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19 octobre 2017 4 19 /10 /octobre /2017 07:00

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LES ACTEURS DE LA REVOLUTION  :  DANTON (33 / 52)

 

Le tribunal révolutionnaire

 

 

 

LE TRIBUNAL REVOLUTIONNAIRE : 8 - 10 MARS 1793

     

 

 

 

    Le printemps 1793 est terrible : à la déroute de l'armée française aux frontières s'ajoutent les victoires de l'insurrection vendéenne et les troubles dans les villes. Une crise profonde se fait jour à l'intérieur du pays. La dépréciation importante de l'Assignat a incité les paysans à stocker blé et farine; et de ce fait le pain, dont le prix ne cesse de grimper, est devenu bien rare et la misère gagne du terrain, surtout dans les grandes villes.

    La politique menée par la Convention se révèle désastreuse dans bien des domaines et déjà les révolutionnaires les plus ultras, avec à leur tête Jacques Roux (1), très influent aux Cordeliers, réclament des mesures énergiques qui font peur aux Girondins et inquiètent même Robespierre* : réquisition des grains, répression contre les accapareurs, taxation systématique des subsistances, versement d'une aide publique aux indigents,.... Les sections de la capitale mêlent leur voix à celles des amis de Jacques Roux, que l'on va bientôt appeler les « Enragés », pour réclamer, elles aussi, la taxation des denrées de première nécessité qui doit permettre d’enrayer la disette.

 

    Le 9 Mars, la séance de la Convention se déroule dans un véritable climat d'émeute. Les imprimeries du « Patriote français » et de la « Chronique de Paris », journaux Girondins, viennent d'être saccagées. Les Cordeliers, auxquels se sont joints une partie des Jacobins, ont envahi les tribunes. Et c'est une insurrection que réclame Desfieux (2) pour qu'enfin soient satisfaites les revendications du peuple : la création d'un tribunal d'exception, le châtiment de Dumouriez et de ses complices, un changement de l'exécutif et surtout l'expulsion des Girondins ainsi que des « appelants » (3), tous ceux qui avaient voté « l’appel au peuple » lors du procès de Louis XVI* en janvier dernier. Les débats se déroulent sous les huées et les quolibets. Huées qui sont d'abord dirigées contre les Girondins mais ensuite contre les ministres, contre Dumouriez, et même contre les conventionnels qui ont osé réclamer une certaine clémence lors du procès de Louis XVI*. La Plaine est en train de rejoindre les Montagnards et une bonne partie de l'Assemblée est prête à décider de mesures exceptionnelles pour sauver la République. C'est dans un tel climat que Danton sait le mieux faire jaillir l'émotion de ses discours et retrouver son style enflammé. Affichant sa confiance dans le succès des armes de la République il propose, dans un discours salué par une véritable ovation, de rassembler toutes les énergies de la République et de libérer, à cet effet, les prisonniers pour dettes :

 

« Non sans doute, citoyens, l'espoir de vos commissaires ne sera pas déçu. Oui, vos ennemis, les ennemis de la liberté seront exterminés, parce que vos efforts ne vont pas se ralentir. Vous serez dignes d'être les régulateurs de l'énergie nationale. Vos commissaires en se disséminant sur toutes les parties de la République, vont répéter aux Français que la grande querelle qui s'est élevée entre le despotisme et la liberté va être enfin terminée. Le peuple français sera vengé : c'est à nous qu'il appartient de mettre le monde politique en harmonie, de créer des lois concordantes avec cette harmonie. Mais avant de vous entretenir de ces grands objets, je viens vous demander la déclaration d'un principe trop longtemps méconnu, l'abolition d'une erreur funeste, la destruction de la tyrannie de la richesse sur la misère (...) »

« Que demandez-vous ? Vous voulez que tous les Français s'arment pour la défense commune. Eh bien, il est une classe d'hommes qu'aucun crime n'a souillés, qui a des bras, mais qui n'a  pas de liberté, c'est celle des malheureux détenus pour dettes; c'est une honte pour l'humanité, pour la philosophie, qu'un homme, en recevant de l'argent, puisse hypothéquer et sa personne et sa sûreté (...) »

« Que les propriétaires ne s'alarment pas. Sans doute quelques individus se sont portés à des excès; mais la nation, toujours juste, respectera les propriétés. Respectez la misère, et la misère respectera l'opulence. Ne soyons jamais coupables envers les malheureux, et le malheureux, qui a plus d'âme que le riche, ne sera jamais coupable. »

« Je demande que la Convention nationale déclare que tout citoyen français, emprisonné pour dettes, sera mis en liberté, parce qu'un tel emprisonnement est contraire à la saine morale, aux droits de l'homme, aux vrais principes de la liberté. » (4)

 

 

    Avec enthousiasme, l'Assemblée vote la proposition de Danton. Des tribunes, comme des bancs des députés, le discours est salué par des applaudissements nourris. Danton est, en ces jours de Mars, au faîte de sa popularité, et il va s'en servir.

