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2 décembre 2017 6 02 /12 /décembre /2017 09:00

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LES ACTEURS DE LA REVOLUTION : MARIE-ANTOINETTE, REINE DE FRANCE (8/35)

 

Louis XVI en habit de Sacre

 

 

 

DES VIVATS DE REIMS AUX LIBELLES DE VERSAILLES : JUIN – DECEMBRE 1775

 

 

 

 

    Dès la fin du printemps 1775, la principale préoccupation pour le roi et ses Ministre est le Sacre. La date a été fixée au 11 juin. Très conscient du rôle qu’il va être amené à jouer, et toujours très pieux, le roi prie. La Reine, elle, s'occupe personnellement de ce nouveau divertissement : elle a choisi d'en régler tous les détails à son goût, même si elle doit accepter, pour une fois, la rigueur de l'étiquette.

    Compte tenu de l’état des finances du royaume, Maurepas avait suggéré que la cérémonie se fasse à Paris,  pour limiter les frais, mais le roi tenait absolument à Reims pour respecter l’aspect sacré de l’événement.

 

    Selon la tradition monarchique de la France, seul le roi est sacré. La reine doit se   contenter d’assister à la cérémonie en simple spectatrice. On a bien évoqué, pendant un temps, l’éventualité de faire une entorse à la règle établie depuis des siècles ; Louis XVI* y aurait été favorable. Devant la complexité des justifications à fournir, cette hypothèse a été bien vite écartée.

    Très tôt, le matin du 11 Juin, la reine prend place dans une loge aménagée dans la cathédrale, en compagnie des princesses et des dames de sa maison. On attend l’arrivée du roi qui, entouré des plus hauts personnages du royaume entre d’un pas lent et majestueux et se dirige vers le trône, installé dans le chœur, sous un dais monumental. La cathédrale a été décorée d’immenses tentures brodées d’or ; des centaines de lustres brillant de tous leurs feux ont été disposés dans la nef et dans les bas-côtés. Tout a été agencé pour célébrer la magnificence du roi de France.

    La cérémonie est longue mais très solennelle. On répète en ce jour les rites en usage pour les rois de France depuis Charlemagne. Lorsque Louis XVI*, au moment le plus solennel, reçoit les onctions sacrées, on voit des larmes couler sur les joues de Marie-Antoinette. Louis-Auguste se retourne, jette un regard à son épouse et une lueur de contentement illumine son visage ordinairement si terne. L’assistance qui a perçu l’émotion des deux monarques se met à battre des mains comme à un spectacle. Alors la reine doit se réfugier à l’arrière de sa loge pour laisser aller ses pleurs.

    A la fin de la cérémonie, le roi et la reine se retrouvent sur le parvis de la cathédrale et là, c’est une immense ovation qui les accueille. Le peuple est venu en masse pour tenter d’apercevoir le roi et son épouse. Dans l’après-midi, les souverains parcourent les rues de la ville en se tenant par le bras et partout ce sont des acclamations et des témoignages de sympathie qui les saluent. Marie-Antoinette est radieuse. Elle aime ce contact avec la population ; elle se laisse griser par les vivats avec un immense plaisir.

    Cette journée sera inoubliable, écrit-elle à sa mère le 22 Juin suivant :

 

«  Le sacre a été parfait de toute manière ; il parait que tout le monde a été content du Roi ; il doit bien l'être de tous ses sujets : grands et petits, tous lui ont montré le plus grand intérêt, les cérémonies de l'Eglise étaient interrompues au moment du couronnement par les acclamations les plus touchantes. Je n'ai pu y tenir, mes larmes ont coulé malgré moi, et on m'en a su gré. J'ai fait de mon mieux pendant tout le temps du voyage pour répondre aux empressements du peuple, et quoiqu'il y ait eu beaucoup de chaleur et de foule, je ne regrette pas ma fatigue, qui d'ailleurs n'a pas dérangé ma santé. C'est une chose étonnante et bien heureuse en même temps d'être si bien reçu deux mois après la révolte (1) et malgré la cherté du pain, qui malheureusement continue. C'est une chose prodigieuse dans le caractère français, de se laisser emporter aux mauvaises suggestions et de revenir tout de suite au bien. Il est bien sûr qu'en voyant des gens qui dans le malheur nous traitent aussi bien, nous sommes encore plus obligés de travailler à leur bonheur. Le Roi m'a paru pénétré de cette vérité ; pour moi, je sais bien que je n'oublierai de ma vie (dût-elle durer cent ans) la journée du sacre... » (2)

