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24 février 2018 6 24 /02 /février /2018 09:00

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LES ACTEURS DE LA REVOLUTION :  ROBESPIERRE (23/50)

 

Adrien DUPORT - Député de Paris

 

 

 

 

 

LA FIN DE L'ASSEMBLEE CONSTITUANTE :

AOUT- SEPTEMBRE 1791

   

 

 

 

    La session de l’Assemblée Constituante touche à sa fin. Les députés sont las, et d'ailleurs les débats s'éternisent devant des travées de plus en plus vides.

    Robespierre dresse un bilan assez négatif de l'action des Constituants : l'Assemblée, selon lui, n'a pas su justifier la confiance du peuple. Il est, par ailleurs, profondément déçu par la réforme constitutionnelle. Le texte définitif, que les députés ont en main le 5 Août et qui fait l'objet de discussions longues et difficiles, ne lui convient pas.

    Le caractère censitaire, qu'il a pourtant vivement critiqué à de nombreuses reprises, est encore aggravé. L'article 7 relatif au cens électoral propose de supprimer le "marc d'argent" comme condition d'éligibilité mais de relever le cens électoral. Ainsi, il y aurait davantage d'éligibles mais moins d'électeurs ! Encore une idée de Barnave pour affaiblir les forces populaires. Robespierre fulmine, encore une fois, le 11 Août :

 

« Les comités vous proposent de substituer à une condition mauvaise une condition plus injuste et plus onéreuse encore. Les inconvénients s’appliquent d’une manière plus forte au nouveau système. Le peuple est-il libre de choisir ses représentants, s’il ne l’est pas dans le choix de ses intermédiaires ? Les comités me paraissent dans une contravention continuelle. »

« Vous avez reconnu, sur leur proposition, que tous les citoyens étaient admissibles à toutes les fonctions, sans autre distinction que celle des vertus et des talents. A quoi nous sert cette promesse, puisqu’elle a été violée sur-le-champ ? Que nous importe qu’il n’y ait plus de noblesse féodale, si vous y substituez une distinction plus réelle, à laquelle vous attachez un droit politique ? Et que m’importe à moi qu’il n’y ait plus d’armoiries, s’il faut que je voie naître une nouvelle classe d’hommes à laquelle je serai exclusivement obligé de donner ma confiance ? »

« Cette contradiction permettrait de douter de votre bonne foi et de votre loyauté. Je conviens cependant qu’il faut une garantie qui rassure contre les électeurs ; mais est-ce la richesse ? L’indépendance et la probité se mesurent-elles sur la fortune ? Un artisan, un laboureur, qui paient dix journées de travail, voilà des hommes plus indépendants que le riche, parce que leurs besoins sont encore plus bornés que leurs fortunes. Quoique ces idées soient morales, elles n’en sont pas moins dignes d’être présentées à l’assemblée. Ce ne sont pas là des lignes sans largeur. On nous a cité l’exemple des Anglais et des Américains : ils ont eu tort, sans doute, d’admettre des lois contraires aux principes de la justice ; mais, chez eux, ces inconvénients sont compensés par d’autres bonnes lois. Quelle était la garantie d’Aristide lorsqu’il subjugua les suffrages de la Grèce entière ? Ce grand homme qui, après avoir administré les deniers publics de son pays, ne laissa pas de quoi se faire enterrer, n’aurait pas trouvé entrée dans vos assemblées électorales. » (1)

 

 

    Et, après avoir invoqué Rousseau, il se montre un peu plus conciliant en admettant, tout de même, une limite :

 

« D’après les principes de vos comités, nous devrions rougir d’avoir élevé une statue à J. J. Rousseau, parce qu’il ne payait pas le marc d’argent. Apprenez à reconnaître la dignité d’homme dans tout être qui n’est pas noté d’infamie. Il n’est pas vrai qu’il faille être riche pour tenir à son pays ; la loi est faite pour protéger les plus faibles ; et n’est-il pas injuste qu’on leur ôte toute influence dans sa confection ? »

« Pour vous décider, réfléchissez quels sont ceux qui vous ont envoyés ? Etaient-ils calculés sur un marc, sur un demi-marc d’argent ? Je vous rappelle au titre de votre convocation : « Tout Français ou naturalisé Français, payant une imposition quelconque, devra être admis à choisir les électeurs. » Nous ne sommes donc pas purs, puisque nous avons clé choisis par des électeurs qui ne payaient rien. » (2)

 

    L’Incorruptible livre là son « baroud d’honneur » car il sait bien qu’il est maintenant trop tard pour infléchir les termes de cette Constitution qui ne lui convient pas. Car elle contient bien d’autres anomalies tout aussi graves, à ses yeux : la garde nationale, réorganisée en Juillet, n'admet en son sein que les citoyens « actifs »; les entraves à la liberté de la presse n'ont pas été supprimées; on parle de redonner une garde personnelle au roi.. On peut dire que la bourgeoisie, qui domine l'Assemblée, a atteint presque tous ses objectifs !..

