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21 octobre 2017 6 21 /10 /octobre /2017 07:00

 

 

LES ACTEURS DE LA REVOLUTION  :  DANTON (36 / 52)

 

Le Comité de Salut Public - 1793

 

 

 

LE COMITE DE SALUT PUBLIC :  6 AVRIL 1793

 

 

    La Convention depuis quelques jours siège sans désemparer et, c'est le 3 Avril, à l'aube, que le Girondin Isnard (1) propose, au nom du Comité de Défense Générale la création d'un Comité d'Exécution de neuf membres doté de pouvoirs étendus et chargé, en particulier, de prendre toutes les mesures de défense générale que pouvaient nécessiter les circonstances.

 

«  Saisissons enfin d'une main hardie, ferme et pure, les rennes du gouvernement. Il n'est plus question de discuter sur les formes, il s'agit de défendre la patrie.. » (2)

 

    Danton est plutôt d'accord avec la proposition d'Isnard, mais il souhaite aller encore plus loin et, compte tenu des circonstances, estime que le sujet demande une réflexion plus approfondie. En fait il veut simplement démontrer que les propositions de la Montagne, en matière d’organisation de la république, vont plus loin que celle de la Gironde. Aussi va-t-il réclamer l'ajournement du décret :

 

« Je demande aussi la parole pour une motion d'ordre. »

« Quelle qu'ait été la divergence des opinions, il n'en est pas moins vrai que la majorité de la Convention veut la République. Nous voulons repousser et anéantir la conjuration des rois; nous sentons que telle est la nature des circonstances, telle est la grandeur du péril qui nous menace, qu'il nous faut un développement extraordinaire de force et de mesures de salut public; nous cherchons à établir une agence funeste pour les rois; nous sentons que pour créer des armées, trouver de nouveaux chefs, il faut un pouvoir nouveau, toujours dans la main de la Convention, et qu'elle puisse anéantir à volonté; mais je pense que ce plan doit être médité, approfondi. »

 « Je crois qu'une République, tout en proscrivant les dictateurs et les triumvirs, n'en a pas moins le pouvoir et même le devoir de créer une autorité terrible. Telle est la violence de la tempête qui agite le vaisseau de l'Etat, qu'il est impossible pour le sauver, d'agir avec les seuls principes de l'art. Ecartons toute idée d'usurpation. Eh! Qui donc pourrait être usurpateur? Vous voyez que cet homme qui avait remporté quelques victoires va appeler contre lui toutes les forces des Français. Déjà le département où il est ne demande sa tête. Rapprochons-nous, rapprochons-nous fraternellement; il y va du salut de tous. Si la conjuration triomphe, elle proscrira tout ce qui aura porté le nom de patriote, quelles qu’en ai été les nuances. »

« Je demande le renvoi du projet de décret et l'ajournement à demain.. »  (3)

 

    Après une brève discussion, une commission de cinq membres est finalement formée, avec pour mission de préparer le projet de décret instituant ce qui sera dénommé un « Comité de Salut Public ». Danton siège évidemment au sein de cette commission qui va travailler très vite car, dès le 6 avril, sur le rapport d'Isnard, est voté le décret créant ce Comité. Le « Comité de Salut Public », c’est le nom officiel qu’on lui a donné, comporte neuf membres qui sont élus dans la nuit; Danton y est désigné le 6ème. Avec lui, Barère, Delmas, Bréard (4), Cambon, Jean Debry (5), Guyton-Morveau (6), Treilhard, Delacroix.  Jean de Bry refuse le poste et c'est Lindet (7) qui est élu à sa place (8).

    Aucun représentant de la Gironde ne siège dans ce comité qui, dans les mois qui viennent, va jouer un rôle capital dans la suite de la Révolution.

 

 

 

LES ACTEURS DE LA REVOLUTION  :  DANTON (36 / 52)

 

Maximilien Isnard

 

 

 

    Avant de prendre place au sein du Comité, Danton fait voter par l'Assemblée deux décrets portant sur des sujets qui lui tiennent particulièrement à cœur. Il profite d'une intervention de Lacroix, député de l'Eure, qui demande qu'aucun ex-noble ne puisse obtenir de commandement dans l'armée française, pour renchérir et proposer la création d'une garde nationale payée par la nation.

 

« ...Vous allez avoir une armée de sans-culottes; mais ce n'est pas assez; il faut que, tandis que vous irez combattre les ennemis de l'extérieur, les aristocrates de l'intérieur soient mis sous la pique des sans-culottes. Je demande qu'il soit créé une garde du peuple qui sera salariée par la nation... » (9)

 

    A cette proposition Danton en ajoute aussitôt une deuxième, qui n'a qu'un rapport lointain avec la précédente mais qui recueille, elle aussi, l'approbation de l'Assemblée :

 

« ...J'ai une autre proposition à faire; il faut que dans toute la France le prix du pain soit dans une juste proportion avec le salaire du pauvre : ce qui excédera sera payé par le riche (applaudissements). Par ce seul décret vous assurerez au peuple et son existence et sa dignité; vous l'attacherez à la Révolution; vous acquerrez son estime et son amour. Il dira : nos représentants nous ont donné du pain; ils ont fait plus qu'aucun de nos anciens rois.... » (9)

 

    Les deux propositions de Danton sont adoptées à l'unanimité sous un tonnerre d'applaudissements. La République doit se montrer généreuse même si elle ne sait pas très bien comment demain elle pourra tenir les promesses faites aujourd’hui ..

