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19 octobre 2017 4 19 /10 /octobre /2017 08:00

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LES ACTEURS DE LA REVOLUTION  :  DANTON (34 / 52)

 

Général Charles François du Périer Dumouriez

 

 

 

 

DUMOURIEZ : 11 - 31 MARS 1793

 

 

 

 

    Au lendemain des ces deux journées très agitées des 9 et 10 Mars, se produit un nouveau coup de théâtre à la Convention : Beurnonville, prétextant qu'il préfère combattre à la tête d’une armée que de travailler dans un cabinet ministériel, présente sa démission de Ministre de la Guerre. Il avait été nommé à ce poste le 4 février dernier par la Convention en remplacement de Pache.

    Aussitôt, les Girondins soupçonnent un coup monté. Cette démission n'est-elle pas la première phase d'un plan de renouvellement du ministère dans lequel Danton a prévu de s'octroyer une place prépondérante ? Ce Danton que l’on a vu ces derniers jours se conduire en véritable maitre de l’Assemblée n’a-t-il pas en tête quelques nouvelles ambitions ?..Ils demandent alors que le ministre démissionnaire vienne s'expliquer à la barre de l'Assemblée. Personne n'a, en ce moment, vraiment confiance en Danton; il en a beaucoup fait ces jours derniers et, pour tenter de dissiper toutes les craintes, le tribun se croit obligé d'intervenir de nouveau à la tribune :

 

« Avant de rendre au Ministre de la Guerre la justice que doit lui rendre tout Français qui aime son pays, et qui sait apprécier ceux qui ont combattu vaillamment pour lui, je dois cette déclaration positive de mes principes et de mes sentiments : que, s'il est dans mes opinions que la nature des choses et les circonstances exigent que la Convention se réserve la faculté de prendre partout, et même dans son sein, des ministres, je déclare en même temps, et je le jure par la patrie, que, moi, je n'accepterai jamais une place dans le ministère, tant que j'aurai l'honneur d'être membre de la Convention nationale. « (..) Après un tel aveu, je vous somme tous, citoyens, de descendre dans le fond de votre conscience. Quel est celui d'entre vous qui ne sent pas la nécessité d'une plus grande cohésion, de rapports plus directs, d'un rapprochement plus immédiat, plus quotidien, entre les agents du pouvoir exécutif révolutionnaire, chargés de défendre la liberté contre toute l'Europe, et vous qui êtes chargés de la direction suprême de la législation civile et de la défense de la République ? Vous avez la nation à votre disposition, vous êtes une Convention nationale, vous n'êtes  pas un corps constitué, mais un corps chargé de constituer tous les pouvoirs, de fonder tous les principes de notre République (...) » 

« Que les défiances particulières ne nous arrêtent pas dans notre marche, puisque nous avons un but commun. Quant à moi, je ne calomnierai jamais personne; je suis sans fiel, non par vertu, mais par tempérament. La haine est étrangère à mon caractère...Je n'en ai pas besoin; aussi, je ne puis être suspect, même à ceux qui ont fait profession de me haïr... » (1)

 

    Cette mise au point étant faite, en pure perte d'ailleurs, parce qu'elle n'a convaincu personne, Danton ajoute qu'il est opposé à ce que Beurnonville, dont il vient de faire l'éloge, réponde aux questions de la Convention :

 

« Celui qui donne sa démission a du se consulter (..) »

« Il ne serait pas de la dignité de la Convention de lui faire les questions qu'on propose. Beurnonville a su se juger; il peut encore vaincre nos ennemis sur les champs de batailles .... »  (2)

 

    Les serments de Danton, son empressement à déclarer qu'il ne brigue aucun poste, n'ont fait que renforcer la défiance que manifestent à son égard les Girondins, bien sûr, qui ont depuis longtemps leur opinion faite sur le tribun, mais aussi bon nombre de députés de la Plaine voire même de la Montagne. On connaît les ambitions de Danton; on imagine les intrigues qu'il a pu nouer dans le passé; on commence à soupçonner le jeu qu'il pourrait jouer avec Dumouriez...(3)

 

    Le Général vient de quitter la Hollande sur ordre du Conseil Exécutif mais, en Belgique, il a décidé d'appliquer « sa » politique. Il fait fermer les clubs jacobins, suspend l'application du décret du 15 Décembre 1792, qui avait provoqué des soulèvements dans tout le pays, et désavoue la majorité des commissaires de la Convention.