 

 

LES ACTEURS DE LA REVOLUTION  :  DANTON (33 / 52)

 

La foi des Chouans pendant la guerre de Vendée - 1793

   

 

    Dès le lendemain, alors que Robespierre* renouvelle ses craintes à l'encontre des généraux, Danton prend, courageusement, l'Incorruptible à contre-pied et se lance dans un discours qui est, probablement, l'un de ses meilleurs morceaux d'éloquence :

 

« Les considérations générales qui vous ont été présentées sont vraies; mais il s'agit moins en ce moment d'examiner les causes des événements désastreux qui peuvent nous frapper, que d'y appliquer promptement un remède. Quand l'édifice est en feu, je ne m'attache pas aux fripons qui enlèvent les meubles, j'éteins l'incendie. Je dis que vous devez être convaincus plus que jamais, par la lecture des dépêches de Dumouriez, que vous n'avez pas un instant à perdre pour sauver la République. »

« Dumouriez avait conçu un plan qui honore son génie. Je dois lui rendre même une justice plus éclatante que celle que je lui rendis dernièrement. Il y a trois mois qu'il a annoncé au pouvoir exécutif, à votre comité de défense générale, que, si nous n'avions pas assez d'audace pour envahir la Hollande au milieu de l'hiver, pour déclarer sur-le-champ la guerre à l'Angleterre, qui nous la faisait depuis longtemps, nous doublerions les difficultés de la campagne, en laissant aux forces ennemies le temps de se développer. Puisque l'on a méconnu ce trait de génie, il faut réparer nos fautes (...) » 

« Faites donc partir vos commissaires : soutenez-les par votre énergie; qu'ils partent ce soir, cette nuit même; qu'ils disent à la classe opulente : il faut que l'aristocratie de l'Europe, succombant sous nos efforts, paye notre dette ou que vous la payiez; le peuple n'a que du sang; il le prodigue. Allons, misérables, prodiguez vos richesses. Voyez, citoyens, les belles destinées qui nous attendent. Quoi ! Vous avez une nation entière pour levier, la raison pour point d'appui, et vous n'avez pas encore bouleversé le monde. Il faut pour cela du caractère, et la vérité est qu'on en a manqué. »

" Je mets de côté toutes les passions, elles me sont toutes parfaitement étrangères, excepté celle du bien public. »

« Dans des circonstances plus difficiles, quand l'ennemi était aux portes de Paris, j'ai dit à ceux qui gouvernaient alors :"vos discussions sont misérables, je ne connais que l'ennemi". Vous qui me fatiguez de vos contestations particulières, au lieu de vous occuper du salut de la République, je vous répudie tous comme traîtres à la patrie. Je vous mets tous sur la même ligne. »

« Je leur disais :"Eh que m'importe ma réputation ! Que m'importe pourvu que la France soit libre, que mon nom soit flétri ! Que m'importe d'être appelé buveur de sang ! Eh bien, buvons le sang des ennemis de l'humanité; s'il le faut, combattons, conquérons la liberté (...) »

« La situation nationale est cruelle; les signes (5) représentatifs sont en France dans une trop grande disproportion; la journée de l'ouvrier est au-dessous du nécessaire; il faut un grand moyen correctif. Conquérons la Hollande; ranimons en Angleterre le parti républicain; faisons marcher la France, et nous irons glorieux à la postérité. Remplissez ces grandes destinées; point de débats; point de querelles et la patrie est sauvée.. »  (6)

 

    Le vibrant appel à l'unité que vient de prononcer Danton, dans lequel il a, plus encore que d'habitude, su trouver les formules qui frappent, est salué par un tonnerre d'applaudissements. Nul doute, qu'en cet instant, le tribun soit tenté de croire qu'il est enfin parvenu à l’objectif qu’il poursuit depuis des mois : réconcilier les deux camps adverses pour la cause du salut national.

