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22 décembre 2017 5 22 /12 /décembre /2017 09:00

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LES ACTEURS DE LA REVOLUTION :  MARIE-ANTOINETTE, REINE DE FRANCE (30/35)

 

Marie-Antoinette

 

 

 

 

LA VEUVE CAPET SERA JUGEE : SEPTEMBRE 1793

  

 

 

    Si quelques doutes subsistaient encore dans l'esprit des maîtres de la Révolution sur le sort à réserver à Marie-Antoinette, l'affaire du Chevalier à l'œillet va rapidement les dissiper. D'autant plus que, l'évasion de la reine ayant échoué, les langues vont vite se délier à la Conciergerie. C'est d'abord le gendarme Gilbert, « gendarme de garde auprès de la veuve Capet », qui fait un rapport à son colonel, le 3 Septembre, pour l'instruire des allées et venues de gens suspects auprès de la prisonnière. Il relate avec force détails la visite du chevalier accompagné par Michonis, l'émotion qu'il a surprise sur le visage de la reine, le billet caché dans l'œillet,.... Il donne beaucoup de précisions sur les faits mais peu d'information sur les acteurs de cette affaire et encore moins sur la chronologie...

 

    Le rapport est jugé suffisamment important pour qu'il soit transmis immédiatement au Comité de Sûreté Générale qui charge l'un de ses membres, Jean-Baptiste Amar (1), assisté par le conventionnel Sevestre de procéder à un interrogatoire de la veuve Capet. Amar se transporte aussitôt à la Conciergerie pour commencer une enquête dont nous donnons quelques extraits du procès-verbal.

 

« Comité de Sûreté Générale et de Surveillance de la Convention Nationale, du 3 Septembre 1793, l'An second de la République, Une et Indivisible, quatre heures après midi. »

 

« Nous représentants du peuple à la Convention nationale, chargés par le Comité de Sûreté Générale de nous transporter à la Conciergerie, pour y prendre des renseignements relatifs à la dénonciation faite ce jourd’hui par le citoyen Dumesnil (Officier supérieur du gendarme Gilbert) lieutenant colonel de la gendarmerie près les tribunaux ; nous sommes arrivés dans ladite maison, accompagné du citoyen Aigron, aide de camp de la force armée de Paris, que nous avons requis de nous accompagner, et du citoyen François Bax, secrétaire commis du Comité de Sûreté Générale. »

« En entrant nous avons appelé l'officier de poste et l'avons requis de nous donner six gendarmes, l'un desquels nous avons fait placer dans la pièce où se trouve en arrestation la veuve de Louis Capet, avec ordre donné audit gendarme de ne laisser entrer ni sortir personne (..) Ensuite nous avons ordonné que l'on conduisît auprès de nous la veuve de Louis Capet ; entrée, nous lui avons fait les interrogatoires suivants : (2)

 

QUESTION (AMAR) : « Est-ce vous qui vous nommez la veuve Capet ? »

 

REPONSE (Marie-Antoinette) : «  Oui. »

 

Q : « Ne voyez-vous personne dans la maison où vous êtes détenue ? »

 

R : « Personne que ceux qu'on a placés auprès de moi, et des administrateurs qui sont venus avec des personnes que je ne connais pas. »

 

Q : « N'avez-vous pas vu, il y a quelques jours, un ci-devant chevalier de Saint-Louis ? »

 

R : « Il est possible que j'aie vu quelque visage connu, il en vient tant. »

 

Q : « Ne sauriez-vous pas le nom d'aucun de ceux qui sont venus avec les administrateurs ? »

 

R : « Je ne me rappelle pas le nom d'aucun d'eux. »

 

Q : « Parmi ceux qui sont entrés dans votre appartement, n'en avez-vous pas reconnu aucun particulièrement ? »

 

R : « Non. »

 

Q : « N'y a-t-il pas quelques jours que vous en avez vu un que vous avez reconnu ? »

 

R : « Je ne m'en rappelle pas. »  (3)

 

    Amar connaît bien mal Marie-Antoinette pour s'imaginer, ne serait-ce qu'un instant, qu'il va lui faire livrer le nom de ce mystérieux visiteur. Il va pourtant poursuivre l'interrogatoire et tenter de la prendre en flagrant délit de contradiction ou de mensonge.

