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14 octobre 2017 6 14 /10 /octobre /2017 07:00

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LES ACTEURS DE LA REVOLUTION  :  DANTON (23 / 52)

 

Madame Roland portrait 1787

 

 

 

VAINES TENTATIVES DE CONCILIATION :

22 - 25 SEPTEMBRE 1792

 

 

 

    Si la plupart des députés sont tombés d'accord pour abolir la royauté, les conflits et les rivalités n'ont pas tardé à resurgir. Les Girondins, en s'appuyant sur la Plaine qui souvent penche de leur côté, détiennent une confortable majorité et sont fermement décidés à régler leurs comptes notamment avec les hommes de la députation parisienne : Robespierre*, Danton, Marat*,....

 

    Aux oppositions politiques s'ajoutent d'ailleurs des oppositions personnelles : entre Danton et Roland, par exemple. Ce dernier n'a pas pardonné au Ministre de la Justice d'avoir exercé le pouvoir sans aucun partage au sein du Conseil Exécutif. C'est ainsi que, dès le 22 Septembre, les Girondins font décréter par l'Assemblée le rappel de tous les commissaires du Conseil Exécutif, accusés de propager dans les départements la « désorganisation et l'anarchie ». Danton, on s'en souvient, avait tenu à nommer lui-même ces commissaires, sans concertation avec ses collègues ministres. Cette demande constitue donc une première pique lancée à Danton ! Il y en aura d'autres, et de beaucoup plus violentes que celle-ci !..

 

    Et pourtant, Danton fera, durant près de six mois, de multiples tentatives pour réconcilier les deux groupes rivaux. Rien n'y fera. Les Girondins, inspirés par Madame Roland, leur égérie, et par son fidèle Buzot (1), ne cesseront de lancer leurs attaques contre les Montagnards en général, et contre Danton en particulier. Aucun répit ne lui est accordé; aucune indulgence n'est réservée au champenois, même lorsqu'il va tendre la main à ses adversaires.

 

    Sous les attaques de Lassource (2) qui l’accuse de former, avec Marat* et Robespierre*, un triumvirat aspirant à la dictature, idée qui, effectivement, a été exprimée par l'Ami du Peuple dans son journal, Danton monte une nouvelle fois à la tribune le 25 Septembre. Le discours qu'il prononce, ce jour là, mêle habilement la violence oratoire du tribun à un pathétique appel à la concorde. Il sera accueilli avec beaucoup d'enthousiasme par une grande majorité des députés, mais il ne sera pas entendu par ceux à qui il s'adressait en priorité :

 

«  C'est un beau jour pour la nation, c'est un beau jour pour la République française, que celui qui amène entre nous une explication fraternelle. S'il y a des coupables, s'il existe un homme pervers qui veuille dominer despotiquement les représentants du peuple, sa tête tombera aussitôt qu'il sera démasqué. On parle de dictature, de triumvirat. Cette imputation ne doit pas être une imputation vague et indéterminée; celui qui l'a faite doit la signer; je la ferai, moi, cette imputation dût-elle faire tomber la tête de mon meilleur ami. Ce n'est pas la députation de Paris prise collectivement qu'il faut inculper; je ne chercherai pas non plus à justifier chacun de ses membres; je ne suis responsable pour personne; je ne parlerai donc que de moi. »

«  Je suis prêt à vous retracer le tableau de ma vie publique. Depuis trois ans, j'ai fait tout ce que j'ai cru devoir faire pour la liberté. Pendant la durée de mon ministère, j'ai employé toute la vigueur de mon caractère, j'ai apporté dans le conseil toute l'activité et tout le zèle d'un citoyen embrasé de l'amour de son pays. S'il y a quelqu'un qui puisse m'accuser à cet égard, qu'il se lève et qu'il parle. Il existe, il est vrai, dans la députation de Paris, un homme dont les opinions sont, pour le parti républicain, ce qu'étaient celles de Royou (3) pour le parti aristocratique; c'est Marat*. Assez et trop longtemps l'on m'a accusé d'être l'auteur des écrits de cet homme (...) »

« J'attribue ses exagérations aux vexations que ce citoyen à éprouvées. Je crois que les souterrains dans lesquels il a été enfermé ont pu ulcérer son âme...Il est très vrai que d'excellents citoyens ont pu être républicains par excès, il faut en convenir; mais n'accusons pas pour quelques individus exagérés une députation toute entière (...) »

«  Il est incontestable qu'il faut une loi vigoureuse contre ceux qui voudraient détruire la liberté publique. Eh bien ! Portons la, cette loi, portons une loi qui prononce la peine de mort contre quiconque se déclarerait en faveur de la dictature ou du triumvirat; mais après avoir posé ces bases qui garantissent le règne de l'égalité, anéantissons cet esprit de parti qui nous perdrait. On prétend qu'il est parmi nous des hommes qui ont l'opinion de vouloir morceler la France (4); faisons disparaître ces idées absurdes, en prononçant la peine de mort contre les auteurs. La France doit être un tout indivisible. Elle doit avoir unité de représentation (..) »

