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8 septembre 2017 5 08 /09 /septembre /2017 07:00
LES ACTEURS DE LA REVOLUTION : MIRABEAU (50)

 

 

 

 

LA FAYETTE, LE RIVAL :  MAI - JUILLET 1790

   

 

 

 

 

    Cette guerre déclarée au triumvirat se solde donc, au moins provisoirement, par une demi-victoire en faveur de Mirabeau. S’il est effectivement parvenu à sauver l’essentiel des pouvoirs de la monarchie, il n’a pas réussi à restaurer ni son emprise sur l’Assemblée ni sa popularité dans le pays qui se sont toutes deux dégradées depuis quelques semaines. Les pamphlets distillés par Barnave, ces derniers jours, ont beaucoup nuit à sa renommée. Et pourtant, Mirabeau ne semble pas particulièrement inquiet. Après lui, se dit-il, les trois principales têtes de l’Assemblée nationale, que sont Duport, Barnave et Charles de Lameth ne sortent pas non plus indemnes du conflit qu’ils ont eux-mêmes engagé. Ils viennent de dévoiler leurs batteries et, dans la course au ministère, la position extrême qu’ils ont défendue au cours du débat sur le droit de paix et de guerre, leur position anti-monarchiste outrancière, les a très probablement disqualifiés.

    Car Mirabeau, on s’en doute bien, n’a pas renoncé à briguer son poste ministériel ! Le décret voté contre lui le 7 Novembre 1789 sera un jour abrogé; Necker, qui ne parvient toujours pas à mettre en oeuvre une politique cohérente, sera un jour remplacé. Il a donc de nouveau toutes ses chances sauf... si La Fayette* est nommé Premier ministre à sa place !... Le général s’est taillé une telle popularité, il semble tellement bien introduit à la Cour, que Mirabeau découvre en lui un rival très dangereux.

 

    Vers la fin du mois d’Avril, il avait proposé à La Fayette* une sorte d’alliance politique dont il ne connaissait pas bien lui-même les modalités mais pour laquelle il espèrait qu’ils puissent en définir les termes. Le général qui n’aime pas plus Mirabeau que Mirabeau ne l’apprécie, avait refusé poliment l’accord proposé. Dans l’esprit de La Fayette*, Mirabeau, au cours des récents débats à l’Assemblée, avait grillé ses derniers atouts. A quoi bon se compromettre avec lui ?

 

    C’est cette attitude de dédain qui avait décidée Mirabeau à déclencher une guerre secrète au général. Dans une note à la Cour, datée du 1er Juin 1790, la première rédigée dans le cadre des accords du 10 Mai dernier, il lance une attaque en règle contre celui qu’il qualifie de « rival du monarque » :

 

«  J’ai combattu pour les droits du trône, lorsque je n’inspirais que de la méfiance, et que toutes mes démarches, empoisonnées par la malignité, paraissaient autant de pièges. J’ai servi le monarque, lorsque je savais que je ne devais attendre d’un roi juste, mais trompé, ni bienfaits, ni récompense (1). Que ferai-je maintenant que la confiance a relevé mon courage, et que la reconnaissance a fait de mes principes mes devoirs ? Je serai ce que j’ai toujours été : le défenseur du pouvoir monarchique réglé par les lois, et l’apôtre de la liberté garantie par le pouvoir monarchique (..)

«  Au lieu de perdre beaucoup de pages et de temps à rendre des actions de grâce, je continuerai donc mes notes de circonstance avec une grande activité; mais je voudrais esquisser, en cet instant, un plan de conduite générale auquel je mets, je l’avoue, assez d’importance, parce qu’il est le fruit d’une très longue et très profonde méditation. Il s’agit des rapports de la cour avec l’idole du jour, le prétendu général de la Constitution, le rival du monarque, M. de La Fayette* enfin.