    Mais, le génie de Danton ne s'exprime pas, dans toutes les circonstances, avec la même force. Quelques instants après la fin de son magistral discours, il intervient dans le débat, engagé par la Montagne, qui demande un décret d'accusation contre les généraux Stengel et La Noue. Danton s'oppose à ce décret et obtient que les deux généraux soient admis, au préalable, à comparaître à la barre de la Convention pour s’expliquer. La Montagne n'apprécie pas beaucoup l'indulgence de Danton vis à vis des généraux.....

 

    Dans l'après midi, on aborde le problème du remaniement du ministère et également la question de l'organisation du nouveau tribunal que les sans-culottes, massés aux Tuileries, demandent à cors et à cris. Débat houleux, dont il ne sort à peu près rien de concret. La fin de l'après midi approche et le Président lève la séance. Danton se dresse d'un bond et, pour la troisième fois de la journée, se précipite vers la tribune alors que les députés sont déjà sur le point de quitter la salle.

 

« Je somme tous les bons citoyens de ne pas quitter leurs postes ». (Les membres de l'Assemblée se remettent alors à leur place et un profond silence s'installe..). « Quoi, citoyens ! Au moment où notre situation est telle que si Miranda (7) était battu, et cela n'est pas impossible, Dumouriez enveloppé serait obligé de mettre bas les armes, vous pourriez vous séparer sans prendre les grandes mesures qu'exige le salut de la chose publique ? Je sens à quel point il est important de prendre des mesures judiciaires qui punissent les contre-révolutionnaires; car c'est pour eux que ce tribunal est nécessaire; c'est pour eux que ce tribunal doit suppléer au tribunal suprême de la vengeance du peuple. Les ennemis de la liberté lèvent un front audacieux; partout confondus, ils sont partout provocateurs. En voyant le citoyen honnête occupé dans ses foyers, l'artisan occupé dans ses ateliers, ils ont la stupidité de se croire en majorité : eh bien, arrachez-les vous-mêmes à la vengeance populaire, l'humanité vous l'ordonne. » (8)

 

    A ces mots, une voix l'interrompt : « septembre ». Danton prend au vol le mot qu'il vient d'entendre et, comme si de rien n'était, poursuit sur le même ton :

 

« Le salut du peuple exige de grands moyens et des mesures terribles. Je ne vois pas de milieu entre les formes ordinaires et un tribunal révolutionnaire. L'histoire atteste cette vérité; et, puisqu'on a osé, dans cette assemblée, rappeler ces journées sanglantes sur lesquelles tout bon citoyen a gémi, je dirai, moi, que si un tribunal eût existé, le peuple auquel on a si souvent, si cruellement, reproché ces journées, ne les auraient pas ensanglantées; je dirai, et j'aurai l'assentiment de tous ceux qui ont été les témoins de ces terribles événements, que nulle puissance humaine n'était dans le cas d'arrêter le débordement de la vengeance nationale. »

« Profitons des fautes de nos prédécesseurs. »

« Faisons ce que n'a pas fait l'Assemblée Législative; soyons terribles pour dispenser le peuple de l'être; organisons un tribunal, non pas bien, cela est impossible, mais le moins mal qu'il se pourra, afin que le glaive de la loi pèse sur tous ses ennemis (...) »

« Je demande donc que le tribunal révolutionnaire soit organisé, séance tenante; que le pouvoir exécutif, dans la nouvelle organisation, reçoive les moyens d'action et d'énergie qui lui sont nécessaires (..) »

« Je demande que la Convention juge mes raisonnements et méprise les qualifications injurieuses et flétrissantes qu'on ose me donner. Je demande qu'aussitôt que les mesures de sûreté générale seront prises, vos commissaires partent à l'instant, qu'on ne reproduise plus l'objection qu'ils siègent dans tel ou tel côté de cette salle. Qu'ils se répandent dans les départements, qu'ils y échauffent les citoyens, qu'ils y raniment l'amour de la liberté, et que, s'ils ont regret de ne pas participer à des décrets utiles, ou de ne pouvoir s'opposer à des décrets mauvais, ils se souviennent que leur absence a été le salut de la patrie. »

 

« Je me résume donc : ce soir, organisation du tribunal, organisation du pouvoir exécutif; demain, mouvement militaire; que, demain, nos commissaires soient partis; que la France entière se lève, coure aux armes, marche à l'ennemi; que la Hollande soit envahie; que la Belgique soit libre; que le commerce d'Angleterre soit ruiné; que les amis de la liberté triomphent de cette contrée; que nos armes, partout victorieuses, apportent aux hommes la délivrance et le bonheur; que le monde soit vengé. » (8)

 