 

    Les députés en mission, dans leur rapport à l'Assemblée, sont bien obligés d'avouer que Dumouriez a largement outrepassé ses pouvoirs mais ils disent aussi qu'il doit absolument terminer cette campagne si l’on veut éviter le désastre. Ils ajoutent que le général adressera une lettre à la Convention pour s'expliquer lui-même sur les décisions qu'il a dû prendre.

    Et Dumouriez va, effectivement, expliquer la situation dans une lettre datée du 12 Mars dans laquelle il écrit, sans ambages, que les défaites qu'il a subies sont de la responsabilité des ministres, et en particulier de l’ancien ministre de la Guerre Pache, des commissaires de l'Assemblée, mais aussi de la Convention elle-même. Il demande, en conséquence, le report des décisions prises par l'Assemblée concernant la Belgique. En résumé, Dumouriez exprime clairement qu'il n'est d'accord sur rien, et surtout pas sur la manière dont l'annexion de la Belgique a été conduite par la République française !

 

    Alors que le Président de l'Assemblée s'apprête à donner lecture de cette lettre aux députés, Delacroix s'y oppose, arguant que les décisions que pourraient prendre les députés risquent de conduire à un désastre militaire. La lettre de Dumouriez est donc transmise au Comité de Défense générale qui en prend connaissance le 15 Mars, en présence de Danton et Delacroix. Barère, qui assiste à cette réunion, demande que le général rebelle soit immédiatement décrété d'accusation et Danton, encore une fois, prend sa défense. Une vive discussion oppose les deux hommes au cours de laquelle Danton reprend les arguments de Delacroix : condamner Dumouriez, c'est désorganiser l'armée, compromettre la campagne et, par là même, l'issue de la guerre. Après un débat assez âpre, un compromis est enfin trouvé : Danton émet l'idée d'envoyer des commissaires sur place afin de ramener Dumouriez à la raison. Le comité accepte; il désigne Delacroix et Danton, lequel s'engage à obtenir, sous huit jours, une lettre dans laquelle Dumouriez fera amende honorable. En cas d'échec, il promet de demander, lui-même, le décret d'accusation contre le général.

 

 

 

LES ACTEURS DE LA REVOLUTION  :  DANTON (34 / 52)

 

Bataille de Neerwinden 

   

 

    Mais, tandis que l'on palabrait à Paris, Dumouriez a perdu, le 18 Mars, une bataille décisive à Neerwinden et c'est le lendemain de cette défaite que Danton et Delacroix arrivent à Bruxelles et se mettent à la recherche du général. L'aspect de l'armée est pitoyable : beaucoup de volontaires ont déserté, la retraite se fait en désordre; l'armée autrichienne, elle, continue à avancer.

    Ce n'est que le 20 Mars que les deux délégués du Comité de Défense rencontrent enfin le général. Longue discussion : Dumouriez évoque avec amertume la manière dont il aurait fallu, selon lui, mener cette campagne de Belgique et de Hollande. Il réaffirme son opinion quant aux responsabilités : Pache, la Convention, les commissaires,...

    Ce que Dumouriez ne dit probablement pas à Danton et Delacroix, c'est le rôle politique qu'il estime maintenant devoir jouer : restaurer la monarchie constitutionnelle en remettant sur le trône un prince d'Orléans; créer un pouvoir politique fort, comme celui de 1791, auquel il a participé en tant que ministre de la Guerre, avec des pouvoirs réels; éliminer les "brigands" de la Convention qui sont incompétents et qui veulent s'occuper de tout et sont incapables de prendre les bonnes décisions aux bons moments !...

