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29 août 2017 2 29 /08 /août /2017 08:00
LES ACTEURS DE LA REVOLUTION : MIRABEAU (31)

 

 

 

 

UNE CAMPAGNE ELECTORALE AGITEEE :  FEVRIER - AVRIL 1789

   

 

 

 

 

    Alors même qu'en Provence, Mirabeau peut espérer remporter ses premiers succès politiques, une nouvelle vague d'ennuis, en provenance de Paris, menace dangereusement la crédibilité du candidat aux élections. On a vu que son « Histoire secrète de la cour de Berlin », publiée sans nom d'auteur, avait fait quelque bruit dans la capitale. La description des dernières semaines de vie du Grand Frédéric II et des premiers mois de règne de son neveu Frédéric-Guillaume II, n'est pas toujours très élogieuse pour les deux monarques. La cour de Berlin s'en est plainte auprès du Ministre des Affaires Etrangères. L'ouvrage a d'ailleurs été brûlé sur les marches du Parlement mais le ministre Montmorin n'en est pas moins obligé de faire des excuses officielles à l'Ambassadeur de Prusse à Paris. Et l'on peut craindre que l’affaire ne s’arrête pas là !..

    Certains vont même jusqu’à réclamer une punition exemplaire pour l'auteur de ces lignes qui ont semé la zizanie entre la France et la Prusse. Pour ceux là, il ne fait aucun doute que l'auteur de l'ouvrage ne peut être que l'émissaire de Calonne à Berlin. Mirabeau est donc, une fois encore, en passe d'être poursuivi et peut-être même condamné. Il y là de quoi anéantir toutes ses ambitions politiques...

 

    Aussi, il n'hésite pas un seul instant. Avec un bel aplomb, il nie être l'auteur du livre incriminé et publie même un démenti dans le "Journal de Paris" :

 

«  Je ne connais point l'ouvrage dont il est question. Le crédit, une habile noirceur, la dextérité de la perfidie se seraient-ils emparés d'une partie des lettres que j'ai pu et dû écrire aux ministres du Roi ? Aurait-on trouvé plaisant ou jugé utile de les mutiler, de les falsifier, de les empoisonner, d'y faire des additions répréhensibles ?

 

« Cet ouvrage pourrait faire croire que je suis méchant ou fou !.. »  (1)

 

    Quoiqu’il soit tout à fait invraisemblable que l'on ait pu dérober aux ministres du Roi les lettres de Mirabeau, comme il le prétend, sa thèse va finir par triompher car personne ne peut apporter de preuves suffisantes pour le faire inculper. Et Mirabeau, toujours fort habile, on le sait bien, profite du fait que l'on parle beaucoup de lui pour exploiter la situation à son avantage :

 

«  Je ne suis pas moins qu'un chien enragé, auxquels les provençaux ne sauraient donner la moindre confiance. J'ai répondu à ceux qui m'ont dit cela : c'est une grande raison de m'élire si je suis un chien enragé, car le despotisme et les privilèges mourront de ma morsure... »  (2)

 

   Heureusement, toutes ces histoires qui viennent de Paris ne semblent pas passionner les aixois qui continuent à accorder toute leur confiance à Mirabeau. Le succès qu'il a reçu ici lors de son arrivée ne s'est pas démenti depuis, bien au contraire. Il se sort finalement de cette nouvelle affaire sans grand dommage si ce n’est une brouille sévère avec son ami Talleyrand qui ne lui pardonnera que sur son lit de mort.

 

    Ses démêlés avec la noblesse ont définitivement convaincu Mirabeau de se présenter aux élections comme représentant du Tiers Etat. Ce qu'il a dit, et surtout écrit sur le sujet, lui interdit d'ailleurs de changer d'avis. La question qui se pose encore est de savoir où se porter candidat. Certes l'accueil chaleureux que lui a réservé la ville d'Aix le fait pencher vers cette solution. Mais il hésite encore... Marseille est une ville bien plus importante. Est-ce que son prestige ne serait pas plus grand s'il allait plutôt briguer les suffrages des marseillais ? Avant de faire un choix définitif, il décide d'aller voir sur place. Lorsqu'il arrive à Marseille, le 16 Mars 1789, la population lui fait un véritable triomphe. Il va séjourner plusieurs jours dans la ville et l'enthousiasme des marseillais à son égard ne fléchira pas. Cette liesse populaire déclenchée par sa visite à Marseille, Mirabeau en fait lui-même la description dans une lettre au comte de Caraman (3). Il faut, bien sûr, interpréter un peu ce récit et tenir compte d'une certaine part d'exagération. Il faut également noter que la modestie de Mirabeau n'a guère progressé avec le temps !

 

«  Figurez-vous, Monsieur le Comte, cent vingt mille individus dans les rues de Marseille, toute une ville si industrieuse et si commerçante ayant perdu sa journée, les fenêtres louées un ou deux louis, les chevaux autant; mon carrosse couvert de palmes, de lauriers et d'oliviers; le peuple baisant les roues; les femmes m'offrant leurs enfants en oblation; cent vingt mille voix, depuis le mousse jusqu'au millionnaire, poussant des acclamations et criant -Vive le Roi ! Quatre ou cinq cents jeunes gens des plus distingués de la ville me précédant à cheval, trois cents carrosses me suivant... » (4)

 

    Mirabeau, on s'en rend compte, est totalement conquis par Marseille. Même s'il y a une ombre au tableau idyllique qu'il vient de dresser : la présence d'un autre candidat potentiel, et non des moindres, puisqu'il s'agit de l'abbé Raynal. Lorsqu'il quitte Marseille le 20 Mars, Mirabeau a pris la décision d'affronter ce rival en étant persuadé que son prestige personnel finirait par l'emporter. Il apprend, quelque temps plus tard, que c'est l'abbé qui a finalement renoncé, pensant probablement que la tâche serait trop rude pour lui !..

