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9 octobre 2017 1 09 /10 /octobre /2017 08:00

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LES ACTEURS DE LA REVOLUTION  :  DANTON (15 / 52)

 

Charles François du Perier dit Dumouriez

 

 

 

 

L'AGITATEUR SE REVEILLE : FEVRIER - AVRIL 1792

 

 

 

 

    Quelques jours à peine après son discours remarqué devant les membres du Département de Paris, alors même que Danton a manifestement voulu se donner une image d'homme politique modéré, son naturel revient au galop !

    Ce jour là, 26 Janvier, le robespierriste Doppet propose aux Jacobins la création d'une garde armée destinée à défendre l'Assemblée Législative contre d'éventuelles menées royalistes. Cette garde pourrait en outre, bien que cela ne figure probablement pas dans les intentions de Doppet, protéger les députés contre les manifestations populaires. Aussitôt la proposition énoncée, Danton se dresse et s'étonne :

 

« Parce que le pouvoir exécutif a su gagner un décret qui lui assure des gardes (1), tandis qu'il ne devait avoir que des valets; parce que ce pouvoir exécutif a su acheter ce décret dans la décrépitude du corps constituant, devons-nous, nous Français, qui devons plutôt penser au salut public qu'à aucun avantage particulier, devons-nous adopter de pareilles mesures ? »  (2)

 

    Danton n'a pas le temps de terminer que déjà des huées s'élèvent de toutes parts et que le chahut s'installe, notamment du côté des amis de Robespierre*. On s'étonne, bien sûr, de l'attitude de Danton !

    L’historien Albert Mathiez a vu, dans cette intervention énergique de Danton, la volonté de rendre service à la Cour qui, à ce jour, dispose, elle, d'un pouvoir armé. En fait, il y tout lieu de croire que Danton, qui se méfie de cette Assemblée nationale à laquelle il n'appartient pas, ait refusé cette garde parce qu'elle risquait d'empêcher les justes revendications populaires.

    L'Assemblée n'aura finalement pas sa propre protection armée; quant à la nouvelle garde royale, suspecte aux patriotes, elle sera dissoute au mois de juin suivant.

 

    Danton est, à nouveau, sure le devant de la scène le 4 Mars à propos d'une affaire qui, à première vue, est sans grande importance : la collecte faite par les sections parisiennes en faveur des Suisses de Châteauvieux. On se souvient que ces soldats avaient participé à la révolte de Nancy, en Août 1790, et que Bouillé avait mené une sévère répression et condamné quarante Suisses au bagne. L’Assemblée Législative vient d'accorder l'amnistie à ces condamnés et, ce jour là, les Jacobins reçoivent la collecte, faite par la section des Tuileries, à l'attention des malheureux Suisses : 1455 Livres, dont 110 Livres correspondant à la participation de la famille royale. La modicité de la somme ne manque pas de choquer Danton qui proteste violemment :

 

« Certes, j'aime à voir la famille royale devenir sensible aux maux qu'ont causés les agents du pouvoir exécutif, mais est-ce par une mince aumône que le pouvoir exécutif doit expier ses fautes ? Les dons des citoyens sont les dons de la fraternité. Je dis : est-ce par une aumône que le pouvoir exécutif croit pouvoir récompenser les hommes exposés par lui aux baïonnettes du traître Bouillé ? De quel front la famille royale ose-t-elle faire une telle aumône ? Comment oseriez-vous ratifier cette insolence ? Quoi, messieurs! La nation entière avait proclamé l'innocence des soldats de Châteauvieux; la nation entière réclamait justice; il a fallu conquérir ce décret dans l'Assemblée et sur le pouvoir exécutif, et il a fallu le réclamer longtemps; et nous applaudirions à une aumône de 110 Livres ! (..) »

« Je demande donc, messieurs, comme il est peu facile de répondre à mes arguments et comme chacun de vous sent que les soldats de Châteauvieux se ravaleraient en recevant cette aumône, je demande, dis-je, la distraction de cette somme (..) »

«  Il n'entre point de fiel dans ma pensée ni dans mes expressions. C'est rendre service à ceux qui ont cru donner un bon conseil au roi. J'aime à croire que ses vues étaient bonnes, mais elles ont été avilies par les courtisans; il parait qu'il a voulu donner aux soldats de Châteauvieux un témoignage de bienfaisance. Par la réjection, vous devez manifester que c'était autrement qu'il devait les satisfaire. »  (3)

 

    Quelques applaudissements saluent l'intervention du tribun, mais ils sont vite couverts par un brouhaha désapprobateur. Les Jacobins manifestent bruyamment leur désaccord avec les propos de Danton et c'est Robespierre* qui doit intervenir pour calmer l'assistance en déclarant que les actes individuels de la famille royale ne regardent pas les Jacobins.