 

 

 

LES ACTEURS DE LA REVOLUTION  :  DANTON (33 / 52)

 

La guerre de Vendée - 1793

   

 

    En cette soirée du 10 Mars, l'Assemblée décrète, malgré les vives protestations des Girondins, la création du tribunal criminel extraordinaire demandé par Danton. Ce tribunal deviendra bientôt le célèbre Tribunal révolutionnaire chargé de juger, sans appel ni cassation : « toute entreprise contre-révolutionnaire, tout attentat contre la liberté, l'égalité, l'unité, l'indivisibilité de la République, la sûreté intérieure et extérieure de l'Etat, tous les complots tendant à rétablir la royauté. »

 

    Danton a-t-il, ce soir du 10 Mars 1793, le sentiment d'avoir mis en place le principal outil de la terreur ? Il n'imagine probablement pas comment pourra être utilisé, dans quelques mois, ce terrible instrument. Il reste sur ses convictions : aux mesures militaires énergiques dont la nécessité s'impose, doivent être associées des mesures de salut public. Il a encore en tête les événements de Septembre 1792, au cours desquels le peuple courait aux frontières en ayant la conviction qu'il laissait derrière lui ses principaux ennemis, royalistes ou contre-révolutionnaires de tous bords, prêts à lui ravir, par avance, sa victoire !

 

    Danton au soir du 10 Mars, peut également, avec une certaine fierté, se prévaloir du fait qu'il a coupé court au mouvement d'insurrection qui se faisait jour. Certes, si ce mouvement n'a pu se développer c'est en grande partie à cause de la neutralité de la Commune mais aussi parce que Danton a su préserver, encore une fois et pour combien de temps, l'unité de la Convention.

 

    Et pourtant, les contemporains n'hésiteront pas à accuser Danton lui-même d'avoir organisé ces journées, en accord avec Dumouriez...

    En fait, Danton joue aussi un jeu dangereux : à refuser d'attaquer de front la Gironde, dont il surestime sûrement le pouvoir; à faire l'éloge de Dumouriez, allié des Girondins, dont on murmure déjà qu'il est en état de rébellion contre la République, Danton prête le flanc aux accusations de ses propres amis....

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

(1)   ROUX  (Jacques) : Prêtre à la veille de la Révolution, il est frappé d'interdit dans son diocèse pour avoir participé aux pillages de châteaux en Avril 1790. Monté à Paris, il est l'un des premiers à prêter serment à la Constitution Civile de Clergé avant de devenir l'un des meneurs de la Section des Gravilliers puis du Conseil Général de la Commune de Paris. Il est l'un des plus extrémistes et des plus violents dans ses revendications en matière économique.

 

(2)   DESFIEUX (François) : Négociant en vins à Bordeaux, il se trouve à Paris en Juillet 1789 et figure dans la liste des vainqueurs de la Bastille. Membre du Club des Jacobins, ami de Collot-d'Herbois, il attaque vivement les Girondins et est mêlé à diverses affaires louches. Robespierre* le fera exclure des Jacobins avant qu'il ne soit arrêté avec les amis d'Hébert.

 

(3)   On désignait sous le nom "d'appelants" tous ceux qui avaient voté pour l'appel au peuple lors du procès de Louis XVI*

 

(4)   cité par Hector FLEISCHMANN  "Discours civiques de Danton" op. cit. Page 54 à 56

 

(5)   Signe : il s'agit ici de la monnaie.

 

(6)   Roger GARAUDY   "Les Orateurs de la Révolution française" op. cit. Page 100 à 103

 

(7)  MIRANDA (Francisco) : Né à Caracas le 9 Juin 1756; général dans l'armée espagnole, il participe à la guerre d'Indépendance américaine avant de se réfugier en Europe.

A Paris en 1791, il est l'ami de Brissot et de Pétion, devient général de brigade en 1792 sous les ordres de Dumouriez.

Arrêté plusieurs fois comme Girondin et comme ami du traître Dumouriez, il devra finalement quitter la France. De retour au Venezuela, il participera à des soulèvements en 1806 et 1810 avant d'être livré aux espagnols qui l'emprisonneront jusqu'à sa mort à Cadix le 14 Juillet 1816.

 

(8)   cité par Hector FLEISCHMANN  "Discours civiques de Danton" op. cit. Pages 62 à 66

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

A SUIVRE :

 

 

LES ACTEURS DE LA REVOLUTION : DANTON (34/52)

 

DUMOURIEZ : 11 - 31 MARS 1793

  

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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