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28 octobre 2017 6 28 /10 /octobre /2017 07:00

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LES ACTEURS DE LA REVOLUTION  :  DANTON (48 / 52)

 

Saint-Just, Robespierre et Couthon

 

 

 

L'ELIMINATION DES HEBERTISTES :

FEVRIER - MARS 1794

     

 

 

 

    Malgré tout, malgré la tension extrême qui règne tant à la Convention qu’au club des Jacobins, Danton ne semble pas avoir réellement pris conscience de l’ampleur du danger qui maintenant le menace. Il feint d'ignorer les comités, il manifeste la plus profonde indifférence à l'égard de Robespierre* et ne tient aucun compte des avertissements que celui-ci a pourtant lancés clairement. Quant à Vadier, son plus mortel ennemi, il n’a pas non plus pris au sérieux sa  promesse de lui « manger la cervelle » pour « chier dans son crâne » ?

    Si Danton perçoit quelques périls pour certains de ses amis Indulgents, les plus compromis, ou pour les extrémistes, son orgueil le porte à croire qu'il est, lui, Danton, invulnérable. Le plus ardent de tous les révolutionnaires pourrait-il être inquiété ? Qui pourrait oser s'en prendre à Danton ?

    Et pourtant, Robespierre*  multiplie les mises en garde. Le 5 Février (17 Pluviôse), dans son grand « Discours sur le Principes de Morale Politique qui doivent guider la Convention dans l'Administration intérieure de la République », dans lequel chaque mot a été pesé, il définit clairement les principes qui doivent guider le gouvernement : la terreur et la vertu. Mais il renouvelle aussi, par la même occasion, les mises en garde à l'adresse de tous les ennemis du peuple français :

 

« .... Les ennemis intérieurs du peuple français sont divisés en deux sections, comme en deux corps d'armée. Elles marchent sous des bannières de différentes couleurs, et par des routes diverses, mais elles marchent au même but (...) L'une de ces deux factions nous pousse à la faiblesse, l'autre aux excès. L'une veut changer la liberté en bacchante, l'autre en prostituée.. »  (1)

 

    Dans cette très longue diatribe (2), Robespierre* ne cite effectivement aucun nom, il n'accuse personne en particulier, mais peut-il être plus clair ? Danton, malgré cela, ne comprendra pas les avertissements particulièrement dirigés contre lui et ses amis Indulgents. Car si Danton se croit invulnérable il considère surtout qu’il est indispensable à la Révolution. Il n'a pas compris que la Révolution avait, depuis quelque temps, pris une nouvelle marche. Comprendra-t-il enfin lorsque Saint-Just*, le 26 Février (8 Ventôse), fera voter un des premiers des terribles décrets sur les suspects ? Pas davantage ! Danton, encore une fois, ne vas pas prendre conscience que la terreur n'est plus un moyen provisoire utilisé pour conforter la République dans les moments difficiles ou pour lui permettre de lutter contre ses ennemis aux frontières. La terreur est devenue un système de gouvernement !

 

    Danton feint encore de croire que les mesures, dont il est question dans les rapports présentés par Saint-Just*, Robespierre* ou Couthon, sont dirigées avant tout contre les Hébertistes alors qu'à l'évidence elles vont dans le sens, et parfois même au-delà, des revendications des Exagérés.

    Le 3 Mars (13 Ventôse), Saint-Just* fait voter un nouveau décret, dans la droite ligne des précédents : la confiscation des biens des ennemis de la République permettra une redistribution aux patriotes indigents. Encore une revendication des sans-culottes, une de plus,  qui vient d'être acceptée.

 

 

 

LES ACTEURS DE LA REVOLUTION  :  DANTON (48 / 52)

 

Antoine Fouquier-Tinville, Accusateur Public près le Tribunal Révolutionnaire

 

 

    Pendant ce temps, Robespierre* est malade. Il va être absent pendant près de trois semaines; trois semaines pendant lesquelles le Comité de Salut Public va être sous l'influence des plus extrémistes de ses membres. Cette situation, nouvelle, aurait dû aussi mettre Danton sur ses gardes ! Mais Danton a perdu le sens des réalités. A sa décharge, il n'est pas le seul à être dans ce cas.  Du côté d'Hébert, il semble que l'on ait pas bien compris non plus que la menace était devenue très sérieuse. Les comités sont depuis quelque temps prêts à frapper. Chacune des deux factions est convaincue que c'est l'autre qui va être abattue. Hébert a revendiqué, pendant des mois, pour obtenir du gouvernement des mesures sociales en faveur des sans-culottes. Il lui semble que les décrets présentés par Saint-Just* sont encore insuffisants, aussi continue-t-il à clamer contre les « Endormeurs » de la Convention. Puis, au fil des jours, les revendications se transforment en un véritable appel à l'insurrection, lancé par les hébertistes. Ce n'est plus aux « Endormeurs » qu'ils s'en prennent mais aux « Oppresseurs »!..Qui donc visent-ils en employant ce qualificatif ? Le gouvernement lui-même !.. Hébert sent alors qu'il est peut-être allé un peu loin; il voit surtout qu'il n'est pas suivi, loin s'en faut, par l'ensemble de ses amis et en particulier par la Commune où Pache vient d'affirmer son soutien aux comités... Alors Hébert prend peur, tente de revenir en arrière pour finalement s'incliner. Il est même contraint, avec son ami Ronsin d'accepter la tentative de conciliation proposée par Collot-d'Herbois les 7 et 8 Mars (16 et 17 Ventôse).