    Danton se rend compte, mais un peu tard, qu'il a été trop loin ! Dans quel but ? Pourquoi s'en prend-t-il aussi violemment au Roi et à sa famille ? Une nouvelle fois se pose la question : obéit-il à des consignes de la Cour qui, on le sait, cherche à détacher des Jacobins les membres les plus modérés et serait, dans ce but, tentée d'organiser des provocations au sein même du Club ? Quand Danton obéit-il ? Quand Danton n'en fait-il qu'à sa tête en fonction de son humeur du moment ? Difficile à dire quand on connaît son indiscipline et sa fougue naturelles.....

    Toujours est-il que ces interventions sont jugées inopportunes et maladroites par beaucoup, même parmi ses amis les plus proches. Sans aucun doute, elles nuisent à la carrière de Danton. Ce qui apparaît chez lui comme de l'inconstance lui enlève toute crédibilité pour occuper un poste d'homme d'état et le ramène au rang de l'agitateur du District des Cordeliers. Comment pourrait-on faire confiance à un homme aussi changeant dans ses appréciations et dans ses jugements ? Et pourtant, il n'a pas ménagé ses efforts pour qu'enfin l'on parvienne à le voir autrement !

 

    Lors de la constitution, en Mars, du nouveau ministère comprenant Dumouriez (4) aux affaires Etrangères, Clavières (5) aux Contributions et Roland (6) à l'Intérieur, certains ont probablement pensé à Danton pour occuper les fonctions de Garde des Sceaux. La nomination du Ministre de la Justice fera, en effet, l'objet de longues discussions, mais le nom de Danton, qui a bien été prononcé,  ne sera pas retenu.

    Sans doute a-t-il pensé, lui-même, que son heure était enfin venue et peut être en a-t-il ressenti une certaine amertume ? Toujours est-il que, durant les semaines qui vont suivre, on verra beaucoup Danton auprès de sa femme et de ses fils  (7).

 

 

 

LES ACTEURS DE LA REVOLUTION  :  DANTON (15 / 52)

 

Jean Baptiste Donatien de Vimeur, comte de Rochambeau

   

 

    A des périodes de calme, succèdent d'autres périodes durant lesquelles Danton redevient l'agitateur qu'il s'est efforcé de ne plus être. Mais n'est-ce pas durant ces moments là qu'on le remarque le plus ? Ainsi, le 19 Avril, il déclenche un énorme chahut à l'Hôtel de Ville en soutenant avec force la demande des patriotes qui réclament que l'on enlève les bustes de Bailly et de La Fayette* qui ornent la salle des séances du Conseil Général.

    Il faudra l'intervention de Pétion pour que Danton, hué, malmené, résiste à l'empoignade qui suit son allocution !...

 

 

    Pour ceux qui ambitionnent de jouer un rôle politique important, ce n'est pourtant vraiment pas l'heure de se livrer à des querelles intestines et futiles car la guerre, que pratiquement toute la classe politique a appelé de ses vœux, pour des raisons diverses, est maintenant imminente.

    Le 20 Avril, l'Assemblée vote la déclaration de guerre « au Roi de Bohême et de Hongrie » (8). Avec l'Autriche, c'est la Prusse, son alliée, et le Roi de Sardaigne qui vont entrer dans le conflit; mais, à l’Assemblée Législative, le clan des belliqueux ne semble pas s'en soucier.

    Certains vont devoir très vite se raviser car, dès les premiers jours, les troupes françaises, désorganisées, inférieures en nombre, mal équipées, sont contraintes à reculer devant l'ennemi. A peine Rochambeau (9) est-il entré en Belgique, le 28 Avril, que la panique et le désordre le plus grand s'installent au sein d'une armée qui doit battre en retraite. Le général Dillon est massacré par ses troupes qui l'accusent de trahison. La Fayette*, lui-même, qui pourtant a poussé à la guerre, s'indigne que la France soit entrée dans ce conflit sans y être préparée !

 

    Danton se fait discret; il laisse Robespierre* et Brissot* s'exprimer et mettre au grand jour leurs divergences, de plus en plus profondes, sur la manière de conduire cette guerre particulièrement mal engagée..

 

    Porté à la Présidence des Jacobins à la fin du mois d'Avril, Danton prendra pourtant très clairement parti en faveur de Robespierre*. Alors que l'Incorruptible est insulté par les amis de Brissot* qui l'accusent de despotisme, il répond de sa voix de tonnerre :

 

«  M. Robespierre* n'a jamais exercé ici que le despotisme de la raison... » (10)

 

Et alors qu'une voix s'élève pour crier : « l'agitateur se réveille ! », Danton réplique fermement :

 

«  Je ne suis pas un agitateur ! »

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

(1)   L'Assemblée a, en effet, voté le 16 Janvier un décret décidant de renouveler la garde personnelle du Roi.

