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17 octobre 2017 2 17 /10 /octobre /2017 08:00

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LES ACTEURS DE LA REVOLUTION  :  DANTON (30 / 52)

 

Michel Lepeltier de Saint-Fargeau sur son lit de mort

 

 

 

CONTRE ROLAND, ENCORE : JANVIER 1793

 

 

 

 

    Le dimanche 20 Janvier, dans le sous-sol d'un restaurant du Palais Royal, un ancien garde du corps tue d'un coup de sabre le conventionnel Michel Lepeletier de Saint-Fargeau (1). Il y a quelques jours, ce député de la Montagne a voté la mort de Louis XVI*. Le verdict rendu dans le procès du Roi a attisé beaucoup de haines. A l'Assemblée aussi les vieilles rancœurs ressurgissent : Gensonné, Girondin régicide, a demandé que soient déférés devant les tribunaux non seulement les défenseurs des Tuileries lors de la journée du 10 Août, mais aussi les massacreurs de Septembre !

    L'assassinat de Lepeletier relance une autre vieille idée : celle du complot royaliste contre la liberté. L'ambiance, tant à Paris que dans l'enceinte de la Convention, est on ne peut plus tendue. C'est dans ce contexte que Danton monte à la tribune, le 21 Janvier, le jour même de l'exécution de Louis XVI*. Les députés viennent de demander que soient accordés à Lepeletier les honneurs du Panthéon et Danton, bien évidemment, ne peut que s'associer à cette proposition. Mais les conventionnels ont également réclamé que soient frappés les contre-révolutionnaires responsables de l'assassinat du conventionnel, pour cela, ils souhaitent que soient instaurées, dans les plus brefs délais, des visites domiciliaires semblables à celles que Danton demanda en Août dernier. Mais le tribun, cette fois-ci, s'élève contre une telle mesure :

 

« Ce qui honore le plus les Français, c'est que dans des moments de vengeance, le peuple ait surtout respecté ses représentants. Que deviendrions-nous, si, au milieu  de doute que l'on jette sur une partie de cette Assemblée, l'homme qui a péri, victime des assassins, n'était pas patriote ? O Lepeletier, ta mort servira la République; je l'envie ta mort. Vous demandez pour lui les honneurs du Panthéon; mais il a déjà recueilli les palmes des martyrs de la liberté. Le moyen d'honorer sa mémoire, c'est de jurer que nous ne nous quitterons pas sans avoir donné une Constitution à la République. Qu'il me sera doux de vous prouver que je suis étranger à toutes les passions ! »

« Je ne suis point l'accusateur de Pétion; à mon avis, il eut des torts. Pétion peut avoir été faible; mais, je l'avoue avec douleur, bientôt la France ne saura plus sur qui reposer sa confiance. Quant aux attentats dont nous avons tous gémi (2), l'on aurait dû vous dire clairement que nulle puissance n'aurait pu les arrêter (...) »

«  J'adjure tous ceux qui me connaissent de dire si je suis un buveur de sang, si je n'ai pas employé tous les moyens de conserver la paix dans le Conseil Exécutif, je prends à témoin Brissot lui-même. N'ai-je pas montré une extrême déférence pour un vieillard dont le caractère est opiniâtre, et qui aurait dû au contraire épuiser tous les moyens de douceur pour obtenir le calme. Roland, dont je n'accuse pas les intentions, répute scélérats tous ceux qui ne partagent pas ses opinions. Je demande pour le bien de la République qu'il ne soit plus ministre; je désire le salut public, vous ne pouvez suspecter mes intentions. Roland ayant craint d'être frappé d'un mandat dans des temps trop fameux, voit partout des complots; il s'imagine que Paris veut s'attribuer une espèce d'autorité sur les autres communes. C'est là sa grande erreur (...) »

« Quant aux visites domiciliaires, je m'oppose à cette mesure (..) mais il vous faut un comité de sûreté générale qui jouisse de la plénitude de votre confiance; lorsque les deux tiers des membres de ce conseil tiendront les fils d'un complot, qu'ils puissent se faire ouvrir les maisons. »

« Maintenant que le tyran n'est plus, tournons toute notre énergie, toutes nos agitations vers la guerre. Faisons la guerre à l'Europe. Il faut, pour épargner les sueurs et le sang de nos concitoyens, développer la prodigalité nationale. Vos armées ont fait des prodiges dans un moment déplorable, que ne feront-elles pas quand elles seront secondées ? Chacun de nos soldats croit qu'il vaut deux cents esclaves. Si on leur disait d'aller à Vienne, ils iraient à Vienne ou à la mort. Citoyens, prenez les rennes d'une grande nation, élevez-vous à sa hauteur, organisez le ministère, qu'il soit immédiatement nommé par le peuple. »

