d'aller à de nouvelles élections ? Alors qu'elle vient à peine de purger l'Assemblée des ennemis de la République !

    La guerre de Vendée, la révolte fédéraliste attisée par les conventionnels girondins en fuite, les combats et les revers militaires aux frontières, tout cela créé un climat extrêmement tendu.

 

 

LES ACTEURS DE LA REVOLUTION :  ROBESPIERRE (37/50)

 

Charlotte CORDAY

 

 

    Le 1er Août, on entend Danton* à l'Assemblée prononcer un discours qui restera comme l'un de ses plus importants : « Les dangers nous menacent! ...Eh bien ! soyons terribles ! Faisons la guerre en lions... »  Et il demande que le Comité de Salut Public soit érigé en gouvernement provisoire (5)

    Robespierre répond et calme les ardeurs de Danton* : que l'on prenne le temps de la réflexion avant de changer des institutions qui fonctionnent !  Surtout dans une période aussi critique !..

 

«  Si en changeant l'état du gouvernement actuel, on y substituait un état certain et stable, j'appuierais la proposition de Danton*; mais en détruisant l'autorité du Conseil Exécutif, je ne vois pas qu'on fasse mieux marcher le gouvernement. La proposition me parait vague, son objet d'une exécution incertaine. Il serait dangereux de paralyser subitement le gouvernement existant. Il ne suffit pas de dire : il n'y aura plus de Conseil Exécutif, et le Comité de Salut Public sera un gouvernement provisoire; il faut organiser ce gouvernement; et comme on ne nous en a pas encore montré les moyens, je demande l'ajournement de la proposition. »  (6)

 

   La proposition faite par Delacroix, le 11 Août, de dissoudre l'Assemblée est combattue, le soir même aux Jacobins, par un Robespierre furieux qui menace même de se retirer du Comité de Salut Public:

 

«  Appelé contre mon inclination au Comité de Salut Public, j'ai vu des choses que je n'aurais jamais osé soupçonner. J'y ai vu, d'un côté, des membres patriotes faire tous leurs efforts, quelques fois vainement, pour sauver le pays et, d'un autre côté, des traîtres conspirer jusqu'au sein même du Comité et cela avec d'autant plus d'audace qu'ils le pouvaient avec plus d'impunité.  J'ai entendu, j'ai lu une proposition qui a été faite ce matin à la Convention et je vous avoue qu'à présent même il m'est difficile d'y croire, je ne croupirai pas membre inutile d'un comité ou d'une assemblée qui va disparaître. Je saurai me sacrifier au bien de mon pays. Si ce que je prévois arrive, je déclare que je me sépare du Comité, que nulle puissance humaine ne peut m'empêcher de dire à la Convention toute la vérité, de lui montrer les dangers du peuple, de lui proposer toutes les mesures qui peuvent le prévenir. Je déclare que rien ne peut sauver la République si l'on adopte la proposition qui a été faite ce matin que la Convention se sépare et qu'on lui substitue une assemblée législative.. La proposition que je combats ne tend qu'à faire succéder aux membres épurés de la Convention actuelle les envoyés de Pitt et de Cobourg. »  (7)

 

    Affermir l'influence du Comité de Salut Public c'est aussi, dans l'esprit de l'Incorruptible, pouvoir disposer en son sein de toutes les compétences. Il lui manque, à ce jour, des experts militaires. Seuls les députés à la Convention peuvent siéger au Comité et l'Assemblée ne comprend que peu de militaires de carrière. Il y en a pourtant deux; officiers du génie, et dont l'attachement à la République ne peut être contesté : Lazare Carnot, en mission à l'armée du Nord et le jeune Prieur de la Côte-d'Or qui sort à peine des prisons normandes où les fédéralistes l'avait jeté.  Carnot et Prieur de la Côte D’Or (8) entrent ainsi au Comité le 11 Août pour le premier, trois jours plus tard pour le second. 

    Robespierre n'a pas, en ces deux hommes, et surtout en Carnot, qui ouvertement a blâmé la proscription des Girondins, une confiance absolue. Il est pris d'une violente colère, au soir du 11 Août, quand il apprend que Barère l’a fait entrer au Comité. Mais il sait que le Comité de Salut Public a besoin de leur expérience pour conforter son autorité qui du même coup consolide son autorité personnelle. L'opération semble d'ailleurs réussir : jamais l'influence de l'Incorruptible n'a été aussi grande.

 

 

 

LES ACTEURS DE LA REVOLUTION :  ROBESPIERRE (37/50)

 

Guerre de Vendée – 1793

 

 

    Le 12 Août, il est élu à la présidence du Club des Jacobins; le 22 Août, il devient Président de la Convention; le 23 il accepte, sous la pression de la Commune et des militants parisiens, le principe de la levée en masse qu'il avait, jusqu'à présent, repoussé en objectant que ce n'étaient pas les hommes qui manquaient mais les généraux et leur patriotisme. Nouvelle concession faite aux sans-culottes, qui ne suffira d'ailleurs pas à calmer leurs ardeurs. On réclame toujours le procès de Marie Antoinette*, celui des Girondins; on dénonce les « endormeurs » de la Convention qui ne font que promettre sans jamais rien décider. On n'épargne ni Danton* ni Robespierre.