 

    Mais d'autres hébertistes, dont Vincent, refusent la paix proposée par le Comité. Dans un violent discours au Club des Cordeliers, Vincent s'en prend nommément à Collot-d'Herbois, mais aussi aux robespierristes qu'il a maintenant baptisés « cromwellistes ». L'agitation reprend donc dans les sections de la capitale. Hébert est totalement débordé par ses ultras !...

 

    Pour le Comité, l'exaspération a atteint son comble. Il ne peut plus tolérer de tels désordres et surtout il ne peut plus accepter une opposition aussi ouverte à la politique qu'il conduit. Le 12 Mars (22 Ventôse), les Comités sont réunis pour entendre le rapport de Saint-Just*. Cette réunion a été précédée de nombreuses tractations : il a fallu promettre aux plus extrémistes des membres du Comité de Sûreté générale mais aussi à Billaud-Varenne et Collot-d'Herbois que, si l'on frappait aujourd'hui les Exagérés, on frapperait bientôt, avec la même vigueur, les Indulgents de Danton.

    Le lendemain 13 Mars (23 Ventôse), Saint-Just* présente à la tribune de la Convention un rapport sur les « Conjurations contre le peuple français et la liberté » dans lequel il dénonce comme comploteurs au service des puissances étrangères aussi bien les Indulgents que les Exagérés (3). Ce sont pourtant ces derniers qui voient s'abattre sur eux le glaive de la justice révolutionnaire : le soir même on arrête Hébert, Momoro, Ronsin, Vincent et plusieurs autres membres des Cordeliers.

 

    Les hébertistes sont aussitôt déférés devant le tribunal révolutionnaire et, là, leur procès est une véritable mascarade. Aux amis du Père Duchène, on a pris soin d'amalgamer des étrangers pour accréditer la thèse du complot : Proli, Cloots, Pereira,... en tout vingt accusés. Le tribunal, dirigé par Fouquier-Tinville (4) est aux ordres des comités. Le sort des accusés est déjà scellé.

    Que fait Danton ? Il semble plutôt se réjouir de l'élimination de ses ennemis de toujours, mais il est fort probable qu'il n'ait pas encore compris que la chute des Exagérés n'a, en rien, diminué les dangers qui le menacent, bien au contraire. Danton en tous cas se tait. Il se tait le 16 Mars (26 Ventôse), lorsque Amar, au nom des comités, demande à la Convention et obtient des députés la mise en accusation de Chabot, Basire, Delaunay, Fabre d'Eglantine. Il se tait aussi lorsque, le lendemain, Saint-Just* demande aux députés de ratifier l'arrestation de Hérault de Séchelles, accusé de complicité avec les ennemis de la République. La terreur fait son œuvre... Dans les sections de la capitale, on a de plus en plus de mal a organiser l'insurrection ordonnée par les Cordeliers. On ne parvient que difficilement à mettre sur pied des manifestations de soutien aux Hébertistes incarcérés. Tous les mouvements vont échouer les uns après les autres. La garde nationale est restée loyaliste. Quant à la Commune, que l'on n’entend guère, il est clair maintenant qu'elle ne participera pas au mouvement. On lui fera pourtant le reproche de ne pas l'avoir dit assez vite et assez fort. Ainsi, le 17 Mars (27 Ventôse), Bourdon de l'Oise demande à la Convention « d'épurer les autorités constituées de Paris, qui, dans ces circonstances ont gardé le silence sur les événements présents ». Chaumette est arrêté dès le lendemain.

 

 

 

LES ACTEURS DE LA REVOLUTION  :  DANTON (48 / 52)

 

Le Comité de Salut Public

 

 

    Danton lui aussi est prudent; il n'ose pas intervenir en faveur de son ami Fabre. Cela ne servirait sans doute pas à grand chose tant la culpabilité de Fabre semble maintenant évidente. Ce n'est que le 19 Mars (29 Ventôse) que le tribun va s'exprimer publiquement sur les événements de ces derniers jours. Ce sera son dernier discours à la Convention; il n'a plus que trois semaines à vivre....

