Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
26 octobre 2017 4 26 /10 /octobre /2017 07:00

.

 

LES ACTEURS DE LA REVOLUTION  :  DANTON (45 / 52)

 

L'Etre Suprême

 

 

 

LE PACTE AVEC L'INCORRUPTIBLE :

NOVEMBRE – DECEMBRE 1793

     

 

 

 

    C'est à l'époque où cet énorme imbroglio commence à se dénouer que Danton fait son retour dans la capitale. Ne risque-t-il pas d'être, lui aussi, inquiété voire même inculpé pour ses amitiés passées avec les hommes incarcérés, Basire et Chabot en particulier ? Heureusement, Hébert a eu très peur; il sait que les comités savent....Il sait que son arrestation a bien failli être décrétée et que s’il est encore en liberté c’est qu’il a bénéficié de la clémence de Robespierre*. Pour combien de temps encore ?…

    Le soir du 21 Novembre, il adopte, aux Jacobins, une attitude bien conciliante, sans toutefois renoncer à dénoncer les intrigants et les calomniateurs. Il parle même de Danton, qu'il a rencontré le matin même, pour démentir les bruits que l'on a fait courir à son sujet. N'a-t-on pas dit de ce patriote qu'il avait émigré alors qu'il prenait un repos mérité dans sa province natale ? Hébert propose au tribun de venir s'expliquer fraternellement au club.

    Robespierre* également se montre moins sévère : il n'accuse pas Hébert, il prend même sa défense; mais renouvelle néanmoins ses avertissements contre les déchristianisateurs et proclame la liberté des cultes.

    Malgré l'invite d'Hébert, Danton ne rejoindra pas le camp des Exagérés. Il n'a aucune confiance dans le Père Duchesne et encore moins dans ses amis du Comité de Sûreté Générale, en particulier Vadier. Danton n'hésite pas un seul instant sur la tactique à adopter : il choisit de soutenir l'Incorruptible dans sa lutte contre la déchristianisation. Aussi, dès le lendemain, 22 Novembre (2 Frimaire), il monte à la tribune, où il n'a pas paru depuis près de deux mois, pour prendre la défense des prêtres réfractaires :

 

« Sachez, citoyens que vos ennemis ont mis à profit pour vous perdre jusqu'à la philosophie qui vous dirige; ils ont cru qu'en accueillant les prêtres que la raison pousse à abandonner leur état, vous persécuteriez ceux qui sont aveuglés par le bandeau de l'erreur. Le peuple est aussi juste qu'éclairé. L'assemblée ne veut salarier aucun culte mais elle exècre la persécution et ne ferme point l'oreille aux cris de l'humanité. Citoyens, accordez des secours à tous les prêtres; mais que ceux qui sont encore dans l'âge de prendre un état ne puissent prétendre aux secours de la nation après s'être procuré les moyens de subsister.

« Si Pitt a pensé que l'abolition du fanatisme serait un obstacle a votre rentrée en Belgique par la persécution que vous ferez éprouver aux prêtres, qu'il soit détrompé, et qu'il apprenne a respecter une nation généreuse qu'il n'a cessé de calomnier.

 

« Citoyens, il faut concilier la politique avec la saine raison : apprenez que si vous ôtez aux prêtres les moyens de subsister, vous les réduisez à l'alternative, ou de mourir de faim, ou de se réunir avec les rebelles de la Vendée. »

« Soyez persuades que tout prêtre, observant le cours de la raison, se hâtera d'alléger le fardeau de la République en devenant utile à lui-même, et que ceux qui voudront encore secouer les torches de la discorde seront arrêtés par le peuple qui écrase tous ses ennemis sous le char de la Révolution ».

 

« Je demande l'économie du sang des hommes; je demande que la Convention soit juste avec ceux qui ne se sont pas signalés comme les ennemis du peuple. Citoyens, n'y eut-il qu'un seul prêtre qui, privé de son état, se trouve sans ressource, vous lui devez de quoi vivre; soyez justes, politiques, grands comme le peuple; au milieu de sa fureur vengeresse, il ne s'écarte jamais de la justice; il la veut. Proclamez-la en son nom, et vous recevrez ses applaudissements. »  (1)

 