 

 

 

LES ACTEURS DE LA REVOLUTION : MARIE-ANTOINETTE, REINE DE FRANCE (8/35)

 

Yolande de Polastron duchesse de Polignac

   

 

    Le sacre, et le contact avec la foule en liesse, constitue donc un nouveau moment de bonheur intense pour Marie-Antoinette. Cependant, les premiers ennuis ne vont pas tarder à survenir. La jeune reine, à Reims, a eu une conversation particulière avec Choiseul qui était parmi les invités à la cérémonie. Dans les jours qui suivent, elle croit bon d'en informer par lettre le Comte de Rosenberg, homme de confiance de l'Impératrice Marie-Thérèse :

 

«  Vous aurez peut-être appris l'audience que j'ai donnée au Duc de Choiseul à Reims (..) Vous croirez aisément que je ne l'ai point vu sans en parler au Roi, mais vous ne devinerez pas l'adresse que j'ai mise pour ne pas avoir l'air de demander sa permission. Je lui ai dit que j'avais envie de voir Monsieur de Choiseul et que je n'étais embarrassée que du jour. J'ai si bien fait que le pauvre homme m'a arrangé lui-même l'heure la plus commode où je pouvais le voir. Je crois que j'ai assez usé du droit de femme en ce moment. » (3)

 

    Quelle insouciance dans les propos de Marie-Antoinette : « le pauvre homme » en parlant du Roi de France ! Rosenberg est tellement choqué qu'il montre aussitôt la lettre à Joseph II qui, lui-même, la montre à l'Impératrice. La réaction est immédiate et d'une rare sévérité : Marie-Thérèse prend sa plume et répond à sa fille sur un ton assez inhabituel. Elle va jusqu'à comparer son comportement avec celui des intrigantes et des favorites : les Pompadour ou Du Barry !

    Outrée par la comparaison, Marie-Antoinette est furieuse. Elle ne retient donc pas, hélas, les avertissements de sa mère, pas plus qu'elle n'a retenu les précédents. Et pourtant, Marie-Thérèse voit juste quand elle écrit :

« ...Votre bonheur ne pourrait que trop changer et vous, vous précipiter par votre faute dans les plus grands malheurs (...) Vous le reconnaîtrez un jour, mais trop tard... »  (4)

 

    Marie-Antoinette est ébranlée pendant quelques jours à la suite de la fureur maternelle ; mais très vite elle se persuade que sa mère ne comprend rien aux affaires de la Cour de France et que Versailles n'est pas Schönbrunn. Elle va se consacrer tout entière à une autre affaire qui lui tient beaucoup plus à cœur : le remplacement de Madame de Noailles par la Princesse de Lamballe au poste de surintendante, avec des émoluments fixés à cent cinquante mille livres. L'affaire est conclue en Septembre 1775. Certes, il aura fallu supplier le Roi qui n'était pas favorable du tout à la chose. Mais Marie-Antoinette lui ayant assuré que la Princesse était "la douceur de sa vie", Louis XVI* a fini par céder. D'ailleurs il cède toujours !

 

    La Reine a enfin auprès d'elle l'amie la plus chère, la confidente. Mais à peine a-t-elle réalisé son rêve que déjà elle sent naître une nouvelle amitié tout aussi forte pour une autre jeune femme qui va s’avérer être beaucoup moins désintéressée que Madame de Lamballe. Il s'agit de Yolande de Polastron, épouse du Comte Jules de Polignac. Jeune et belle, d'une extrême douceur, la comtesse "Jules" fascine la Reine.

