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14 février 2018 3 14 /02 /février /2018 09:00

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LES ACTEURS DE LA REVOLUTION :  ROBESPIERRE (13/50)

 

François-Claude-Amour du CHARIOL, marquis de BOUILLE – Lieutenant Général des Armées du Roi.

 

 

 

 

LE PEUPLE, ENCORE... ET L'ARMEE :

JUILLET - OCTOBRE 1790

   

 

 

 

    Tout au long du deuxième semestre de l'année 1790 et des premiers mois de 1791, Robespierre, de plus en plus fréquemment, monte à la tribune de l'Assemblée. Il ne cesse d'y défendre la cause du peuple. Il ne cesse de répéter, inlassablement, que l'avenir de la Révolution n'est assuré que si les intérêts du peuple tout entier sont préservés.

    Il intervient également de plus en plus fréquemment au Club des Jacobins, sur les mêmes thèmes d'ailleurs, que ceux déjà abordés à l'Assemblée. Il a appris, au fil des mois, à mieux dominer son auditoire, à forcer sa voix, à faire face aux interruptions des contradicteurs :

 

«  Je ne suis point découragé par ceux qui m'interrompent; je me propose même de dire d'autres vérités qui exciteront bien d'autres murmures.. »  (1)

 

     Il est surtout, comme l'écrit Gérard Walter, (2) "devenu fort du sentiment, enraciné chez lui, que seul il représente l'avenir de la Révolution ". Et puis, il travaille. Il travaille beaucoup, seul, à son bureau. Sur chacun des points venant à l'ordre du jour, il tient, avant de trancher, à pouvoir disposer de tous les éléments. On l'entendra souvent, au cours des débats, tenir des propos du genre :

 

«  Le seul point à décider, est de savoir si l'Assemblée nationale veut prendre une connaissance exacte de l'affaire avant de la juger.. »  (3)

 

   Cette position, on l'imagine bien, n'est pas facile à tenir car les sujets traités dans cette Assemblée qui a tout à faire, qui voudrait tout faire vite, sont de plus en plus souvent prétextes à affrontements entre les deux "partis". Robespierre se plaignait, il y a six mois, du manque de discipline des députés qui perturbaient par leurs bavardages et leurs rires la sérénité des débats. Aujourd'hui, la sérénité ne s'est guère améliorée, mais pour d'autres raisons.

    Dans Paris, Marat*, et son journal  « L’Ami du Peuple », critique, vocifère, dénonce, ceux qui lui paraissent être des tièdes en révolution. Danton*, dont l'audience dans la capitale a dépassé largement les frontières du District des Cordeliers, agite le peuple et vocifère, lui aussi, contre les autorités constituées, contre les Bailly, La Fayette*...

    L'Assemblée ressent bien évidemment quelques vagues en provenance de ces tempêtes extérieures. Ainsi, le 31 Juillet, Malouet (4) brandit le journal de Marat*, en lit de longs extraits avant de demander l'arrestation de son auteur et de son complice Camille Desmoulins*. On ne l'écoutera pas ce jour là; mais Malouet réitère sa demande au soir du 2 Août à propos d'une adresse de Camille Desmoulins* à l'Assemblée : « Qu'il se justifie, s'il l'ose ! » Et Camille Desmoulins*,qui se trouve dans les tribunes, lui crie : « Oui, je l'ose ! » Tumulte et brouhaha parmi les députés; le Président donne l'ordre d'appréhender Camille Desmoulins*et Robespierre intervient pour apaiser les esprits :

 

«  Je crois que l'ordre provisoire donné par Monsieur le Président était indispensable... Mais devez-vous confondre l'imprudence et l'inconsidération avec le crime ? Il s'est entendu (Camille Desmoulins*) accuser du crime de lèse-nation; il est difficile à un homme sensible de se taire. On ne peut supposer qu'il ait eu l'intention de manquer de respect au corps législatif. L'humanité, d'accord avec la justice, réclame en sa faveur. Je demande son élargissement, et qu'on passe à l'ordre du jour. »  (5)

 

    Camille Desmoulins* s'étant, entre temps, échappé, l'incident est clos; mais il est symptomatique de la tension qui règne maintenant au sein de l'Assemblée.

 

    Les sujets de frictions, voire de confrontations orageuses, ne manquent pas. Parmi ceux-ci, il en est un qui revient périodiquement et sur lequel Robespierre a des points de vue fort arrêtés, c'est celui de l'armée. Le soldat est issu du peuple; les officiers sont encore, pour la majorité d'entre eux, d'origine noble. Cette situation est anormale; il faudra donc la corriger mais, pour cela, il faudra du temps. Durant la période transitoire nécessaire, Robespierre exhorte le pouvoir politique à faire montre de la plus extrême vigilance. Il ne cessera de rappeler cette règle que certains feignent d'ignorer et que d'autres ont tendance à oublier. Déjà le 28 Avril dernier, alors qu'on discutait du fonctionnement des conseils de guerre, Robespierre était intervenu vigoureusement :

 

«  Il est impossible de décréter, dans les circonstances actuelles, que les soldats n'auront d'autres juges que les officiers... » (6)

 

   Et, alors que des murmures désapprobateurs s'élevaient de l'assistance, il enchaînait avec le plus grand calme :

 

«  J'en conviens, il faut du courage pour dire, dans cette tribune....qu'il y a entre les soldats et les officiers des intérêts absolument opposés.. Ne craindrez-vous pas que, sous prétexte de discipline, on ne punisse le patriotisme et l'attachement à la Révolution ? »  (6)

 

    Même s'il avait fait mine de s'interroger, il ne doutait pas de la réponse. Aussi avait-il émis une proposition très précise :

 

« ..que désormais le conseil de guerre soit composé d'un nombre égal d'officiers et de soldats. » (6)

 

    Proposition inacceptable par les conservateurs qui, d'ailleurs, n'avait pas été acceptée parce qu'elle remettait en cause, indirectement, toute l'organisation de l'armée.

