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11 décembre 2017 1 11 /12 /décembre /2017 16:04

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LES ACTEURS DE LA REVOLUTION :  MARIE-ANTOINETTE, REINE DE FRANCE (17/35)

 

Ouverture des Etats Généraux à Versailles le 5 mai 1789

 

 

 

 

LES ETATS GENERAUX : AOUT 1788 - SEPTEMBRE 1789

  

 

 

 

    Le 8 Août 1788, Loménie de Brienne, qui n'a plus guère de solution, joue son va-tout : il annonce, après avoir obtenu l'approbation du Roi, la réunion des Etats Généraux pour le 1er Mai 1789. Cette convocation des Etats est une revendication tellement ancienne que le principal Ministre compte bien que son annonce va ramener le calme dans la rue et - pourquoi pas ? - lui permettre de regagner la confiance de la bourgeoisie.

    Mais les caisses sont, cette fois ci, définitivement vides : à bout d'expédients, après avoir vraiment tout tenté, le ministre suspend les paiements du royaume le 16 Août. C'est la banqueroute ! Louis XVI* est atterré devant une situation qu'il redoutait, bien évidemment, mais qu'il avait toujours espéré pouvoir éviter. Comme à son habitude il hésite entre les diverses solutions qui se présentent à lui et c’est encore Marie-Antoinette qui prend les choses en mains. Une solution semble s’imposer : le rappel de Necker, le seul que l'on croit encore capable de pouvoir faire des prodiges. Il ne reste plus à Marie-Antoinette qu’à convaincre à la fois le genevois et le roi. C’est son fidèle Mercy qui va l’aider dans cette mission difficile. Il rencontre Necker, mène de longs entretiens avec Loménie de Brienne, rend compte à la reine de ses difficultés et tous deux tranchent. Le 25 Août l’affaire semble réglée mais il reste cependant à demander à Loménie de Brienne de présenter sa démission. C’est encore Mercy qui, au nom de la reine, s’acquitte de cette pénible mission. Au soir du 25 Août, Marie-Antoinette bouleversée par l’importance du rôle qu’elle vient de jouer dans les affaires intérieures du royaume, écrit à Mercy-Argenteau :

 

« L’archevêque est parti. Je ne saurais vous dire, Monsieur, combien la journée d’aujourd’hui m’affecte. Je crois que ce parti était nécessaire, mais je crains en même temps qu’il n’entraîne dans bien des malheurs vis à vis des parlements. Je viens d’écrire trois lignes à M. Necker pour le faire venir demain à 10 heures chez moi ici. Il n’y a plus à hésiter ; si demain il peut se mettre à la besogne, c’est le mieux. Elle est bien urgente. Je tremble, passez-moi cette faiblesse, de ce que c’est moi qui le fait revenir. Mon sort est de porter malheur ; et si des machinations infernales le font encore manquer ou qu’il fasse reculer l’autorité du roi, on m’en détestera davantage. Je crains qu’on ne soit obligé de nommer un principal ministre. Il est bien essentiel que M. Necker y compte et ne croie pas devoir le donner… » (1)

 

    Le 26 Août, Necker est reçu par le roi en présence de Marie-Antoinette. C’est la première fois que Louis XVI* demande à son épouse de recevoir un ministre avec lui…

Aussitôt la nouvelle du retour du "magicien" proclamée, le peuple s'en réjouit et la Reine, après avoir eu peur des conséquences, se félicite d'avoir conservé autant d'influence dans ce qui touche aux affaires du royaume.

