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18 décembre 2017 1 18 /12 /décembre /2017 09:00

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LES ACTEURS DE LA REVOLUTION :  MARIE-ANTOINETTE, REINE DE FRANCE (26/35)

 

Marie-Antoinette à la prison du temple

 

 

 

 

 

LA PRISON DU TEMPLE : AOUT - SEPTEMBRE 1792

 

 

 

 

    Au soir du 12 Août, les "prisonniers" sont conduits au Temple, accompagnés par Pétion et Manuel (1). Auprès de la famille royale on ne tolère la présence que de la princesse de Lamballe, de madame de Tourzel et sa fille Pauline, ainsi que de monsieur Hue, valet de chambre du Roi.

 

    Ce que l'on nomme le Temple comprend, en fait, plusieurs bâtiments : l'Hôtel du Grand Prieur, une grande tour de quatre étages et une autre, plus petite, qui sert de logement au conservateur. On vient de chasser le conservateur de son appartement et c'est dans la plus petite tour que l'on va loger la famille royale et sa suite, en attendant que les travaux d'aménagement de la grande soient achevés. Tout cela a été improvisé dans la journée car la tour principale dans laquelle la Commune avait pensé loger la famille royale est tout à fait inutilisable en l’état. Mais on s’en est aperçu trop tard ! ...

    Marie-Antoinette, dès les premiers jours, entreprend courageusement l'agencement des chambres exiguës. Elle trompe le temps entre ces tâches de « maîtresse de maison » et les soins apportés à ses enfants. Le Dauphin et Mousseline sont littéralement épuisés par tant de jours sans sommeil. La Reine de France essaie encore d'espérer ; elle veut continuer à croire qu'elle et les siens ne pourront rester bien longtemps ainsi, abandonnés de tous... Elle se force à s'occuper les mains et l'esprit. Elle essaie de ne pas entendre les sentinelles, au pied de la tour, qui chantent sur l'air de « Malborough s'en-va-t-en guerre » :

 

                                   « Madame à sa tour monte

                                   «  Ne sait quand descendra. »

 

    Le refrain est repris en chœur par les badauds qui commencent à s'attrouper autour du Temple pour tenter d'apercevoir « l'Autrichienne ». Plus encore qu’aux Tuileries, le bruit de la foule est devenu un bruit de fond presque permanent. Même la nuit, des groupes de fêtards, souvent un peu ivres, viennent chanter ou hurler à proximité de la tour.

    Le temps parait bien long, les distractions sont rares. La famille royale ne connaît, pour seuls moments de « bonheur », que les moments qui les réunissent dans le petit salon, sous la surveillance constante d'un garde municipal, réunions au cours desquelles Louis-Auguste fait la lecture à haute voix.

 

    Au temps de l'humiliation va succéder le temps des brimades. On doit considérer, à la municipalité, que l'incarcération au Temple est encore une punition trop douce pour la famille royale et plus particulièrement pour la Reine. Dans la nuit du 19 au 20 Août, des gardes municipaux, arborant un décret de l’Assemblée nationale, viennent chercher toutes les personnes « qui n'appartiennent pas à la famille Capet ». On emmène ainsi, madame de Tourzel, sa fille et la princesse de Lamballe. Marie-Antoinette est morte de peur en imaginant le sort qui risque d'être réservé à ses trois amies ; les adieux sont déchirants, mais la Reine, toujours très fière, attendra d'être seule pour laisser éclater ses sanglots.

 

   La vie s'organise tout de même dans la petite tour du Temple ; Louis-Auguste et Marie-Antoinette se consacrent presque exclusivement à l'éducation du Dauphin et de Mousseline. La famille est autorisée à faire de petites promenades, de temps en temps, dans le jardin qui jouxte la tour. La Reine, qui aime toujours autant le contact avec la nature, appréhende cependant ces promenades au cours desquelles les soldats de la garde prennent un malin plaisir à chanter des chansons grivoises voire même à proférer des injures. Pas de visites, elles ont été interdites ; pas de nouvelles non plus, tous les journaux ont été supprimés. Ce n'est que par bribes que Marie-Antoinette et Louis XVI* obtiennent quelques informations sur ce qui se passe au dehors. Ils sont parfois tenus au courant des événements de la capitale par quelques-uns de leurs gardiens, plus complaisants que les autres.

