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16 décembre 2017 6 16 /12 /décembre /2017 09:30

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LES ACTEURS DE LA REVOLUTION :  MARIE-ANTOINETTE, REINE DE FRANCE (23/35)

 

Pierre Léopold de Habsbourg-Lorraine

Empereur Léopold II

 

 

 

 

LA FIN DES ILLUSIONS : DECEMBRE 1791 - MARS 1792

 

 

 

    Si Marie-Antoinette est plus seule qu'elle ne l'a jamais été, Louis-Auguste, lui, demeure prostré. Rongé par le remords d'avoir accepté, si "facilement", sans résister, sans se battre, cette nouvelle Constitution. Il est accablé par sa propre faiblesse et s'est enfermé dans le mutisme et l'inaction totale. La Princesse de Lamballe, qui a rejoint les Tuileries (1) à l'appel de son amie Marie-Antoinette est, elle aussi, tellement épouvantée par les rumeurs qui lui parviennent de l'extérieur, qu'elle ne parvient même plus à distraire la Reine et encore moins à la rassurer..

   

Comme avant le départ pour Varennes, les cris et les vociférations de la foule excitée se font entendre, en permanence, sous les fenêtres du Palais des Tuileries. La Reine est devenue la cible de toutes les attaques : comme si ce n'était pas assez de lui faire porter la responsabilité de tous les maux de l'Etat, elle est maintenant accusée de tous les vices. Les caricatures et les libelles les plus obscènes circulent dans Paris. Représentée en panthère, en sorcière ou en chauve-souris ; soupçonnée de diriger toutes les affaires du pays à la place du Roi ; accusée de se livrer à des débauches sexuelles avec ses amants ou avec la princesse de Lamballe, Marie-Antoinette a cristallisé sur sa personne toute la haine du peuple envers le « pouvoir ». La Reine paye, au prix fort, la faiblesse de Louis XVI* dont personne ne doute plus depuis fort longtemps.

    Elle ne sort pratiquement plus du château et confie sa douleur à qui veut bien encore l'écouter, et ceux-là se comptent désormais sur les doigts d'une seule main. Axel de Fersen est l'un des derniers à qui elle fait volontiers des confidences. Faute de pouvoir le rencontrer, elle échange, avec le Suédois, une correspondance suivie.

 

«  Pour moi », lui écrit-elle le 7 Décembre, « je me soutiens mieux que je ne devrais, par la prodigieuse fatigue d'esprit que j'ai sans cesse en sortant peu de chez moi ; je n'ai pas un moment à moi, entre les personnes qu'il faut voir, les écritures, et le temps que je suis avec mes enfants. Cette dernière occupation, qui n'est pas la moindre, fait mon seul bonheur (..) et quand je suis bien triste, je prends mon petit garçon dans mes bras, je l'embrasse de tout mon cœur, et cela me console dans ce moment. » (2)

 

    L'année 1791, qui fut pour Marie-Antoinette l'année de toutes les horreurs, se termine sans que la plus petite lueur d'espoir pointe à l'horizon, bien au contraire. L'Assemblée continue à exercer sa pression sur tous ceux qu'elle considère comme des contre-révolutionnaires.

    Les princes d'Artois et de Provence, à qui Louis XVI* a demandé de rentrer en France conformément au décret pris par l'Assemblée, refusent d'obéir. Ils sont décrétés d'accusation, avec quelques autres émigrés, le 1er Janvier 1792. Aussitôt on soupçonne le couple royal de les avoir dissuadés de revenir pour continuer à fomenter la révolte aux frontières et de rassembler des troupes avec l’aide des puissances étrangères.

    A l'Assemblée Législative, de plus en plus de voix menaçantes s'élèvent pour demander la guerre contre ces puissances étrangères dont la coalition s'organise pour combattre la Révolution.

 

    Barnave, qui n'a pas encore perdu tout espoir, fait d'ultimes tentatives pour convaincre Marie-Antoinette d'intervenir auprès de son frère Léopold II afin d'éviter ce conflit qui, dit-il, serait tout aussi désastreux pour la monarchie que pour la France.

    Fersen, quant à lui, fait des recommandations qui vont à l'inverse de celles de Barnave : il ne faut rien céder pour l'instant, ne cesse-t-il de répéter ; la seule issue possible est de tenter, une nouvelle fois, de fuir. Le 14 Février 1792, il est aux Tuileries pour exposer à Marie-Antoinette et à Louis XVI* un nouveau plan d'évasion. Louis-Auguste refuse tout net : il a promis au peuple de rester à son poste, il ne reviendra pas sur sa parole. Fersen insiste pour que la Reine et ses enfants partent seuls mais Marie-Antoinette ne veut même pas envisager de quitter Paris en abandonnant son époux. Elle ne voit de salut que dans une intervention militaire venant de l'étranger. Elle renouvelle donc au Suédois les demandes pressantes faites à son Roi Gustave III et le charge de transmettre à Mercy-Argenteau les dernières nouvelles alarmantes de Paris à l'attention de Léopold II.