    Si, à sa grande surprise, elle détient encore autant de pouvoir pour ce qui concerne les affaires intérieures de la France, elle reste très prudente lorsqu'il s'agit de traiter avec l'étranger, y compris avec l'Autriche. Et pourtant, les demandes pressantes, en provenance de Vienne, pour favoriser une nouvelle alliance se multiplient. Marie-Antoinette doit, en Janvier, faire à Mercy-Argenteau une réponse très fermement négative :

 

«  D'abord, il est clair que, dans l'état actuel de nos affaires, nous ne pourrions fournir aucun secours, ni d'hommes ni d'argent ; et dès lors, il ne serait pas de bonne foi de faire aucune nouvelle alliance défensive (..) Il faut encore penser que, quoique les Etats Généraux ne doivent pas se mêler de paix ou de guerre, il arriverait cependant des plaintes et des cris, si on voyait un nouveau traité qui peut entraîner en dépense (..) Vous connaissez les préjugés contre mon frère ; vous savez comme on est venu à bout de persuader à la moitié du peuple que j'envoyais des millions en Allemagne ; il est immanquable qu'on m'attribuera ce traité, et qu'aux Etats Généraux, les ministres s'excuseront par la vraisemblance de mon crédit et de mon influence. Jugez du rôle odieux qu'on m'y fera jouer.. » (2)

 

    Si la Reine hésite autant à intervenir en faveur de son pays natal, c'est qu'elle se sent de plus en plus détestée et qu’elle se rend bien compte que toute prise de position en faveur de l’Autriche serait interprétée comme une trahison de sa part. La preuve en est que le retour de Necker qu’elle a pourtant favorisé et qui est très bien accueilli dans la population, ne lui vaut aucune reconnaissance. De même on ne lui attribuera aucun mérite pour le doublement de la représentation du Tiers Etat (3), adopté après des mois de palabres ; une mesure pour laquelle son influence a, sans doute, été importante. Les libelles, les pamphlets et les calomnies, qui ont vu le jour pendant toute la durée de l'affaire du Collier, ont fait leur œuvre : la popularité de Marie-Antoinette est définitivement perdue.

 

    C'est avec un visage d'une extrême gravité qu'elle apparaît aux côtés du Roi lors de la procession solennelle qui, le 4 Mai 1789, ouvre les Etats Généraux du Royaume (4). Le lendemain, c'est dans le plus profond silence qu'elle est accueillie par les députés rassemblés dans la salle des Menus Plaisirs, choisie pour la première réunion officielle des Etats. Mais ce n'est plus tellement l'accueil qui lui est réservé qui rend la Reine de France aussi triste. Elle n’a plus qu’une seule préoccupation : c'est l'état de son fils aîné qui, dans ces instants, se meurt à Meudon. Le Dauphin a, en effet, atteint la phase extrême du rachitisme et la fièvre le dévore en permanence. Seule la tendresse de sa mère parvient à arracher à cet enfant, qui n'a pas encore huit ans, de pales sourires. Louis XVI* aussi essaye d'être, le plus souvent possible, présent auprès de son fils. Durant tout le mois de Mai, il inscrit, presque chaque jour dans son journal intime,  ces trois mots : "visite à Meudon".

 

    Le Dauphin meurt dans la nuit du 3 au 4 Juin. Louis-Auguste et Marie-Antoinette, qui perdent, ce jour là, le deuxième de leurs quatre enfants, sont accablés par la douleur. Et pourtant, le 6 Juin, ils sont contraints à faire bonne figure lors de la réception d’une délégation du Tiers Etat. Les rois ne se doivent-ils pas tout entier à leurs sujets, même dans les circonstances les plus difficiles ?

 

    Le Duc de Normandie est salué, le 7 Juin, sous le titre de Dauphin de France. Il sera dorénavant, pour sa mère, le "Chou d'Amour" qui, avec sa sœur "Mousseline", vont être entourés de la plus grande affection.

 

    Les jours passent et le bouleversement créé dans le royaume par la convocation des Etats Généraux va conduire à une succession d'événements que bien peu, même parmi les hommes politiques les plus avisés, étaient en mesure de prévoir. Le 17 Juin, les Députés du Tiers Etat se déclarent Assemblée nationale, exaspérés par le fait que les représentants des deux ordres privilégiés, le clergé et la noblesse, refusent toujours de siéger à leurs côtés. Le 20 Juin c'est la célèbre journée du "Serment du Jeu de Paume" au cours de laquelle ces mêmes députés du Tiers jurent solennellement de ne jamais se séparer avant d'avoir donné une Constitution à la France. Louis XVI*, mal conseillé, subissant les pressions du haut clergé et de "sa" noblesse, ne sait plus comment faire face à cette situation. Il hésite, tergiverse, puis décide finalement, le 23 Juin au cours d’un Lit de Justice, que la déclaration solennelle adoptée par le Tiers Etat le 17 est illégale. Il ordonne de ce fait aux députés de se séparer. La noblesse est parvenue à faire fléchir le Roi. Et du coup Necker, qui pressent que le processus qui vient de s'enclencher est irréversible, présente sa démission ; Louis XVI* refuse.

