Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
17 décembre 2017 7 17 /12 /décembre /2017 09:30

.

 

LES ACTEURS DE LA REVOLUTION :  MARIE-ANTOINETTE, REINE DE FRANCE (25/35)

 

Prise des Tuileries - 10 août 1792

 

 

 

 

LA ROYAUTE SUSPENDUE : 1er - 10 AOUT 1792

   

 

 

 

    Marie-Antoinette, qui voit monter le danger d'heure en heure, ne dispose plus que d'une seule arme pour lutter encore : sa plume. Le 1er Août, c'est une nouvelle fois vers Fersen qu'elle se tourne :

 

«  La vie du Roi est évidemment menacée depuis longtemps, ainsi que celle de la Reine. L'arrivée d'environ six cents Marseillais et d'une quantité d'autres députés de tous les Clubs des Jacobins augmente bien nos inquiétudes, malheureusement trop fondées. On prend des précautions de toutes espèces pour la sécurité de Leurs Majestés ; mais les assassins rôdent continuellement autour du château ; on excite le peuple ; dans une partie de la garde nationale, il y a mauvaise volonté, et dans l'autre, faiblesse et lâcheté. La résistance qu’on peut opposer aux entreprises des scélérats n’est que dans quelques personnes décidées à faire un rempart de leur corps à la famille royale, et dans le régiment des Gardes suisses. L’affaire qui a eu lieu le 30, à la suite d’un dîner aux Champs-Elysées, entre cent quatre-vingts grenadiers de la Garde nationale et des fédérés marseillais a démontré clairement la lâcheté de la Garde. Les cent quatre-vingts grenadiers ont pris la fuite… Les Marseillais font la police du Palais-Royal et du Jardin des Tuileries, que l’Assemblée nationale a fait ouvrir. Au milieu de tant de dangers, il est difficile de s’occuper du choix des ministres. (1) Pour le moment, il faut songer à éviter les poignards et à déjouer les conspirateurs qui fourmillent auprès du trône prêt à disparaître. Depuis longtemps, les factieux ne prennent plus la peine de cacher le projet d’anéantir la famille royale. Dans les deux dernières assemblées nocturnes, on ne différait que sur les moyens à employer. Vous avez pu juger par ma précédente lettre combien il est intéressant de gagner vingt-quatre heures ; je ne ferai que vous le rappeler aujourd'hui, en ajoutant que, si l'on n'arrive pas, il n'y a que la Providence qui puisse sauver le Roi et sa famille. » (2)

 

    Cette lettre, dans laquelle transparaît l'angoisse de Marie-Antoinette, sera la dernière qu'Axel de Fersen recevra de la Reine de France...

 

    En ce premier jour du mois d’Août, les armées coalisées, commandées par le général en chef Charles-Guillaume-Ferdinand de Brunswick, marchent sur Paris. Le texte du « manifeste » lancé le 25 Juillet dernier par ce même Brunswick a été connu ce matin dans la capitale. Ce fameux manifeste, que Marie-Antoinette avait réclamé avec tellement d'insistance, et dont l'objectif était de faire gagner quelques jours, par la crainte qu'il devait inspirer aux « enragés ». Les quelques jours qui étaient nécessaires aux troupes autrichiennes pour parvenir aux abords de Paris ! ..

    Le texte, signé du Duc de Brunswick, est, effectivement, on ne peut plus menaçant :

 

«  S'il est fait la moindre violence, le moindre outrage à leurs Majestés, le Roi, la Reine et la Famille royale ; s'il n'est pas pourvu immédiatement à leur sûreté, à leur conservation et à leur liberté, elles (les Majestés Impériales et Royales) en tireront une vengeance exemplaire et à jamais mémorable, en livrant la ville de Paris à une exécution militaire et à une subversion, et les révoltés coupables d'attentats aux supplices qu'ils auront mérités. »  (3)

 

    Le manifeste avait aussi pour objectif, en faisant régner la crainte des représailles, de calmer les émeutiers de la capitale. Il va, à l’inverse, mettre le feu aux poudres. Le texte circule dans Paris et aussitôt la commune appelle à l'insurrection et somme l'Assemblée nationale de prononcer la destitution du Roi. Les députés tergiversent ; une décision doit être prise le 4 Août, puis elle est reportée au 6.. Devant tant d’hésitations, la Commune se résout à déposer, sur le bureau de l’Assemblée, un véritable ultimatum : le sort du Roi devra être tranché le 9 Août au plus tard, faute de quoi le peuple de Paris se déclarera en état d'insurrection.