    Ce jour là, Pache vient, au nom de la Commune, affirmer à la Convention son total dévouement au gouvernement. Rühl, qui préside, lui reproche, comme l'a fait Bourdon de l'Oise l'avant veille, de venir « un peu tard faire cette protestation » et, alors que l'inscription de cette réponse au procès verbal est demandée par quelques députés, Danton proteste et s'oppose à la demande de ses collègues au nom de la dignité de la Convention nationale :

« Je demande la parole sur cette proposition. La représentation nationale doit toujours avoir une marche digne d'elle. Elle ne doit pas avilir un corps entier, et frapper d'une prévention collective une administration collective, parce que quelques individus de ce corps peuvent être coupables. Si nous ne réglons pas nos mouvements, nous pouvons confondre des patriotes énergiques avec des scélérats qui n'avaient que le masque de patriotisme. Je suis convaincu que la grande majorité du conseil général de la Commune de Paris est digne de toute la confiance du peuple et de ses représentants; qu'elle est composée d'excellents patriotes, d'ardents révolutionnaires.»

« J'aime à saisir cette occasion pour lui faire individuellement hommage de mon estime. Le conseil général est venu déclarer qu'il fait cause commune avec vous. Le président de la Convention a senti vivement sa dignité; la réponse qu'il a faite est, par le sens qu'elle renferme et par l'intention dans laquelle elle est rédigée, digne de la majesté du peuple que nous représentons. L'accent patriarcal et le ton solennel dont il l'a prononcée, donnaient à ces paroles un caractère plus auguste encore. Cependant ne devons-nous pas craindre, dans ce moment, que les malveillants n'abusent des expressions de Rühl, dont l'intention ne nous est point suspecte, et qui ne veut surement pas que des citoyens qui viennent se mettre dans les rangs, sous les drapeaux du peuple et de la liberté, remportent de notre sein la moindre amertume ? »

«  ... Au nom de la Patrie, ne laissons aucune prise à la dissension. Si jamais, quand nous serons vainqueurs, et déjà la victoire nous est assurée, si jamais des passions particulières pouvaient prévaloir sur l'amour de la Patrie, si elles tentaient de creuser un nouvel abîme pour la liberté, je voudrais m'y précipiter tout le premier. Mais loin de nous tout ressentiment.. »

« Le temps est venu où l'on ne jugera plus que les actions. Les masques tombent, les masques ne séduiront plus. On ne confondra plus ceux qui veulent égorger les patriotes avec les véritables magistrats du peuple, qui sont peuple eux-mêmes. N'y eut-il parmi tous les magistrats qu'un seul homme qui eut fait son devoir, il faudrait tout souffrir plutôt que de lui faire boire le calice d'amertume; mais ici on ne doute pas du patriotisme de la plus grande majorité de la Commune. Le Président lui a fait une réponse où règne une sévère justice; mais elle peut être mal interprétée. Epargnons à la Commune la douleur de croire qu'elle a été censurée avec aigreur. »

 

Le Président (RÜHL) : « Je vais répondre à la tribune; viens, mon cher collègue, occupe toi-même le fauteuil .. »

 

DANTON : « Président, ne demande pas que je monte au fauteuil, tu l'occupes dignement. Ma pensée est pure; si mes expressions l'ont mal rendue, pardonne-moi une inconséquence involontaire; je te pardonnerai moi-même une pareille erreur. Vois en moi un frère qui a exprimé librement son opinion. »

 

    Rühl descend alors et se jette dans les bras de Danton sous les applaudissements des députés. C'est le dernier discours d'un Danton dont on ne sait toujours pas s'il joue l'hypocrisie par bravade, s'il pense toujours qu'il est intouchable ou s'il est désespéré ?...

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

(1)   Cité par Roger GARRAUDY "Les Orateurs de la Révolution" op. cit. Page 127

 

(2)   Voir Robespierre.

 

(3)   Voir Saint-Just*

 

(3)   FOUQUIER-TINVILLE : Né en 1746, il mène une existence obscure jusqu'au jour ou son cousin Camille Desmoulins*, nouveau secrétaire général du ministre de la justice Danton*, lui offre d'être directeur du jury du tribunal formé le 17 Août 1792. Ce tribunal ayant été dissout, Fouquier-Tinville végète encore quelque temps puis est nommé, en Mars 1793, l'un des trois substituts de l'accusateur public au Tribunal révolutionnaire.

Pendant seize mois il va voir défiler Marie Antoinette, les Girondins, les Hébertistes, les Dantonistes,...

Fonctionnaire zélé, il rend compte, chaque soir au Comité de Salut Public des audiences de la journée. Il finira par prendre peur devant le nombre des exécutions et les parodies de justice qu'on lui fait appliquer. Il prend alors contact avec les membres du Comité de Sûreté Générale et participe à l'élimination des robespierristes, ses anciens maîtres.

Accusé par la Convention, il sera guillotiné le 7 Mai 1795.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

A SUIVRE :

 

LES ACTEURS DE LA REVOLUTION : DANTON (49/52)

L’ARRESTATION DE DANTON :  MARS 1794

    

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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