 

Q : « Ce même homme ne vous aurait-il pas fait tenir un œillet ? »

 

R : « Il y en a dans ma chambre. »

 

Q : « Ne vous aurait-on point remis un billet ? »

 

R : « Comment pourrais-je en recevoir avec les personnes qui sont dans ma chambre et la femme qui est avec moi ne quitte pas la fenêtre ? »

 

Q : « N'est-il pas possible qu'en vous présentant un œillet, il y eut quelque chose dedans ; et qu'en l'acceptant, un billet soit tombé, et qu'on ait pu le ramasser ? »

 

R : « Personne ne m'a présenté d'œillet ; aucun billet n'est tombé par terre que j'aie vu ; il a pu tomber quelque chose, mais je n'ai rien vu ; et j'en doute, parce que la femme qui est avec moi aurait pu le voir, et elle ne m'en a rien dit.. »

 

    La reine ment avec beaucoup d'aplomb. Elle est persuadée que les seules personnes qui pourraient apporter un témoignage relatif à la scène en question ne le feront pas car, soit elles font partie du complot, soit elles redouteront d'être compromises. Amar, malgré des questions de plus en plus précises, ne saura rien sur l'identité du chevalier et sur le contenu du message délivré à Marie-Antoinette. Alors, pour tenter d'impressionner la prisonnière, le délégué du Comité de Sûreté Générale change subitement de ton :

 

Q : « N'avez-vous aucune connaissance des événements actuels et de la situation politique ? »

 

R : « Vous devez savoir qu'au Temple nous ne savions rien, et que je n'en sais pas davantage ici. »

 

Q : « Vous avez eu connaissance, sans doute, de l'affaire de Custine ; ne connaissez-vous rien de relatif à ses projets ? »

 

R : « J'ai su qu'il était dans la même prison que moi, et je n'en connais ni les raisons ni les causes. »

 

Q : « Ne vous est-il venu aucune relation par voie indirecte de ce qui se passe dans votre famille ? »

 

R : « Aucunement. Je sais que mes enfants se portent bien ; voilà tout ce que j'ai su. »

 

Q : « Par qui avez-vous eu des nouvelles de vos enfants ? »

 

R : « Par les administrateurs qui me l'on dit. »

 

Q : « N'avez-vous rien appris particulièrement des avantages que nous avons remportés sur les Autrichiens ? »

 

R : « J'ai entendu souvent au Temple les colporteurs crier grande victoire, tantôt d'un côté, tantôt d'un autre, et je n'en ai pas su davantage. »

 

Q : « Ne s'est-il présenté aucune occasion de faire connaître à votre famille votre position, et de profiter des dispositions de vos amis ? »

 

R : « Jamais depuis un an : la position dans laquelle nous étions au temple rendait la chose impossible. »

 

Q : « Est-il vrai que vous ayez conservé aucune relation en dehors, par des moyens cachés ? »

 

R : « Aucune ; il aurait fallu le pouvoir. »

 

Q : « Vous intéressez-vous au succès des armes de nos ennemis ? »

 

R : « Je m'intéresse au succès de celles de la nation de mon fils ; quand on est mère, c'est la première parenté. »

 

Q : « Quelle est la nation de votre fils ? »

 

R : « Pouvez-vous en douter ? ... N'est-il pas Français ? »

 

Q : « Votre fils n'étant que simple particulier, vous déclarez donc avoir renoncé à tous les privilèges que donnaient jadis les vains titres de roi ? »

 

R : «Il n’en est pas de plus beau, et nous pensons de même, que le bonheur de la France. »

 

Q : « Vous êtes donc bien aise qu'il n'y ait plus ni roi ni royauté ? »

 

R : « Que la France soit grande et heureuse, c'est tout ce qu'il nous faut. »

 

    Amar a maintenant compris qu'il ne ferait pas parler Marie-Antoinette sur les circonstances de la tentative d'évasion de la Conciergerie. Il va donc orienter son interrogatoire vers un autre sujet : la trahison de la reine. Il est en effet de notoriété publique, tout au moins à Paris, que, depuis Juillet 1789, Marie-Antoinette n'a cessé de conspirer avec l'Autriche et de livrer à l'Empereur, son frère, les secrets militaires de la France.

    La reine répond dignement à Amar, sans colère. Elle ne sait pas encore que ces mêmes questions vont lui être posées et reposées pendant des heures et des jours entiers. Elle ne sait pas encore que, devant le tribunal révolutionnaire, elle aura à répondre de ces mêmes accusations.