    Danton est très applaudi. Probablement n'a-t-il pas pour les prêtres sans ressources, autant de compassion qu'il veut bien le dire; mais qu'importe ! Un pacte implicite vient d'être passé entre lui et l'Incorruptible. Danton souhaite affaiblir les hébertistes, or les objectifs de Robespierre* tendent également vers ce but. Le tribun va donc défendre, avec toute son énergie retrouvée, les thèses de l'Incorruptible. En contre partie, il est assuré, avec ses amis, d'être protégé des attaques en provenance des comités. Au moins le croit-il en cette fin d’année 1793…

    Le 26 Novembre (6 Frimaire), il est à nouveau à la tribune pour demander l'établissement de fêtes publiques et nationales, notamment des fêtes à l'Etre Suprême. Une idée qui sera reprise, dans peu de temps, par Robespierre*.

 

« Dans ce moment où la superstition succombe pour faire place à la raison (..) Le peuple entier doit célébrer les grandes actions qui auront honoré notre révolution. Il faut qu'il se réunisse dans un vaste temple, et je demande que les artistes les plus distingués concourent pour l'élévation de cet édifice où, à un jour indiqué, seront célébrés les jeux nationaux. Si la Grèce eut ses jeux olympiques, la France solennisera aussi ses jours sans-culottides. Le peuple aura des fêtes dans lesquelles il offrira l'encens à l'Etre suprême, au maître de la nature; car nous n'avons pas voulu anéantir le règne de la superstition pour établir le règne de l'athéisme (..) »

« Notre Révolution est fondée sur la justice, elle doit être consolidée par les lumières. Donnons des armes à ceux qui peuvent les porter, de l'instruction à la jeunesse, et des fêtes nationales au peuple. »   (2)

 

 

 

LES ACTEURS DE LA REVOLUTION  :  DANTON (45 / 52)

 

La Fête de l'Etre Suprême

 

 

Ce même jour c’est à nouveau Danton qui condamne, une nouvelle fois, les mascarades antireligieuses largement inspirées par les amis d’Hébert. En effet depuis plusieurs séances la Convention voit défiler à la barre des députations venant offrir les dépouilles des églises, et des ecclésiastiques venant déposer leurs lettres de prêtrise.

    « Il y a un décret qui porte que les prêtres qui abdiqueront iront porter leur renonciation au comité. Je demande l'exécution de ce décret, car je ne doute pas qu'ils ne viennent successivement abjurer l'imposture. Il ne faut pas tant s'extasier sur la démarche d'hommes qui ne font que suivre le torrent. Nous ne voulons nous engouer pour personne. Si nous n'avons pas honoré le prêtre de l'erreur et du fanatisme, nous ne voulons pas non plus honorer le prêtre de l'incrédulité : nous voulons servir le peuple. Je demande qu'il n'y ait plus de mascarades antireligieuses dans le sein de la Convention. Que les individus qui voudront déposer sur l'autel de la patrie les dépouilles de l'Eglise ne s'en fassent plus un jeu ni un trophée. Notre mission n'est pas de recevoir sans cesse des députations qui répètent toujours les mêmes mots. Il est un terme à tout, même aux félicitations. Je demande qu'on pose la barrière…. » (2)

 

    C'est maintenant pratiquement tous les jours que Danton intervient à la tribune de la Convention. Il semble avoir retrouvé toute son énergie dans sa volonté de revenir sur le devant de la scène révolutionnaire. Ses efforts pour soutenir, et même parfois devancer, les souhaits de Robespierre*, sont évidents. Et pourtant, il ne parvient pas à dissimuler, dans ses propos, une idée qui maintenant l'obsède : il est temps de redéfinir l'objectif et les moyens de la terreur. Ce même 26 novembre (6 Frimaire) alors qu’il demande la lecture du rapport sur la conspiration de l'étranger ourdie par le baron Jean de Batz, c’est encore ce thème qui revient dans ses propos :

 

« Il faut », réclame-t-il, « nous préparer à donner du ton et de l'énergie au gouvernement. Le peuple veut, et il a raison, que la terreur soit à l'ordre du jour. Mais il veut que la terreur soit reportée à son vrai but, c'est à dire contre les aristocrates, contre les égoïstes, contre les conspirateurs, contre les traîtres amis de l'étranger. Le peuple ne veut pas que celui qui n'a pas reçu de la nature une grande force d'énergie, mais qui sert la patrie de tous ses moyens, quelques faibles qu'ils soient, non, le peuple ne veut pas qu'il tremble (..) »