    Le 2 Septembre, à la fin de la promenade, la famille doit regagner la tour précipitamment sous une grêle de projectiles. La foule, ce jour là, est venue au Temple manifester violemment sa colère après avoir appris les désastres subis par l’armée française face aux Autrichiens. Quelques instants plus tard, le tocsin sonne ; un municipal vient informer le Roi des causes de tout ce tumulte : l’armée ennemie, à laquelle se sont joints les émigrés, ont pris Verdun et marchent sur Paris. « S'ils viennent », poursuit-il, « nous périrons tous, mais vous périrez les premiers. »

 

 

    En effet, cette nouvelle étant à peine connue, la situation dans Paris s'aggrave d'heure en heure. Les informations les plus alarmistes parviennent dans la capitale : l'ennemi marche vers Paris et tout cela est, bien évidemment, la faute de l'Autrichienne emprisonnée au Temple et de tous ses complices : les « ennemis de la Nation », les aristocrates et les prêtres réfractaires. La Commune lance aussitôt une proclamation aux parisiens :

 

« Aux armes, citoyens, aux armes, l'ennemi est à nos portes. Marchez à l'instant sous vos drapeaux ; allons nous réunir au Champ de Mars ! Qu'une armée de soixante mille hommes se forme à l'instant » !  (2)

 

    Mais les volontaires qui se rendent en masse au Champs de Mars pour s'enrôler peuvent lire, sur les murs, les affiches que Marat* a fait placarder, il y a déjà quelques jours, pour conseiller aux sans-culottes de ne pas quitter la capitale avant de s'être porté aux prisons et d'y avoir fait justice des ennemis du peuple.

   Dans les premières heures de l’après-midi du 2 Septembre, un convoi de prêtres réfractaires que l’on conduit à la prison de l’Abbaye, est massacré par ses gardiens. C’est le déclenchement d’une véritable folie meurtrière qui s’abat sur Paris. La populace, ivre de vengeance, investit, sans grande difficulté les prisons de la capitale : L’Abbaye, dès l'après midi du 2 Septembre, puis la Force le 3 et la Conciergerie, la Tour Saint-Bernard, le Châtelet, la Salpétrière, Bicêtre...

    Des petits groupes, pour la plupart composés de fédérés, massacrent, au hasard, tous les prisonniers qui s'y trouvent. Plusieurs centaines de prisonniers, souvent innocents, pour la plupart incarcérées pour des délits de droit commun, sont ainsi massacrés, mutilés, torturés. Parmi eux, la princesse de Lamballe qui est tuée à coup de hache après avoir été reconnue. Avec une rare sauvagerie ses bourreaux s'acharnent sur son corps qui est décapité puis dépecé.. Le 3 Septembre, au milieu de l'après-midi, la foule en délire se rend au Temple, arborant au bout d'une pique la tête de la princesse, son cœur au bout d'une autre. Ils veulent que l'Autrichienne voit la tête de sa « putain ». Devant tant d'horreur, les municipaux eux-mêmes, font en sorte que Marie-Antoinette ne puisse voir les restes sanguinolents de sa plus tendre et plus fidèle amie.

    Apprenant la nouvelle du spectacle qu'on dissimule à sa vue, Marie-Antoinette s'évanouit. Le courage qui l'a fait tenir dans les moments les plus durs lui fait défaut tout à coup.

 

    Toute la nuit, elle va prier et pleurer sur son « cher cœur ». Elle va également faire le serment de ne plus jamais donner à ses geôliers le moindre signe de faiblesse : elle tiendra parole.

 

    Pendant ce temps, dans Paris on tue toujours avec autant de sauvagerie. Personne ne semble être en mesure d'arrêter les massacres : ni Danton*, pourtant ministre de la justice, ni Robespierre* qui semble totalement désemparé devant un tel excès de violence. La tuerie dans les prisons parisiennes ne se terminera que le 7 Septembre ; le nombre de morts sera évalué à 1300.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

(1)  MANUEL  (Louis Pierre) : Né en 1751. Se fait connaître après le 14 Juillet 1789 par un recueil d'anecdotes sans grande valeur littéraire : "La Bastille dévoilée". Il se fait élire membre de la Municipalité puis, le 2 Décembre 1791, devient procureur de la Commune. Sa conduite lors de la prise des Tuileries le 2O Juin 1792 lui vaut d'être suspendu de ses fonctions en même temps que Pétion. Soutenu par Robespierre*, il retrouve son poste le 23 Juillet et participe activement à la journée du 10 Août.

Elu par Paris à la Convention, il adoptera une attitude surprenante : devant les Jacobins, il condamne le 5 Novembre 1792, les massacres de Septembre ; se déclare contre la peine de mort lors du procès du Roi et démissionne après le vote.

Ces prises de positions lui valent une haine farouche de la part de ses anciens amis parisiens. Traduit devant le Tribunal révolutionnaire pour trahison, il sera condamné à mort et guillotiné le 14 Novembre 1793.

 

(2)   Cité par Albert MATHIEZ  "La Révolution française"

        La Manufacture, Lyon, 1989, page 211.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

A SUIVRE : 

 

 

 

LES ACTEURS DE LA REVOLUTION : MARIE-ANTOINETTE, REINE DE FRANCE (27/35)

 

LA CONVENTION CONDAMNE LE ROI : SEPTEMBRE 1792 - JANVIER 1793

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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