 

Q : « Comment ayant avoué que vous ne désiriez que la prospérité et la grandeur de la nation Française, avez-vous pu manifester un désir aussi vif d'employer tous les moyens pour vous réunir à votre famille, en guerre avec la nation française ? »

 

R : « Ma famille, ce sont mes enfants : je ne peux être bien qu'avec eux ; et sans eux nulle part. »

 

Q : « Vous regardez donc comme vos ennemis ceux qui font la guerre à la France ? »

 

R : « Je regarde comme mes ennemis tous ceux qui peuvent faire du tort à mes enfants.   »

 

Q : « De quelle nature sont les torts qu'on peut faire à vos enfants ? »

 

R : « Toute espèce quelconque. »

 

Q : « Il est impossible que vous ne regardiez pas plus particulièrement comme tels, ceux qui auraient pu être faits d'après vos idées à votre fils, relativement à l'abolition de la royauté. Que répondez-vous ? »

 

R : « Si la France doit être heureuse avec un roi, je désire que ce soit mon fils ; si elle doit l'être sans roi, j'en partagerai avec lui le bonheur. »

 

Q : « La France étant constituée en République, par le vœu prononcé de vingt-cinq millions d'hommes, et par toutes les sections du peuple, vous déclarez donc désirer que vous et votre fils vous existiez comme de simples particuliers dans la République, et qu'elle repousse loin de son territoire tous les ennemis qui l'ont attaquée ? »

 

R : «Je n'ai d'autre réponse à faire que celle que j'ai faite à la question précédente. » (4)

 

 

 

 

LES ACTEURS DE LA REVOLUTION :  MARIE-ANTOINETTE, REINE DE FRANCE (30/35)

 

Jean Baptiste André Amar

 

 

    L'interrogatoire est terminé. Marie-Antoinette est saisie par une immense lassitude. C'est tout juste si elle entend le greffier relire le texte du procès verbal et, quand Amar lui demande si elle en approuve les termes, elle se contente de faire un signe affirmatif de la tête. Elle saisit la plume qu'on lui tend et signe en bas de la page sans même regarder.

 

    Amar poursuit alors son enquête à la Conciergerie en interrogeant successivement Michonis, le gendarme Gilbert et d'autres membres du personnel de la prison. Il est déjà fort tard, ce 3 Septembre lorsqu'il ordonne qu'on ramène la veuve Capet devant les commissaires du Comité de Sûreté Générale. Dès les premières questions Marie-Antoinette sent que le ton employé par Amar a de nouveau changé. Il est, cette fois, très déterminé.

 

Q : « Nous avons requis par les dépositions et par les pièces à conviction qui sont entre nos mains, que dans les faits sur lesquels nous vous avons interrogé, et que vous avez nié, vous avez dit faux ? »

 

R : « Donnez-m'en la preuve. »

 

Q : « On vous a demandé s'il n'y avait pas quelques jours que vous aviez vu un chevalier de Saint-Louis, que vous aviez reconnu ; vous avez dit que non ? »

 

R : « Me rappelant le jour qu'il est venu, je l'ai connu. »

 

Q : « Nous vous avons demandé si le même homme ne vous avait pas fait tenir un œillet ; vous nous avez répondu que non, le convenu a déposé que oui. »

 

R : « Je réponds que la seconde fois qu'il est rentré dans ma chambre, j'appris qu'il y avait un œillet ; je crois n'avoir pas fait assez attention pour m'en être aperçue. »

 

Q : « Vous convenez donc qu'il y en avait un ? »

 

R : « Oui. »

 

    A partir de cet instant Marie-Antoinette, comme emportée par un tourbillon auquel elle ne peut ou ne veut résister, va perdre pied. Elle admet tout ce qu'elle a nié le matin même comme si cela n'avait pour elle plus guère d'importance...

 

Q : « Vous avez nié avoir pris et ramassé un billet qui était dans l'œillet ? »

 

R : « Je l'ai pris et ramassé. »

 

Q : « Que contenait ce billet ? »

 

R : « Des phrases vagues : Que prétendez-vous faire ? que comptez-vous faire ? J'ai été en prison ; je m'en suis tiré par miracle : je viendrai vendredi. »

 

Q : « Etait-ce la première ou la seconde fois que vous l'aviez vu ? »

 

R : « Je ne l'ai reconnu que cette seule fois ; et s'il y était venu auparavant je ne l'aurais pas reconnu. »

 

Q : « Ce billet ne contenait-il pas autre chose, et n'y avait-il pas d'offre ? »

 

R : « Il y avait une offre d'argent ; mais je n'en ai pas besoin, et je n'en accepterai de personne. »

 

Q : « Il parait que vous avez reconnu cet homme ; savez-vous son nom ? »

 

R : « Je me rappelle de l'avoir vu souvent mais je ne connais pas son nom. » (5)

 

    Marie-Antoinette reconnaît avoir vu le chevalier aux Tuileries, en particulier à l'époque du 20 juin 1792. Amar la presse de questions pour connaître l'identité du personnage que, manifestement, il n'a pu découvrir au cours des différents interrogatoires de la journée. Marie-Antoinette tient bon.

