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6 décembre 2017 3 06 /12 /décembre /2017 09:00

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LES ACTEURS DE LA REVOLUTION : MARIE-ANTOINETTE, REINE DE FRANCE (12/35)

 

Marie-Thérèse d'Autriche 1780

  

 

 

 

 

LA REINE FAIT LES MINISTRES ET DONNE UN HERITIER AU TRONE : JUILLET 1780 – OCTOBRE 1781

 

 

 

    L’intimité de la duchesse de Polignac et de la reine de France n’ayant jamais été aussi grande, il vient évidemment tout de suite à l’esprit de Vaudreuil l’idée d’en retirer le maximum d’avantages. En effet, si les Polignac sont riches et respectés, ils leur manque encore une dernière chose : le pouvoir. Ils veulent maintenant faire et défaire les ministres et placer aux plus hauts postes du royaume des hommes qui soient à leur dévotion.

    Justement, le fidèle Maurepas est de plus en plus souvent frappé par la maladie du fait de son grand âge. Les amis de Choiseul ont évidemment repris l’offensive pour tenter, une nouvelle fois, de faire revenir le grand homme aux affaires. Ils ont, bien sûr, sollicité l’appui de la reine ; mais celle-ci n’a pas semblé s’intéresser à la situation. D’autant que Mercy, de son côté, la presse de convaincre le roi d’adopter une autre solution. L’Autriche, selon l’Ambassadeur, s’accommoderait très bien d’un gouvernement français sans Premier ministre du tout. La reine est donc priée, par sa mère l’Impératrice, de manœuvrer son époux dans cette direction et ceci évidemment dans l’intérêt de l’Empire ! Car pour Marie-Thérèse il est évident que sans Premier Ministre sa fille pourrait, tout à loisir, conseiller Louis XVI*

 

    Quant au clan Polignac il a évidemment aussi ses favoris. La duchesse est chargée de plaider leur cause auprès de la reine : Sartine, Ministre de la Marine, doit être remplacé par le marquis de Castries (1) et le prince de Montbarrey, pâle ministre de la Guerre, par le comte de Ségur (2). Necker semble à peu près d’accord, notamment sur le remplacement de Sartine avec lequel il a des relations assez tendues. L’affaire se fait donc sans même que Louis XVI* ait pris la peine de consulter Maurepas qui, pour l’instant, est alité. Dès son retour, lorsqu’il apprend la nomination de Castries, il entre dans une grande fureur et parvient à convaincre la reine qu’elle a été trompée et que Madame de Polignac a abusé de l’ascendant qu’elle a sur elle.

 

    Marie-Antoinette fait immédiatement venir son amie et a une discussion très vive avec la duchesse de Polignac. Elle lui reproche sévèrement de l’avoir conseillé dans le seul but de ménager ses propres intérêts. Alors, la comtesse Jules, choquée par le ton de reproche de la reine, lui jure qu’elle se méprend sur ses intentions et que, si la reine persiste à croire ce qu’elle vient de dire, elle se doit de partir sur-le-champ pour ne plus jamais remettre les pieds à la cour. Elle ajoute que, de ce fait, elle remettra à la reine tous les bienfaits qu’elle a reçus d’elle, y compris la charge de son mari ! … La reine se radoucit alors en comprenant qu’elle a froissé son amie. Elle lui demande d’oublier ses propos et de revenir sur ses décisions. Mais la comtesse ne veut rien entendre. Alors les larmes se mettent à couler sur le visage de Marie-Antoinette ; elle se jette aux pieds de la comtesse Jules et la supplie de lui pardonner. La comtesse à son tour se met à pleurer et les deux femmes se jettent dans les bras l’une de l’autre. L’incident est clos.

 

    Le clan Polignac, que certains ont baptisé « le parti de la reine » vient donc de triompher. Et son triomphe sera encore plus total lorsque le prince de Montbarrey qui a, sans doute, été mis au courant des spéculations que l’on faisait sur son compte, donne sa démission de Ministre de la Guerre quelque temps plus tard. On reparle évidemment de Ségur et, à nouveau la reine est chargée de manœuvrer Louis XVI*. Ségur est nommé, mais cette fois-ci c’est davantage pour ses compétences que par l’intervention de Marie-Antoinette.