 

    La liesse des marseillais accueillant Mirabeau se transforme quasiment en émeute après son départ. Le comte de Caraman, chargé du maintien de l'ordre, semble même débordé. A tel point qu'il adresse à Mirabeau un véritable appel au secours :

 

« Vous aimez trop l'ordre pour ne pas sentir la conséquence des assemblées nombreuses dans un moment où il règne (..) une effervescence effrayante. Vous ne pouvez donner une plus grande preuve de votre amour pour le roi qu'en calmant les esprits. » (5)

 

   Mais, lorsque lui parvient ce message, Mirabeau est encore sous le coup de l'euphorie de la victoire remportée à Marseille; les vivats et les acclamations lui résonnent encore aux oreilles. Au représentant du pouvoir royal il répond, le 22 Mars, sur un ton extrêmement sec et hautain et, pour donner plus d’ampleur à sa réplique, il fait aussitôt publier, à Aix et à Marseille, le contenu de leur correspondance :

 

«  Le mécontentement universel que vous traitez d'effervescence a des motifs trop connus pour ne pas lever tous vos doutes.

- D'abord le peuple meurt de faim; voilà un sujet.

- Les principaux mandataires de l'autorité dans cette province sont accusés depuis quatre ans des brigandages des blés; voilà un autre sujet. » (6)

 

    Chacun doit pourtant se rendre à l'évidence : les rassemblements  qui se multiplient dans Marseille, les 23 et 24 Mars, ressemblent de plus en plus à une émeute. Il ne s'agit plus de célébrer les mérites de Mirabeau mais plutôt de manifester contre les autorités constituées. La situation est en effet catastrophique : le peuple a faim, les prix ne cessent d'augmenter, la spéculation bat son plein. D'ailleurs, dans les rassemblements, on peut voir de plus en plus d'hommes en armes. Des compagnies se forment et marchent sur l'Hôtel de Ville.

    Mirabeau s'adresse à la foule assemblée. Il parvient à ramener le calme après avoir ordonné, pour le lendemain 25 Mars, une distribution de blé à prix réduit. L'autorité est maintenant entre ses mains, sans d’ailleurs qu’il n’ait rien fait pour cela !.. Caraman, totalement dépassé par les récents événements, laisse faire. Il laisse faire encore, lorsque Mirabeau décide d'aller rendre visite à l'évêque de Marseille pour lui demander que les curés de paroisses réunissent la population dans les églises et incitent les habitants à ramener le calme. L'opération réussit : le nom de Mirabeau semble faire des miracles.

    Mais, contre l'incendie qui se répand maintenant dans toute la Provence, même Mirabeau a beaucoup de mal à faire face. Après Marseille, les émeutes gagnent Toulon où la violence fait rage. La Mairie est assiégée, le maire manque de très peu d'y laisser la vie tant la foule est furieuse. Dans les villages alentours, on attaque les châteaux, on pille, on assassine les nobles. Le 27 Mars, la vague de violence atteint la ville d'Aix. Mirabeau s'y rend le 28 dans l'après-midi et fait appliquer des mesures analogues à celles qu’il avait fait prendre à Marseille. Il parcourt la ville, se fait reconnaître, lance des appels au calme, organise une garde bourgeoise. Le lendemain la ville d’Aix, à son tour, est apaisée et Mirabeau peut reprendre le chemin de Marseille. A peine arrivé, il apprend avec fureur que les autorités d'Aix ont lancé des représailles contre les émeutiers.

 

    Toute cette agitation a eu un mérite : elle a beaucoup servi la popularité de Mirabeau qui s’est montré partout où le peuple était assemblé, qui a su lui parler et lui montrer qu’il était un homme de confiance plus qu’un agitateur !..

    Ramenant le calme au plus fort des émeutes, sachant prendre les décisions courageuses, Mirabeau est parvenu à se donner, en quelques jours, et avec l’aide d’un concours de circonstances heureux, un profil d’homme d’état. Il est donc plutôt serein lorsque, dans les premiers jours d’Avril, il attend les élections.

 

 

 

 

 

 

1 -  Cité par Antonia VALENTIN  "Mirabeau avant la Révolution"  op. cit. Page 491

        Egalement par Claude MANCERON  "Les Hommes de la Liberté"  op. cit. Vol V, page 339

 

2 - Mémoires de Mirabeau cité par Claude MANCERON  "Les Hommes de la Liberté"  op. cit. Vol V, page 340

 

3 - Commandant de la Provence

 

4 - Cité par G. GUIBAL  "Mirabeau et la Provence"  op. cit. Page 321 et Claude MANCERON  "Les Hommes de la Liberté" op. cit. Vol V, page 356

 

5 -  Mémoires de Mirabeau cité par Claude MANCERON  "Les Hommes de la Liberté"  op. cit. Vol V, page 358

 

6 -  Cité par G. GUIBAL "Mirabeau et la Provence"  op. cit. Page 323

      Egalement par Claude MANCERON  "Les Hommes de la Liberté"  op. cit. Vol V, page 358

 

 

 

 

 

 

ILLUSTRATION : Victor Maurice de Riquet de Caraman

 

 

 

 

 

 

 

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LES ACTEURS DE LA REVOLUTION : MIRABEAU (32)

LES ETATS GENERAUX : AVRIL - MAI 1789

   

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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