    Sans doute est-ce pour ces raisons que les deux dernières interventions de Robespierre sont des attaques violentes contre deux hommes qui, selon lui, incarnent la trahison aux principes de la Révolution : Duport et Barnave. Les deux hommes sont passés du côté du roi et ont quitté le club des Jacobins pour rejoindre les Feuillants. Robespierre ne se sent plus contraint à aucune retenue vis à vis de ses anciens alliés.

    Il n'attendait d'ailleurs qu'un prétexte pour affronter Duport publiquement et c'est Beaumetz (3) qui va le lui fournir. Le 1er Septembre, ce dernier propose à l'Assemblée de nommer une députation pour présenter au roi la toute nouvelle Constitution et convenir avec lui d'une date pour la prestation de serment.

 

 

 

LES ACTEURS DE LA REVOLUTION :  ROBESPIERRE (23/50)

 

Antoine-Pierre-Joseph-Marie BARNAVE

 

 

Robespierre prend alors la parole et prononce un long discours d'où il ressort que l'avenir de la Constitution est, à son avis, indépendant de la volonté de Louis XVI*.

 

«  Je ne doute pas que Louis XVI* ne l'accepte avec transport. Le pouvoir exécutif tout entier, assuré comme un patrimoine à lui et à sa race; le droit d'arrêter les opérations de plusieurs assemblées nationales consécutives; la faculté de les diriger par la proposition des lois qu'il peut rejeter, lorsqu'elles sont faites, par l'influence de ses ministres admis au sein du corps législatif; un empire absolu sur tous les corps administratifs devenus ses agents; le pouvoir de régler les intérêts et les rapports de la nation avec les nations étrangères; des armées innombrables dont il dispose; le trésor public, grossi de tous les domaines nationaux, réunis en ses mains.... »  (4)

 

    Un brouhaha, ponctué de quelques cris s'élèvent de l'assistance; on tente de couvrir la voix de l'orateur qui poursuit d'un ton ferme :

 

«  ..Ce ne sont pas là des calomnies; c'est la Constitution. Quarante millions destinés à son entretien et à ses plaisirs personnels; tout m'annonce qu'il n'existe point dans l'Etat de pouvoir qui ne s'éclipse devant le sien; tout me prouve que nous n'avons rien négligé pour rendre la Constitution agréable à ses yeux.. »  (4)

 

    Applaudi à plusieurs reprises par les tribunes, il continue à parler quand, tout à coup, il est interrompu par un Duport menaçant qui s'approche de la tribune en proférant un flot d'injures.

 

«  Monsieur le Président, je vous prie de dire à M. Duport de ne pas m'insulter, s'il veut rester auprès de moi.... » (5)

 

Puis se tournant vers le perturbateur :

 

«  Je ne présume pas qu'il existe dans cette Assemblée un homme assez lâche pour transiger avec la Cour sur un article du code constitutionnel, assez perfide pour faire proposer par elle des changements nouveaux que la pudeur ne lui permettrait pas de proposer lui-même, assez ennemi de la Patrie pour chercher à discréditer la Constitution parce qu'elle mettrait quelque barre à son ambition et à sa cupidité, assez imprudent pour oser avouer, aux yeux de la nation, qu'il n'a cherché dans la Révolution qu'un moyen de s'agrandir et de s'élever... » (5)

 

    Duport* ne réplique pas. Le coup est pour lui trop rude.

   

    Le 5 Septembre, c'est le tour de Barnave de subir les foudres de Robespierre. Il apparaît, en effet, depuis quelque temps comme l'homme à la solde des gros propriétaires. Barnave est celui qui le 15 Juillet expliquait qu' « un pas de plus dans la ligne de la Liberté serait la destruction de la royauté, dans la ligne de l'égalité, la destruction de la propriété »  (6)

    Barnave est, par ailleurs, le porte parole des frères Lameth dont la fortune est engagée, en grande partie, aux colonies. Ils se sont, bien sûr, opposés à la Société des Amis des Noirs à laquelle participe Robespierre et surtout au décret, voté en Mai, accordant quelques droits aux hommes de couleur. (7)

    Barnave qualifié de traître et de « vendu à la Cour » avec son ami Alexandre de Lameth va être, à compter de ce jour, quasiment éliminé de la Révolution.