 

    Les Polignac sont pourtant convaincus que rien maintenant ne peut leur résister. Quant à Marie-Antoinette, elle passe, dans l’opinion, pour l’instigatrice du nouveau gouvernement alors qu’en réalité elle a fait bien peu de chose. Elle cristallise encore un peu plus sur sa personne le mécontentement de la population. Elle accrédite un peu plus l’idée que le roi est faible et que c’est elle qui gouverne la France à sa place !…

 

     Pour l’heure ce n’est pas la composition du nouveau ministère qui soucie Marie-Antoinette. Un drame vient briser le bonheur tranquille de la Reine : la nouvelle de la mort de sa mère Marie-Thérèse arrive à Versailles. L'Impératrice d'Autriche est décédée le 29 Novembre 1780 à l'âge de soixante-trois ans. C’est l’abbé Vermond qui a été chargé par le roi d’annoncer la terrible nouvelle. Mais, aussitôt après, Louis XVI* se rend auprès de son épouse pour lui apporter soutien et réconfort.

    La douleur de Marie-Antoinette est immense, elle prend aussitôt le deuil et ne quitte plus ses appartements. Le 10 Décembre elle confie sa peine dans une lettre adressée à son cher frère Joseph II :

 

« .. Accablée du plus affreux malheur, ce n'est qu'en fondant en larmes que je vous écris. Oh ! Mon frère; Oh ! Mon ami, il ne me reste donc que vous dans un pays qui m'est, et me sera toujours cher ! Ménagez-vous et conservez-vous; vous le devez à tous. Il ne me reste qu'à vous recommander mes sœurs. Elles ont encore perdu plus que moi; elles seraient bien malheureuses ! Adieu ! Je ne vois plus ce que j'écris. Souvenez-vous que nous sommes vos amis, vos alliés; aimez-moi. Je vous embrasse. » (3)

 

    Avec le décès de cette mère si possessive disparaît également la chape qui pèse sur les épaules de Marie-Antoinette depuis sa plus tendre enfance. Elle n'a plus maintenant à rendre compte de ses actes; elle n'a plus à subir les conseils et les recommandations répétées, les avertissements et les réprimandes de sa mère. Elle est libre... et désormais totalement maître de son destin.

    Ce deuil va, encore un peu plus, attacher Marie-Antoinette à Trianon. Elle y fait maintenant travailler les sculpteurs, les peintres, les architectes dont elle fait admirer les œuvres à Louis-Auguste. Eloignée, pour un temps des frivolités de la Cour et de la présence des courtisans, Marie-Antoinette s'est rapprochée de ce mari qu'elle redécouvre. Au début du mois de Février 1781 il semble même qu’il y ait de bons espoirs pour que la reine de France donne un héritier aux Bourbons !… Effectivement on apprend bientôt que Marie-Antoinette est enceinte

    Recevant son frère Joseph II à Trianon à la fin du mois de Juillet 1781, Marie-Antoinette lui confirme qu'elle est à nouveau enceinte. Elle passe de longues heures à converser affectueusement avec ce frère qu’elle retrouve avec un immense plaisir. Des retrouvailles qui aideront beaucoup la reine à faire le deuil de sa mère.

 

 

LES ACTEURS DE LA REVOLUTION : MARIE-ANTOINETTE, REINE DE FRANCE (12/35)

 

Marquis de Ségur, Secrétaire d'Etat à la Guerre

 

 

    La grossesse, cette fois-ci, se déroule sans incident et, le 22 Octobre suivant, naît Louis-Joseph-Xavier-François baptisé le jour même à la chapelle de Versailles par le Cardinal de Rohan. Louis-Auguste est en extase devant ce fils que toute l'Europe attendait. Sa joie est telle qu'il est d'une humeur que l'on n'a jamais encore vue chez cet homme, apathique de nature.

    Lorsque l'on porte son enfant à Marie-Antoinette, elle le prend dans ses bras puis le rend à la gouvernante avec ces mots de résignation :

 

«  Prenez le, il est à l'Etat, mais aussi je reprends ma fille. »  (4)

 

   La reine serait parfaitement heureuse si une infâme campagne de pamphlets n'avait été lancée quelques jours après son accouchement. On tente de jeter le doute sur la légitimité de l'enfant qui vient de naître :

 

                                    " D'un Dauphin la naissance

                                    " Enchante tout Paris;

                                    " Sa subite existence

                                    " Trouble le paradis;

                                    " Qui diable, l'a produit ?