     Au matin du 9 Août, au château, on s'attend au pire : Louis XVI* brûle tous les papiers qui lui paraissent compromettants. On dispose un régiment de Suisses dans l’enceinte des Tuileries ainsi que quelques compagnies de gardes nationaux. On attend... Toute la journée du 9 est une interminable attente. Marie-Antoinette espère encore : les Suisses sont de fidèles soldats qui protégeront, au péril de leur vie, l'enceinte du Palais. Et puis, Pétion, le Maire de Paris, n'a-t-il pas promis de faire régner l'ordre ? N’a-t-on pas déversé, depuis des mois, des flots d’or sur des Santerre, des Danton* et bien d’autres encore, afin qu’ils assurent la sécurité du roi et de sa famille ? Brefs moments d'espoir auxquels succèdent d'autres moments où l'abattement et le doute reprennent le dessus : comment faire confiance à ce Pétion qui, le 20 Juin dernier, a laissé la populace envahir les Tuileries sans rien dire ni rien faire ?

    La nuit tombe enfin. Qu'ont donc décidé les députés ? L'insurrection est-elle remise une fois de plus au lendemain ? Ni Marie-Antoinette ni Louis-Auguste ne se couchent. Depuis bientôt cinq jours ils ne dorment pratiquement plus, épiant sans cesse tous les bruits venant de la rue.

 

    C'est du côté de l'Assemblée nationale que tout va se jouer. Fort tard dans la soirée, les députés se séparent, après un long débat, mais sans avoir pris la moindre décision. La nouvelle se répand très vite dans toutes les sections de la capitale et les faubourgs se mettent en marche. Il est presque minuit, le tocsin sonne, on distribue des armes aux émeutiers et bientôt les premiers coups de feu claquent.

    Autour du Roi et de la Reine sont réunis les derniers fidèles : la princesse de Lamballe, madame de Tourzel et sa fille, des ministres, le Procureur général syndic du département Roederer (4). C'est ce dernier qui propose aux souverains de se réfugier à l'Assemblée où, à cette heure tardive, certains députés siègent encore. A la proposition de Roederer, Marie-Antoinette apporte une réponse cinglante :

 

« Monsieur, il y a des forces ici ; il est temps de savoir qui l'emportera du Roi et de la Constitution, ou de la faction. »  (5)

 

    La Reine, comme chaque fois qu'elle a eu à affronter le danger, rassemble toute son énergie. Elle supplie Louis-Auguste de se montrer aux soldats qui défendent le château, ce qu'il se résout à faire vers les cinq heures du matin. Le Roi sort seul du Palais et s'avance vers les gardes postés à l'entrée. L’accueil que lui réservent les Suisses est assez cordial mais, alors qu’il s’approche des gardes nationaux, il est reçu par des cris et des huées : « Vive la nation ! », « A bas le gros cochon ! », « A bas le veto ! » Courageusement, Louis XVI* continue à se diriger vers ses soldats, malgré les insultes qui fusent de leurs rangs. On l'accusera, plus tard, d'avoir passé "ses troupes en revue" alors que le Roi, à cet instant, n'est qu'un souverain pitoyable, qui marche comme un somnambule, devant des soldats qui, pour une bonne partie d'entre eux, ont déjà choisi le camp de la révolution...

 

 

 

LES ACTEURS DE LA REVOLUTION :  MARIE-ANTOINETTE, REINE DE FRANCE (25/35)

 

La famille royale se réfugie à l'Assemblée Nationale

 

 

    Vers sept heures du matin, la foule a atteint le parc des Tuileries et ne cesse maintenant de grossir. Roederer revient à la charge : il exhorte le Roi et surtout la Reine de quitter le Palais et de gagner l'Assemblée nationale. Le roi résiste encore mais, entendant les cris de la foule qui se rapproche, il finit par céder songeant, sans doute, à la vie de ses enfants et de son épouse.