 

 

LES ACTEURS DE LA REVOLUTION :  MARIE-ANTOINETTE, REINE DE FRANCE (17/35)

 

Serment du Jeu de Paume 20 juin 1789

 

 

    Quelques jours plus tard, le 11 Juillet, le Roi fait volte face : il demande lui-même à Necker de lui remettre sa démission ! Le renvoi du populaire Necker va précipiter le cours des choses.

    Sous l'impulsion de quelques-uns uns, dont Camille Desmoulins*, qui tentent d'accréditer l'idée que le renvoi de Necker est le signal d'une répression contre les parisiens voire même d’une dissolution de la nouvelle assemblée, le peuple commence à s'armer dès le 13 Juillet. Le 14, de longues colonnes se forment dans les faubourgs de la capitale et, brandissant des piques et des fusils, se portent sur les Invalides où, dit-on, des armes sont entreposées. Puis les émeutiers se dirigent vers la forteresse de la Bastille, l'assiègent et finissent par l'investir. On libère les quelques prisonniers qui y sont incarcérés, mais on égorge aussi, d'abord quelques officiers puis le Gouverneur monsieur de Launay. Le symbole de l'arbitraire est tombé, détruit, brûlé. Il y a des morts mais, plus grave encore, la haine s'empare du peuple qui déjà dresse les listes des futurs condamnés à la pendaison : Artois, Polignac, Condé, Breteuil, ....

    Le Roi, qui n'a pas songé un seul instant que ses décisions pouvaient conduire à cette vague de violence, pense pour la première fois à déserter le château de Versailles pour fuir à Metz. A nouveau il hésite, prend peur, pour finalement renoncer : il assumera ses responsabilités. Dès le lendemain il se rend à l'Assemblée : à sa grande surprise, les députés l’accueillent avec enthousiasme.

    Le 16 Juillet, les Polignac, fuient la France et, avec eux, les Artois, Vaudreuil, de Castries, Breteuil, les Bourbons, le prince de Condé, les Coigny. Dès les premiers bruits de canon la Cour de France déserte le royaume ! Et cette fois Marie-Antoinette se retrouve bien seule face à son destin. C’est elle-même qui a persuadé la duchesse de Polignac, qui fut sa grande amie, de quitter le pays. Elle sait que Madame de Polignac est la cause indirecte de la fureur du peuple envers le couple royal ; elle sait maintenant que l’amitié de la duchesse est loin d’être désintéressé et pourtant, la reine ne peut oublier les sentiments qui ont animé les deux femmes. Le soir de son départ, elle fait porter à sa tendre amie ce billet :

 

« Adieu, la plus tendre des amies. Ce mot est affreux mais il le faut. Voilà l’ordre pour les chevaux ; je n’ai que la force de vous embrasser (..) Nous ne sommes entourés que de peines, de malheurs et de malheureux, sans compter les absences. Tout le monde fuit, et je suis encore heureuse de penser que tous ceux qui m’intéressent sont éloignés de moi. Mais comptez toujours que les adversités n’ont pas diminué ma force et mon courage. Je n’y perdrai rien. Mais seulement elles me donneront plus de prudence. C’est bien dans les moments comme ceux-ci que l’on apprend à connaître les hommes et à voir ceux qui vous sont véritablement attachés ou non …. » (5)

 

    Le 17 Juillet, le Roi a décidé de se rendre à Paris. Puisqu'il le faut, puisque cela semble être l’expression de la volonté générale, il rappellera Necker ! Marie-Antoinette, sans soutien, sans amis, seule dans l'immense château de Versailles déserté par les courtisans, attend avec angoisse le retour de son époux qu'elle pense ne jamais revoir et qu'elle admire pour son courage.