    Quand Danton en arrive à parler de la fameuse lettre de rétractation, Dumouriez répond catégoriquement : non. Alors Danton l'implore, il lui raconte en détail la séance du Comité, lui fait part des engagements qu'il a pris, du soutien sans faille qu'il lui a toujours apporté. Dumouriez finit par se laisser fléchir, il consent à écrire un billet : pas une rétractation de ses propos du 12 Mars, mais un simple mot destiné au Président de l'Assemblée demandant que l'on ne juge pas sa dernière lettre avant d'avoir reçu le compte rendu de ses conférences avec les commissaires. Il est évident que Dumouriez cherche à gagner du temps....

 

    Danton, lui, regagne Paris le 23 ou le 25 (4) et il rend compte de sa mission au Conseil Exécutif. Le 26, c'est devant le nouveau Comité de Défense Général, renouvelé la veille, qu'il s'explique. Une violente discussion s'engage avec Robespierre* mais, finalement, le Comité se range derrière Danton et décide le maintien de Dumouriez dans ses fonctions jusqu'à ce que la retraite soit achevée.

    Personne ne sait encore que, la veille, Dumouriez a traité avec l'Autriche : il s'est engagé à évacuer la Belgique obtenant, en contre partie, un soutien lui permettant de marcher sur Paris.

    Lorsque, le 27, Danton se présente à l'Assemblée, nombreux sont les députés qui attendent ses explications sur la question de la Belgique. Danton va parler : mais pas un mot sur Dumouriez ! Il fait diversion : se plaint des lenteurs concernant la mise en place du Tribunal révolutionnaire, accuse les députés de ne pas faire leur devoir, enflamme les tribunes, déclenche des tonnerres d'applaudissements, mais évite habilement le sujet :

 

« La Convention doit être un corps révolutionnaire; elle doit être peuple si elle veut sauver le peuple. »

« Il est temps que nous déclarions la guerre à nos ennemis intérieurs, ce sera le prélude de la campagne que nous allons recommencer. Quoi, Citoyens, la guerre civile éclate partout et la Convention nationale, divisée par de misérables passions, paraît immobile! Quoi, partout l'ancienne aristocratie relève la tête insolemment, et le tribunal révolutionnaire institué pour la punir n'est point encore organisé ! »

«  Que dira donc le peuple ? Car il est prêt à se lever en masse. Que dira donc le peuple, car il le voit et le sent ?.. Il dira que les passions misérables agitent ses représentants tandis qu'ils devraient diriger leur énergie et contre l'ennemi de l'intérieur et contre les ennemis du dehors; et cependant, les contre-révolutionnaires tuent la liberté, la patrie est sur le bord de l'abîme! Il dira que vous ne faites pas votre devoir; il le dit déjà, et moi je vous le répète. Qu'est ce donc que ces passions qui ont ici tout dominé au lieu que de ne s'occuper que de l'intérêt du peuple ? Il est temps qu'elles cessent enfin. Oui, je vous le dis avec franchise, vous ne faites point votre devoir ! »

« Citoyens, je dois enfin vous dire la vérité; je vous la dirai sans mélange. Qu'importent toutes les déclamations que l'on peut répandre sur le compte d'un homme assez fort pour ne rien craindre ? Que m'importent toutes les chimères, que l'on peut répandre contre moi, pourvu que je puisse servir la patrie ? »

« Oui, vous ne faites pas votre devoir !  Mille périls nous environnent et vous délibérez! Et vous prenez des demi-mesures ! Emparez-vous donc de ce pouvoir révolutionnaire qui peut seul écraser tous nos ennemis; soyez  peuple, si vous voulez que ce peuple agisse par vous et avec vous. Vous vous plaignez que des agitateurs l'égarent, l'entraînent à des excès. Vous dites sans cesse que le peuple est égaré ? Oui, sans doute, il y a des hommes assez coupables pour l'égarer; mais si, quand vous n'êtes plus à vos fonctions, vous vous répandiez au milieu de lui, ce même peuple entendrait la raison (..) »