                                    " Dit le Verbe en colère;

                                    " C'est quelque coup du Saint-Esprit,

                                    " Car jamais personne n'a dit

                                    " Que le roi fût son père."  (5)

 

 

    L’affaire de la rougeole, les escapades à Trianon, et les invitations de la Reine donnent matière à tous les ragots. Les pamphlétistes s’en donne à cœur joie et l’opposition à la monarchie se répand maintenant dans toutes les provinces.

 

 

 

 

 

 

 

(1)  CASTRIES : (Charles Eugène Gabriel de La Croix, marquis de), baron des États de Languedoc, comte de Charlus, baron de Castelnau et de Montjouvent, seigneur de Puylaurens et de Lézignan, est né à Paris le 25 février 1727 et mort à Wolfenbüttel le 11 janvier 1801.

 Entré au régiment du Roi-Infanterie en mai 1739, il est lieutenant le 23 août 1742 Il fait avec éclat la guerre de Sept Ans et toutes les campagnes du règne de Louis XV. Mestre de camp du Régiment du Roi-Cavalerie le 26 mars 1744, il est maréchal de camp et commandant général de la cavalerie en 1748.

En 1756, il commande le corps expéditionnaire aux Caraïbes, en particulier à Sainte Lucie  Lieutenant général (28 décembre 1758), il devient maître de camp général de la cavalerie le 16 avril 1759. À la bataille de Kloster Kampen (16 octobre 1760), il sauve par son sang-froid une situation qui semblait perdue. Il est fait chevalier de l'Ordre du Saint-Esprit le 30 mai 1762. Peu après la paix de 1763, il est nommé gouverneur de la Flandre et du Hainaut. Il est ensuite capitaine lieutenant de la compagnie des Gendarmes écossais et commandant de la Gendarmerie de 1770 jusqu'à sa retraite en 1788.

Il est nommé secrétaire d'État à la Marine le 13 octobre 1780 sur la recommandation de son ami Jacques Necker. Il reste en poste jusqu'au 24 août 1787. En 1783, il est élevé à la dignité de maréchal de France.

 

 

(2)   SEGUR : (Philippe Henri, marquis de), né le 20 janvier 1724, mort le 3 octobre 1801. Gentilhomme français, officier durant les guerres de Louis XV, secrétaire d'État à la Guerre de Louis XVI de 1780 à 1787, maréchal de France en 1783.

Durant la Guerre de Sept Ans, il se bat à Hastenbeck (1757), Crefeld (1758) et Minden (1759). Il est nommé inspecteur général de l'infanterie le 25 mai 1758 et lieutenant général le 18 mai 1760. En octobre 1760 il est fait prisonnier à la bataille de Clostercamp. Durant sa captivité il est distrait par les pièces galantes et même un peu libres illustrées par de Besenval que rédige et lui envoie tous les jours la joyeuse Académie de Drevenich. Il devient chevalier de l'Ordre du Saint-Esprit le 7 juin 1767.

Les capacités qu'il démontre comme gouverneur de la Franche-Comté en 1775 le font nommer Secrétaire d'État à la Guerre le 25 décembre 1780. Il crée en 1783 un état-major général permanent et prend des règlements remarquables concernant les casernes et les hôpitaux militaires. Il endosse la responsabilité de l'édit réactionnaire dit « édit de Ségur » exigeant en 1781 quatre quartiers de noblesse pour les nominations d'officier, mais il semble qu'il ne l'ait pas approuvée.

Fait maréchal de France le 13 juin 1783, il démissionne de son département ministériel le 29 août 1787.

 

(3)   Cité par Jean CHALON  "Chère Marie-Antoinette" op. cit. Page 168.

        et Evelyne LEVER  "Marie-Antoinette"  op. cit. Pages 285-286.

 

(4)   Cité par Jean CHALON "Chère Marie-Antoinette"  op. cit. Page 172.

        et André CASTELOT  "Marie-Antoinette" op cit. Page 210.

 

(5)   Cité par Evelyne LEVER  "Marie-Antoinette"  op. cit. Page 296.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

A SUIVRE : 

 

 

 

LES ACTEURS DE LA REVOLUTION : MARIE-ANTOINETTE, REINE DE FRANCE (13/35)

 

D'UNE AMITIE A L'AUTRE : JANVIER 1782 – SEPTEMBRE 1783

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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