« Le temps de l'inflexibilité et des vengeances nationales n'est point passé; il faut un nerf puissant, un nerf terrible au peuple (..) »

« Je demande que le Comité de salut public, réuni à celui de sûreté générale, fasse un prompt rapport sur la conspiration dénoncée, et sur les moyens de donner une action grande et forte au gouvernement provisoire. »  (3)

 

   Par ce type de discours enflammé, Danton ne déchaîne plus, comme il y a quelques mois, un grand élan d'enthousiasme. En fait, beaucoup de députés s'interrogent sur ses intentions réelles. Certains après cette intervention, se demanderont même s'il n'a pas essayé de protéger ses amis Chabot ou Basire. La clémence, prêchée par Danton, même à mots couverts, n'est pas du goût de la majorité des Montagnards. Parmi ceux-ci, il en est qui ne sont pas loin de penser qu'en remettant en cause les décisions du gouvernement, le tribun s'est placé dans le camp des opposants à Robespierre*.

    Danton comprend vite que ses appels à la clémence sont très mal accueillis. Aussi, le 1er Décembre (11 Frimaire), croit-il bon de repréciser qu'il est partisan des « justes » mesures révolutionnaires :

 

«  ...Non seulement je ne demande point le ralentissement des mesures révolutionnaires, mais je me propose d'en présenter qui frapperont et plus fort et plus juste; car, dans la République, il y a un tas d'intrigants et de conspirateurs véritables qui ont échappé au bras national, qui en a atteint de moins coupables qu'eux. Oui, nous voulons marcher révolutionnairement, dût le sol de la République s'anéantir; mais, après avoir donné tout à la vigueur, donnons beaucoup à la sagesse; c'est de la constitution de ces deux éléments que nous recueillerons les moyens de sauver la patrie. »  (4)

 

   En voulant trop se justifier, le tribun conforte un peu plus ses adversaires dans l'idée qu'il est devenu l'apôtre de l'indulgence. Tout, dans son vocabulaire, montre qu'il ne partage plus les objectifs du gouvernement révolutionnaire et, en tous cas, qu'il est en désaccord profond sur les moyens. D'ailleurs, au cours de cette même séance du 1er Décembre (11 Frimaire), il ne peut réprimer un énervement à l'encontre d'un citoyen venu, à la barre, faire un éloge en vers de Marat*. Danton interrompt l'orateur avec véhémence :

 

« Et moi aussi j'ai défendu Marat* contre ses ennemis, et moi aussi j'ai apprécié les vertus de ce républicain; mais, après avoir fait son apothéose patriotique, il est inutile d'entendre tous les jours son éloge funèbre et des discours ampoulés sur le même sujet; il vous faut des travaux et non pas des discours... » (5)

 

    Le 3 Décembre (13 Frimaire), au Club des Jacobins, Danton va être explicitement accusé de modérantisme. Alors qu'un membre du club vient de demander que la Convention mette à disposition les églises pour les sociétés populaires qui ne disposent pas de locaux, Danton s'oppose à cette mesure. Coupé de l'Oise, à la fois député et prêtre ayant abjuré, reproche à Danton de paralyser la Révolution. Le tribun improvise alors sa défense :

 

« Coupé a voulu empoisonner mon opinion. Certes, jamais je n'ai prétendu rompre le nerf révolutionnaire, puisque j'ai dit que la Constitution devait dormir pendant que le peuple était occupé à frapper ses ennemis. Les principes que j'ai  énoncés portent sur l'indépendance des sociétés populaires de toute espèce d'autorité. C'est d'après ce motif que j'ai soutenu que les sociétés populaires devaient avoir recours à personne pour solliciter des localités (sic). J'ai entendu des rumeurs. Déjà des dénonciations graves ont été dirigées contre moi; je demande à me justifier aux yeux du peuple, auquel il ne sera pas difficile de faire reconnaître mon innocence et mon amour pour la liberté. Je somme tous ceux qui ont pu concevoir contre moi des motifs de défiance, de préciser leurs accusations, car je veux y répondre en public. J'ai éprouvé une forte défaveur en paraissant à la tribune. Ai-je donc perdu ces traits qui caractérisent la figure d'un homme libre ? Ne suis-je plus ce même homme qui s'est trouvé à vos côtés pendant les moments de crise ? Ne suis-je pas celui que vous avez embrassé comme votre ami, et qui doit mourir avec vous ?  Ne suis-je pas l'homme qui a été accablé  par la persécution ? J'ai été un des plus intrépides défenseurs de Marat*. J'évoquerai l'ombre de l'Ami du peuple pour ma justification. Vous serez étonné, quand je vous ferai connaître ma conduite privée, de voir que la fortune colossale que mes ennemis et les vôtres m'ont prêtée se réduit à la petite portion des biens que j'ai toujours eue. Je défie les malveillants de fournir contre moi la preuve d'un crime. Tous leurs efforts ne pourront m'ébranler. Je veux rester debout avec le peuple. Vous me jugerez en sa présence. Je ne déchirerai pas plus la page de mon histoire que vous ne déchirerez la vôtre, qui doivent immortaliser les fastes de la liberté... »  (6)