    Louis XVI*, Marie-Antoinette, leurs enfants, madame de Lamballe et madame de Tourzel sortent alors des Tuileries sous les huées d'une foule menaçante amassée dans la cour. Injures, menaces, bousculades,... le petit groupe a beaucoup de mal, malgré l'aide de Roederer, à se frayer un chemin jusqu'à l'Assemblée toute proche. Ils pénètrent enfin dans la grande salle où les députés délibèrent. Louis XVI* prend place, tout naturellement, auprès du Président ; Marie-Antoinette et les siens s'assoient, derrière eux, sur les bancs des ministres. Le Roi tente alors de s'adresser à l'Assemblée ; il a la voix cassée par l'émotion et c'est tout juste si l'on parvient à saisir les quelques mots qu'il prononce :

 

«  Je suis venu pour éviter un grand crime ; je ne saurais être mieux que parmi vous » (6)

 

    Vergniaud, qui occupe le fauteuil de Président, lui répond, d'un ton qui laisse aussi transparaître l'émotion :

 

« Vous pouvez compter, Sire, sur la fermeté de l'Assemblée nationale. Ses membres ont décidé de mourir en défendant les droits du peuple et les autorités constituées »  (7)

 

   Ces paroles d'apaisement, les mots à la fois fermes et respectueux prononcés par Vergniaud, font naître chez les souverains un nouvel espoir. L'Assemblée nationale, respectueuse de la Constitution, qu'elle a elle-même édicté, ne peut que leur assurer la protection à laquelle ils ont droit. Dans l'immédiat, le Bureau de l'Assemblée, après avoir examiné les conséquences d'une situation jusqu'alors inconnue, fait savoir que le respect de la Constitution interdit à l'Assemblée de délibérer en présence du Roi. On discute encore, puis on finit par trouver une solution en conformité avec les textes : la famille royale et sa suite sont installées dans la petite loge du logographe. (8) Il est presque dix heures du matin. C'est alors que parvient, dans l'enceinte de l'Assemblée, le bruit d'une fusillade toute proche. On se bat aux Tuileries ; les Suisses résistent à l'assaut donné par les insurgés à la tête desquels se trouvent les fédérés Marseillais. Les assaillants, pris sous un feu nourri, finissent par reculer pour se replier sur l'Assemblée. Aussitôt on fait part aux députés du combat engagé par la garde suisse. Le récit précise-t-il qui, des assiégeants ou des assiégés, a le premier ouvert le feu ? Qu'importe ! On demande au Roi d'agir et Louis XVI*, toujours soucieux de ne pas voir de sang versé, aurait rédigé à la hâte un billet donnant ordre aux gardes suisses de cesser le feu. Le temps de faire porter le billet du Roi au Commandant des Suisses et la garde, fidèlement, se replie à l'intérieur du château. C'est alors que commence un épouvantable massacre : les émeutiers s'engouffrent à l'intérieur du Palais et là, on tue, on égorge, on mutile, on s'acharne sur les cadavres. On tire sur les soldats en armes mais également sur les domestiques et sur tous les fidèles demeurés à leur poste. Chaque pièce est fouillée, saccagée ; on traque hommes ou femmes jusque dans les caves ou les greniers ; on poursuit les fuyards dans les jardins et même dans les rues voisines. C'est un déferlement de haine qui partout sème la violence,  la mort et le pillage. Six cents Suisses perdront la vie dans ce bref combat ; mais, au total, c'est près de mille cadavres qui jonchent le sol du Palais, des jardins et des rues environnantes. Le peuple de Paris, profitant du renfort apporté par les Fédérés, a exprimé sa colère. Marat* exulte : enfin le peuple prend en mains sa propre destiné ; enfin l'insurrection va permettre à ce peuple de briser les chaînes qui l'entravent !

 

    Quelques heures plus tard, la foule fait le siège de l'Assemblée, hurlant les injures les plus immondes à l'adresse du Roi et de la Reine. A l'intérieur, les pétitionnaires se succèdent à la barre pour exprimer la fureur du peuple à l'encontre des souverains et demander leurs têtes. On accuse Louis XVI* d'avoir fait tirer sur les patriotes, Marie-Antoinette d'avoir comploté avec l'ennemi et provoqué les revers militaires.