 

« Avec elle », dit-elle, «  je ne suis plus la Reine, je suis moi. » (5)

 

    Ignorant la jalousie qui ne va pas tarder à opposer les deux femmes, ignorant les intrigues de la Comtesse Jules et de son amant sans scrupule le Comte de Vaudreuil, ignorant les mises en garde de Mercy-Argenteau et de Marie-Thérèse, Marie-Antoinette ne veut croire qu'au bonheur et à l'amitié qui l'habitent tout entière en cette fin d'année 1775. Pas un instant elle ne va soupçonner l'origine de cette amitié subite que lui témoigne Madame de Polignac. Comment d'ailleurs pourrait-elle se fier aux avis qu'on lui donne puisqu'ils sont tous discordants ? Pour les uns « elle porte sur son visage l'empreinte de son coquinisme honteux » (6) ; pour les autres : « jamais figure n'a annoncé plus de charme et plus de douceur... Une de ces têtes où Raphaël savait joindre une expression spirituelle à une douceur infinie. » (6)

 

    La Reine est tout à ses plaisirs et à ses divertissements : jeux de hasard, courses de chevaux, tête-à-tête avec mesdames de Lamballe ou de Polignac, rendez-vous avec sa couturière Rose Bertin. Elle ne distingue plus très bien la nuit du jour. Elle n'a d'ailleurs plus beaucoup de temps à accorder au Roi qui, imperturbablement, continue à se mettre au lit à onze heures du soir alors que Marie-Antoinette est déjà partie au bal ou aux tables de jeux, accompagnée par ceux qui passent pour ses "favoris" : Lauzun (7), Besenval (8), le Duc de Coigny (9), le Prince de Ligne (10) ou le Comte d'Esterhazy (11).

    Il n'est pas rare non plus de rencontrer la Reine se promenant au bras de la Comtesse de Polignac. Les libellistes vont, à nouveau saisir l'occasion de s'en donner à cœur joie, décrivant Versailles comme un tripot et prêtant à la Reine de France un goût très prononcé pour les amants et les maîtresses.

 

 

LES ACTEURS DE LA REVOLUTION : MARIE-ANTOINETTE, REINE DE FRANCE (8/35)

 

Madame de Lamballe

 

 

    Insouciante Marie-Antoinette qui, sûre de sa vertu, ne prête aucune attention à tous les ragots qui courent sur son compte ! Mais a-t-elle seulement lu ce qui se publie à Versailles et à Paris à propos de la reine de France lorsqu’elle adresse à sa mère cette lettre rassurante en Décembre 1775 :

 

« Nous sommes dans une épidémie de chansons satyriques. On en fait sur toutes les personnes de la cour, hommes et femmes et la légèreté française s’est même étendue sur le roi. Pour moi je n’ai pas été épargnée. Quoique les méchancetés plaisent assez dans ce pays-ci, celles-ci sont si plates et de si mauvais ton qu’elles n’ont eu aucun succès, ni dans le public, ni dans la bonne compagnie… » (12)

 

  

 

 

 

 

 

 

 

 

 

(1)  Il s'agit des révoltes de Mai 1775 à Paris et à Versailles au cours desquelles le peuple avait pillé des boulangeries.

 

(2)   Lettre de Marie-Antoinette à l'Impératrice Marie-Thérèse du 22 Juin 1775.

Cité par Georges BORDONOVE  "Louis XVI le Roi Martyr"  op. cit.  Page 77.

Egalement dans Sabine FLAISSIER  "Marie-Antoinette en accusation"  op. cit. Pages 69-70.

 

(3)   Cité par Jean CHALON  "Chère Marie-Antoinette"  op. cit. Page 110.

        Egalement par Sabine FLAISSIER  "Marie-Antoinette en accusation"  op. cit. Page 158.

 

(4)   Cité par Jean CHALON  "Chère Marie-Antoinette"  op. cit. Page 111.

 

(5)   Idem page 118.

 

(6)  Cité par André CASTELOT  "Marie-Antoinette"  op. cit. Page 141.