 

    Paroles sublimes dans lesquelles Danton, avec beaucoup d'aplomb, mêle l'hypocrisie, quand il se qualifie d'intrépide défenseur de Marat*, au mensonge quand il parle de sa fortune.

    Le discours du tribun se termine avec un tel débit de paroles que le Moniteur ne parviendra pas à rendre compte de la fin. Danton est déchaîné; mais il est applaudi, tant par les membres du club que par le public. Il termine en demandant que soit nommée, sur-le-champ, une commission chargée d'examiner les accusations portées contre lui.

    C'est alors que Robespierre* intervient : « Je me trompe peut-être sur Danton, mais, vu dans sa famille, il ne mérite que des éloges ! » Dans la même intervention Robespierre* rappelle tout de même que Danton s'est, pendant très longtemps, trompé sur le traître Dumouriez, qu'il a été l'ami de Brissot, mais qu'il a servi la patrie avec zèle.

    « Que ceux qui ont quelque reproche à lui faire demandent la parole ! » Bien entendu, personne ne bouge, même parmi les amis d'Hébert pourtant venus, ce soir là, fort nombreux. Le président de la Convention donne alors à Danton l'accolade fraternelle !

    Pourtant, si Robespierre* et Danton se montrent, ce soir là, comme les meilleurs amis du monde, le tribun sort de cette séance profondément humilié. Il n'a dû son salut qu'à l'intervention de Robespierre* car les hébertistes étaient tout prêts à lancer contre lui l'attaque décisive.

 

    Le pacte implicite, passé avec l'Incorruptible, au lendemain du retour d'Arcis-sur-Aube, semble bien fragile en ces premiers jours de Décembre. Camille Desmoulins*, Fabre d'Eglantine et même Chabot du fond de sa prison, pressent le tribun de se démarquer nettement et au plus vite de la politique du Comité.

 

    Et Danton fait son choix : il reprend son indépendance d'esprit et sa liberté de parole ....

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

(1)   Hector FLEISCHMANN  "Discours civiques de Danton"  op. cit. Pages 197-198

 

(2)   idem pages 204-205

 

(3)   cité par Frédéric BLUCHE  "Danton"  op. cit. Page 403

 

(4)   Hector FLEISCMANN  "Discours civiques de Danton"  op. cit. Pages 209-210

 

(5)   idem page 210

 

(6)   Hector FLEISCHMANN  "Discours civiques de Danton"  op. cit. Pages 211 à 213

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

A SUIVRE :

 

 

LES ACTEURS DE LA REVOLUTION : DANTON (46/52)

LE COMITE DE CLEMENCE : DECEMBRE 1793

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Partager cet article
Repost0

commentaires

Présentation

  • : VICTOR ASSOCIATION
  • : Le BLOG de Jean-Pierre ECHAVIDRE, Président de VICTOR ASSOCIATION Association d'information et de défense des intérêts des habitants de MONTESQUIEU-VOLVESTRE
  • Contact

Texte Libre

L'objet de ce blog est d'apporter aux habitants de Montesquieu-Volvestre une information régulière sur la vie de la cité, et de décrypter l'essentiel de l'actualité. Mais il a aussi pour but d'ouvrir un dialogue,  de discuter, de contester, ou de râler au besoin. Il faut que nous retrouvions dans notre village une convivialité, une solidarité qui sont en train de se perdre.

Rechercher

Pages

Liens