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4 mars 2018 7 04 /03 /mars /2018 09:00

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LES ACTEURS DE LA REVOLUTION :  ROBESPIERRE (31/50)

 

Transfert de la famille royale à la Prison du Temple

 

 

 

 

ROBESPIERRE ET LA COMMUNE : AOUT 1792

   

 

 

 

    Il est souvent plus difficile de tirer parti d'une victoire que de la remporter. Robespierre va donc déployer toute son énergie pour canaliser le mouvement populaire qui s'est déclenché le 10 Août sans qu'il l'ait, à proprement parlé, voulu.

    Dans la soirée du 10 Août, il est à la tribune des Jacobins et, bien que l'assemblée soit un peu clairsemée, il glorifie la justice, l'égalité, la raison, les principes immortels qui viennent d'être réaffirmés par cette "nouvelle révolution" :

 

«  Français, n'oubliez pas que vous tenez dans vos mains le dépôt des destinées de l'univers. Ne vous endormez pas au sein de la victoire; adoptez la maxime d'un grand homme qui croyait n'avoir rien fait tant qu'il lui restait quelque chose à faire. N'oubliez pas que vous avez à combattre la ligue des despotes et à confondre les complots des ennemis les plus dangereux que vous nourrissez dans votre sein. Une gloire immortelle vous attend, mais vous serez obligés de l'acheter par de grands travaux. Restez debout et veillez. Il ne vous reste plus qu'à choisir entre le plus odieux des esclavages ou une liberté parfaite; entre les plus cruelles proscriptions et le bonheur le plus pur dont un peuple puisse jouir. Il faut que les rois ou les Français succombent. Telle est la situation où vous place cette lutte glorieuse que vous avez jusqu'ici soutenue contre la royauté. Mais, quels que soient vos délégués, gardez-vous de les laisser maîtres absolus de votre destinée, surveillez les, jugez-les, et réservez-vous dans tous les temps des moyens réguliers et pacifiques d'arrêter les usurpations des hommes publics sur les droits et sur la souveraineté du peuple... » (1) 

 

    Robespierre veut maintenant asseoir sur des bases solides la puissance de la Commune et cela ne peut être fait qu'à deux conditions : d'abord faire en sorte que l'Assemblée ne regagne pas la confiance du peuple. Au point où elle en est arrivée, la tâche ne sera pas difficile ! Ensuite, se débarrasser au plus vite d'une autre instance rivale et puissante : le Directoire du Département de Paris qui, on l'a vu, est constitué d'hommes peu sûrs.

    C'est dans ce but que, le 12 Août, Robespierre, délégué par la Commune, apparaît à la barre de l'Assemblée législative. Il vient demander aux députés de suspendre les élections, déjà commencées, pour le renouvellement de l'Assemblée Administrative du Département de Paris.

 

«  Le Conseil général de la Commune a besoin de conserver tout le pouvoir dont le peuple l'a investi dans la nuit du 9 au 10 pour assurer le salut public et la liberté. La nomination des membres d'un nouveau Département, dans les circonstances actuelles, tend à élever une autorité rivale à celle du peuple même.. » (2)

 

 

 

LES ACTEURS DE LA REVOLUTION :  ROBESPIERRE (31/50)

 

Jacques-René  HEBERT

 

 

    L'Assemblée décrète que le nouveau Département n'exercera plus son contrôle sur les opérations de la Commune qu'en ce qui concerne les contributions publiques. Il sera en fait, quelques jours plus tard, dépossédé de tous ses pouvoirs. Robespierre est encore à l'Assemblée le 14, à la tête d'une délégation de la section de la Place Vendôme. Le 15 Août, il revient à nouveau à la barre pour demander la modification du décret pris le 11 créant une cour martiale pour juger les Suisses fait prisonnier lors de l'attaque des Tuileries. Robespierre demande la création d'un "Tribunal du Peuple" destiné à juger tous les conspirateurs.

 

« Si la tranquillité publique, et surtout la liberté, tient à la punition des coupables, vous devez en désirer la promptitude, vous devez en assurer les moyens. Depuis le 10, la juste vengeance du peuple n’a pas encore été satisfaite. Je ne sais quels obstacles invincibles semblent s’y opposer. Le décret que vous avez rendu nous semble insuffisant; et, m’arrêtant au préambule, je trouve qu’il ne contient point, qu’il n’explique point la nature, l’étendue des crimes commis dans la journée du 10 août, et c’est trop restreindre la vengeance du peuple; car ces crimes remontent bien au-delà. »

« Les plus coupables des conspirateurs n’ont point paru dans la journée du 10, et d’après la loi il serait impossible de les punir. Ces hommes qui se sont couverts du masque du patriotisme pour tuer le patriotisme; ces hommes qui affectaient le langage des lois pour renverser toutes les lois; ce La Fayette*, qui n’était peut-être pas à Paris, mais qui pouvait y être; ils échapperaient donc à la vengeance nationale ! »

« Ne confondons plus les temps. Voyons les principes, voyons la nécessité publique, voyons les efforts que le peuple a faits pour être libre. Il faut au peuple un gouvernement digne de lui; il lui faut de nouveaux juges, créés pour les circonstances; car si vous redonniez les juges anciens, vous rétabliriez des juges prévaricateurs, et nous rentrerions dans ce chaos qui a failli perdre la nation. »

« Le peuple vous environne de sa confiance, Conservez-la cette confiance, et ne repoussez point la gloire de sauver la liberté pour prolonger, sans fruit pour vous-mêmes, aux dépens de l’égalité, au mépris de la justice, un état d’orgueil et d’iniquité. Le peuple se repose, mais il ne dort pas. Il veut la punition des coupables, il a raison. Vous ne devez pas lui donner des lois contraires à son vœu unanime. »

