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21 décembre 2017 4 21 /12 /décembre /2017 09:00

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LES ACTEURS DE LA REVOLUTION :  MARIE-ANTOINETTE, REINE DE FRANCE (29/35)

 

Marie-Antoinette à la Conciergerie

 

 

 

 

ULTIME TENTATIVE D'ENLEVEMENT :

AOÛT - SEPTEMBRE 1793

  

 

 

   

    Depuis que la Révolution a rempli les prisons de la République, il s'est installé une bien étrange habitude à la Conciergerie : n’importe quel visiteur, pour peu qu’il soit introduit par quelqu’un de l’intérieur, y entre comme dans un moulin et en sort tout aussi facilement. Les Administrateurs de Police, eux-mêmes, montrent l'exemple en faisant pénétrer à l'intérieur de la prison bon nombre de leurs amis. Mais, depuis que la reine y est incarcérée, les visites de curieux ont, bien évidemment redoublées. Le citoyen Administrateur de Police Michonis introduit ainsi, moyennant sans doute quelque dédommagement, les curieux qui veulent apercevoir la veuve Capet dans sa cellule ! .. Et le défilé de ces étranges badauds est important puisque la reine elle-même, lorsqu’elle sera interrogée sur ce sujet lors de son procès, ne pourra même pas en donner le nombre approximatif.

 

    Ainsi, sans que cela surprenne personne, le 28 Août, Michonis tourne la clef dans la serrure du cachot de Marie-Antoinette et fait pénétrer un nouveau visiteur. La reine est dans un coin de sa cellule ; pas plus que pour les autres elle n'est décidée à porter attention à ce curieux. Elle veut, par son indifférence exprimer son mépris à l'égard de ces voyeurs qui viennent la surprendre dans son intimité comme une bête curieuse. Pourtant, au bout de quelques instants, Marie-Antoinette tourne la tête machinalement et ses yeux croisent ceux du visiteur. Une grande émotion l'envahit soudain ; le sang lui afflue à la tête et fait battre ses tempes. Cet homme qui arbore des œillets à la boutonnière, n'est autre que le Chevalier de Rougeville, un Chevalier de Saint-Louis qui, lors de l'émeute du 20 Juin, faisait partie des gentilshommes qui avaient assuré sa protection au château des Tuileries. Les images de cette journée lui reviennent ; elle revoit le visage de l'homme comme si la scène s'était déroulée la veille !

    Marie-Antoinette pense aussitôt à cacher son trouble. Il ne faut surtout pas que Michonis se doute de quoi que ce soit.

    L'émotion ressentie par de Rougeville est tout aussi grande que celle de Marie-Antoinette mais pour des raisons différentes. Il avait gardé en mémoire l'image d'une reine fière, belle, éblouissante, et c'est une femme amaigrie, vieillie, usée qu'il a maintenant devant lui. Il fixe des yeux la Reine de France qu'il voudrait saluer respectueusement en l'assurant de tout son dévouement mais il s'efforce de ne laisser apparaître aucun sentiment sur son visage. Rougeville craint également d'être surpris par l'Administrateur de police, c'est tout au moins ce que pense Marie-Antoinette en voyant l'attitude du chevalier. Ce n'est que lorsque Michonis sera sur le point de quitter la cellule et qu'il aura déjà tourné le dos que le chevalier ôtera les œillets du col de sa veste pour les jeter vivement à terre entre le poêle et le mur. Il fait alors un signe de la main à Marie-Antoinette, mais tout s'est passé si vite que la reine ne comprend pas. Alors de Rougeville s'approche furtivement de la reine et, à voix basse, lui dit de ramasser les fleurs. Puis il tourne les talons précipitamment et suit Michonis qui a déjà engagé les clefs dans la serrure de la cellule pour en refermer la porte.