 

(7) LAUZUN  (Armand Louis de Contant, Duc de, puis Duc de Biron) : Né à Paris le 13 Avril 1747. Officier avant la révolution, il fréquente assidûment la Cour et est admis dans le cercle des familiers de Marie-Antoinette*. Il devient célèbre par ses conquêtes féminines, le bruit courut même qu'il était l'amant de la reine. Elu aux Etats Généraux par la noblesse, il réintègre l'armée à la fin de la Constituante. Il commandera l'armée du Rhin en 1792 puis sera mis à la tête de l'armée vendéenne en 1793. Arrêté en Juillet 1793, il comparait devant le Tribunal révolutionnaire et est condamné à mort. Il sera guillotiné le 31 Décembre 1793.

 

(8)   BESENVAL (Pierre Joseph Victor, baron de) : Né en Suisse le 14 Octobre 1721, il prend le métier des armes et sert sous Louis XV avant de s’embarquer pour la guerre d’Indépendance américaine.

Homme d’esprit, séduisant, il entre dans le cercle de la reine Marie-Antoinette. Nommé à la tête des troupes stationnées autour de Paris en Juillet 1789, il fera preuve d’une totale incompétence. Déféré devant le tribunal du Châtelet, il sera finalement acquitté et devra se réfugier dans une quasi-clandestinité jusqu’à sa mort le 25 Juin 1794.

 

(9)  COIGNY : (Marie-François-Henri de Franquetot, Marquis puis Duc de) (1737-1821) est premier écuyer du Roi, plus tard pair et Maréchal de France, il sert pendant la guerre de Sept ans. Il est l'un des plus proches de Marie-Antoinette, tout comme son fils. Il est garde-malade de la Reine, atteinte de la rougeole en 1779, avec le Baron de Besenval, le Comte d'Estherhazy et le Duc de Guines.

On lui prête une liaison avec Madame de Châlons, cousine de madame de Polignac.

Il est député aux Etats-Généraux, émigre, sert dans l'armée des princes puis au Portugal.

Il rentre en France à la Restauration et est membre de la Chambre des pairs et gouverneur des Invalides.

 

(10)  Prince de LIGNE : (Charles-Joseph Lamoral, 7e prince de). Né à Bruxelles le 12 mai 1735 et mort à Vienne le 13 décembre 1814, est un maréchal des armées impériales, diplomate au service de l'Empereur et homme de lettres des Pays-Bas autrichiens, surnommé parfois « le plus grand des Wallons »

Fréquentant les plus grandes cours d'Europe, il fut bon militaire mais aussi un grand séducteur. On dit qu’il serait tombé amoureux de la Reine.

 

(11)  ESTERHAZY : Valentin Ladislas Esterházy, né le 20 octobre 1740 au Vigan et mort le 23 juillet 1805 dans le comté de Grodek en Volhynie, est un officier de cavalerie au service du Royaume de France d'origine hongroise.

Engagé très jeune dans le régiment de hussards de Bercheny, il y fit les campagnes de la guerre de Sept Ans en Allemagne. Le 6 mai 1764, grâce à Étienne François de Choiseul, il devient colonel d'un régiment de hussards portant son nom, le Hussard-Esterházy.

En mars 1770, il est chargé par le duc de Choiseul d'aller porter à Vienne à l'archiduchesse d'Autriche Marie-Antoinette le portrait du dauphin, en vue de leur mariage. Il devient alors un des proches de la Reine qu'il accompagne souvent dans son domaine de Trianon durant les vingt années qui suivent.

Membre du conseil de la guerre, il est gouverneur de Rocroy et maréchal de camp lorsqu'éclate la Révolution française.

Il émigre avec les frères du roi puis se retire en Russie où Catherine II puis Paul Ier lui accorde des terres.

 

(12)  Cité par Evelyne LEVER  « Marie-Antoinette » op. cit. Page 180.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

A SUIVRE : 

 

 

LES ACTEURS DE LA REVOLUTION : MARIE-ANTOINETTE, REINE DE FRANCE (9/35)

 

PREMIERS SCANDALES : MAI 1776 - AOUT 1777

   

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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