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4 octobre 2017 3 04 /10 /octobre /2017 07:00

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LES ACTEURS DE LA REVOLUTION   :   DANTON (6 / 52)

 

Gilbert du Motier, marquis de La Fayette, Général Commandant de la Garde Nationale

 

 

 

LA LUTTE CONTRE LES AUTORITES PARISIENNES 

DECEMBRE 1789 - MARS 1790

 

 

 

 

    En s’opposant publiquement et fermement aux autorités de la commune, Danton avait pour objectif principal d’affirmer son autorité au sein du district des Cordeliers. Il semble que cela soit chose faite puisque, durant les trois mois qui suivront cet épisode, il sera réélu quatre fois de suite à la Présidence. Sa popularité dépasse d'ailleurs maintenant le périmètre du District et les Cordeliers ne manquent pas une seule occasion de soigner l'image de leur président : le 11 Décembre 1789, ils votent une délibération, qui sera adressée aux 59 autres districts de la capitale, dans laquelle ils tiennent à rendre hommage au courage, aux talents et au civisme de Monsieur d'Anton, « ferme défenseur de la Liberté » . La meilleure preuve que cette campagne de promotion fonctionne c’est qu’elle commence à irriter certains. Parmi ceux-ci, en premier lieu, La Fayette*.

 

   Aux cotés de Danton, en cette période, on voit maintenant un homme à qui il confie d'abord les fonctions de secrétaire dans l'Assemblée du District puis bientôt celles de vice-président. Cet homme est Philippe-François-Nazaire Fabre qui se fait appeler Fabre d'Eglantine (1) et qui jouera un (petit) rôle quelques années plus tard à la Convention. Pour l'instant, il est l'éminence grise des Cordeliers, celui qui inspire et qui souvent rédige les arrêtés et les motions, celui qui tresse les louanges du Président Danton. Leur objectif est clair : confirmer l'autonomie des Cordeliers vis à vis de la Commune provisoire (2).  Les occasions de frictions ne manquent pas. On le voit, par exemple, le 15 décembre, jour où Danton est désigné pour porter, au nom du District des Cordeliers, une protestation énergique à l'Assemblée nationale. La protestation s'élève contre la décision de la Commune qui vient d'accorder un délai de vingt-quatre heures aux Districts pour examiner les dispositions relatives à l'organisation municipale.

 

     La partie de bras de fer engagée entre les Cordeliers et la Commune provisoire va connaître un nouvel épisode avec l'affaire Marat* commencée, on s'en souvient, le 30 octobre dernier.

    Bien qu'il soit toujours sous le coup d'un décret de prise de corps, Marat* continue à écrire et à diffuser les feuilles de son « Ami du Peuple ». Vers la fin du mois de décembre, il publie plusieurs articles dans lesquels il attaque de front Necker et Bailly. La réaction ne se fait pas attendre : dans la nuit du 9 au 10 janvier, un détachement de grenadiers vient pour arrêter l'Ami du Peuple qui, d'ailleurs, a déjà pris la fuite. Danton, aussitôt alerté, prend fait et cause pour le journaliste. Les Cordeliers, dès le lendemain, votent un arrêté stipulant « qu'aucune arrestation ne sera exécutée sans avoir été communiquée à un commissaire de police du District .. » Autrement dit : le District des Cordeliers conteste tout pouvoir de police à La Fayette* sur son territoire !

 

    Mais le Châtelet ne désarme pas pour autant. Même si les textes votés par les Cordeliers ne l'impressionnent pas particulièrement, il ne peut tolérer que les feuilles de l'Ami du Peuple continuent à distiller, dans la clandestinité, ses attaques perfides. L'escalade va donc se poursuivre : le 19 janvier le district, répondant à une demande de Marat*, vote un nouvel arrêté qui stipule que « tout décret privatif de liberté devra être visé par cinq commissaires du district, conservateurs de la liberté.. ». Aussitôt sont désignés les cinq commissaires; Danton est évidemment l'un des cinq !

 

    L'épreuve de force va se durcir encore le 22 janvier : le quartier des Cordeliers est bouclé par les troupes de La Fayette*. Une véritable armée : près de 3 000 hommes et même des canons ! Appliquant la décision prise le 19, Danton et les quatre autres commissaires refusent de viser le décret de prise de corps qui leur est présenté.

 

 

LES ACTEURS DE LA REVOLUTION   :   DANTON (6 / 52)

 

Philippe François Nazaire Fabre, dit Fabre d'Eglantine

 

«  A quoi servent toutes ces troupes ? Nous n'aurions qu'à faire sonner le tocsin et battre la générale, nous aurions bientôt tout le Faubourg Saint-Antoine et plus de vingt mille hommes, devant lesquels ces troupes blanchiraient.. »  (3)

 

    Ultime bravade d'un Danton qui, même s'il se sent soutenu par le peuple du Faubourg, ne souhaite pas le conflit. Un Danton qui, à l'assemblée du District, entonne de sa voix de tonnerre :

 