    Louis XVI* reviendra, mais il reviendra humilié, son chapeau orné de la cocarde bleu-blanc-rouge que Bailly (6) et La Fayette* lui auront demandé, avec insistance, d'arborer sur les marches de l'Hôtel de Ville.

    Au soir du 17 Juillet, Louis-Auguste et Marie-Antoinette ont cependant tout lieu de croire que le plus gros de l'orage est passé. Après l'émeute populaire, la paix est revenue dans la capitale. Louis XVI* a accepté toutes les exigences des émeutiers et pense, une nouvelle fois, que la raison vient de l'emporter sur la sauvagerie des vainqueurs de la Bastille. Il se félicite de n'avoir pas donné l'ordre de la répression :

 

« Heureusement, il n'a pas coulé de sang ; je jure qu'il n'y aura jamais une goutte de sang français versé sur mon ordre. »  (7)

 

    Le Roi tiendra cette promesse. Et pourtant la paix, qui semble scellée ce 17 Juillet, va être de très courte durée. Le 22, en effet, Foulon, adjoint au Ministre de la Guerre, et Bertin de Sauvigny, son gendre, sont égorgés. Comme le 14 Juillet, au plus fort de l'émeute, la foule promène leurs têtes fichées aux bouts des piques. La rue est de nouveau envahie par ceux que Marie-Antoinette appelle "les Enragés du Palais-Royal" dirigés, on le dit, par le Duc d'Orléans.

    Paris retourne à la tourmente ; et la Reine, celle qu'on ne voit pas pendant ces jours sombres, celle dont on dit qu'elle n'a cessé d'être à la solde de l'Autriche, est rendue responsable de tous les maux qui s'abattent sur le pays.

    Malgré tous ces tumultes, la Reine de France ne semble pourtant pas avoir pris pleinement conscience de la gravité de la situation. Seuls ses enfants absorbent ses pensées. Elle a finalement décidé de leur trouver une nouvelle gouvernante et, alors que la Grande Peur (8) ravage la Province, Marie-Antoinette n'a pour souci principal que le remplacement de madame de Polignac. C'est finalement la vertueuse et sévère Madame de Tourzel qui est choisie comme Gouvernante des enfants de France. Aussitôt Marie-Antoinette en informe la duchesse de Polignac, pour qui elle a conservé une amitié profonde :

 

«  Ma santé est assez bonne, quoique nécessairement un peu affaiblie par tous les chocs continuels qu'elle éprouve. Nous ne sommes entourés que de peines, de malheurs et de malheureux, sans compter les absences. Tout le monde fuit, et je suis encore trop heureuse de penser que tous ceux qui m'intéressent sont éloignés de moi. Aussi, je ne vois personne, et je suis toute la journée seule chez moi. Mes enfants sont mon unique ressource ; je les ai le plus possible avec moi. Vous savez sûrement la nomination de Mme de Tourzel ; elle a bien coûté à mon cœur ; mais du moment que vous aviez donné votre démission, et que ce n'était plus l'amitié et la confiance qui présidaient à leur éducation, j'ai voulu du moins que ce fût une personne de grande vertu (..) Ne me répondez pas, à moins d'avoir une occasion sûre ; et encore n'écrivez que des choses qu'on puisse lire, car on fouille tout le monde, et rien n'est sûr. Je n'écris ni ne veux que personne ne m'écrive par la poste, quoiqu'on sache bien que ni moi ni mes amis ne manderons jamais de mal ; mais je ne veux pas qu'on puisse dire que je reçois des lettres et qu'après cela on en compose (...)

«  Adieu, mon cher cœur. Je ne vous parle point d'affaires ; elles ne seraient qu'affligeantes pour toutes deux. Enfin, il faut espérer qu'un jour le calme renaîtra ; mais (..) nous sommes encore bien loin de la tranquillité.