 

Q : « Ce même homme n'était-il pas de ceux qui ont servi dans la journée du 10 Août ? »

 

R : « Non, je ne l'ai pas vu. »

 

Q : « Ne l'avez-vous point vu du temps que vous étiez au Temple ? »

 

R : « Du tout ; il n'y venait que des membres de la Commune. »

 

Q : « N'y avez-vous pas vu Manuel ? »

 

R : « Il y est venu trois fois, à ce que je crois. »

 

Q : « N'avez-vous eu aucune relation, à l'époque du 10 Août, avec des députés de l'Assemblée nationale ? »

 

R : « Non. »

 

Q : « Etiez-vous instruite, avant l'époque du 10 Août, des affaires politiques ? »

 

R : « Je ne savais que ce que me disait la personne à laquelle j'étais uniquement attachée. »

 

Q : « Vous faisait-elle part de ce projet ? »

 

R : « Tout ce qui pouvait tendre à la tranquillité de tous était son vœu et le mien. »

 

Q : « Si tels étaient vos sentiments, pourquoi n'avez-vous pas puni de la manière la plus exemplaire, ceux qui, en votre nom et pour vous, ont insulté dans le château des Tuileries des soldats fédérés qui chantaient : « veillons au salut de l'Empire ? »

 

R : « Je ne connais pas ce détail là ; je jouissais de sa confiance, je partageais vivement ses peines, et je ne pensais ni ne demandais de punitions. »

 

Q : « Comment se peut-il que, voulant le bonheur du peuple, c'était l'unique objet de vos vœux, le peuple était si malheureux, si constamment vexé et tyrannisé par les perfidies de la cour et les trahisons du ministère ? »

 

R : « Il y a eu beaucoup de trahisons, je ne suis pas à même de les connaître ni de les dire ; ce que je sais,  c'est que son cœur ne voulait que le bonheur. »

 

    C'est par cet hommage au défunt roi Louis XVI* que se termine le deuxième interrogatoire de Marie-Antoinette. Au bas du procès-verbal, il est inscrit 4 Septembre 1793, sept heures et demie du matin. Les deux interrogatoires conduits par Amar auront duré en tout plus de quinze heures ! ...

 

    Aussitôt paraphé, le rapport des commissaires est transmis au Comité de Sûreté Générale qui va décider de transférer la prisonnière dans une autre cellule de la Conciergerie et de lui enlever la femme qui la servait.

    Mais Amar va être l'initiateur d'une décision beaucoup plus grave, qui sera bientôt prise par les membres les plus influents des Comités : la reine représente un danger pour la République ; elle doit être jugée et condamnée dans les plus brefs délais...

 

    L'implacable machine judiciaire va aussitôt se mettre en route.

 

 

 

 

 

 

 

 

(1)   AMAR (Jean-Pierre André) : Né à Grenoble le 11 Mai 1755. Avocat au Parlement il est élu de l'Isère à la Convention et siège avec la Montagne. Après l'élimination des Girondins, il entre au Comité de Sûreté Générale le 16 Juin 1793. Adversaire acharné de la Gironde, il se rangera pourtant dans la conjuration contre Robespierre* le 9 Thermidor. Il sera cependant arrêté comme terroriste le 1er Avril 1795 et libéré le 4 Brumaire an IV à la faveur de l'amnistie. Il mourra à Paris le 21 Décembre 1816 sans avoir jamais plus fait parler de lui.

 

(2)   Extraits de l'interrogatoire de Marie-Antoinette. Le Procès de Marie-Antoinette 23-25 Vendémiaire an II" Actes du Tribunal Révolutionnaire recueillis et commentés par Gérard WALTER, Editions Complexe, Paris, 1993, Pages 26 et 27.

 

(3)   Idem page 27.

 

(4)   Idem pages 31-32.

 

(5)   Idem pages 33-34.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

A SUIVRE : 

 

 

 

LES ACTEURS DE LA REVOLUTION : MARIE-ANTOINETTE, REINE DE FRANCE (31/35)

 

LA REINE AU PALAIS DE JUSTICE : 12 OCTOBRE 1793

  

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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