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15 décembre 2017 5 15 /12 /décembre /2017 09:00

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LES ACTEURS DE LA REVOLUTION :  MARIE-ANTOINETTE, REINE DE FRANCE (21/35)

 

Arrivée de Louis XVI à Paris à son retour de Varennes

 

 

 

 

L'HUMILIATION : JUIN 1791

   

 

 

 

    22 Juin 1791 : la famille royale humiliée, après avoir passé la journée dans la berline, sous les quolibets d'une foule déchaînée massée sur son passage, arrive enfin à Chalons. Partie le matin très tôt, ce n'est qu'à onze heures trente du soir que la voiture atteint la ville, portée par une marée humaine qui ne manifeste à l'égard des souverains que haine, grossièreté et vulgarité. Marie-Antoinette fait des efforts surhumains pour rester digne même lorsque des paysans, ivres d'alcool et de fureur, grimpent jusque sur les marchepieds de la voiture pour proférer leurs injures.

    Le cortège s'immobilise enfin devant l'ancienne Intendance de Chalons, au lieu même où la Dauphine avait logé vingt et un ans auparavant. Lorsqu’elle a reconnu, au loin, la silhouette du bâtiment, Marie-Antoinette a senti son sang se glacer dans ses veines. Un flot de souvenirs a aussitôt envahi son esprit : les fleurs que l’on jetait sur son passage, la joie de la foule qui se pressait pour l’apercevoir, les arcs de triomphe dressés en son honneur... Elle est maintenant tellement exténuée que même ces merveilleux souvenirs se mêlent dans sa tête à la vision de la foule hurlante qui assiège la berline !

 

    23 Juin 1791 : La foule a encore grossi depuis hier avec l'arrivée des Rémois et elle vocifère sous les fenêtres de l'Intendance : « Capet est assez gras pour ce qu'on veut en faire ! », «  Nous confectionnerons des cocardes avec les boyaux de Louis et d'Antoinette ! »  (1)

    Alors que la Reine s'éveille, Axel de Fersen apprend, de la bouche même de Bouillé, la catastrophe de Varennes.

    Sous un soleil torride la berline repart en se frayant difficilement un chemin au travers de la foule hurlante. Dans la traversée de Chouilly, un garde national « monte sur le marchepied et crache au visage de Louis XVI* qui, sans dire un seul mot, s'essuie le visage d'une main tremblante » (2)

 

    L'arrivée à Epernay est terrifiante : une foule immense attend le cortège devant l'Hôtel de Rohan. Il faut descendre et la Reine est bousculée, injuriée, écrasée par la foule qui la presse jusqu'à lui déchirer sa robe. La scène se répète lorsqu'il faut remonter dans la berline. En guise d'adieu, une femme d'Epernay lui lance cette phrase : « Allez, ma petite belle, on vous en fera voir bien d'autres ! »

    Une heure après le départ d'Epernay, une immense clameur monte le long de la route ; clameur à laquelle succède un grand silence. La foule s'est tue pour laisser passer les trois délégués de l'Assemblée nationale : Pétion (3), Barnave (4) et Latour-Maubourg (5). Les trois députés se frayent un chemin jusqu'à la portière de la voiture. La Reine, éplorée s'adresse à eux avec une émotion qu'elle ne parvient pas à dissimuler :

 

«  Messieurs, messieurs,... qu'aucun malheur n'arrive, que les gens qui nous ont accompagnés ne soient pas victimes, qu’on n’attente pas à leurs jours. Le Roi n'a pas voulu sortir de France. »  (6)

 

    Pétion lit alors, pour les passagers de la voiture, puis de nouveau pour la foule rassemblée, le décret de l'Assemblée nationale. La lecture achevée, il demande que les députés puissent prendre place dans la berline. On se serre à l'intérieur de la voiture, Marie-Antoinette doit prendre le Dauphin sur ses genoux pour faire une petite place à Pétion et Barnave. Quant à Latour-Maubourg, il s'installe dans le cabriolet avec les deux femmes de chambre.

    Le cortège reprend ainsi sa route et l'inconfort occasionné par l'arrivée des députés dans la voiture est compensé par le calme relatif qui règne maintenant au bord de la route. On arrive à Dormans et la famille royale pénètre dans l'Hôtel du Louvres aux cris de « Vive la Nation ! »

 

 

 

LES ACTEURS DE LA REVOLUTION :  MARIE-ANTOINETTE, REINE DE FRANCE (21/35)

 

Jérôme Pétion de Villeneuve

 

 

    24 Juin 1791 : Départ vers cinq heures du matin. Il a été décidé de partir avant l’aube pour ne pas prendre le risque d’être retardé par la foule. Pétion s'est placé entre le Roi et la Reine et a pris le Dauphin sur ses genoux. Marie-Antoinette tente vainement d'entamer une conversation avec les deux députés. Elle taquine même Barnave en riant :