«  Pour moi, mon cher cœur, la mienne ne sera parfaite que quand on nous aura rendu justice, et que l'on reconnaîtra la pureté de votre cœur. »  (9)

 

 

 

LES ACTEURS DE LA REVOLUTION :  MARIE-ANTOINETTE, REINE DE FRANCE (17/35)

 

Prise de la Bastille, 14 juillet 1789

 

 

    La femme frivole et légère s'est transformée, sous la pression des événements, en une mère tendre et lucide. Son amour maternel a pris le pas sur tous les autres sentiments. Les "Instructions à la Marquise de Tourzel", que Marie-Antoinette prend le soin de rédiger elle-même, montrent des pages étonnantes de tendresse, en particulier vis à vis de son fils :

 

«  Mon fils a quatre ans, quatre mois moins deux jours ; je ne parle ni de sa taille ni de son extérieur : il n'y a qu'à le voir. Sa santé a toujours été bonne ; mais même au berceau, on s'est aperçu que ses nerfs étaient très délicats et que le moindre bruit extraordinaire faisait effet sur lui (..)

«  La délicatesse de ses nerfs fait qu'un bruit auquel il n'est pas accoutumé lui fait toujours peur. Il a peur, par exemple, des chiens, parce qu'il en a entendu aboyer près de lui. Je ne l'ai jamais forcé à en voir, parce que je crois qu'à mesure que sa raison viendra, ses craintes passeront. Il est, comme tous les enfants forts et bien portants, très étourdi, très léger et violent dans ses colères ; mais il est bon enfant, tendre et caressant même, quand son étourderie ne l'emporte pas. Il a un amour propre démesuré qui, en le conduisant bien, peut tourner un jour à son avantage. Jusqu'à ce qu'il soit bien à son aise avec quelqu'un, il sait prendre sur lui, et même dévorer ses impatiences et colères, pour paraître doux et aimable. Il est d'une grande fidélité quand il a promis une chose ; mais il est très indiscret ; il répète aisément ce qu'il a entendu dire ; et souvent, sans vouloir mentir, il y ajoute ce que son imagination lui fait voir. C'est son plus grand défaut et sur lequel il faut bien le corriger. Du reste, je le répète, il est bon enfant ; et avec de la sensibilité, et en même temps de la fermeté, sans être trop sévère, on fera toujours de lui ce qu'on voudra. Mais la sévérité le révolterait, car il a beaucoup de caractère pour son âge. Et, pour en donner un exemple, dès sa plus petite enfance, le mot "pardon" l'a toujours choqué. Il fera et dira tout ce qu'on voudra quand il a tort ; mais le mot pardon, il ne le prononce qu'avec des larmes et des peines infinies. On a toujours accoutumé mes enfants à avoir grande confiance en moi, et, quand ils ont eu des torts, à me le dire eux-mêmes. Cela fait qu'en les grondant, j'ai l'air plus peinée et plus affligée de ce qu'ils ont fait que fâchée. Je les ai accoutumé tous à ce que oui ou non prononcé par moi est irrévocable ; mais je leur donne toujours une raison à la portée de leur âge, pour qu'ils ne puissent pas croire que c'est humeur de ma part. Mon fils ne sait pas lire et apprend fort mal ; mais il est trop étourdi pour s'appliquer. »

«  Il n'a aucune idée de hauteur dans la tête, et je désire fort que cela continue : nos enfants apprennent toujours assez tôt ce qu'ils sont. Il aime sa sœur beaucoup, et a bon cœur. Toutes les fois qu'une chose lui fait plaisir, soit d'aller quelque part ou qu'on lui donne quelque chose, son premier mouvement est toujours de demander pour sa sœur de même. Il est né gai ; il a besoin pour sa santé d'être beaucoup à l'air, et je crois qu'il vaut mieux le laisser jouer et travailler à la terre sur les terrasses que de le mener plus loin. L'exercice que les petits enfants prennent en courant et jouant à l'air est plus sain que d'être forcés à marcher, ce qui souvent leur fatigue les reins... »  (10)

 

 

    L'attention qu'elle porte à l'éducation de ses enfants a détourné Marie-Antoinette des affaires de l'Etat. Elle y est revenue, mais très brièvement, pour saluer, le 28 Juillet, le retour triomphant de Monsieur Necker, accueilli partout comme le sauveur du pays. Le calme, en effet, revient peu à peu dans la rue mais, par contre, l'effervescence gagne l'Assemblée nationale.