« Je demande donc la peine de mort contre quiconque voudrait détruire l'unité de la France, et je propose de décréter que la Convention nationale pose pour base de gouvernement qu'elle va établir l'unité de représentation et d'exécution. Ce ne sera pas sans frémir que les Autrichiens apprendront cette sainte harmonie; alors, je vous jure, nos ennemis sont morts. »  (5)

 

    En se désolidarisant de Marat*, l'Ami du peuple, celui qui s'est distingué par ses excès en tous genres et par ses appels au meurtre, notamment à la veille des massacres dans les prisons en septembre dernier, Danton veut effacer cet « esprit de parti » à l'origine de tant de divisions. Il veut aussi, sans aucun doute, tenter de faire oublier son propre rôle au cours des sinistres journées de Septembre. Mais, l'attitude de Marat* n'est qu'un des thèmes de discorde parmi beaucoup d'autres... Danton a renvoyé la balle dans le camp adverse; la Gironde s'offusque de l'accusation qui vient d'être portée contre elle à propos du fédéralisme.. Le débat qui s'instaure ne peut être qu'un débat houleux. Au lieu de l'apaisement, souhaité par Danton, vont se faire jour de nouveaux sujets de frictions !....

    Le Montagnard Couthon (6) propose, à la suite de l'intervention de Danton, de déclarer la République « une et indivisible ». Le jour même,  la proposition est votée...

 

    En guise de représailles, la Gironde met en avant deux points qui, aussitôt, vont être à l'origine de nouveaux conflits : l'utilisation faite par Danton des fonds secrets accordés à son ministère; le maintien en poste de Roland comme Ministre de l'Intérieur.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

(1)   BUZOT (François Nicolas Léonard) : Né le 1er Mars 1760, il est avocat à Evreux au début de la Révolution. Elu par le Tiers Etat de cette ville aux Etats Généraux, il siège avec Robespierre.

Lors d'un séjour à Paris, il s'éprend de Madame Roland et, élu de l'Eure à la Convention, il attaquera Danton*, Robespierre* et la Commune de Paris. C'est lui qui, lors du procès du roi, demandera le bannissement de tous les Bourbons dont l'élu de la Montagne Philippe Egalité. Il demandera même la fermeture du Club des Jacobins.

Décrété d'arrestation avec les Girondins le 2 Juin 1793, il s'enfuira en Normandie, puis en Bretagne et enfin à Bordeaux. Traqué, il se suicidera avec Pétion le 18 Juin 1794.

 

(2)   LASOURCE (Marc David Alba, dit) : Né dans le Tarn le 22 Janvier 1763. Pasteur calviniste, il est élu par le Tarn à la Législative puis à la Convention. Il votera la mort du roi puis attaquera Danton*, Marat* et Robespierre* : "Au-dessus des clameurs et des injures, au-dessus des craintes et des terreurs, je déclare qu'à mes yeux Marat est un homme très dangereux pour la liberté, un homme qui tend à la détruire par le désordre et à ramener le despotisme par l'anarchie"

Il sera arrêté et jugé avec les Girondins proscrits le 2 Juin 1793 et guillotiné le 31 Octobre 1793.

 

(3)   ROYOU (Thomas Marie) : Né en 1743. Professeur de philosophie, beau frère de Fréron, il devient en 1789 un défenseur ardent de la monarchie et fonde un journal : "L'Ami du Roi" qui devient le principal organe de presse du parti royaliste.

Le journal est interdit le 4 Mai 1792 et Royou est décrété d'accusation. Il meurt peu après, en 1792.

 

(4)   Il s'agit bien sûr des Girondins

 

(5)   cité par Hector FLEISCHMANN  "Discours civiques de Danton" op. cit. Pages 24 à 27

 

(6)   COUTHON (Georges Auguste) : Né le 22 Décembre 1755. Avocat, il est atteint de paralysie des membres inférieurs à partir de 1788 et ne parvient pas à se faire élire aux Etats Généraux. Devenu Président du Tribunal de Clermont en 1790, il est élu à la Législative puis réélu à la Convention nationale.

En 1792, il se lie avec Robespierre* et devient un ennemi acharné des Girondins. Il entrera au Comité de Salut Public le 30 Mai 1793 et sera envoyé en mission à Lyon malgré son infirmité. Là, il n'aura pas le courage de faire exécuter le décret de la Convention ordonnant la destruction de toute la ville.

Il sera exécuté avec Robespierre* et Saint-Just* le 28 Juillet 1794.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

A SUIVRE :

 

 

LES ACTEURS DE LA REVOLUTION : DANTON (24/52)

 

DES INITIATIVES BIEN MALENCONTREUSES :

SEPTEMBRE - OCTOBRE 1792

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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