  

En tous cas la belle unanimité qui s’est manifesté ce jour là  ne se retrouvera pas de si tôt au sein de la Convention de plus en plus déchirée...

 

 

 

 

LES ACTEURS DE LA REVOLUTION  :  DANTON (36 / 52)

 

Jean Baptiste Robert Lindet

 

 

 

 

 

(1)   ISNARD (Maximin) : Né à Grasse le 12 Mars 1755. Elu à la Législative, il est l'un des plus violents à la fois contre les émigrés et contre les prêtres réfractaires. Réélu à la Convention, il vote la mort du roi et se signale encore par la violence de ses propos mais cette fois dans le camp des Girondins.

Le 31 Mai 1792, lors de la proscription des Girondins, il échappera à l'emprisonnement en annonçant qu'il se suspend lui-même de ses fonctions et se met sous la sauvegarde du peuple.

Isnard devra se cacher jusqu'au 9 Thermidor. Il réintégrera l'Assemblée en Février 1795 et participera aux massacres des Jacobins. Réélu aux Cinq-Cents jusqu'en 1797, il sera fait baron d'Empire et mourra en 1825.

 

(2)   cité par Louis BARTHOU  "Danton" op. cit. Page 233

 

(3)   Hector FLEISCHMANN  "Discours civiques de Danton" op. cit. Pages 122-123

 

(4)   BREARD  (Jean-Jacques) : Né à Québec le 11 Octobre 1751, Bréard est maire de Marennes en 1790. Elu par la Charente inférieure à la Législative puis à la Convention, il fait partie du premier Comité de Salut Public mais le quitte "pour cause de maladie".

Envoyé à Brest en mission en Août 1793 il revient à Paris pour favoriser, en coulisse, la chute de Robespierre. Trois jours plus tard, il entre à nouveau au Comité de Salut Public.

Il sera élu au Conseil des Anciens avant d'être exilé comme régicide.

Il mourra le 2 Janvier 1840

 

(5)  DEBRY (Jean Antoine Joseph de Bry, dit) : Né à Vervins le 25 Novembre 1760, il est administrateur du Département de l'Aisne en 1790 et est élu par ce département à la Législative. Réélu à la Convention, il siège au Marais sans prendre parti pour l'un ou l'autre camp.

Il sera élu au Conseil des Cinq Cents et sera comblé par Napoléon qui le fera Préfet du Doubs puis Baron d'Empire. Il devra s'exiler en Belgique comme régicide jusqu'à la chute de Charles X et mourra à Paris le 6 Janvier 1834.

 

(6)   GUYTON-MORVEAU  (Louis Bernard Guyton, dit) : Né à Dijon le 4 Janvier 1737. Avocat puis avocat général au parlement de Dijon, il abandonne ses charges en 1782 pour se consacrer à la chimie, notamment aux Charbonnages du Mont-Cenis.

Procureur général de la Côte-d'Or en 1790, il est élu par ce département à la Législative puis à la Convention. Membre du Comité de Salut Public le 6 Avril 1793, il le quitte le 10 Juillet pour se consacrer à la Manufacture d'armes de Paris puis à l'organisation d'un corps d'aérostiers.

Après le 9 Thermidor, il est parmi les fondateurs de l'Ecole des Travaux Publics qui deviendra l'Ecole Polytechnique.

Elu au Conseil des Cinq-Cents jusqu'en 1797, il devient alors directeur de l'Ecole Polytechnique puis Administrateur de la Monnaie en 1799.

Baron d'Empire en 1811, il mourra à Paris le 2 Janvier 1816 après avoir été le plus grand chimiste de son temps.

 

(7)   LINDET (Robert Thomas) : Né le 13 Novembre 1743. Curé de Bernay en 1789, il est élu aux Etats Généraux et se montre très favorable aux idées de la Révolution. Approuvant la Constitution Civile du Clergé, il sera nommé évêque constitutionnel de l'Eure en 1791.

Elu à la Convention, il votera la mort du roi. Il sera à nouveau élu au Conseil des Anciens en 1796 puis en 1798, mais cette dernière élection sera cassée et il se retirera de la politique. Il mourra à Bernay en 1823.

 

(8)   Barère obtient 360 voix, Delmas 347, Bréard 325, Cambon 278, Danton 233, Jean de Bry 227, Guyton-Morveau 202, Treilhard 160 et Delacroix 151.

 

(9)   Hector FLEISCHMANN  "Discours civiques de Danton"  op. cit. Pages 124-125

 

 

 

 

 

 

 

A SUIVRE :

 

 

LES ACTEURS DE LA REVOLUTION : DANTON (37/52)

 

LA TENSION MONTE :  7 AVRIL - 17 MAI 1793

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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