    Dans la nuit du 4 Août 1789, les représentants des deux "classes privilégiées", élus de la Noblesse et du Clergé, mettent à bas ce qui reste de la féodalité. Dans un bel élan de générosité, ils abolissent les privilèges, affranchissent les serfs, suppriment les Prévôts, la dîme, les droits de chasse,... Tout ce qui est l'héritage de l'absolutisme est balayé en quelques heures et les députés, un peu ébahis par les décisions qu'ils viennent eux-mêmes de prendre, se séparent aux cris de "Vive le Roi !"

    La monarchie, violemment contestée quelques semaines auparavant, semble maintenant définitivement sauvée malgré la pression de la rue. On ignore encore que cette immense vague de fraternité va précipiter la France dans le chaos. Necker, le magicien, ne pressent pas  que bientôt la suppression des privilèges va être synonyme, dans l’esprit de beaucoup de français, de suppression pure et simple de l'impôt. Les caisses de l'Etat vont demeurer désespérément vides ! ...

 

    Marie-Antoinette, elle, ne s'y trompe pas : la nuit du 4 Août représente bien à ses yeux la victoire des émeutiers sur les institutions. Elle ne croit pas à la générosité naturelle qui parait avoir triomphé au cours de cette nuit devenue mémorable. Son sentiment, partagé par quelques autres d'ailleurs, est que les privilégiés, qui auraient dû servir de rempart à la royauté, ont cédé à la peur. Ils ont abandonné une part de leurs prérogatives par crainte qu'on ne le leur prenne par la force...

    Et quand l'Assemblée vote, le 26 Août, la "Déclaration des Droits de l'Homme" la Reine n'y voit qu'une nouvelle insolence vis à vis de la personne du Roi.

 

    En cette fin d'été, elle ne partage pas du tout la sérénité de Louis-Auguste et semble même accablée par la tournure que prennent les événements. Fersen, l'ami des mauvais jours de Marie-Antoinette, le seul qui s'est refusé à déserter, dresse à son père le triste tableau de la situation :

 

« Tous les liens sont rompus. L’autorité du Roi est nulle. L’Assemblée Nationale elle-même tremble devant Paris, et Paris tremble devant quarante à cinquante mille bandits, établis à Montmartre et dans le Palais-Royal qu’on n’a pu en chasser et qui ne cessent de faire des motions. Dans les provinces, le peuple est enivré de l’idée répandue depuis si longtemps par les philosophes que tous les hommes sont égaux ; et l’abolition des droits féodaux, décidée par l’Assemblée, en trois heures de temps, leur a persuadé qu’il ne faut plus rien payer. Partout ils se portent à des excès affreux contre les châteaux, qu’ils pillent et brûlent avec tous leurs papiers ; ils maltraitent même les propriétaires (..) Les impôts ne peuvent plus se percevoir ; les troupes sont gagnées ou séduites par l’espoir de la liberté ou par l’argent. Bientôt le Roi ne pourra plus tenir ses engagements et la banqueroute est imminente. La Noblesse est au désespoir, le Clergé est comme frappé de démence, et le Tiers Etat est tout à fait mécontent ; il n’y a que la canaille qui règne, qui soit satisfaite, car n’ayant rien à perdre, elle ne peut que gagner. Personne n’ose commander et personne ne veut obéir. Voilà la liberté de la France et l’état où elle est à présent. On frémit en voyant ce qui se passe et il est impossible de prévoir comment ces choses finiront. Tout cela me rend bien malheureux (..)