« Un autre ministère est entre les mains d'un bon citoyen, mais il passe ses forces (3); je ne demande pas qu'on le ravisse à ses fonctions mais qu'elles soient partagées. »

« Quant à moi, je ne suis pas fait pour venger des passions personnelles, je n'ai que celle de mourir pour mon pays; je voudrais, au prix de mon sang, rendre à la patrie le défenseur qu'elle a perdu. »   (4)

 

 

 

LES ACTEURS DE LA REVOLUTION  :  DANTON (30 / 52)

 

Pierre Riel Marquis de Beurnonville 

 

 

Partant de l'éloge de Lepeletier, Danton se laisse, une nouvelle fois, prendre par ses improvisations et ne peut s'empêcher d'évoquer les massacres de Septembre. Depuis ces tragiques évènements il ne peut entendre le mot « septembre » sans se sentir personnellement agressé.. Puis il enchaine sur une nouvelle offensive contre la Gironde et surtout contre son ministre Roland. Sans excès d'agressivité mais avec sévérité,  Danton formule contre Roland des critiques qu'il a déjà maintes fois exprimées.

 

    On note, dans ce discours de Danton, un ton bien mesuré qui laisse supposer qu'il n'a pas définitivement perdu espoir de rassembler Girondins et Montagnards, au moins sur les grandes questions. Encore quelques semaines et les attaques et contre-attaques des deux camps seront bien plus furieuses !

 

    Roland présentera, le lendemain même, sa démission dans une lettre adressée au Président de la Convention, lettre qui sera lue en séance. Quant à Pache, il sera écarté du Ministère de la Guerre le 4 Février prochain et remplacé par Beurnonville (5), beaucoup plus favorable à la politique de Dumouriez.

 

 

    Et pourtant, Camille Desmoulins*, l’un des meilleurs amis de Danton et certainement son plus fidèle confident, prend la mesure du découragement du champenois durant cette période. Il rapporte les propos du tribun parlant de Robespierre*, Marat* ou Brissot* :

 

« Vois-tu ces hommes, il n'y en a pas un qui vaille seulement un des rêves de Danton. La nature n'avait jeté que deux âmes dans le monde des hommes d'Etat capables de manier les révolutions : Mirabeau* et moi. Après nous, elle a brisé le moule. »

« Ces hommes sont des bavards qui perdent le temps à arranger des mots et qui s'en vont dormir sur les applaudissements. Crois-tu que je vais les combattre et leur disputer la tribune et le ministère ? Détrompes toi. Je vais me ranger de côté et les livrer avec leur impuissance au néant de leurs pensées et aux difficultés du gouvernement. La grandeur des événements les écrasera. Pour me débarrasser d'eux, je n'ai besoin que d'eux-mêmes.. » (6)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

(1)    LEPELETIER de SAINT-FARGEAU (Louis Michel) : Né à Paris le 29 Mai 1760. Conseiller au Parlement en 1779, il est élu aux Etats Généraux par la noblesse de la capitale. Il devient alors un ardent défenseur du Tiers. Elu de l'Yonne à la Convention, il votera la mort du Roi et élaborera un plan d'organisation de l'instruction publique.

 

(2)   Il s'agit bien sûr des massacres des prisons de Septembre 1792

 

(3)   Pache, ministre de la Guerre

 

(4)   cité par Hector FLEISCHMANN  "Discours civiques de Danton" op. cit. Pages 43 à 46

 

(5)   BEURNONVILLE (Pierre de Riel, Comte puis Marquis de) : Né le 10 Mai 1752. Il est Colonel à la Compagnie des Suisses du Comte d'Artois lorsqu’éclate la Révolution. Aide de Camp de Luckner à l'armée du Rhin, il sert sous Dumouriez en 1792 avant d'être nommé Ministre de la Guerre le 4 Février 1793.

Envoyé par la Convention auprès de Dumouriez, il sera livré par ce dernier aux autrichiens qui l'emprisonneront.

Echangé contre la fille de Louis XVI* le 3 Novembre 1795,  il sera adjoint du ministre de la guerre puis commandant de l'armée du nord en 1796.

Bonaparte le fera ambassadeur en Espagne en 1802, Sénateur et Comte d'Empire.

Membre du Gouvernement provisoire le 3 Avril 1814, il favorisera le retour de Louis XVIII qui le fera Marquis et Maréchal de France. Il mourra à Paris le 3 Avril 1821.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

A SUIVRE :

 

 

LES ACTEURS DE LA REVOLUTION : DANTON (31/52)

 

LES FRONTIERES NATURELLES : JANVIER - FEVRIER 1793

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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