 

(2)   cité par Frédéric BLUCHE  "Danton"  op. cit. Page 156

 

(3)   cité par André STIL  "Quand Robespierre et Danton..."  op. cit. Page 189

 

(4)   DUMOURIEZ  (Charles François Du Perier, dit) : Né à Cambrai le 26 Janvier 1739. Volontaire à dix-huit ans, il est réformé en 1763 avec le grade de capitaine. Grâce à l'appui de la famille du Barry, il obtient plusieurs missions auprès des Cours étrangères puis on le retrouve à la Bastille sans doute pour s'être livré à des détournements de fonds. Gracié par Louis XVI* lors de son avènement, il est maréchal de camp en 1788 et se lance dans la Révolution.

Débauché, joueur, il dilapide beaucoup d'argent et souffre d'une réputation douteuse qui ne lui permettra pas de se faire élire aux Etats Généraux. Il se lie pourtant avec La Fayette* et Mirabeau*.

Promu Lieutenant Général en Février 1792, il est nommé Ministre des Affaires Etrangères le 15 Mars suivant. Il soutient la politique belliciste de Brissot et devient Commandant en Chef des Armées du Nord et des Ardennes à la tête desquelles il remportera la victoire de Valmy.

De nouveau vainqueur à Jemmapes le 6 Novembre 1792, il sera défait à Neerwinden le 18 Mars et conclura un accord avec l'Autriche. Il livrera aux Autrichiens le Ministre de la Guerre Beurnonville et quatre représentants en mission venus pour l'arrêter avant de rejoindre l'ennemi le 5 Avril 1793.

Il mourra oublié en Angleterre le 14 Mars 1823.

 

(5)   CLAVIERE  (Etienne) : Né à Genève le 27 Janvier 1735. Attiré par les idées de la Révolution française, ce financier genevois vient à Paris en 1789. Collaborateur de Mirabeau*, ami de Brissot, il s'inscrit au Club des Jacobins. Il est imposé par Brissot comme Ministre des Contributions en Mars 1792.

Arrêté avec les Girondins le 2 Juin 1793, il ne sera pourtant pas jugé avec eux en Octobre.

Apprenant, le 8 Décembre 1793, qu'il va être traduit devant le Tribunal révolutionnaire le lendemain, il se suicide.

 

(6)   ROLAND  (Jean Marie Roland de la Platière) : Né à Villefranche le 19 Février 1734. Il entre dans l'Administration des Manufactures où il devient Inspecteur. En 1780, il épouse Marie-Jeanne Philipon de vingt ans plus jeune que lui.

Venu à Paris au début de la Révolution, il se lie à des membres du Club des Jacobins : Pétion, Buzot et Brissot entre autres. Grâce au Salon tenu par sa femme, il exerce rapidement une grande influence sur un groupe de députés à la Législative. En Mars 1792, il accepte de Louis XVI* le portefeuille de l'Intérieur. Il le conserve jusqu'au 13 Juin, date à laquelle il est écarté par le Roi. Très vexé par ce limogeage, il est l'un des initiateurs de la journée du 20 Juin 1792. Ramené au Ministère après le 10 Août, en compagnie de Danton, il ne fera rien pour empêcher les massacres des premiers jours de Septembre. Elu de la Somme à la Convention, il sera violemment attaqué par la Montagne et en particulier par Danton.

Il démissionnera le 23 Janvier 1793 mais sera tout de même poursuivi lors de la journée du 31 Mai 1793 qui voit l'élimination des principaux députés de la Gironde. Réussissant à s'enfuir, il se transpercera le cœur en apprenant l'exécution de sa femme le 15 Novembre 1793.

 

(7)   Le troisième fils de Danton est né le 2 Février 1792.

 

(8)   Léopold est mort le 1er Mars et son fils François II n'a pas encore été couronné Empereur.

 

(9)   ROCHAMBEAU  (Jean Baptiste, Donatien de Vimeur) : Né à Vendôme le 1er Juillet 1725. Héros de la guerre d'Indépendance, il rejoint l'armée américaine en 1781. Il revient en France en 1783, participe aux travaux de l'Assemblée des Notables en 1787 et reçoit le commandement de l'Armée du Nord le 14 Décembre 1791. Il est fait Maréchal de France le 28 Décembre suivant.

Après la déroute de l'armée française du printemps 1792, il remet son commandement le 20 Mai.

Il sera arrêté comme suspect en 1793 et ne sera libéré qu'après la chute de Robespierre*. Il mourra le 10 Mai 1807

 

(10)  cité par Frédéric BLUCHE  "Danton"  op. cit. Page 163

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

A SUIVRE :

 

 

LES ACTEURS DE LA REVOLUTION : DANTON (16/52)

 

L'EPREUVE DE FORCE CONTRE LE ROI : MAI - JUIN 1792

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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