«  Certainement, messieurs, si nous ne consultions que notre indignation, en nous voyant ainsi assiégés sur notre propre territoire par deux mille hommes armés qui en bouclent les avenues et y interceptent le passage, nous nous armerions tout à l'instant et, repoussant la force par la force, n'invoquant d'autres lois que celles de la guerre, nous évacuerions de notre district des soldats qui semblent n'y être venus que pour s'en emparer et nous braver. Mais à Dieu ne plaise, messieurs, que je vous prêche de pareilles maximes! Ces soldats sont nos frères. Une obéissance trop aveugle aux ordres de leur chef, voilà leur tort. Armés comme nous pour la cause de la liberté, ils ne se doutent pas qu'ils servent le despotisme; mais, demain ils en gémiront, s'ils sont aussi éclairés que vrais patriotes. Une guerre civile serait, à coup sûr, la suite de notre résistance, et c'est ce que cherchent nos ennemis pour opérer une contre-révolution. »

« Renversons leurs détestables projets; ne nous servons point d'autres armes que celles de la raison; que les gardes ne soient pas même doublés, et qu'une députation à l'Assemblée nationale lui porte cette preuve de notre patriotisme et de notre zèle à faire exécuter les décrets bienfaisants par lesquels, en réhabilitant le citoyen dans ses droits, elle a mis la liberté individuelle sous la sauvegarde de la loi. »  (3)

 

    Après ce discours véhément, Danton s'orientera quand même vers la négociation plutôt que vers la guerre ! Il sait très bien d'ailleurs qu'il ne peut réunir que quelques forces dévouées; pas suffisamment pour affronter les hommes de La Fayette*.

    Pour ne pas avoir l'air de capituler, il décide tout de même de conduire une députation à l'Assemblée nationale afin de présenter une adresse qui tente de justifier l'attitude des Cordeliers. Il n'est pas entendu par les députés mais parvient cependant, très habilement, à sauver la face. Danton cède, mais seulement après avoir montré qu'il savait tenir tête ! Et puis, de toute façon, ils n'auront pas Marat* puisque le journaliste est en fuite depuis déjà plusieurs heures !...

 

    L'affaire fait quelque bruit dans la capitale, d'autant plus que le champenois vient d'être élu, au début du mois de janvier, membre de la Commune provisoire. Et pourtant les autorités parisiennes ont décidé de ne pas en rester là. Une nouvelle sanction tombe le 17 mars : le Châtelet prend, à l'encontre du président du District des Cordeliers, un décret de « prise de corps » pour son discours de janvier dernier. Vives protestations des Cordeliers qui crient au « despotisme le plus tyrannique » et qui rédigent une adresse pour l'Assemblée nationale. Cette adresse va retenir davantage l’attention des députés que les précédentes puisque quarante autres districts de Paris se joignent aussitôt à la protestation des Cordeliers. Un pamphlet est diffusé dans la capitale : « Grande motion sur le grand forfait du grand M. d'Anton perpétré par le grand district des grands Cordeliers et sur les grandes suites d'iceluy. »

 

    Danton, à partir d'une affaire sans conséquence, est devenu, en quelques semaines le « défenseur de la Liberté municipale ». Ses amis le pressent de s'enfuir pour échapper à une arrestation. Mais il est résolu à faire face; sa popularité grandissante ne serait-elle pas, en effet, anéantie par sa fuite ? La décision prise, sans risque réel, s'avère être la bonne : le 29 mars il est réélu Président du District des Cordeliers par 127 voix sur 133 votants ! (4) C'est la réponse sèche des Cordeliers à la décision de justice du Châtelet. Un triomphe pour Danton qui pèsera lourd à l'Assemblée nationale où, quelque temps plus tard, on ajournera l'affaire... La « rébellion » des Cordeliers ne reviendra jamais sur le Bureau de l'Assemblée....

 

    C'est sans doute pour cette raison que Danton continue à préférer l'Assemblée des Cordeliers à celle de la Commune. Son prestige y est plus grand, ses discours y sont écoutés, accueillis avec chaleur, et souvent relayés dans l'ensemble de la capitale.

 

 

 

 

 

 

 

 

(1)    FABRE d'EGLANTINE (Philippe François Nazaire Fabre,  dit) : né le 21 Juillet 1750 à Carcassonne.

Poète, homme de théâtre et comédien sans grand talent, Fabre d'Eglantine est vite connu par sa fatuité, sa vanité et son  besoin d'intriguer sans cesse.

Danton le protégera pendant plusieurs années; il l'embauchera même comme secrétaire lorsqu'il sera nommé ministre de la  justice.

 

(2)  La Commune provisoire fut ainsi nommée parce qu'elle devait préparer une organisation définitive de la vie municipale.

 

(3)   cité par André STIL  "Quand Robespierre et Danton inventaient la France"

        Grasset, Paris, 1988, pages 92-93

 

(4)   Chiffres cités par Louis BARTHOU  "Danton" op.cit. Page 36

 

 

 

 

 

 

 

 

A SUIVRE :

 

 

LES ACTEURS DE LA REVOLUTION : DANTON (7/52)

 

LES DEBUTS DE LA CORRUPTION : DECEMBRE 1789 - MARS 1790

  

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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