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14 août 2017 1 14 /08 /août /2017 07:00
LES ACTEURS DE LA REVOLUTION : MIRABEAU (14)

 

 

 

 

 

DES AMOURS DIEN DIFFICILES : 1776

 

 

 

 

 

    Le bonheur caché des deux amants va, malheureusement, être de courte durée. En effet, M. de Saint-Mauris, Gouverneur du Château de Joux, a tout lieu d'être inquiet à propos de l'escapade de Mirabeau à Neuchâtel en Suisse, pour laquelle il avait quasiment fermé les yeux. Un libelle intitulé « Essai sur le Despotisme » vient de paraître chez le libraire Fauche, de Neuchâtel précisément, et le texte a été jugé si insolent que le Conseil des Ministres du roi en a ordonné la saisie. Des ordres ont, par ailleurs, été donnés pour que l'on recherche l'auteur de cet ouvrage. Bien qu'il n'ait aucune preuve que son prisonnier et l'auteur du libelle soient un seul et même homme, M. de Saint-Mauris a quand même pas mal de soupçons... Il décide donc, aux premiers jours de Janvier 1776, de consigner son prisonnier au Fort et de s'en tenir, dorénavant, aux consignes de détention officielles. Il va pourtant se laisser fléchir encore une fois et autoriser Mirabeau à assister au bal que donnent les Monnier le 14 Janvier suivant.

 

    Le bal réunit chez les Monnier toute l'aristocratie de la région et, comme convenu, Mirabeau y retrouve sa bien aimée. Personne ne sait encore rien des amours de Sophie et de Gabriel-Honoré. Dès le lendemain matin, le 14 janvier 1776, Mirabeau disparaît sans laisser de trace. Ce n'est que quatre jours plus tard que M. de Saint-Mauris reçoit une étrange lettre d'adieu :

 

«  Je me soustrais, Monsieur, à une autorité qui, devenue tyrannique, m'a tendu plus de pièges que je n'eusse jamais craint d'un galant homme. Peut-être quelque remord s'élèvera-t-il  dans votre cœur en pensant que vous avez fait tout ce qui était en vous pour perdre un jeune homme d'espérance à qui vous ne pouviez rien reprocher.. »  (1)

 

   Quelle ingratitude envers cet homme qui a fait preuve de tant de mansuétude à l'égard de son prisonnier !.. En fait, l'amitié qui avait rapproché Mirabeau et le Gouverneur de la forteresse s'est brisée, quelques jours plus tôt, lorsqu’ils se sont rendu compte, mais sans rien se dire l'un à l'autre, qu'ils étaient tous deux follement amoureux de la même femme. Bien avant l'arrivée de Mirabeau, M. de Saint-Mauris avait, lui aussi, succombé aux charmes de la jeune Sophie de Ruffey !

 

    On ne verra pas reparaître Mirabeau à Pontarlier. D'abord caché dans la chambre même de Sophie, où il s'enferme dans un placard au moindre bruit, il trouvera refuge chez des amis de sa maîtresse. On cherchera en vain à retrouver sa piste. De sa cachette, Mirabeau entreprend d'alerter tous ceux qui, directement ou indirectement, peuvent lui être utiles : M. de Saint-Germain, Ministre de la Guerre, pour lui rappeler qu'en sa qualité d'officier il demande à être réintégré dans l'armée; sa mère, qui est toujours en plein règlement de comptes avec l'Ami des Hommes; sa sœur Louise de Cabris qui a, tout autant que lui, à se plaindre de leur père. Il ne recevra aucune aide directe venant de sa famille qui semble l'avoir totalement oublié. Tous ont de très bonnes raisons de se désintéresser des problèmes de Gabriel-Honoré, ils sont tellement impliqués dans de sombres démêlés personnels !...

Dans une lettre datée du 21 janvier qui est arrivée jusqu’à nous, Gabriel-Honoré justifie son évasion, énumère les obstacles à son retour à la Forteresse de Joux, parmi lesquels la malveillance de son geolier ( !..) et sa trop longue détention.

 

« Le troisième obstacle, et qui n’est pas le moins fort, est, je vous l’avoue, mon cher, une passion impétueuse que je ne puis ni ne veux vaincre : je ne retournerai jamais au château. Mon amie est à Pontarlier, je l’adore, je suis aimé, je ne serai pas prisonnier à une lieue d’elle. Mais, mon cher, cet amour, qui vous paraît sûrement un grand inconvénient, est la seule chose qui puisse me sauver et me rendre à ma patrie et à ma famille […] »

 

Surtout, Mirabeau demande au destinataire d’intercéder en sa faveur en écrivant à son père. La lettre qu’il lui demande d’écrire, Mirabeau lui en rédige tout le contenu ; il lui fournit tous les arguments, tous les passages.