«  D’après la puissance que la faiblesse de la cour, plutôt que la loi, permet à M. de La Fayette* d’exercer, j’ai cru convenable et pressé d’examiner jusqu’à quel point il serait avantageux ou nuisible de composer avec lui dans le choix des nouveaux ministres, si l’on se décide à en nommer (..)

«  La force de M. de La Fayette* tient à la confiance qu’il inspire à son armée. Il n’inspire cette confiance que parce qu’il semble partager les opinions de la multitude. Mais comme ce n’est pas lui qui dicte ces opinions, comme la ville de Paris est celle de tout le royaume où l’opinion publique, dirigée par une foule d’écrivains, et par une plus grande masse de lumière, est le moins au pouvoir d’un seul homme, il s’ensuit que M. de La Fayette*, n’ayant acquis son influence qu’en se mettant au ton de Paris, sera toujours forcé, pour la conserver, de suivre le torrent de la multitude (..) Cet homme, quoique sans démagogie, sera donc redoutable au pouvoir royal (..) M. de La Fayette* est donc celui des citoyens sur lequel le roi peut le moins compter, celui qui, même en les reconnaissant, sera le dernier à professer les principes du gouvernement monarchique... » (2)

 

    Cette note dont l’objectif essentiel est de ruiner la réputation d’un rival s’adresse, via le roi, à la reine de France. Marie-Antoinette* n’a aucune confiance en La Fayette*, surtout depuis ces journées d’Octobre 1789 où le Commandant le la Garde nationale a montré qu’il était plus prompt à oeuvrer pour ses propres ambitions qu’à lutter pour la sauvegarde de la monarchie.   Mirabeau qui sait certainement cela par La Marck, aura sans doute contribué, en ouvrant les yeux du roi sur une situation qu’il n’avait peut-être pas appréhendée, à renforcer la haine que Marie-Antoinette* voue au marquis de La Fayette*. Sur ce plan là au moins, l’objectif est atteint. Dans le même temps, Mirabeau ne rate aucune occasion de flatter son rival qui, on le sait bien, est très sensible aux compliments qu’on lui adresse. Ainsi, la fourberie du député d’Aix est patente lorsqu’on découvre ce petit mot adressé à La Fayette* et daté du 1er Juin :

 

«  Soyez Richelieu sur la Cour pour la nation et vous referez la monarchie en agrandissant et consolidant la liberté publique. Mais Richelieu avait son capucin Joseph, ayez donc aussi votre Eminence grise ou vous vous perdrez.. Vos grandes qualités ont besoin de mon impulsion. Mon impulsion a besoin de vos grandes qualités.. » (3)

 

    Les mises en garde de Mirabeau ne vont pas tarder d’ailleurs à être illustrées par des faits. Dans la séance du 19 Juin, au soir, l’Assemblée, dans un de ces élans qu’on lui connaît périodiquement, décrète l’abolition de la noblesse héréditaire, des titres, armoiries, etc.. Une proposition qu'appuient vigoureusement Charles de Lameth, Saint-Fargeau, et... le marquis de La Fayette* !.. Selon le projet, chacun doit reprendre son ancien patronyme; le comte de Mirabeau redevient donc Riqueti. Le soutien de La Fayette* à une telle proposition donne l’occasion à Mirabeau d’enfoncer un peu plus le clou. Dans une note à la cour, expédiée le lendemain, il explique comment paralyser La Fayette* :

 

« .. la démence d’hier soir, dont La Fayette* a été, ou bêtement, ou perfidement, mais entièrement complice; démence que je regarde comme le brandon de la guerre civile (..) On a assez de preuves que La Fayette* est également ambitieux et incapable. Il va se faire faire généralissime (..) Tout son projet, quant à présent est là. Un plan, il n’en a pas. Des moyens, il les reçoit de la main de chaque journée(..) Il n’y a de ressource à cet ordre de chose que l’imbécillité de son caractère, la timidité de son âme et les courtes dimensions de sa tête. Le roi n’a qu’un homme, c’est sa femme. Il n’y a de sûreté pour elle que dans le rétablissement de l’autorité royale. J’aime à croire qu’elle ne voudrait pas de la vie sans sa couronne; mais, ce dont je suis bien sûr, c’est qu’elle ne conservera pas sa vie si elle ne conserve pas sa couronne(..)