    L'Assemblée, complètement dépassée par les événements, divisée sur l'attitude à adopter ne domine plus la situation. Depuis quelques heures, c'est la Commune qui commande et qui exige. Ce sont Danton*, Robespierre*, Marat* qui détiennent les rennes du pouvoir.  Vergniaud, président, est quasiment contraint, en début d'après midi, de faire voter deux mesures imposées par la Commune :

 

«  Le peuple français est invité à former une Convention nationale. »

« Le chef du pouvoir exécutif est provisoirement suspendu de ses fonctions. »

 

    Parmi la multitude des décrets votés en cette journée, un seul est de nature à apaiser l'angoisse de Marie-Antoinette, celui qui ordonne que :

           

« Le Roi et sa famille resteront dans l'Assemblée jusqu'au moment où la tranquillité  régnera dans Paris. »

 

    L'exécution de ce décret est aussitôt décidée : on prépare, au Couvent des Feuillants, tout proche, les logements destinés à recevoir la famille royale afin qu'ils puissent y passer la nuit du 10 au 11 Août. Marie-Antoinette ne parviendra à trouver le sommeil que le 11 Août, à six heures du matin, terrassée par la fatigue. Dans le courant de la matinée du 11 puis durant celle du lendemain, on vient chercher la famille royale pour l'installer, au sein de l’Assemblée, dans la loge du logographe. Pendant deux journées entières ils vont ainsi entendre les insultes, les mensonges, les discours, les pétitions. Tous aboutissent à la même conclusion : la destitution du Roi et son emprisonnement.

 

    Le 12 Août, l'Assemblée cède à la pression de la Commune. Le sort de la famille royale est confié aux autorités parisiennes. L’Assemblée avait proposé que les souverains soient assignés à résidence au Luxembourg ou bien à l'Hôtel du Ministre de la Justice, mais la Commune estime que ces lieux sont trop difficiles à surveiller et opte finalement pour le Temple : une véritable prison ! ....

 

 

 

 

 

 

 

 

(1)   Les émigrés à l’étranger souhaitaient former, hors des frontières, un gouvernement qui apporterait son soutien à la famille royale.

 

(2)Cité par Claude DUFRESNE  « Le Cœur de la Reine »  op. cit. Pages 290-291

 

(3)   Cité par J. TULARD, J.F. FAYARD, A.FIERRO, "Histoire et Dictionnaire de la Révolution française".

        Robert Laffont, Paris, 1987, page 606.

 

(4)   ROEDERER : Né à Metz le 15 Février 1754. Fils d'un avocat, il étudie à Metz et achète, en 1780, une charge de Conseiller au Parlement de Metz. En 1789, il est élu député du Tiers état aux Etats Généraux. Le 10 Novembre 1791, il devient procureur général-syndic de Paris. Son attitude vis à vis de la famille royale lors de la journée du 10 Août 1792 lui vaut un blâme de la Commune de Paris. Il désapprouvera le jugement de Louis XVI* par la Convention, mais se fera oublier totalement pendant la terreur.

Il mourra le 17 Décembre 1835.

 

(5)   Cité par Jean CHALON  "Chère Marie-Antoinette"  op. cit. Page 389.

 

(6)   Cité par André CASTELOT  "Marie-Antoinette"  op. cit. Page 435.

 

(7)   Cité par Jean CHALON  " Chère Marie-Antoinette"  op. cit. Page 392.

        et André CASTELOT  "Marie-Antoinette"  op. cit. Page 436.

 

(8)   Loge destinée aux rédacteurs des comptes rendus de l’Assemblée.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

A SUIVRE :

 

 

LES ACTEURS DE LA REVOLUTION : MARIE-ANTOINETTE, REINE DE FRANCE (26/35)

 

LA PRISON DU TEMPLE : AOUT - SEPTEMBRE 1792

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Partager cet article
Repost0

commentaires

Présentation

  • : VICTOR ASSOCIATION
  • : Le BLOG de Jean-Pierre ECHAVIDRE, Président de VICTOR ASSOCIATION Association d'information et de défense des intérêts des habitants de MONTESQUIEU-VOLVESTRE
  • Contact

Texte Libre

L'objet de ce blog est d'apporter aux habitants de Montesquieu-Volvestre une information régulière sur la vie de la cité, et de décrypter l'essentiel de l'actualité. Mais il a aussi pour but d'ouvrir un dialogue,  de discuter, de contester, ou de râler au besoin. Il faut que nous retrouvions dans notre village une convivialité, une solidarité qui sont en train de se perdre.

Rechercher

Pages

Liens