 

    Marie-Antoinette reste immobile, pétrifiée par l'émotion qui l'a envahie. Les idées se bousculent dans sa tête à toute vitesse. Ce message que de Rougeville a voulu lui transmettre en prenant tant de risques ne peut être qu'un message d'une extrême importance. Elle a toute confiance en cet homme qui, dans d'autres circonstances également périlleuses, lui a déjà prouvé son courage. Il faut donc qu'elle ramasse ces œillets mais sans attirer l'attention du gendarme en faction dont la mission consiste justement à ne pas la quitter des yeux. Alors, sans bien savoir encore comment elle va se sortir de cette situation, elle s'adresse au gendarme avec l'air le plus détaché qu'il lui est possible de prendre. Elle lui parle ; elle se plaint de ses conditions de détention, du nombre croissant des visites qui la dérangent.

 

 

LES ACTEURS DE LA REVOLUTION :  MARIE-ANTOINETTE, REINE DE FRANCE (29/35)

 

Alexandre Gonsse de Rougeville

 

 

    Le gendarme arpente le cachot de long en large. Il jette de temps à autre un coup d'œil par la fenêtre et écoute la reine d'une oreille distraite car il a déjà entendu, à plusieurs reprises, ces doléances. D'ailleurs, il est plutôt de son avis : les conditions dans lesquelles est détenue la veuve Capet sont indignes et s'il pouvait lui apporter quelque réconfort il le ferait. Mais que peut-il donc faire pour soulager la peine de cette femme tellement aimable et qui parait tellement bonne ? Il ne peut même pas lui avouer qu'il partage son point de vue sur la saleté et l'étroitesse du cachot ! ... Tout en parlant, Marie-Antoinette s'est approchée lentement du poêle, cachant, du bas de sa robe, les œillets qui sont à terre. Puis, profitant d'une petite seconde d'inattention de son geôlier, elle se baisse pour ramasser les fleurs et se précipite derrière son paravent. C'est le seul endroit où elle est à l'abri de tous les regards ! .. Et encore, à condition qu'elle n'y reste pas trop longtemps...

    Elle dépiaute fébrilement le premier des deux œillets et en sort un billet :

 

« Je ne vous oublierai jamais, je chercherai toujours le moyen de pouvoir vous marquer mon zèle ; si vous avez besoin de trois ou quatre cents Louis pour ce qui vous entoure, je vous les porterai vendredi prochain. »  (1)

 

    Elle déplie alors le second billet, dissimulé dans l'autre fleur, lorsqu'elle entend la clef tourner dans la serrure de son cachot. Marie-Antoinette n'a que le temps de dissimuler ses précieux trésors et de sortir de derrière son paravent. De nouveau une terrible émotion s'empare d'elle : de Rougeville est debout au milieu de la cellule. Michonis, cette fois ci, ne l'accompagne pas. Quant au gendarme de faction, il fait mine de ne s'apercevoir de rien. La reine est éberluée ; elle ne comprend pas du tout cette nouvelle situation.. Mais Rougeville lui parle : il promet de faire tout ce qui est en son pouvoir pour tirer de là la reine de France. Il lui apportera le vendredi suivant tout l'argent nécessaire pour payer ses gardiens. Il a, dit-il, un plan tout prêt pour la faire évader de la Conciergerie.

    Michonis, sans aucun doute, fait déjà partie du plan ; quant au gendarme de garde chez la reine, un dénommé Gilbert, il semble qu'il a déjà bénéficié des largesses de Rougeville ce qui expliquerait qu'il fasse mine de ne s'apercevoir de rien ! ..

    Tous les protagonistes de cette affaire seront interrogés, plus tard, sur ce qu'ils ont vu ce jour là. Ils fourniront leur version des faits avec leurs mensonges ; si bien qu'il est aujourd'hui très difficile de savoir qui était dans la conspiration et qui n'y était pas. Pour André Castelot (2), il est évident que Michonis et Gilbert faisaient partie du complot car, sans eux, de Rougeville n'aurait jamais pu approcher la reine et lui parler. (3)

 

    On peut penser que de Rougeville est revenu à la Conciergerie pour voir à nouveau la reine dans les jours qui ont suivi cette première entrevue. D'abord pour lui apporter l'argent, ensuite pour convenir de la date à laquelle aurait lieu l'enlèvement. C'est très certainement au soir du 30 Août que cette nouvelle entrevue eut lieu.