«  Il faut que la reine parle à La Fayette*, en tiers avec le roi, préparé et résolu, et lui dise : »Vos fonctions absorbent entièrement vos facultés individuelles, parce que les forces physiques d’un homme ne sont celles que d’un homme, et que le danger de tous les moments nécessite l’emploi de tous vos moyens personnels et de tout votre temps (..) Il faut donc vous renforcer. Vous avez et nous avons la conviction qu’outre le talent, M. de Mirabeau est le seul homme d’Etat de ce pays-ci; que nul n’a son ensemble, son courage et son caractère (..) Je vous demande, j’exige que vous vous accoupliez avec M. de Mirabeau, mais en entier, mais journellement, mais ostensiblement, mais dans toutes les affaires. Il faut que nous ayons son avis avec le vôtre.. »

«  Que fera La Fayette* ? Un rapprochement politique, mais pourtant un rapprochement qui aura l’apparence de l’intimité.. » (4)

 

    La démarche de Mirabeau est habile : après avoir ruiné la réputation de La Fayette* auprès des monarques, il profite de son influence sur la reine pour qu’elle exige du général de traiter avec lui.. Mirabeau pourrait ainsi s’attirer à lui l’énorme capital de prestige que La Fayette* a acquis, à Paris, depuis qu’il commande la Garde nationale. Il voudrait surtout profiter de la célébration de la Fédération, fête que l’on prépare activement pour célébrer le premier anniversaire de la prise de la Bastille, le 14 Juillet prochain, pour recueillir une partie des lauriers que le peuple ne manquera pas de décerner au commandant en chef de la Garde nationale.

 

    Cette note, dans laquelle Mirabeau s’adresse directement à la reine de France va être décisive. Malgré ses appréhensions persistantes à l’égard du tribun, Marie-Antoinette* a pris sa décision : elle rencontrera Mirabeau. Elle pourra ainsi vérifier par elle-même la sincérité de cet homme qui, dans ses notes, lui témoigne tellement d’attachement. Elle a aussi beaucoup d’autres questions à lui poser.

    Evidemment on ne sait pas grand chose de cette entrevue qui est restée on ne peut plus secrète. Louis XVI* et Marie-Antoinette*, en cet été 1790, sont au château de Saint-Cloud. La surveillance ici est beaucoup moins sévère qu’aux Tuileries où l’on épie le moindre de leurs faits et gestes. Avec la complicité de son parent du Saillant, Mirabeau réussit, le 3 Juillet, à s’introduire dans le parc du château. De là, il gagne les appartements de la reine qui reçoit l’émissaire particulier de la cour en présence du roi et probablement de Mgr de Fontanges, archevêque de Toulouse.

    On peut reconstituer une faible partie des dialogues à partir des témoignages du comte de La Marck, à qui la reine à très certainement fait ses confidences, et aussi avec ce qu’en a rapporté, par la suite, Mgr de Fontanges.

    Les risques encourus par Mirabeau pour accéder jusqu’aux appartements royaux étaient, à eux seuls, une preuve de sa volonté de servir le trône. La reine, ce jour là, en est persuadée.

 

«  Monsieur, même quand je vous croyais de mes ennemis, j’ai toujours fait une différence entre vous et les autres... »

 

  Nul doute qu’ils aient évoqué le plan de Mirabeau; nul doute qu’ils aient reparlé de La Fayette* et de ce qu’il y avait lieu d’entreprendre pour éviter que la Fête de la Fédération du 14 Juillet n’en fasse un quasi-roi de France !..