 

 

LES ACTEURS DE LA REVOLUTION :  ROBESPIERRE (13/50)

 

Pierre-Victor MALOUET

 

   

 

    Mais le problème des rapports entre les officiers et les soldats reste posé. Il va même prendre une importance considérable au moment de l'affaire de Nancy. Vers la fin du mois d'Août, le régiment des Suisses de Châteauvieux et deux autres régiments basés à Nancy, réclament un peu bruyamment leur solde, insultent les officiers et fraternisent avec la garde nationale. Le Commandant Bouillé (7) réprime alors la révolte avec une extrême sévérité : le conseil de guerre déclarera que 42 soldats seront pendus, 41 seront condamnés aux galères; le club des Jacobins de Nancy est fermé.

    Robespierre, comme Danton*, comme beaucoup d'autres, s'insurgent contre cette répression sanglante, d'abord pour tenter d'en retarder le jugement :

 

«  D'après les faits qui vous ont été dénoncés, ne voyez-vous pas que les officiers ont cherché à séduire les troupes ? Et c'est contre ces soldats trompés, contre ces soldats dont le patriotisme a fait l'erreur, qu'on veut envoyer d'autres soldats ? Il arrivera peut-être que vous verrez d'un côté les soldats patriotes, et dans l'armée de M. Bouillé tous ceux que l'aristocratie aurait soudoyés (..)

«  On ne saurait se le dissimuler, les ennemis de l'Etat ont voulu la dissoudre (l'armée); c'est là leur but. On a cherché à dégoûter les bons; on a voulu aigrir les troupes pour les forcer à l'insurrection, faire rendre un décret et en abuser, en leur persuadant qu'il est l'ouvrage de leurs ennemis. Il n'est pas nécessaire d'un plus long développement pour prouver que les ministres et les chefs de l'armée ne méritent pas notre confiance (..) Il faut prendre le moyen qui sera le plus efficace pour assurer aux soldats que l'Assemblée nationale, toujours attachée au bien public et à la liberté, ne veut punir les soldats que lorsqu'il sera bien prouvé qu'ils sont mus par un esprit d'insubordination, d'insurrection et d'indiscipline, et que les coupables éprouveront un juste châtiment, soit qu'ils commandent, soit qu'ils obéissent. »  (8)

 

   Robespierre n'obtiendra pas la clémence pour les Suisses de Châteauvieux. La Cour, La Fayette* et ...Mirabeau*, approuvent la répression de Bouillé et, le 6 Septembre, le conseil de guerre de Nancy rend le sentence que l'on sait.

 

    Est-ce lassitude passagère pour avoir combattu, en vain, pour des causes qui lui paraissent justes ? Est-ce pour cause de maladie ? On ne verra pas Robespierre à l'Assemblée pendant près de vingt jours.....

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

(1)   cité par Albert MATHIEZ  "Etude sur Robespierre" op. cit. page 44

 

(2)   in Gérard WALTER  "Robespierre" op. cit. page 99

 

(3)   cité par André STIL  "Quand Robespierre et Danton..." op. cit. page 103

 

(4)  MALOUET (Pierre Victor) : Né à Riom le 11 Février 1740. Intendant de la Marine en 1789, il est élu aux Etats Généraux par le Tiers état. Un des chefs du parti monarchien, il siège au Comité de la Marine et conseille le Roi.

Il émigrera en Angleterre après le 10 Août 1792 et ne reviendra en France qu'après le 18 Brumaire.
Bonaparte le fera Conseiller d'Etat et Baron d'Empire.

Il mourra à Paris le 7 Septembre 1814.

 

(5)   cité par André STIL  "Quand Robespierre et Danton..." op. cit. page 103

 

(6)   idem page 104

 

(7)   BOUILLE  (François Claude Amour, Marquis de) : Né le 19 Novembre 1739, il entre dans l'armée à 14 ans. Au début de la Révolution, il est Commandant en Chef de la Lorraine, de l'Alsace et de la Franche-Comté. Il est l'homme de la répression dans l'armée à Nancy au début de Septembre 1790.

Homme de confiance, on lui demandera d'organiser la fuite de la famille royale en Juin 1791. Il combattra avec les Princes émigrés en 1792 avant de se retirer à Londres.

 

(8)   cité par André STIL  "Quand Robespierre et Danton...." op. cit. pages 104-105

 

 

 

 

 

 

 

 

 

A SUIVRE :

 

 

LES ACTEURS DE LA REVOLUTION : ROBESPIERRE (14/50)

 

LES JACOBINS : DECEMBRE 1790

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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