 

«  Dites donc à monsieur Barnave qu'il ne regarde pas tant à la portière quand je lui pose une question ! » demande-t-elle à Pétion.  (7)

 

    Arrêt pour déjeuner à la Ferté-sous-Jouarre avant de reprendre la route en direction de Meaux, lieu de la prochaine étape. Le Roi se couche de bonne heure, selon son habitude, tandis que Marie-Antoinette s'enquiert auprès de Pétion et Barnave du chemin que l'on prendra le lendemain pour parvenir aux Tuileries. Elle sent l'angoisse monter en elle à l'idée de devoir affronter Paris.

    Marie-Antoinette a senti cependant, chez les députés, une lueur d'humanité dont elle tente de tirer profit : elle plaide la cause de son époux auprès de Pétion :

 

«  On blâme beaucoup le Roi, mais on ne sait pas assez dans quelle position il se trouve ; on lui donne successivement des conseils qui se croisent et se détruisent ; il ne sait que faire ; comme on le rend malheureux, sa position n'est pas tenable, la couronne est en suspens sur sa tête. Vous n'ignorez pas qu'il y a un parti qui ne veut pas le Roi, que ce parti grossit de jour en jour. »   (8)

 

 

    Samedi 25 Juin 1791 : Nouvelle journée à température caniculaire. Le départ a de ce fait été fixé à six heures du matin. On se rapproche maintenant de la capitale et la foule massée au bord de la route grossit au fil des heures. A l'entrée de Bondy, la berline est ralentie par une troupe de forcenés qui s'agglutine autour de la voiture en hurlant : «  A mort l'Autrichienne, la bougresse, la gueuse, la putain ! », « A mort chienne d'autrichienne ! »

    La Reine croyant pouvoir faire cesser les cris montre son enfant à la portière. « Elle a beau nous montrer son enfant, on sait bien qu'il n'est pas du Gros Louis ! » lui répondent les femmes qui suivent maintenant la voiture en courant. Le Roi blêmit, la Reine ne peut retenir ses larmes....

 

    A trois heures, on atteint Pantin où La Fayette* attend avec son Etat Major. Le cortège se forme et se dirige lentement vers la barrière de Paris. On contourne la capitale par les Boulevards extérieurs pour entrer par la barrière de l'Etoile et remonter jusqu'aux Tuileries par les Champs Elysées. Au vacarme et aux huées qui accompagnent le convoi depuis Varennes, succède un silence de mort. La foule immense massée le long des avenues est muette, la tête couverte sur ordre de La Fayette*. (9)  Les soldats de la garde nationale qui font la haie le long du parcours sont immobiles et portent leur fusil la crosse en l'air.

    Parvenue aux Tuileries, la berline se range au pied du grand escalier ; la famille royale descend et pénètre dans le Palais accompagnée de La Fayette*. Le Général demande au Roi s'il a des ordres à donner. « Il me semble que je suis plus à vos ordres que vous n'êtes aux miens »  (10) répond Louis XVI* avec une pointe d'ironie.

    Marie-Antoinette s'est retirée dans ses appartements. Elle prend un bain, se change et se regarde dans son miroir : ses cheveux, blonds cendrés, il y a encore cinq jours, sont devenus blancs...

 

 

    Dimanche 26 Juin 1791 : La Reine reçoit les trois délégués de l'Assemblée nationale venus enregistrer les déclarations du Roi et de son épouse sur les circonstances de leur départ. Marie-Antoinette, parfaitement calme, leur fait une narration que les trois députés enregistrent dans les termes suivants :

 

«  Je déclare que le Roi désirant partir avec ses enfants, rien dans la nature n'eut pu m'empêcher de le suivre. J'ai assez prouvé depuis deux ans, dans plusieurs circonstances, que je ne le quitterais jamais, et j'ai été surtout déterminée à le suivre par confiance et la persuasion que j'avais qu'il ne quitterait jamais le royaume. S'il eut voulu en sortir, toutes mes forces auraient été employées pour l'en empêcher. » (11)

 

    Marie-Antoinette ment avec beaucoup d'aplomb et, sans aucun doute, ce jour là, elle est parvenue à faire douter les trois émissaires de l'Assemblée.