 

« Vous avez fait tout ce que vous avez pu pour me faire revenir ; le mauvais procédé de M. de Saint-Mauris [son geôlier], la crainte d’une prolongation de prison, et surtout le désespoir de me voir plus que jamais brouillé avec mon père, de regarder toute espérance de fortune et d’avancement comme détruite par son mécontentement, m’ont rendu inflexible ; mais vous avez obtenu que je ne passerais pas dans le pays étranger, ce qui aurait été le sceau de ma fuite absolue et éternelle ; je vous ai montré la plus tendre, la plus vive sensibilité au plus léger espoir que toute réconciliation ne m’était peut-être pas fermée avec mon père ; vous ne savez pas où je suis, mais vous êtes certain par mon serment que je suis en France et vous avez des adresses pour me faire passer des lettres ; vous ne pouvez supporter l’idée de la perte d’un jeune homme de si grande espérance, fait par ses talents pour être précieux à sa patrie, et la consolation d’un père qui est l’honneur de son pays, auquel il ne doit pas ôter un tel citoyen ; vous vous jetez personnellement à ses genoux pour obtenir ma grâce ; vous le suppliez de vous rendre porteur de paroles de paix ; vous vous engagez à tout en mon nom ; vous vous portez caution de mon exactitude à remplir tout engagement qu’il m’imposera, pourvu que ma liberté soit sauvée, parce que vous me savez inébranlablement opiniâtre à la conserver. »

« Que vous semble-t-il de cette lettre, mon cher ami ? Certainement, si elle ne fait pas de bien, elle ne peut faire de mal, ni à vous, ni à moi, et j’en attends le plus grand effet »

 

 

    Du côté des de Monnier, excepté Sophie évidemment, on ignore tout de cette affaire rocambolesque. Le marquis s'étonne même, depuis quelques jours, de ne plus voir Mirabeau avec qui il avait pris l'habitude de converser...

 

    Le marquis est bien loin de soupçonner la conduite de sa femme jusqu'à ce que, vers la mi-février 1776, une âme charitable, il s'en trouve toujours une dans ces cas là, vienne lui conter toute l'affaire. D'abord il n'en croit pas ses oreilles puis, s'étant remis de sa première émotion, il se précipite chez sa femme à qui il demande quelques explications. Scène entre les deux époux, cris, larmes... Sophie avoue son amour pour Mirabeau. Elle ne sait pas encore très bien ce qu'elle veut faire mais les deux époux comprennent que rien ne pourra plus les rapprocher. Et Sophie quitte le domicile conjugal pour se réfugier chez ses parents, à Dijon, le 23 Février. Mirabeau suit, évidemment. Il se cache en ville mais il ne peut résister à l'envie de croiser Sophie au hasard de ses sorties. Il finit même par s'enhardir, il lui adresse la parole et, ce qui devait arriver arrive : il est reconnu et arrêté.

    D'abord assigné à résidence dans la chambre qu'il occupe à Dijon, il est incarcéré au Château de Dijon le 23 Mars, sur ordre de Malesherbes.

 

   Nouvelle prison pour Mirabeau. Guère plus accueillante que les précédentes.. La forteresse de Dijon a été construite sur ordre de Louis XI lors du rattachement de la Bourgogne à la France. Au XVIIIème siècle, l’édifice a perdu son rôle défensif mais il est alors considéré, toutes proportions gardées, comme la Bastille dijonnaise. Elle accueille des détenus par lettres de cachet.

 

    Encore une fois, Gabriel-Honoré va devoir utiliser son charme naturel, faire œuvre de séduction auprès du Gouverneur de cette nouvelle prison pour obtenir un régime assoupli. Il l'obtiendra ....

 

 

 

 

 

1 -  Cité par Duc de CASTRIES  "Mirabeau"  op. cit. page 107

 

 

 

 

ILLUSTRATION : Le Fort de Joux

 

 

 

 

A SUIVRE

 

 

LES ACTEURS DE LA REVOLUTION : MIRABEAU (15)

PLUTÔT LA CLANDESTINITE QUE LA PRISON : 1776

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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