« Beaucoup de régiments sont révoltés, il y en a même qui ont porté leurs mains sur leurs chefs.. Ce qu’il y a d’extraordinaire c’est que la même chose s’est passée dans presque toutes les garnisons et que, dans tout le royaume, les révoltes ont été semblables. Il y a des agents secrets qui distribuent de l’argent ; on les connaît ; des chefs de séditieux, arrêtés et pendus, en ont dénoncé un grand nombre ; mais, soit faiblesse, soit crainte, soit complicité, les magistrats n’osent pas se mettre en avant, on ne sévit pas contre eux et on les laisse paisiblement exciter l’anarchie, la révolte, la licence et travailler à la ruine de l’Etat. M. le Duc d’Orléans est fortement soupçonné d’être le chef et le moteur de tout cela. Si j’écrivais de Paris, je n’aurais pas osé vous mander toutes ces choses ; l’inquisition épistolaire y a été extrême ; les lettres du Roi et de la Reine n’y échapperaient même pas.. »  (11)

 

    Axel de Fersen vient en effet de s'installer dans un appartement de Versailles pour être plus près de celle à qui il voue la plus profonde amitié, celle qu'il a juré de protéger quoiqu'il arrive. Fersen qui partage les angoisses de la Reine et qui, peut-être, la conforte dans l'idée qu'il n'existe plus qu'une seule issue : fuir.

 

 

 

 

 

 

 

(1)   Cité par Evelyne LEVER  « Marie-Antoinette »  op. cit. Page 448.

 

(2)   Lettre de Marie-Antoinette à Mercy-Argenteau du 27 Janvier 1789 cité par Sabine FLAISSIER  "Marie-Antoinette en Accusation"  op. cit. Page 181.

 

(3)   Doublement du Tiers : Dans les Assemblées provinciales créées par Louis XVI*, il avait été admis que le Tiers état aurait autant de représentants que le clergé et la noblesse réunis, c'est à dire le double de la représentation de chacun des deux ordres privilégiés.

Le 27 Décembre 1788, Louis XVI* accepte le doublement de la représentation du Tiers aux Etats Généraux.

 

(4)   Ouverture des Etats Généraux : les Etats Généraux sont ouverts officiellement le 5 Mai 1789 dans l'Hôtel des Menus Plaisirs à Versailles. Ils comprennent : 291 députés du clergé, 285 pour la noblesse et 578 pour le Tiers état.

 

(5)   Cité par Claude DUFRESNE  « Le Cœur de la Reine »  op. cit. Page 198.

 

(6)   BAILLY (Jean-Sylvain) : Né à Paris le 15 Septembre 1736. Astronome, physicien, membre de l'Académie des Sciences. Elu aux Etats Généraux, il est Président de l'Assemblée Constituante jusqu'au 2 Juillet 1789. Elu Maire de Paris, il portera une partie de la responsabilité des massacres du Champs de Mars le 17 Juillet 1791. Détesté des révolutionnaires comme des royalistes il devra quitter Paris. Arrêté le 6 Septembre 1793, il sera guillotiné au Champs de Mars le 12 Novembre 1793.

 

(7)   Cité par Jean CHALON  "Chère Marie-Antoinette" op. cit. Page 252.

 

(8)   Grande Peur : Le mouvement de panique que l'on nommera par la suite Grande Peur prend naissance dans les provinces à partir du 20 Juillet 1789 et va durer jusqu'au 6 Août.

C'est une rumeur qui est à l'origine de ce mouvement : on dit dans les campagnes que des bandes armées par les aristocrates vont dévaster les cultures ; aussitôt les paysans s'arment et se dirigent vers les châteaux pour les piller et les incendier. C'est l'abolition des droits féodaux, dans la nuit du 4 Août, qui fera cesser le mouvement populaire.

 

(9)   Cité par Sabine FLAISSIER  "Marie-Antoinette en Accusation" op. cit.  Pages 204 et 205.

 

(10)  Cité par Sabine FLAISSIER  "Marie-Antoinette en Accusation" op. cit. page 203.

 

(11)  Lettre d’Axel de Fersen à son père datée du 3 Septembre 1789.

Cité par Claude DUFRESNE  « Le Cœur de la Reine »  op. cit. Pages 203-204.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

A SUIVRE :

 

 

LES ACTEURS DE LA REVOLUTION : MARIE-ANTOINETTE, REINE DE FRANCE  (18/35)

 

LES DERNIERS JOURS A TRIANON : OCTOBRE 1789

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


 

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