 

 

 

LES ACTEURS DE LA REVOLUTION :  MARIE-ANTOINETTE, REINE DE FRANCE (21/35)

 

Antoine Piere Joseph Marie  Barnave

 

 

 

    Le 28 Juin, elle écrit à Fersen :

 

«  Rassurez-vous sur nous ; nous vivons. Les chefs de l'Assemblée semblent vouloir mettre de la douceur dans leur conduite. Parlez à mes parents de démarches du dehors possibles. S’ils ont peur, il faut composer avec eux.. »  (12)

 

    Le lendemain, elle fait un nouveau courrier à Fersen mais, cette fois-ci, pour le mettre en garde :

 

«  J’existe. Que j'ai été inquiète de vous et que je vous plains de tout ce que vous souffrez de ne point avoir de nouvelles ! Le ciel permettra-t-il que celle ci vous arrive ? Ne m'écrivez pas, car ce serait nous exposer et surtout, ne revenez pas ici sous aucun prétexte. On sait que c'est vous qui nous avez sortis d'ici, tout serait perdu si vous paraissiez. Nous sommes gardés à vue jour et nuit, cela m'est égal. Soyez tranquille, il ne m’arrivera rien, l’assemblée veut nous traiter avec douceur. Adieu, je ne pourrai plus vous écrire... »  (12)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

(1)   Cité par Jean CHALON  "Chère Marie-Antoinette"  op. cit. Page 329.

 

(2)  Cité par André CASTELOT "Marie-Antoinette"  op. cit. page 387.

 

 (3)   PETION  (Jérôme) : Né le 2 Janvier 1756 à Chartres. Avocat dans cette ville, il est élu aux Etats Généraux et siège à l'extrême gauche avec Robespierre*. Il devient l'ami de l'Incorruptible. Après la fuite du Roi à Varennes, il est chargé de ramener la famille royale à Paris. Il est élu Maire de la Capitale le 14 Novembre 1791.

Il va alors se laisser séduire par les idées de la Gironde et sera suspendu de ses fonctions le 12 Juillet 1792. Elu à la Convention par le département de l'Eure-et-Loir, il en est le premier Président et est nommé en même temps Président du Club des Jacobins.

Ayant défendu Buzot, il sera proscrit avec les Girondins le 2 Juin 1793 et devra se réfugier à Caen puis en Bretagne et enfin à Bordeaux. Il se suicidera avec Buzot pour ne pas être arrêté.

 

(4)   BARNAVE (Antoine Pierre Joseph Marie) : Né à Grenoble le 21 Septembre 1761. Brillant avocat, il est l'un des premiers meneurs des journées révolutionnaires de 1788. Elu aux Etats Généraux, il séduit par ses qualités d'orateur. Avec ses amis Duport et les frères Lameth, il constitue le premier état major de l'opposition et rédige le règlement du Club des Jacobins. En Janvier 1791, il adopte des positions de gauche exigeant le serment des prêtres à la Constitution civile du clergé. Devenu plus modéré, il est chargé de ramener la famille royale de Varennes à Paris et tombe éperdument amoureux de la Reine. Il devient alors le défenseur acharné de la monarchie et établit avec la Cour des contacts secrets. Voyant que ceux-ci ne peuvent aboutir, il rentre en Dauphiné en Janvier 1792 et est arrêté sur ordre de la Législative le 15 Août 1792, puis traduit devant le Tribunal révolutionnaire. Il sera guillotiné à Paris le 29 Novembre 1793.

 

(5)   LATOUR- MAUBOURG : Né à Grenoble le 11 Février 1756. Elu député aux Etats Généraux par la noblesse, il est l'un des premiers à se rallier au Tiers. Ami de La Fayette*, il s'enfuira avec lui après le 10 Août 1792. Interné par les Autrichiens, il ne sera libéré qu'en 1797. Bonaparte le fera Sénateur, Louis XVIII paire de France. Il mourra le 28 Mai 1831.

 

(6)   Cité par André CASTELOT  "Marie-Antoinette"  op. cit. Page 388.

 

(7)   Cité par Jean CHALON  "Chère Marie-Antoinette"  op. cit. Page 333.

 

(8)   Cité par André CASTELOT  "Marie-Antoinette"  op. cit. Page 393.

 

(9)   La Fayette* avait fait placarder, la veille, sur les murs de Paris l'avertissement suivant : "Celui qui applaudira le Roi sera bâtonné, celui qui l'insultera, pendu"

 

(10)  Cité par Jean CHALON  "Chère Marie-Antoinette"  op. cit. Page 336.

         et André CASTELOT  "Marie-Antoinette"  op. cit. Page 399.

 

(11)  Cité par Jean CHALON  "Chère Marie-Antoinette"  op. cit. Page 338.

 

(12)  Cité par Sabine FLAISSIER  "Marie-Antoinette en Accusation"  op. cit. Page 271.

        et Claude DUFRESNE  « Le Cœur de la Reine »  op. cit. Page 249.

 

 

 

 

 

 

 

 

A SUIVRE :

 

 

LES ACTEURS DE LA REVOLUTION : MARIE-ANTOINETTE, REINE DE FRANCE (22/35)

 

LA SOLITUDE : JUILLET - DECEMBRE 1791

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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