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8 août 2017 2 08 /08 /août /2017 07:00
LES ACTEURS DE LA REVOLUTION : MIRABEAU (8)

 

 

 

PREMIERE EXPERIENCE POLITIQUE ET ENTREE A LA COUR  : 1770 - 1771

 

 

 

 

    Après cet épisode qui aurait pu avoir des conséquences tragiques, Gabriel-Honoré rejoint son père installé, depuis quelque temps déjà, dans sa baronnie de Pierre-Buffière. Les deux hommes ne se sont pas revus depuis des mois et, à l'occasion de ces retrouvailles, ils sont saisis par une même émotion. L'Ami des Hommes se montre plutôt satisfait de l'affaire du coup de pistolet : il trouve là un excellent prétexte pour affirmer que sa femme est devenue folle et pour justifier ainsi, auprès de ses enfants, le fait qu’il veuille s’en séparer. Mais il est également ravi de l'aide que lui a apporté son fils, même si rien n'est encore résolu dans cette affaire d'héritage pour le moins embrouillée. Entre le père et le fils s'installe une confiance réciproque; le charme de Gabriel-Honoré semble avoir opéré aussi sur son père !....

 

    Gabriel-Honoré devient, en quelque sorte, le secrétaire-intendant de l'Ami des Hommes. Il va même obtenir le privilège d'administrer les affaires du marquis, par délégation, puisque celui-ci quitte le Limousin pour Paris en le laissant seul pour s’occuper du domaine. Pendant plusieurs mois le jeune homme effectue son premier apprentissage de la politique. Très actif auprès de la population, il s'occupe de distribuer des vivres pour faire face à la disette qui sévit dans la région. Il discute, organise, s'intéresse au moindre détail, règle les problèmes d’intendance. Il constitue même, au sein de la baronnie, dans cette province du Limousin dont l'Intendant n'est autre que Turgot (1), un Tribunal de Conciliation que l'on peut considérer comme une sorte de juridiction prud'homale. Ce tribunal a pour objet de régler à l'amiable les désaccords d'ordre privés afin de ne recourir à la justice officielle qu'en tout dernier recours. L'idée est originale et l'opération obtient un réel succès. Turgot en personne sera informé de cette heureuse initiative et la trouvera fort judicieuse.

    Cependant, même si Gabriel-Honoré vit des moments d'intense bonheur, il n'oublie pas que sa carrière ne peut se faire que dans l'armée. D'autant que l'Ami des Hommes, en reconnaissance des services rendus par son fils aîné, souhaite maintenant lui apporter l'aide matérielle qu'il lui a toujours refusée dans le passé. En l'absence de règlement de ce fichu testament il n'a toujours pas, bien sûr, les moyens financiers nécessaires à l'acquisition d'un régiment, mais il réussit à obtenir pour Gabriel-Honoré une commission de "Capitaine à la suite". C'est un titre tout à fait honorifique qui équivaut à un grade dans la réserve. Ce n'est pas exactement ce dont avait rêvé le jeune capitaine de Mirabeau mais, tout de même, c'est une base pour un nouveau départ qui doit permettre de faire oublier les frasques de l'île de Ré.

 

    Le père et le fils se trouvent parfaitement bien ensemble. Si bien qu'ils vont se lancer à la conquête de la capitale et surtout à la conquête de la Cour. A la fin du mois de Février 1771, Gabriel-Honoré fait son entrée dans Paris en même temps que son entrée officielle à la Cour : présentation au roi de France mais aussi aux ministres et aux personnages importants. Il ne tarde pas à se faire remarquer. Auprès des ministres c'est surtout par son sans-gêne et ses familiarités; mais auprès des femmes, c'est par ses talents de séducteur. Elles lui trouvent beaucoup de charme malgré sa laideur. Il exerce sur elles son pouvoir naturel et cela fonctionne parfaitement bien. Très vite il est de toutes les fêtes; on l'invite et pour rien au monde il ne voudrait en manquer une, toujours accompagné par une de ses maîtresses du moment. Il sombre vite dans une vie de débauche qui n'est pas faite pour lui déplaire mais qu'il n'a pas les moyens financiers d'assurer. Usant de la technique, un peu sommaire mais que son père a utilisé maintes et maintes fois devant lui, Gabriel-Honoré emprunte pour régler ses dettes. L'Ami des Hommes, qui décidément a beaucoup changé, prend le parti d'en rire :