    Il est décidé, ce soir là, que Marie-Antoinette sera enlevée dans la nuit du 2 au 3 Septembre. La reine est très faible, et de Rougeville à pris en compte cet élément défavorable pour la réussite de l'opération, mais il sait aussi qu'il est extrêmement dangereux d'attendre plus longtemps. Trop de gens dans l'entourage de la prisonnière sont maintenant dans le secret... il faut faire très vite !

 

    A la fatigue de la détention va s'ajouter, pour Marie-Antoinette, une angoisse comme elle n'en a encore jamais connu, même dans les moments les plus dramatiques de ces derniers mois. Elle ne sait rien des conditions dans lesquelles on veut la faire sortir de prison et pourtant elle ne redoute rien pour elle. L'angoisse qui l'étreint concerne ses enfants. A peine de Rougeville avait-il quitté sa cellule l'autre soir ; à peine avait-elle donné son accord pour cette folle tentative d'évasion que déjà elle regrettait sa décision. Qu'allaient donc devenir ses enfants ? N'allait-on pas leur faire payer les crimes dont on a accusé leur père ? N'allait-on pas leur faire subir ce qu'elle subit aujourd'hui dans cette prison misérable ? Son évasion ne va-t-elle pas mettre en péril leur propre vie ?

 

    Inutile pour la reine d'essayer de dormir. Elle ne s'assoupit que quelques heures par nuit quand elle est à bout de force. Il en est ainsi dans la nuit du 2 au 3 Septembre. C'est aux environs de onze heures que soudain la porte s'ouvre, laissant paraître Michonis et Rougeville. Michonis explique bruyamment aux guichetiers, qui probablement ne sont pas dans le complot, qu'il a ordre de transférer la prisonnière au temple. Il ne rencontre donc aucun obstacle ; l'explication semble plausible à tous les gardes présents ce soir là. Rapidement la reine suit ses deux libérateurs à travers les couloirs sombres de la Conciergerie. Une voiture attend dans la Cour. Elle doit conduire le Chevalier et sa protégée d'abord dans le château de madame de Jarjayes avant de se diriger vers l'Allemagne.

    Tout se déroule sans encombre, comme Rougeville l'avait prévu. Il lui a fallu soudoyer beaucoup de monde pour obtenir un accès facile vers l'extérieur de la prison. Ce n'est que lorsqu'ils vont enfin franchir l'ultime porte qui donne sur la rue que se présente le premier obstacle. Et il est de taille ! Un gendarme s'oppose, avec des menaces, à la sortie de la reine. Rougeville parlemente, tente de le persuader. Il sait qu'il faut faire très vite, avant que toute la Conciergerie ne soit en alerte. Rien de ce qu'il pourra dire ou promettre n'y fera. Et pourtant, l'homme qui leur refuse le passage n'est autre que l'un des gendarmes à qui il a donné l'avant veille 5O louis d'or ! ... A-t-il subitement pris peur et changé d'avis ? A-t-il reçu un ordre ? Le complot a-t-il été éventé ? Nul ne saura jamais.

 

    Marie-Antoinette est reconduite dans sa cellule. Son ultime espoir d'échapper à la mort vient de s'évanouir. Elle ne saurait même plus dire si elle le regrette vraiment...

 

 

 

 

 

 

 

(1)   Cité par André CASTELOT  "Marie-Antoinette"  op. cit. Page 480.

 

(2)   in André CASTELOT "Marie-Antoinette"

 

(3)   Ils seront tous les deux traduits devant le tribunal révolutionnaire pour complicité mais seront finalement acquittés et remis en liberté.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

A SUIVRE :

 

 

LES ACTEURS DE LA REVOLUTION : MARIE-ANTOINETTE, REINE DE FRANCE (30/35)

 

LA VEUVE CAPET SERA JUGEE : SEPTEMBRE 1793

  

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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