    On raconte qu’à la fin de l’entretien, Mirabeau aurait dit à la souveraine en s’inclinant :

 

«  Madame, lorsque votre auguste mère admettait un de ses sujets à l’honneur de sa présence, jamais elle ne le congédiait sans lui donner sa main à baiser. »

 

    La reine aurait tendu sa main et Mirabeau, très ému, aurait murmuré :

 

«  Madame, la monarchie est sauvée. »

 

    Ce qui est sûr, c’est qu’à la suite de cette entrevue, la reine de France parviendra à vaincre une bonne partie de ses appréhensions à l’encontre de Mirabeau. Quant à ce dernier, il assure, le soir même, à son ami La Marck :

 

«  Rien ne m’arrêtera, je périrai plutôt que de manquer à mes promesses... »

 

   Marie-Antoinette* l’a totalement conquis. Le soir du 3 Juillet, Mirabeau se remet à sa table de travail et rédige une nouvelle note. Il tient à préciser, dans tous les détails, son plan de reconquête du pouvoir par la monarchie; un plan pour lequel il est, plus que jamais, prêt à s’investir totalement.

 

«  La position actuelle de l’autorité royale peut seule indiquer des mesures propres à l’améliorer. Pour la bien connaître, il faut la comparer avec ce qu’elle était il y a deux ans.

«  Avant la révolution actuelle, l’autorité royale était incomplète, parce qu’elle n’était pas fondée sur des lois; insuffisante, parce qu’elle tenait à la force publique plus qu’à l’opinion; incertaine, parce qu’une révolution, toujours prête à éclater, était capable de la renverser (..)

«  Si la plus grande partie des décrets de l’Assemblée nationale est favorable au roi, il est donc intéressé à la Constitution, et doit confirmer de toutes les manières son voeu déjà très marqué de la maintenir.

«  Si quelques décrets seulement lui sont contraires, c’est à les corriger sans danger qu’il faut se borner.

«  Un seul moyen se présente pour cela, mais il est invincible. C’est l’opinion publique, souveraine des législateurs.

«  Il faut établir une correspondance entre la capitale et les provinces pour connaître l’opinion.

«  Il faut des ouvrages pour la diriger vers un seul but.

«  Il faut des ministres habiles et fermes pour la soutenir, pour en profiter ... » (5)

 

    Mirabeau veut persuader le roi que la révolution n’a pas trop compromis l’autorité du monarque et que la nouvelle Constitution, si elle lui enlève quelques prérogatives, lui reste tout de même très favorable.

    Il en profite pour rappeler, mais il le fera pratiquement dans chacune de ses notes, que l’autorité royale ne pourra se maintenir que si le monarque sait s’entourer de « bons » ministres.

 

    Plein d’espoir le 3 Juillet, en sortant de Saint-Cloud, Mirabeau est consterné en apprenant, le 5, que sa visite à la reine n’a pas été aussi discrète qu’il ne l’avait souhaité. L’Ami du Peuple de Marat* titre : « On annonce de sourdes menaces de Riqueti l’aîné à Saint-Cloud »...

 

 

 

 

 

 

(1)   Mirabeau fait ici allusion au débat sur le veto royal qui lui avait fait perdre beaucoup de sa popularité.

 

(2)   Note de Mirabeau à la Cour du 1er Juin 1790

Cité par Guy CHAUSSINAND-NOGARET  « Mirabeau entre le Roi et la révolution »  op. cit. pages 38 à 43

 

(3)   Cité par Albert MATHIEZ  « La Révolution française »  La Manufacture, Lyon, 1989, page 89

 

(4)  Cité par Guy CHAUSSINAND-NOGARET  « Mirabeau entre le Roi et la révolution » 

 Note du 20 Juin 1790 op.cit.  pages 43 à 47

 

(5)  Cité par Guy CHAUSSINAND-NOGARET  « Mirabeau entre le Roi et la révolution » 

  Note du 3 Juillet 1790. Op.cit. pages 57 à 61

 

 

 

 

ILLUSTRATION : La Fayette Commandant de la Garde Nationale

 

 

 

 

 

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LES ACTEURS DE LA REVOLUTION : MIRABEAU (51)

LA FEDERATION : JUILLET 1790

  

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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