« Comment se peut-il que vous ne sentiez pas que c'est aujourd'hui même qu'il faut rendre un décret qui fasse trembler tous les ennemis de la nation ! Il faut déclarer que dans toute municipalité, il sera donné à tous les citoyens aux frais du riche qui paiera une contribution, il faut, dis-je, décréter que tout citoyen ait une pique payée par la nation (..) »

« Eh bien ! Étouffons nos divisions; je ne demande pas de baisers partiels, les antipathies particulières sont indestructibles mais il va de notre salut, et je suis si convaincu que c'est un forfait atroce de porter atteinte à la représentation nationale, que je fais le serment de mourir pour défendre mon plus cruel ennemi (...) »

« Je vous demande, citoyen, cette loi que je vous ai proposée. Mais j'insiste sur ce qui est plus qu'une loi : il faut que vous soyez peuple; il faut que tout homme à qui il reste quelque étincelle de patriotisme, que tout homme qui souhaite encore se montrer Français, ne s'éloigne pas du peuple; nous ne sommes pas ses pères, mais nous sommes ses enfants (..) »

« Disons lui qu'il sera invincible s'il veut être uni. Concertons des mesures; faisons-les lui exécuter, et cela n'est pas si difficile que l'on affecte de le croire !.... »

« A cet égard, je citerai un seul fait : qu'on se rappelle la terrible révolution du 10 Août. Alors tout Paris était en feu; toutes les passions se croisaient; Paris ne voulait pas sortir de ses murs; les excellents patriotes redoutaient d'abandonner leurs foyers, parce qu'ils craignaient l'ennemi et les conspirations intérieures. Tout semblait présager d'un déchirement. J'ai moi-même (car il faut bien se citer quelquefois) j'ai, dis-je, amené le Conseil Exécutif, les Conseils de section, la municipalité, les membres de la Commune, les membres des Comités de l'Assemblée Législative, à se réunir fraternellement à la mairie. Nous étions là une assemblée très nombreuse. »

«  Nous y avons combiné, de concert, les mesures qu'il fallait prendre; chaque commissaire de section les a apportées au peuple; le peuple les a applaudies, nous a secondé et nous avons vaincu. » (5)

 

    Discours qui, somme toute, est égal à beaucoup d'autres. Manœuvre de diversion à coup sur. Aucune allusion à la rencontre avec le général; rien non plus, bien sûr, à propos de la lettre adressée au Président de l'Assemblée ! La fameuse lettre datée du 12 Mars dont les députés, quinze jours plus tard, n'ont toujours pas eu connaissance !

 

 

 

 

LES ACTEURS DE LA REVOLUTION  :  DANTON (34 / 52)

 

Bataille de Neerwinden 

 

 

     Le lendemain, le Comité de défense décide qu'un rapport sera présenté « au plus tôt », à la Convention. Danton vient à nouveau s'expliquer mais, déjà, des rumeurs sont parvenues jusqu'à Paris : Pétion sait que Dumouriez s'apprête à trahir; Beurnonville a en mains une longue lettre du Général, dans laquelle celui-ci ne ménage pas ses critiques à l'encontre de la Convention. On décide de rappeler les députés en mission et de dépêcher sur place Beurnonville, accompagné de quatre commissaires, avec ordre de ramener Dumouriez à Paris.

    Le 30, à l'Assemblée, c'est Marat* qui, le premier, demande que Danton vienne s'expliquer « sur-le-champ »; les Girondins emboîtent le pas et somment le tribun de se justifier. Alors, comme il sait si bien le faire, Danton parle; il réfute toutes les critiques faites à son encontre mais il se garde bien de dévoiler toutes les informations qu'il a en sa possession. Il promet de tout dire mais reste dans le vague.......

