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5 août 2017 6 05 /08 /août /2017 07:00
LES ACTEURS DE LA REVOLUTION : MIRABEAU (5)

 

 

 

  

LA PENSION DE L'ABBE CHOQUARD : 1765 - 1767

   

 

 

 

   L'Ami des Hommes continuera longtemps à être tiraillé en permanence entre l'envie de faire de son fils aîné un digne représentant de la race des Mirabeau et le dégoût que lui inspire cet adolescent qui lui rappelle tant son épouse.

    Au début de l'année 1765, il fait entrer Gabriel-Honoré dans la célèbre pension parisienne, celle de l'Abbé Choquard. Pension célèbre non pas tant en raison de la qualité de l'enseignement qu'elle dispense à ses élèves mais surtout à cause de la sévérité avec laquelle ceux-ci sont traités. On impose aux adolescents l'obéissance et le respect des règles strictes de l'établissement. L'enseignement consacre d'ailleurs beaucoup de temps à des exercices quasi militaires, sans toutefois négliger les disciplines intellectuelles. Une bonne manière, pense l'Ami des Hommes, de forger le caractère de cet enfant si rebelle..

 

    Gabriel-Honoré a été inscrit dans l'établissement sous le nom de Pierre-Buffière, le nom de la propriété de sa mère. L'Ami des Hommes a pris cette décision étrange afin de faire comprendre à son fils que rien n'est encore acquis et qu'il lui reste à mériter le droit de porter le nom prestigieux des Mirabeau !

    Dès les premières semaines, l'indiscipline de l'adolescent est telle que l'Abbé Choquard pense à le renvoyer de la pension. L'appréciation que ses maîtres portent sur Gabriel-Honoré, à cette époque, est bien proche de celle que tout le monde portera sur lui quelques années plus tard :

« ... tranchant dans la conversation, gauche dans ses manières, disgracieux de tournure, sale dans ses vêtements, par-dessus tout d'une suffisance sans bornes.. » (1)

 

    L'élève Pierre-Buffière échappe in extremis au renvoi de la pension. Il a tellement bien su s'attirer la sympathie de ses camarades que ceux-ci intercèdent en sa faveur et font circuler une pétition pour qu'il soit autorisé à rester. Gabriel-Honoré vient de réaliser qu'il était passé bien près de la porte et les mises en garde de son père lui ont, pendant quelque temps, fait craindre le pire. L'avertissement semble donc avoir porté ses fruits : dans les mois qui suivent, Gabriel- Honoré est plus appliqué, moins turbulent, plus docile surtout. Il consent à se plier aux règles de l'établissement, à obéir aux ordres et à mettre un peu en sourdine son humeur contestataire. Pour ce qui est des disciplines intellectuelles il se montre, comme dans le passé, très doué et très supérieur à la majorité de ses camarades. C'est pour cette raison sans doute que, le jour de la Saint-Louis de l'année 1766, c'est lui que l'on choisit pour faire le discours d'honneur à la pension. Il prononce avec un talent remarqué un « Eloge du Prince de Condé mis en parallèle avec Scipion l'Africain ». L'abbé Choquard ne tarit pas d'éloges à propos de la prestation du jeune Pierre-Buffière. Si bien qu'il en fait faire un compte-rendu dans la presse qui relatera l'événement en des termes qui vont apporter au jeune élève un plaisir extrême mais qi qui ne plairont pas à tout le monde et en particulier à son père!..:

 

«  .. On voit que le jeune aiglon vole déjà sur les traces de son illustre père. Le fils a cependant plus de netteté, plus d’élégance dans le style et son discours est fort bien écrit... » (2)

 

    Rien ne pouvait procurer plus de fierté au jeune Gabriel-Honoré que ces quelques lignes d'éloge dans le journal !.. L'attitude de son père à son égard, pendant toutes ces dernières années, lui a donné un tel complexe d'infériorité ! Il doute constamment de pouvoir un jour égaler l'Ami des Hommes sur le plan de la pensée. Mais, la sévérité de la pension Choquard aura eu au moins un aspect positif : il est maintenant habité par un dessein qui ne le quittera plus. Il veut devenir célèbre et cela va contribuer à lui mettre un peu de plomb dans la cervelle. Jusqu'à présent, c’est tout de même ce qui lui faisait le plus défaut !..

 

    En 1767, le jeune Pierre-Buffière, âgé de dix-huit ans termine ses études et se sent des goûts pour la carrière militaire. Pour bien faire, il faudrait que son père puisse lui acheter un régiment comme cela se fait dans les bonnes familles. Mais le marquis de Mirabeau, qui n'en a pas du tout les moyens, ne peut qu'user de son influence pour le faire entrer au régiment Berri-Cavalerie basé à Saintes. L'Ami des Hommes a, dans ses relations, un parent du Colonel et il a obtenu de lui l'assurance que cette unité était commandée avec toute la sévérité nécessaire à un adolescent aussi turbulent que son fils.

 

 

 

 

 

 

 

 

(1)   Cité par A. MEZIERES  "La Vie de Mirabeau"  op. cit. page 42

 

(2)   Cité par Gilles HENRY  " Mirabeau Père"  Tallandier, Paris, 1989, page 168

 

 

 

ILLUSTRATION : Marchandes de modes à Paris avant la Révolution. Encyclopédie

 

 

 

 

 

A SUIVRE

 

LES ACTEURS DE LA REVOLUTION : MIRABEAU (6)

ENFIN LA LIBERTE : 1767 - 1770

  

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Published by jp echavidre - dans ACTEURS DE LA REVOLUTION
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