 

 

    Le 14 Septembre, le roi ayant enfin accepté, bien à contre cœur, la révision constitutionnelle vient prêter serment à l'Assemblée. Une nouvelle fois, il jure fidélité à la Nation. La bourgeoisie, une fois encore, croit la Révolution terminée.

   Le 29 Septembre, au sein d’une assemblée qui doit se séparer le lendemain, Robespierre prononce un dernier discours : contre les anciens du club des Jacobins, ceux qui ont rejoint les Feuillants et qui voudraient bien, maintenant, voir dissoudre les sociétés populaires; ceux là mêmes qui prétendent que la Révolution est finie :

 

«  Est-ce donc un si grand malheur que, dans les circonstances où nous sommes, l'opinion publique, l'esprit public se développent aux dépens même de la réputation de quelques hommes qui, après avoir servi la cause de la patrie en apparence, ne l'ont trahie qu'avec plus d'audace ? Je sais tout ce que ma franchise a de dur; mais c'est la seule consolation qui puisse rester aux bons citoyens dans le danger où ces hommes ont mis la chose publique, de les juger d'une manière sévère. »  (8)

 

 

    Le lendemain, le Président de l'Assemblée Constituante déclare, en présence du Roi et de Marie-Antoinette* que l'Assemblée « a rempli sa mission » et que toutes ses séances sont terminées. Il se montre très fier que « l'Assemblée nationale ait donné à l'Etat une Constitution qui garantit également et la royauté et la liberté ».

    En fait, rien n'est réglé : le Roi et la cour continuent à rêver d'une intervention étrangère qui écraserait la Révolution; les clubs parisiens n'ont pas renoncé à détrôner Louis XVI*, la constitution civile du clergé divise la France en deux camps prêts à s'affronter à la première occasion.... Une occasion qui ne va pas tarder à se présenter.

 

    Robespierre et Pétion sont, eux, acclamés par la foule qui se presse aux portes de l’assemblée pour apercevoir ses héros. Le lendemain, la presse relatant l'événement dira :

 

«  Les noms de députés vierges, de législateurs incorruptibles joints à leurs noms chers, retentissent partout sur leur passage.... »  (9)

 

 

 

 

 

 

 

 

(1)   Discours de Maximilien Robespierre à l’Assemblée Constituante le 11 août 1791

 Egalement cité par Michel WINOCK  "L'Echec au Roi"  op. cit. page 115

 

(2)  Discours de Maximilien Robespierre à assemblée Constituante le 11 aout 1791.

Egalement  cité par André STIL  "Quand Robespierre et Danton..."  op. cit. page 151

 

(3) BEAUMETZ (Bon Albert Briois de) : Né à Arras, le 23 décembre 1755 et mort à Calcutta après mars 1801. Lors des élections aux États généraux en avril 1789, Bon Albert Briois de Beaumetz est élu, à la quasi unanimité, député de la noblesse de l'Artois. À l'Assemblée, il s'oppose tout d'abord à la réunion des trois ordres, avant de se rallier à une tendance plus libérale, et siège parmi la gauche libérale.

Sa perspective est de mettre en place et stabiliser une monarchie constitutionnelle. Son activité et son entregent lui valent d'être élu président de l'Assemblée constituante le 27 mai 1790, jusqu'au 8 juin 1790.

Il siège à l'Assemblée constituante jusqu'à la fin de la session, en septembre 1791. Il devient alors, avec Charles-Maurice de Talleyrand-Périgord , membre du Directoire du département de la Seine.  Après la Journée du 10 août 1792, Bon Albert de Beaumetz émigre. Il passe en Allemagne, puis en Angleterre où il retrouve son ami Charles-Maurice de Talleyrand-Périgord au printemps de 1794. Tous deux se rendent aux États-Unis.

En mai 1796, accompagné par son épouse, il se rend en Inde et s'installe à Calcutta ou l'on perd sa trace après une dernière lettre envoyée par lui en mars 1801.

 

(4)   cité par André STIL  "Quand Robespierre et Danton..."  op. cit. page 153

 

(5)   cité par Gérard WALTER  "Robespierre" op. cit. page 119

 

(6)   cité par A. SOBOUL "La Révolution Française" op. cit. page 224

 

(7)   Société fondée par Brissot, Condorcet, Clavière  à laquelle Robespierre appartiendra.

 

(8)   cité par André STIL  "Quand Robespierre et Danton..." op. cit. page 156

 

(9)   Les "Révolutions de Paris" 1er Octobre 1791

 

 

 

 

 

 

 

 

 

A SUIVRE :

 

 

LES ACTEURS DE LA REVOLUTION : ROBESPIERRE (24/50)

 

ROBESPIERRE SIMPLE CITOYEN :  OCTOBRE – NOVEMBRE 1791

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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