 

« Citoyens, vous aviez par un décret, ordonné que Camus et moi, seuls commissaires près l'armée de la Belgique, qui se trouvent actuellement dans la Convention, rendions compte de ce que nous avons vu et fait dans la Belgique. Le changement des circonstances, les lettres nouvelles parvenues à votre comité de défense générale, ont rendu ce rapport moins important, quant à ce qui concerne la situation des armées, puisque cette situation a changé; elles ont nécessité des mesures provisoires que nous avons décrétées. J'étais prêt et je le suis encore à m'expliquer amplement, et sur l'historique de la Belgique, et sur les généraux, et sur l'armée, et sur la conduite des commissaires. Il est temps que tout soit connu (...) »

« Je prends à cette tribune l'engagement solennel de tout dire, de tout révéler, de répondre à tout. J'appellerai tous les contradicteurs possibles d'un bout de la République à l'autre; j'appellerai le Conseil Exécutif, les commissaires nationaux; j'appellerai tous mes collègues en témoignage (..) »

« Je demande que la séance de demain soit consacrée à un rapport préliminaire, car il y aura beaucoup de personnes à entendre, beaucoup de chefs à interroger. On verra si nous avons manqué d'amour pour le peuple, lorsque nous n'avons pas voulu tout à coup priver l'armée des talents militaires dont elle avait besoin, dans des hommes dont cependant nous combattions les opinions politiques, ou si nous n'avons pas au contraire sauvé cette armée (..) »

« Je ne demande ni grâce ni indulgence. J'ai fait mon devoir dans ce moment de nouvelle révolution comme je l'ai fait au 10 Août. Et à cet égard, comme je viens d'entendre des hommes qui, sans doute sans connaître les faits, mettant en avant des opinions dictées par la prévention, me disent que je rende mes comptes, je déclare que j'ai rendu les miens et que je suis prêt à les rendre encore (6) (..) »

« Je demande que demain le Conseil Exécutif vous fasse un rapport préliminaire; je demande à m'expliquer ensuite, car le peuple doit être instruit de tout. Les nouvelles reçues hier des armées transpirent déjà. C'est en soulevant petit à petit le voile, c'est en renonçant aux palliatifs que nous préviendrons l'explosion que pourrit produire l'excès de mécontentement (..) »

« Citoyens, nous n'avons pas un instant à perdre. L'Europe entière pousse fortement la conspiration. Vous voyez que ceux là qui ont prêché plus persévéramment la nécessité du recrutement qui s'opère enfin pour le salut de la République; que ceux qui ont demandé le tribunal révolutionnaire; que ceux qui ont provoqué l'envoi des commissaires dans les départements pour y souffler l'esprit public, sont présentés presque comme des conspirateurs. On se plaint de misérables détails. Et des corps administratifs n'ont-ils pas demandé ma tête ? Ma tête !..Elle est encore là, elle y restera. Que chacun emploie celle qu'il a reçue de la nature, non pour servir de petites passions, mais pour servir la République ».

« Je somme celui qui pourrait me supposer des projets d'ambition, de dilapidation, de forfaiture quelconque, de s'expliquer demain franchement sur ces soupçons, sous peine d'être réputé calomniateur. Cependant, je vous en atteste tous, dès le commencement de la Révolution, j'ai été peint sous les couleurs les plus odieuses. »

« Je suis resté inébranlable, j'ai marché à pas fermes vers la liberté. On verra qui touchera au terme où le peuple arrivera, après avoir écrasé tous les ennemis. Mais puisqu’aujourd’hui l'union, et par conséquent une confiance réciproque, nous est nécessaire, je demande à entrer, après le rapport du Conseil Exécutif, dans toutes les explications qu'on jugera. »  (7)

 

    Danton, manifestement, cherche, lui aussi, à gagner du temps.. Qu'espère-t-il en adoptant cette attitude ? Laisser Dumouriez libre de ses mouvements en Belgique, comme l'affirmeront les détracteurs du tribun ? Rassembler ses amis ? Il va effectivement s'assurer du soutien de la Montagne. Préparer une argumentation solide ? A priori, sa défense est déjà prête; il a même préparé la contre-attaque : malgré ses appels à l'union, il sait maintenant que le combat contre la Gironde est inéluctable et qu'il ne suffira plus de rendre coup pour coup !