 

« Comme depuis cinq cents ans », écrit-il à son frère, « on a toujours souffert des Mirabeau qui n'ont jamais été faits comme les autres, on souffrira encore celui-ci qui ne descendra le nom.. » (2)

 

    Le marquis déchante pourtant assez rapidement lorsqu'il se rend compte que son fils dépense vraiment sans compter du tout ! L'Ami des Hommes parvient à le convaincre de passer quelque temps en Limousin durant l'été 1771. Puis, quelques semaines plus tard, le père et le fils se retrouvent au château du Bignon où d'ailleurs Mirabeau père a, entre temps, installé sa maîtresse Madame de Pailly. Là, l'ambiance va vite se détériorer. Le tête à tête entre deux hommes dotés d'une aussi forte personnalité ne peut durer bien longtemps. Le marquis est souffrant et fréquemment de forte méchante humeur; quant à Gabriel-Honoré, il s'ennuie. Les femmes surtout lui manquent terriblement. Sans doute jette-t-il alors les yeux sur la maîtresse de son père, qui n'a pas encore quarante ans, et qu'il trouve parfaitement à son goût !... C'est tout au moins ce qu'il avouera un peu plus tard bien que le fait ne soit pas vérifié.

 

    Toujours est-il que la cohabitation au Bignon devient, de jour en jour, un peu plus difficile. L'Ami des Hommes supporte manifestement assez mal la présence de son fils et ne manque pas de le montrer à la moindre occasion. Mais il y a plus grave, le père est maintenant jaloux des talents de son fils. Les deux hommes auraient pu se quitter à la suite d'une violente querelle, mais cette fois ce n'est pas la solution que choisit Mirabeau père. Beaucoup plus hypocritement, faisant mine de reconnaître ses qualités, il confie à Gabriel-Honoré une mission dans le marquisat de Mirabeau. Celui-ci n'est pas dupe mais il ne se fait pas prier : il part aussitôt pour la Provence, soulagé de retrouver enfin un peu de son indépendance perdue.

 

    C'est là, au calme, que Gabriel-Honoré de Mirabeau a tout loisir de méditer sur son avenir. Il ne pourra jamais posséder son propre régiment; son père vient encore de lui confirmer, il y a quelques jours, qu'il ne disposait pas des moyens financiers suffisants. L'armée ne lui ouvrira donc aucune porte et, seul, sans argent, mais avec la terrible ambition qui le tenaille, que peut-il donc faire ?

    La réponse à cette question est relativement facile à trouver. Il ne lui reste guère qu'une seule solution : faire un riche mariage. Son énorme talent fera le reste !...

 

 

 

 

 

 

1 -  TURGOT (Anne Robert) : Fils du Prévôt des Marchands de Paris, Turgot achète une charge au Parlement de Paris en 1752. Collaborateur de l'Encyclopédie, il est nommé Intendant à Limoges en 1761 et acquiert une célébrité par ses idées et ses réformes économiques. Louis XVI* lui confie le Secrétariat d'Etat à la Marine puis le Contrôle Général des Finances en 1774.

Turgot a la volonté d'équilibrer le budget de l'Etat en augmentant les recettes par de nouveaux impôts que paieraient tous les français, sans exception, et en diminuant les dépenses inutiles. Il préconise le libéralisme économique. Mais Turgot rencontre une vive opposition et n'est pas soutenu par le Roi qui abandonne son Ministre en 1776.

Retiré de la vie publique, Turgot meurt cinq ans plus tard en 1781.

 

2 -  Cité par Duc de CASTRIES  "Mirabeau"  op. cit. page 65

 Et A.  MEZIERES  "La Vie de Mirabeau"  op. cit. page 49

 

 

 

ILLUSTRATION : La cour du Roi à Versailles

 

 

 

 

A SUIVRE

 

LES ACTEURS DE LA REVOLUTION : MIRABEAU (9)

UN RICHE MARIAGE : 1772

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Published by jp echavidre - dans ACTEURS DE LA REVOLUTION
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