« Nous vous prions de nous débarrasser des autorités constituées en qui nous n’avons point confiance, d’effacer ce double degré de juridiction, qui, en établissant des lenteurs, assure l’impunité; nous demandons que les coupables soient jugés par des commissaires pris dans chaque section, souverainement et en dernier ressort. »  (3)

 

 

    Au-delà des Suisses, ce sont tous les contre-révolutionnaires qu'il vise : les royalistes, bien sûr, mais surtout La Fayette* et ses amis. Brissot fait échouer cette proposition en expliquant à l'Assemblée « que des formes plus expéditives appartiennent au despotisme. Un peuple libre veut et doit être juste dans ses vengeances » (4). Les Brissotins, eux aussi, se sentent maintenant menacés par la tourmente qui vient de balayer Paris !

 

    Le 17, une nouvelle délégation de la Commune est envoyée à l'Assemblée nationale. Ses revendications sont toujours les mêmes : création d’un tribunal du peuple. Elle déclare par la voix de son représentant : « le peuple est las de n'être pas vengé. Craignez qu'il ne fasse justice lui-même.. Je demande que sans désemparer vous décrétiez qu'il sera nommé un citoyen par chaque section pour former un tribunal criminel. Je demande qu'au château des Tuileries soit établi ce tribunal. Je demande que Louis XVI* et Marie-Antoinette*, si avides du sang du peuple, soient rassasiés en voyant couler celui de leurs infâmes satellites.. » (5).

 

 

 

LES ACTEURS DE LA REVOLUTION :  ROBESPIERRE (31/50)

 

Louis XVI* à la Tour du Temple

Tablean de Jean-François Gameray.

 

 

     L'Assemblée qui se veut, plus que jamais, vertueuse rappelle au respect de la loi. Mais le bruit de l'impatience du peuple de Paris parvient jusqu'à elle. Elle finit par céder et applique, à la hâte, le projet de décret repoussé quelques jours plus tôt. On met en place un tribunal criminel connu sous le nom de « Tribunal du 17 Août »

 

    Dans la nuit, on nomme les juges. Robespierre, arrivé en tête de liste, est Président de droit. Il refuse cette présidence. Sans doute considère-t-il qu'il est plus important pour lui de se consacrer totalement à la Commune. Mais on ne tarde pas à lui reprocher cette défection, y compris dans les milieux populaires. A tel point qu'il se voit contraint de se justifier par voix de presse :

 

«  Certaines personnes ont voulu jeter des nuages sur le refus que j'ai fait de la place de Président du tribunal destiné à juger les conspirateurs. Je dois rendre compte au public de mes motifs.

1°) J'ai combattu, depuis l'origine de la Révolution, la plus grande partie de ces criminels de lèse-nation. J'ai dénoncé la plupart d'entre eux; j'ai prédit tous leurs attentats, lorsqu'on croyait encore à leur civisme; je ne pouvais être le juge de ceux dont j'ai été l'adversaire, et j'ai dû me souvenir que s'ils étaient les ennemis de la patrie, ils s'étaient aussi déclarés les miens. Cette maxime, bonne dans toutes les circonstances, est surtout applicable à celle-ci; la justice du peuple doit porter un caractère digne de lui : il faut qu'elle soit imposante autant que prompte et terrible.

2°) L'exercice de ces nouvelles fonctions était incompatible avec celles de représentant de la Commune qui m'avait été confiée; il fallait opter; je suis resté au poste où j'étais, convaincu que c'était là où je devais actuellement servir la patrie. » (6)

 

 

    Le tribunal s'est mis aussitôt au travail. Le 21 Août est inaugurée la guillotine pour exécuter un royaliste jugé sommairement. C'est là le premier acte de la « terreur ».

 

    Plus personne, évidemment, n'ose se dire royaliste. Robespierre, sortant de sa réserve, résume, dans une simple phrase, l’opinion populaire à l’égard de la monarchie :

 

« Il faut que les Rois ou les Français succombent.. »

 

    Dès le 12, la Commune a arrêté que Louis Capet et sa famille seraient déposés dans la tour du Temple. Hébert crie sa haine dans son « Père Duchesne » à l'encontre du « porc trop gras » ou du « gros larbin de son autrichienne ». On fait effacer sur les murs tout ce qui peut rappeler la royauté : fleurs de lys, armes, images à l'hommage du Roi.

    Dans le langage, les écrits, le mot citoyen doit remplacer monsieur. Le tutoiement est obligatoire.

 

 

    La Révolution est sur le point de triompher.....

 

 

 

 

 

 

 

 

(1)   cité par Ernest HAMEL  "Histoire de Robespierre" op. cit. Vol 2, pages 373-374

 

(2)   cité par  Albert MATHIEZ  "La Révolution française"  op. cit. page 201

 

(3)   Intervention de Robespierre à la barre de l’Assemblée Nationale en tant que Délégué de la Commune le 15 août 1792.

 

(4)   cité par  Gérard WALTER  "Robespierre"  op. cit. page 319

 

(5)  cité par Michel WINOCK  "L'Echec au Roi" op. cit. page 287

 

(6) cité par André STIL  "Quand Robespierre et Danton..." op. cit. page 223

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

A SUIVRE :

 

 

LES ACTEURS DE LA REVOLUTION : ROBESPIERRE (32/50)

 

LES MASSACRES DE SEPTEMBRE : SEPTEMBRE 1792

   

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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