    C'est le 31 Mars aux Jacobins que Danton va dévoiler une partie de son plan : pour ce qui est de Dumouriez, il démontre qu'il a tout tenté pour le ramener à la raison mais qu'il ne l'a pas fait arrêter pour éviter de désorganiser l'armée. Démonstration connue, mais c'est tout de même la première fois que Danton rend compte complètement de sa mission en Belgique :

 

« Citoyens, vous qui n'êtes pas membres de la Convention, vous avez bien remplis vos devoirs en les surveillant. Je suis votre justifiable, je suis responsable de ma conduite devant les amis de la liberté. Puisque vous m'avez sommé de vous rendre compte de ma mission, je vais vous donner des explications que vous désirez. Si je n'ai pas paru à cette tribune depuis mon retour, Marat* me doit la justice de convenir que j'ai fait au Comité de Défense générale un rapport circonstancié des faits, et que j'ai fini par dire : il n'y a plus rien à espérer de Dumouriez; il est insolent envers le peuple, altier avec la Convention; il faut le décrocher de l'armée et nous en ferons ensuite justice. »

« Je suis né dans le peuple, j'en ai reçu l'éducation; j'ai étudié le cœur humain, et je déclare que je n'eus jamais confiance en un seul noble : c'est ici la guerre du peuple contre les scélérats. J'ai vécu avec une partie de ces hommes de la minorité de la noblesse, qui d'abord montrèrent beaucoup de courage et de philosophie; mais ils se sont relâchés dès qu'ils ont vu qu'on attaquait tous les abus dont ils profitaient. A cette place, La Fayette* a été démasqué par moi, et, si l'on m'avait écouté, La Fayette*, après le départ du roi, eut payé de sa tête sa trahison. »

« L'ambition de Dumouriez est de jouer un grand rôle dans le ministère; il a eu l'art de ménager l'un et l'autre parti, et sa conduite a prouvé qu'il voulait une première place, quel que fût le système qui prévalût. L'intérêt de la République me déterminât à épuiser les moyens de ramener cet homme aux bons principes. J'eus des rapprochements avec Dumouriez, je le dis, je flattai d'abord son ambition. Dumouriez nous servit par ses vices. J'ai fait son éloge dans un moment où il pouvait perdre toute notre armée. »

« Entré dans la Belgique, il débuta par pervertir l'opinion en répandant des écrits empoisonnés. Le parti de Roland, le parti de Brissot peignaient les Jacobins de Paris comme des scélérats, comme des buveurs de sang. »

« Dumouriez se crut bientôt au dessus de la Convention parce qu'il correspondait avec des hommes qui lui présentèrent la Convention comme influencée par des scélérats. J'étais moi-même l'objet de leurs calomnies. Moi qui n'ai jamais eu d'autre ambition que celle de défendre la cause du peuple, on prétendait que j'aspirais à la dictature. »

« Nous étions obligés de mettre beaucoup de circonspection dans notre conduite. Lorsque Dumouriez fut maître de la Belgique, il manifesta le désir d'être le payeur de l'armée. Dans les conférences que nous eûmes avec lui, nous lui représentâmes plusieurs fois qu'il ne devait point y avoir de système, qu'il n'était que le bras de la République...