 

 

 

LES ACTEURS DE LA REVOLUTION :  MARIE-ANTOINETTE, REINE DE FRANCE (23/35)

 

Pierre Victurien Vergniaud

 

 

    Chacun est conscient maintenant qu'il n'est plus possible de composer avec l'Assemblée alors que les plus enragés tiennent le haut du pavé. Même Barnave vient de renoncer. A bout d'argument, il a quitté la capitale pour rejoindre sa ville de Grenoble après une dernière entrevue avec la Reine. (3)

 

    Que faire ? Attendre ? ... C’est malheureusement, la seule attitude possible. Léopold II peut-il  ignorer plus longtemps les malheurs de sa sœur ? Lui et ses alliés peuvent-ils tolérer que la monarchie, en France, soit bafouée à ce point ? Pour Marie-Antoinette, il est évident qu’à toutes ces questions elle ne peut apporter qu’une seule réponse : non. Le salut viendra donc de l'Autriche ! Son frère ne peut pas les abandonner d’autant que ce qui se passe en France menace toutes les monarchies européennes....

    Elle veut se persuader que, même si tout est devenu bien compliqué, pendant ces derniers mois, rien n'est encore perdu. Le courage et la détermination de Marie-Antoinette restent intacts, malgré la fatigue physique et nerveuse accumulée depuis le terrible voyage de Varennes.

 

    Mais le malheur, décidément, n'a pas renoncé à s'abattre sur la Reine de France. Le 1er Mars 1792, l'Empereur d'Autriche Léopold II meurt. Avec lui disparaît le soutien en qui Marie-Antoinette mettait le plus d'espoir et, lorsque la nouvelle lui parvient, elle est en proie au plus profond découragement, d'autant plus qu'à l'Assemblée nationale s'est exprimée une terrible menace. Vergniaud, dans un discours violent, s'est adressé directement à la reine de France :

 

« De cette tribune où je vous parle, on aperçoit les palais où les conseillers pervers égarent et trompent le roi (..) et préparent les manœuvres qui doivent nous livrer à la maison d'Autriche. Je vois les fenêtres où l'on trame la contre-révolution (..) L'épouvante et la terreur sont souvent sorties de ce palais fameux. Qu'elles y rentrent aujourd'hui au nom de la loi (..) Que tous ceux qui y habitent sachent que notre Constitution n'accorde l'inviolabilité qu'au roi ! Qu'ils sachent que la loi atteindra sans distinction tous les coupables, et qu'il ne sera pas une seule tête, convaincue d'être criminelle, qui puisse échapper à son glaive. »  (4)

 

     L'avertissement à la reine ne peut être plus clair. Et pourtant, Marie-Antoinette qui pense avoir vécu le pire, est loin d’avoir encore tout vu : le 16 Mars, quinze jours après la mort de son frère, le Roi Gustave III de Suède est assassiné.

     L'Autriche et la Suède s’empressent évidemment de proclamer que leurs dispositions envers la France restent identiques, la coalition perd tout de même les deux alliés les plus précieux de la famille royale française. D'ailleurs, les Jacobins parisiens ne s'y trompent pas : la nouvelle de ces deux décès est accueillie dans la capitale par des réjouissances. On chante, on danse dans les rues de la capitale et jusque dans les jardins des Tuileries pour fêter la mort des « tyrans » ! ...

 

 

    Triste printemps pour la Reine de France qui, après ces terribles nouvelles, apprend que l'Assemblée nationale, à la suite du discours enflammé de Vergniaud, vient de déclarer solennellement que seule la personne du Roi était inviolable. Aux menaces de la rue s'ajoute cette nouvelle menace, plus terrifiante encore, en provenance de l'Assemblée.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

(1)   Le 4 Novembre 1791.

 

(2)   Lettre de Marie-Antoinette à Axel de Fersen du 7 Décembre 1791

        Cité par Jean CHALON  "Chère Marie-Antoinette"  op. cit. Page 355.

 

(3)   Barnave sera arrêté après le 10 Août 1792 et paiera de sa vie son dévouement à Marie-Antoinette.

        Il sera guillotiné le 29 Novembre 1793.

 

(4)   Cité par Evelyne LEVER  "Marie-Antoinette"  op. cit. Page 603.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

A SUIVRE :

 

 

LES ACTEURS DE LA REVOLUTION : MARIE-ANTOINETTE (24/52)

 

LES PREMIERES VIOLENCES : AVRIL - JUILLET 1792

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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