 

Un Robespierre qui, le 25 août au Club des jacobins, tente d’expliquer les lenteurs « perfides et calculées » du Tribunal révolutionnaire et propose des solutions :

 

« Il faut faire une guerre éternelle aux agents de Pitt et de Cobourg qui infectent nos villes et nos départements. Du sommet de la Montagne, je donnerai le signal au peuple, et lui dirai: _Voilà tes ennemis; frappe_. »

« J’ai suivi les formes avocatoires dont s’est entortillé le tribunal révolutionnaire. Il lui faut des mois entiers pour juger un Custine, l’assassin du peuple français! Dans vingt-quatre heures, ses antagonistes seraient écrasés, si la tyrannie pouvait renaître pour ce temps-là seulement. La liberté doit aujourd’hui user des mêmes moyens; elle tient le glaive vengeur qui doit enfin délivrer le peuple de ses plus acharnés ennemis: ceux qui le laisseraient reposer seraient coupables. »

« Il ne faut pas qu’un tribunal établi pour faire marcher la révolution la fasse rétrograder par sa lenteur criminelle; il faut qu’il soit actif autant que le crime; il faut qu’il soit toujours au niveau des délits. Il faut que ce tribunal soit composé de dix personnes qui s’occupent seulement à rechercher le délit et à appliquer la peine; il est inutile d’accumuler des jurés et des juges, puisqu’il n’existe qu’une seule sorte de délit à ce tribunal, celui de haute-trahison, et qu’il n’y a qu’une seule peine, qui est la mort; il est ridicule que des hommes soient occupés à chercher la peine qu’il faut appliquer à tel délit, puisqu’il n’en est qu’une, et qu’elle est applicable _ipso facto_. »

« Le comité de sûreté générale a bien des torts à se reprocher; mais la police de Paris en a de même, et il faut la réformer comme lui. Le comité de sûreté générale a, comme le tribunal révolutionnaire, des vices de forme et d’organisation. D’abord, il est trop nombreux, et cela seul doit entraver ses opérations, outre que cela rend plus difficile la certitude du patriotisme des membres qui le composent. »

« Il est un autre inconvénient qui souvent fait un grand tort à la marche des affaires. Le comité de salut public, chargé de déjouer les complots, de quelque nature qu’ils soient, fait souvent arrêter telle personne que le comité de sûreté générale, dont les fonctions sont à peu près les mêmes, avait fait rechercher aussi; il en résulte un conflit de juridiction, qui devient souvent nuisible au salut de l’Etat. Le comité de sûreté générale fait mettre en liberté ou absout celui que le comité de salut public avait incarcéré et condamné, parce que tous deux ne jugent pas sur les mêmes pièces, et qu’on supprime avec l’un ce qui a servi de base aux jugements de l’autre, ce qui laisse toujours une porte à l’intrigue. »

 

« Je me résume:

** Réforme du tribunal révolutionnaire, et sa prompte réorganisation sur de nouvelles formes; il condamnera, dans une époque déterminée et toujours très prochaine, les coupables ou élargira les innocents;

** Création de plusieurs comités révolutionnaires, qui jugeront conjointement les nombreux délits qui se forment tous les jours contre la liberté;

** Surveillance générale de la police;

** Renouvellement du comité de sûreté générale, et sa composition de dix membres seulement, dont les fonctions seront déterminées;

** On tirera une ligne de démarcation entre ses fonctions et celles du comité de salut public. »  (9)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

(1)   CAMBON (Pierre Joseph) : Né à Montpellier le 10 Juin 1756. Il fonde dans cette ville une Société affiliée au Club des Jacobins dès Juillet 1789. Elu de l'Hérault à l'Assemblée Législative, il apparaît rapidement comme le spécialiste des questions financières, même si certains critiquent ses compétences. A nouveau élu à la Convention, il sera le premier à prendre ouvertement parti contre Robespierre* lors de la séance du 8 Thermidor. La chute de l'Incorruptible redonnera à Cambon une nouvelle gloire : il sera élu Maire de Paris lors de l'émeute du 12 Germinal an III mais il devra bientôt se cacher puis sera exilé comme tous les régicides. Il mourra près de Bruxelles le 15 Février 1820.

 

(2)   Gérard WALTER  "Robespierre"  op. cit. page 379

 

(3)   idem page 379

 

(4)   Albert SOBOUL  "La Révolution française"  op. cit. page 309

 

(5)   Voir Danton*

 

(6)   cité par André STIL  "Quand Robespierre et Danton..." op. cit. page 357

 

(7)   Albert MATHIEZ  "La Révolution française op. cit. page 417

 

(8)   PRIEUR de la COTE d'OR (PRIEUR-DUVERNOIS Claude Antoine, dit) : Né à Auxonne le 22 Décembre 1763. Elève de l'Ecole du Génie, comme Carnot, il est capitaine en 1791 et élu de la Côte d'Or à la Législative puis à la Convention où il votera la mort du roi. Membre du Comité de Salut Public dans lequel il entrera avec Carnot comme spécialiste des affaires militaires le 14 Août 1793.

Il quittera ce Comité le 6 Octobre 1794 en prenant la défense de ses anciens collègues mis en accusation. Membre du Conseil des Cinq Cents jusqu'en 1798 il se retirera de la vie publique et mourra à Dijon en 1832.

 

(9) Discours prononcé par Maximilien Robespierre au Club des Jacobins le 25 août 1793.

 

 

 

 

 

 

A SUIVRE :

 

 

LES ACTEURS DE LA REVOLUTION : ROBESPIERRE (38/50)

 

LA TERREUR A L'ORDRE DU JOUR : SEPTEMBRE 1793

   

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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