« C'est alors que j'arrivai dans la Belgique, c'est alors que Dumouriez écrivit cette lettre dont la lecture n'a pas été publique; quand on lut cette lettre au comité de défense générale, tout le monde était d'avis de décréter d'accusation ce général contre-révolutionnaire. Nous proposâmes d'essayer la persuasion, nous promîmes d'apporter sa rétractation ou de demander nous-mêmes le décret d'accusation contre lui. Nous ralliâmes nous-mêmes les bataillons de l'armée; nous passâmes la soirée avec Dumouriez; nous trouvâmes un homme anéanti. »

« Tout ce qu'il y a de plus insolent contre le peuple et la Convention, il le proféra. Nous lui déclarâmes que nous allions en rendre compte à la Convention. Après lui avoir fait envisager sa chute certaine, nous lui dîmes que nous allions le faire arrêter, au risque de passer pour des désorganisateurs, s'il n'écrivait pas pour prier la Convention de regarder sa première lettre comme non avenue et de l'ensevelir dans l'oubli : il nous promit satisfaction. »

«  Figurez-vous ce que sont les commissaires de la Convention. Quand nous parlions aux soldats de la République, nous étions écoutés avec tout l'intérêt et la vénération qui naissent du vrai patriotisme; à cinquante pas de là, nous passions pour des secrétaires des généraux. »

«  Jai tenté plusieurs fois de faire arrêter Dumouriez, mais je me suis dit : si je tente ce grand coup, et que l'ennemi prévenu de la disparition du général vienne à en profiter, je serai en butte aux reproches, et peut-être soupçonné. Je vous demande, citoyens, qu'eussiez-vous fait à ma place ? »  (8)

 

    Mais cette explication ne suffit pas, à elle seule, à convaincre les Jacobins. Danton le sait bien; aussi lance-t-il la contre attaque : il somme les commissaires du Conseil Exécutif de déclarer s'il n'a pas déployé contre Dumouriez le « zèle le plus ardent et le plus efficace ». Puis, il s'en prend à tous les ennemis de l'intérieur, les contre-révolutionnaires dans lesquels chacun a reconnu les Girondins :

 

« Nous voulons bien encore nous montrer sages et froids; mais si vous levez encore la tête, vous serez anéantis !.. »  (9)

 

    L'avertissement est clair ! La fin du discours est saluée par de vifs applaudissements. Le ton  a su plaire aux Jacobins...

    La grande explication aura lieu demain, 1er Avril, à la Convention....

 

 

 

 

 

 

 

 

(1)   cité par Hector FLEISCHMANN  "Discours civiques de Danton" op. cit. Pages 67 à 69

 

(2)   idem page 70

 

(3)   Saint-Just* reprochera à Danton dans son acte d'accusation :"Dans les débats orageux on s'indignait de ton absence et de ton silence; toi tu parlais de la campagne, des délices de la solitude et de ta paresse; mais tu savais sortir de ton engourdissement pour défendre Dumouriez, Westermann, sa créature vantée, et les généraux complices"

Cité par Albert MATHIEZ "Etudes sur Robespierre" op. cit. Page 133

 

(4)   Danton prétendra toujours qu'il était rentré le 25 au soir justifiant ainsi de n'avoir pu rendre compte de sa mission au Conseil Exécutif que le 26. Beaucoup d'historiens pensent que le retour de Danton à Paris doit plutôt être daté du 23 ce qui rend bien plus mystérieux et suspect son silence.

 

(5)   cité par Hector FLEISCHMANN  "Discours civiques de Danton"  op. cit.  Pages 71 à 75

 

(6)   En sommant Danton de se justifier sur sa conduite en Belgique, la Gironde a, une nouvelle fois, fait allusion aux dépenses secrètes du tribun à l'époque où il était Ministre de la Justice.

 

(7)   MONITEUR  n° 91 du 1er Avril 1793

        Cité par Hector FLEISCHMANN  "Discours civiques de Danton"  op. cit. Pages 77 à 85

 

(8)   cité par André STIL  "Quand Robespierre et Danton..." op. cit. Pages 301-302

 

(9)   cité par Frédéric BLUCHE  "Danton"  op. cit. Page 299

 

 

 

 

 

 

 

 

 

A SUIVRE :

 

 

LES ACTEURS DE LA REVOLUTION : DANTON (35/52)

 

L'EXPLICATION : 1er AVRIL 1793

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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